‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 331 sur 506 · Dehors, hors du royaume de Dieu · texte numérisé non relu

Dehors, hors du royaume de Dieu

litote : je I'admettrai avec joie dans ma communion. Votre endurcissement ne rendra pas vains les conseils de mon Pere. Tous ceux qu'il m'a donnes, qu'il a dispose's par sa grace a croire en moi (la foi est un don de Dieu), viendront a moi en effet.

Que cette grace prevenante et efficace soit, de la part du Pere, une simple disposition ou preparation des coeurs, qui laisse subsister la liberte, on le volt chap, xvii, 12.

40. Voit le Fils, le considere et le contemple altentivement, voit les miracles qu'd opere. Comp. vers. 36. Ueux conditions sont necessaires pour arriver a la vie eternelle : il faut que le Pere attire et dispose par sa grace (vers. 39); il faut que

I'homme se rende et croie en Jesus-Christ

(vers. 40).

44-45. Sens de ces deux versets : N.-S, aurait pu rdpondre aux Juifs : Vous ne comprenez pas ce que je vous dis, parce que vous etes endurcis et remplis de prejuges. II les reprend avec plus de douceur et de suavite : Personne, dit-il, n'a Tintelligence de ces choses ni la foi en moi, si Dieu ne I'attire par sa grace (comp. Os. xi, 4.) — Heureux celui qui aura ete fidele a cet attrait, car au dernier jour je le ressusciterai pour la vie eternelle. — Or il est venu, le temps annonce par les prophetes {Is. liv, 12, 13), oil tous les peuplesseront enseignes de Dieu, eclaires et attires par lui a la foi au Messie. Mais I'attrait de Dieu, pour etre eiificace, exige deux conditions : qu'on entende le Pere et qu'on apprenne de lui, c'estk-dire c[u'on obeisse, qu'on se rende a ses enseignements. Done, 6 Juifs, qui avez enteiidu le Pere vous parler par les prophetes, par Jean-Baptiste et par moi, il ne vous manque plus que d'app?endfe de Dieu, de vous rendre a son attrait et de venir a moi.

P:VANGILE SEI.ON S. jean. Chap. VI, 46—58.

a entendu le Pere et appri.s de lui, vient a moi. 46Ce n'est pas que personne ait vu le Pere, sinon celui qui est de Dieu ; celui-la a vu le Pere.

47 En verite, en verite, je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie eternelle. 48Je suis le pain de vie. 49V0S peres ont mange la manne dans le desert, et ils sont morts. SoYoici le pain descendu du ciel, afin qu'on en mange et qu'on ne meure point. 5i Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivraeternellement; et le pain que je donnerai, c'est ma chair, pour le salut du monde."

52La-dessus, les Juifs disputaient entre eux, disant : " Comment cet homme peut-il nous donner sa chair a manger?" 53jesus leur dit :

" En verite, en verite, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de I'homme, et ne buvez son sang, vous n'avez point la vie en vous-memes. 54 Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie eternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. 55 Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage. s^Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui.

57Comme le Pere qui est vivant m'a envoye, et que je vis par le Pere, ainsi celui qui me mange vivra aussi par moi. 58 C'est la le pain qui est descendu du ciel : il n'en est point comme de vos peres qui ont mange la manne et sont morts; celui qui mange de ce pain vivra eternellement."

46. Pour empecher qu'on ne comprenne mal les derniers mots du verset prece'dent, et en meme temps pour montrer que c'est en lui qu'il faut croire, Jesus ajoute : Entendre Dieu, etre enseigne par lui, ce n'est pas I'entendre, le voir physiquement. Seul, le Fils k qui il a communique sa propre substance, qu'il a engendr^ au sens propre du mot, a entendu et vu le Pere, et peut, par consequent, donner aux hommes I'intelligence des verites et des realites surnaturelles (comp. vii, 28, 29; viii, 19; x, 15).

47. Apres avoir repondu aux murmures des Juifs, il revient a la pensee du veis. 40, qui se lie elle-mcme a celle du vers. 35.

50. Ne meure point, ce qui doit s'entendre, non seulement de la mort spirituelle, de la mort de Fame, mais aussi de la mort du corps; car le pain eucharistique depose dans notre chair elle-meme un germe d'immortalite et de resurreftion glorieuse.

51. Le pain vivant : Non, comme la manne, inanime et corruptible, mais vivant et dojinant la vie. — Oest ma chair : la meme chair qui sera immolee sur la croix pour le salut du vionde, je la donnerai, sous les apparences du pain, en nourriture a chaque fidele dans le sacrement de I'Eucliaristie. — La seconde partie du vers. 51 en grec forme dans la Vulgate le vers. 52, en sorte que cette version a, dans ce chapitre, un verset de plus que le texte grec.

53. Apres avoir rapproche de ce verset les paroles par lesquelles N.-S., la veille de sa mort, institua I'Eucharistie : Preriez et mangez., ceciest moti corps... Buvez-en tous, ceci est tnon sang (Matth. xxvi, 26-28; Marc, xiv, 22-24; Luc, xxii, 19-20), Bossue't ajoute :

" De dire qu'il n'y ait pas un rapport manifeste dans ces paroles, que I'une n'est pas la preparation et la promesse de I'autre, et que la derniere n'est pas I'accomplissement de celle qui a precede, c'est vouloir dire que J.-C.,qui est la sagesse cternelle, parle et agit au hasard." — Un autre rapprochement nous paniit demontrer, d'une maniere plus peremptoire encore, que I'interpr^tation catholique de ce passage est la seule admissible, la seule meme raisonnable.

L'auteur du quatrieme Evangile ecrivitcertainement apres la moit de S. Paul : or S. Paul, dans sa premiere epitre aux Corinthiens (xi, 23 sv.), entre dans quelques details sur I'usage du sacrement de I'Eucharistie parmi les premiers fideles; apres avoir rapport^ I'institution de ce sacrement dans les memes termes que S. Luc, il ajoute : " C'est pourquoi quiconque mangera ce pain et boira le calice du Seigneur iifdignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur. Que I'homme done s'eprouve lui-meme, et qu'il mange ainsi de ce pain et qu'il boive de ce calice, car celui qui en mange et en boit indignement, mange et boit sa condamnntion, ne discernant point le corps du Seigneur." Certes, ces faits, cet usage de I'Eucharistie etaient connus de S. Jean; il savait en outre que tous les fideles avaient entre les mains les paroles de I'institution telles qu'elles se trouvent dans les Synoptiques. Cela pose, le dernier Evang^liste, en rapportant les paroles de N.-S. qu'on vient de lire (verset 51 sv.), leur suppose ndcessairement le sens propre et naturel admis par I'Eglise. Si, dans sa pensee, elles avaient une signi-

EVANGELIUM SECUNDUM JOANNEM. Cap. VI, 46—58. 359

Dei. Omnis, qui audivit a Patre, et didicit, venit ad me. 46. -^Non quia Patrem vidit quisquam, nisi is, qui est a Deo, hie vidit Patrem.

47. Amen, amen dico vobis : Qui credit in me, habet vitam asternam.

48. Ego sum panis vitas. 49, '^Patres vestri manducaverunt manna in deserto, et mortui sunt. 50. Hie est panis de coelo descendens : ut si quis ex ipso mandueaverit, non moriatur. 51. Ego sum panis vivus, qui de ccelo descendi,

52. 'Si quis mandueaverit ex hoe pane, vivet in asternum : et panis, quern ego dabo, earo mea est pro mundi vita. 53. Litigabant ergo Judasi ad invicem,dicentes : Quomodo

potest hie nobis earnem suam dare ad mandueandum? 54. Dixit ergo eis Jesus :

Amen, amen dieo vobis : Nisi manducaveritis earnem Filii hominis, et biberitis ejus sanguinem, non habebitis vitam in vobis. 55. Oui mandueat meam earnem, et bibit meum sanguinem, habet vitam asternam : et ego resuseitaboeum in novissimo die. 56. '"Caro enim mea, vere est eibus : et sanguis meus, vere est potus : 57. qui mandueat meam earnem, et bibit meum sanguinem, in me manet, et ego in illo. 58. Sieut misit me vivens Pater, et ego vivo propter Patrem : et qui mandueat me, et ipse vivet propter me.

I Cor II,

fication metaphorique, il auiait averti ses lecfleurs et prevenu ainsi une confusion inevitable. — La conduite de N.-S. vis-avis des Juifs incredules (vers. 67) nousfour- 'nira bientot un argument non moins solide en faveur de interpretation traditionnelle.

54. " Celui, dit S. Basile, qui est regenere, qui a la vie par le bapteme, doit I'entretenir en lui par la participation aux mysteres sacres." C'est pour cela que I'Eglise fait un devoir rigoureux de s'approcher, au moins une fois chaque annee, de la table du Seigneur. II ne suit pas, d'ailleurs, de ces paroles que tousdoivent necessairement recevoir N.-S. sous les deux especes du pain et du vin; car il arrive souvent, dans le style biblique, que la conjonclion et soit mise pour ouj de plus, on sait ciue J.-C. est present tout entier sous chaque espece. La communion sous les deux especes n'est de rigueur que pour les pretres qui offrent le sacrifice de la messe, oil I'immolation du Sauveur et I'effusion de son sang sont representees par la distin(flion des especes sacramentelles.

55. Vrainient^ non en figure. — Ce verset et le suivant expliquent pourquoi J.-C. a dit que celui qui revolt dignement son corps et son sang aura la vie eternelle.

t^j . Je vis par le Fere :\t: Pere, en m'engendrant, me communique sa divinite, qui est essentiellement vie. — Coiinne... aitisi : cts deux mots expriment ici une raison, un motif, plus encore qu'une comparaison.

58. Ce verset est un resume de tout le discours. Concluons avec Lacordaire : " Oui, comme il y a un pain de la nature, il y a un pain de la grace; comme il y a un pain de la vie mortelle, il y aun pain de la vie eternelle. Je crois a J.-C. quand il me dit : Je

suis venu pour leur donner la vie {Jean, x, 10); et J'y crois encore quand il me dit : Je suis le pain vivant descendu du ciel{y\, 51). J'ouvrirai ma bouche et je recevrai ce pain celeste sans m'etonner : car de quoi m'etonnerais-je? Est-ce que ma bouche n'est pas un organe spirituel, pr^pard d'avance pour de sublimes operations? Est-ce que mon ame ne I'habite point? Est-ce que la verite ne sort pas de ses levres entr'ouvertes avec le flot sacrede la parole? Fourquoi la chair transfigurde de I'Homme-Dieu ne passeraitelle point par les portes ou passe la verite qui vient de lui ? O bouche de I'homme, vase mysterieux, ouvre-toi pour recevoir le Dieu qui t'a fait, le Dieu dont tu paries, le Dieu qui connait les sentiers pour aller a ton ame et y commencer I'embrassement substantiel qui se consdmmera dans I'eternit^! Ouvretoi sans crainte et sans orgueil : sans crainte, parce que le Dieu qui vient k toi est doux et humble; sans orgueil, parce que tu n'as pas merite de le toucher de si pres. Ouvre-toi pour manger la chair du Fils de I'homme et pour boire son sang : ce sont les termes expres dont il s'est servi pour te convier a ce festin. II nous a dit : Mangez et buvez; mangez ma chair, buvez mon sang. Et s'il est des disciples qui se sont epouvantes de son discours et qui lui ont repondu : Cette parole est dure, et qui pourra reute/idre (vers. 60); s'il en est d'autres qui Font quitte pour ne plus le revoir, I'humanite n'a point obdi a leur faiblesse ni a leur trahison; elle est venue au banquet de la grace, elle a dresse des tables, elle a bati des monuments magnifiques pour couvrir d'ombre et de gloire le pain dont le Fils de Dieu avait dit : Ceci est mon corps. Elle a cru que, puisqu'une mere peut porter son.

EVANGILE SELON S. JEAN. Chap. VI, 59—71.

S9jesus dit ces choses, enseignant dans la synagogue a Capharnalim.

6oBeaucoupde ses disciples,rayant entendu, dirent : " Cette parole est dure, et qui peut I'ecouter?" ^i Jesus, sachant en lui-meme que ses disciples murmuraient a ce sujet, leur dit :

" Cela vous scandalise.'' ^^Et quand vous verrez le Fils de I'homme monter ou il etait auparavant?... ^sC'est I'esprit qui vivifie; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. ^-t Mais il y en a parmi vous quelques-uns qui ne croient point." Car Jesus savait, des le commencement, qui etaient ceux qui ne croyaient point, et qui etait celui qui le trahirait. ^sEt il ajouta : " C'est pourquoi je vous ai dit que

nul ne peut venir a moi, si cela ne lui a pas ete donne par mon Pere."

66Des ce moment, beaucoup de ses disciples se retirerent, et ils n'allaient plus avec lui. 67 Jesus done dit aux Douze : " Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller?" ^^ Simon- Pierre lui repondit : '' Seigneur, a qui irions-nous.'' Vous avez les paroles de la vie eternelle. 69 Et nous, nous avons cru et nous avons connu que vous etes le Saint de Dieu." 7oJesus leur repondit : " N'est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les douze? Et I'un de vous est un demon." 71 H parlait de Judas, fils de Simon Iscariote, car c'etait lui qui devait le trahir, lui, I'un des Douze.

fils dans ses entrailles et le nourrir encore de sa substance apres I'avoir mis au monde, il n'etait pas impossible k Dieu d'avoir la menie puissance dans la meme tendresse, et de renouveler entre nous et lui les miracles de la maternite."

60. Les Juifs ignoraient alors de quelle maniere N.-S. donnerait sa chair a manger et son sang a boire, — savoir, sous les especes du pain et du vin. lis ne songeaient, dit S. Augustin, qu'k une chair coupee en morceaux.

62. Qiiand vous verrez le Fils de rhoinnie inofi/er... au ciel avec son corps glorieux {Lite, xxiv, 51 ; Marc, xvi, 19). " Cette proposition est kla fois interrogative et elliptique. Les interpretes la complelent de diverses manieres. Selon les uns, la pensee sousentendue est celle-ci : Apres mon ascension, ne reconnaitrez-vous pas que je suis descendu du ciel, que je suis I'organe de mon Pere et que vous devez croire <i toutes mes paroles? Ou bien : Ne comprendrezvous pas qu'il s'agit d'autre chose que d'une manducation charnelle, comme vous vous le figurez? — Selon les autres, cette pensee serait toutedifferente.Le niysterede I'Eucharistie, impliquant reellement la multiplication de mon corps et de mon sang, ne vous paraitra-t-il pas moins croyable encore apres ma disparition de ce monde? — Cette derni^re interpretation est la plus commune parmi les interpretes modernes, et se lie mieux, ce semble, avec ce qui precede et ce qui suit.Quoi qu'il en soit.ces paroles du Sauveur montrent qu'il a €\.€ bien compris de ses auditeurs. II ne suppose pas qu'ils manquent d'intelligence, mais bien de docilite. S'ils gvaient mal saisi sa pensee, il I'aurait expli-

quee, comme il fait toujours quand ses paroles donnent lieu k une meprise, par exemple lorsqu'il parle de levain, de rexeneralion, du sonimeil de Lazare, de Valiine/tt dont lui-meme se nourrit, de son depart prochain. Voy. Matth. xvi, 8-12; Jean, iii, 3-5; iv, 32-34; viii, 32-34; xi, 11-14; xvi, 16-19,29." {Vigotiroiix. Man. Bib. iii, n. 325).

63. N.-S. continue de repousser le sens tout materiel que les Juifs avaient dans I'esprit. La premiere partie du verset exprime une pensee generale, savoir que la chair, comme I'entendaient les Juifs, la chair morte et coupee par morceaux, ne sert de rien; il faut que I'esprit I'anime et la vivifie, il faut qu'elle soit unie a la divinite. Or la chair que J.-C. veut donner, c'est son corps glorifie, vivant, et donnant la vie, — et cela, dit S. Jean Chrysostome, d'une maniere mystique et sacramentelle, sous les especes du pain et du vin.

Les paroles que Je vous ai dites sont esprit et vie : Mes paroles visent quelque chose de spirituel et de vivant, c'est-adire ma chair toute pene'tree et aniniee par ma divinite, non quelque chose de materiel et d'inanime. Ou bien, selon d'autres interpretes: mes paroles sont vraiment efficaces, elles procurent la vie eternelle.

64. Qui 7ie croiettt point, qui sont incredules, non seulement sur ce point, mais sur tous mes enseignements en general.

S. Jean insinue que Judas etait du nombre de ces incredules.

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