PENDAN7 LA DERNIERE CENE [CHAP. XIII
Le lavement des pieds, supreme marque d'amour et d'humilite [vers. I — 17]. Trahison de Judas annoncee [18 — 30].
Vant la fete de Paque, Jesus, sachant que son heure etait venue de passer de ce monde a son Pere, apres
avoir aime les siens qui etaient dans le monde, les aima jusqu'a la fin.
2 Pendant le souper, lorsque deja le diable avait mis dans le coeur de
49. " A chaque parole semblable que nous entendons, 11 faut remonter jusqu'k la source, contempler le Pere dans le Fils et le Fils dans le Pere... Le Fils n'est pas de luimeme, autrement il ne serait pas Fils; il ne parle done pas de lui-meme : il dit ce que soti Pere lui dit (vers. 50). Son Pere lui dit tout en I'engendrant, et il le lui dit, non par une autre parole, mais par la propre parole qu'il engendre." Bossuet. Comp. v, 30; vii, 16.
50. Son commandement. La do(R;rine qu'il m'a coinmande d'enseigner, etant la verite absolue, conduit h la vie eternelle.
CHAP. XIII
I. Avant la fete de Pdque. Ce verset ainsi que deux autres passages du quatrieme Evangile (xviii, 28; xix, 14, 31, 42) ont souvent ete invoques par les rationalistes etles protestants heterodoxes k I'appui de leur these sur les contradiflions des Evangiles. Selon S. Jean disent-ils Notre-Seigneui
cel^bra la Cene avec ses disciples " avant la fete de Paque'', par consequent, au plus tard, dans la nuit du 13 au 14 Nisan, tandis que d'apres les Synoptiques la Cene du Sauveur eut lieu "le premier jour des Azymes," c'est-k-dire le jour meme oil les Juifs devaient manger et mangerent de fait I'agneau pascal, dans la nuit du 14 au 15 Nisan. — L'un des recits doit done etre abandonne.
Qu'il ne puisse y avoir de contradidlion reelle entre les deux recits, nous en avons pour garant non seulement I'inspiration des Ecritures, mais encore I'impossibilite manifeste qu'une veritable contraditlion aurait pu exister, sans que S. Jean eiJt pris soin de la faire disparaitre, et sans qu'elle eut provoque, des les premiers siecles, de serieuses discussions, et meme de profondes divisions.
Quant a la contradi^lion apparente, on a sou vent cherche k la resoudre.
Trois principales explications ont ete et sont encore proposees.
EVANG. SECUNDUM JOANNEM. Cap. XII, 46—50; XIII, i, 2. 395
misit me. 46. Ego lux in mundum veni : ut omnis, qui credit in me, in tenebris non maneat. 47. Et si quis audierit verba mea, et non custodierit : ego non judico eum : non enim veni ut judicem mundum, sed ut salvificem mundum. 48. Qui spernit me, et non accipit verba mea: habet qui judicet eum: ''sermo, quern locutus sum, ille judicabit eum in novissimo die. 49. <^uia ego ex me ipso non sum locutus, sed qui misit me Pater, ipse mi hi mandatumdeditquiddicam,et quid loquar. 50. Et scio quia mandatum ejus vita aeterna est. Quae ergo ego loquor, sicut dixit mi hi Pater, sic loquor.
— :;:— CAPUT XIII. —
Jesus a coena linteopraecinftus, lavat pedes discipulorum, renuente primum Petro, exhortans ut idem invicem faciant : proditorem suum Joanni indicat; quo post buccellam egresso, dicit se clarificatum : de novo mandato dile(5\ionis : Petro trinam prjedicit sui abnegaiionem.
NTE diem festum Paschas, "sciens Jesus quia venit hora ejus ut transeat
exhocmundoad Patrem:
cum dilexisset suos, qui erant in mundo, in finem dilexit eos.
2. Et ccena facta, cum diabolus jam misisset in cor ut traderet eum
■^Matth. 26, 2. Marc. 14, 1. Luc.22,1.
10 Certains exegetes croient concilier les deux recits en cherchant a prouver que Notre-Seigneur ne celebra point la 'Paque legale. Selon eux, Jesus devanga de vingt-quatre heures la Paque juive, pour instituer, avant sa mort, la Paque chretienne. Sans doute, disent-ils, le Sauveur, durant la Cene, se conforma aux rites du festin pascal, mais au lieu de manger I'agneau pascal, il servit en nourriture la chair et le sang de I'agneau divin. II abrogea ainsi, dans la nuit du 13 au 14 Nisan, la Paque legale que les Juifs allaient cdlebrer le lendemain. Or, ajoutent les defenseurs de cette premiere solution, c'est de la Cene ainsi entendue que parlent les Synoptiques, et par consequent, etant donne que selon eux aussi bien que selon S. Jean, le repas de Jesus preceda d'un jour la Paque des Juifs, il n'y a entre les deux recits aucune contradidlion.
2° D'autres disent : Notre-Seigneur a, en realite, celebre la Paque un jour plus tot que les Juifs. Mais la Cene du Sauveur fut la Paque legale, le festin officiel et sacre. Les affirmations des Synoptiques et le temoignage de la tradition sont trop formels pour qu'on puisse en douter. Comment done expliquer que Jesus ait anticipe, de vingtquatre heures, le festin de la Paque.? Par un usage qui s'etait introduit au temps de la captivite de Babylone. A partir de cette ^poque, s'il faut en croire le Talmud, les Juifs retarderent d'un jour la celebration de la Paque, lorsqu'elle tombait un veiidredi. lis evitaient ainsi I'inconv^nient qu'aurait produit I'occurrence de la Paque avec la veille du sabl:»at, a savoir le repos absolu qu'il aurait fallu observer deux jours de suite. Or, cette explication une fois admise,
toute difticulte parait s'evanouir. Notre-Seigneur, fidele au texte meme de la Loi, aurait cdlebre la Paque le jour 011 elle tombait regulierement, dans la nuit du 14 au 15 Nisan, et c'est ce qu'expriment les Synoptiques; les Juifs, au contraire, s'appuyant sur la derogation introduite par I'usage, n'auraient commence la fete que le lendemain, et c'est ce qu'indique S. Jean.
Cette explication est encore defendue par d'excellents interpretes. Elle serait tout a fait acceptable, si Ton possedait des renseignements moins incertains sur les usages juifs touchant le jour de la celebration de la Paque au temps du Sauveur.
30 Mais, parce que cesrenseignements precis font defaut, de bons commentateurs proposent et defendent une troisieme solution. Selon eux, Notre-Seigneur celebra la vraie Paque, la Paque legale, le meme jour que les Juifs, dans la nuit du 14 au 15 Nisan. Le temoignage des Synoptiques ne leur parait pas permettre de doutes a ce sujet.
— Mais, objectera-t-on, selon S. Jean, la Cene eut lieu " avant la Fete de Paque."
— Oui, en un sens tres vrai, puisque le veritable jour de la Paque, le jour solennel entre tous, etait celui qui suivait le festin ou Ton avait mange I'agneau. — D'ailleurs, si I'on n'oublie pas que S. Jean e'crivit son Evangile hors de la judde, pour des Gentils, sur la fin du premier siecle, ne peut-on pas supposer qu'il a compte, non a la maniere des Juifs, mais a la maniere des Grecs et des Remains ? II ne ferait done commencer les jours qu'a minuit et rapporterait k la veille ce qui etait pour les Juifs, dont la maniere de compter a ete suivie par les Synoptiques, le commencement du jour.
• — Quant aux difficultes tirees des chapi-
EVANGILE SELON S. J KAN. Chap. XIII, 3—19.
Judas, fils de Simon Iscariote, le dessein de le livrer, ijesus, qui savait que son Pere avait remis toutes choses entre ses mains, et qu'il etait sorti de Dieu et s'en allait a Dieu, 4se leva de table, posa son manteau,et, ayant pris un linge, il s'en ceignit. 5 Puis il versa de I'eau dans le bassin et se mit a laver les pieds de ses disciples, et a les essuyer avec le linge dont il etait ceint. ^11 vint done a Simon- Pierre; et Pierre lui dit : " Quoi, vous. Seigneur, vous me lavez les pieds!" 7 Jesus lui repondit : " Ce que je fais, tu ne le sais pas maintenant, mais tu le comprendras bientot." ^Pierre lui dit : " Non, jamais vous ne me laverez les pieds." Jesus lui repondit :
" Si je ne te lave, tu n'auras point de part avec moi." 9 Simon-Pierre lui dit : " Seigneur, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tete!" ^° Jesus lui dit : " Celui qui a pris un bain n'a besoin que de laver ses pieds; il est pur tout entier. Et vous aussi, vous etes purs, mais non pas tous." "Car il savait quel etait
celui qui allait le livrer; c'est pourquoi il dit : " Vous n'etes pas tous purs."
i^Apres qu'il leur eut lave les pieds, il reprit son manteau, et s'etar.t remis a table, il leur dit : " Comprenez-vous ce que je vous ai fait?
13 Vous m'appelez le Maitre et le Seigneur; et vous dites bien, car je le suis. MSi done moi, le Seigneur et le Maitre, je vous ai lav6 les pieds, vous devez aussi vous laver les pieds les unsauxautres.isCarje vous aidonne I'exemple, afin que, comme je vous ai fait, vous fassiez aussi vous-memes.
^^En verite, en verite, je vous le dis, le serviteur n'est pas plus grand que son maitre, ni I'apotre plus grand que celui qui I'a envoye. ^7 Si vous savez ces choses vous etes heureux, pourvu que vous les pratiquiez. ^^Je ne dis pas cela de vous tous; mais il faut que I'Ecriture s'accomplisse : Celui qui mange le pain avec moi, a leve le pied contre moi. ^9je vous le dis des maintenant, avant que la chose arrive, afin que, lorsqu'elle sera arri-
tres xviii, vers. 28, et xix, vers. 14, 31, 42, on en trouvera la solution dans les notes ajoutees k ces versets.
Apres avoir aiine les siens, ses propres Apotres, ceux qui sont veritablement siens, car il les a choisis entre tous (voy. vi, 71; xiii, 18; XV, 16), mais qu'il va laisser au milieu des agitations et des persecutions du monde. — Jtisqu'alafin. " Jusqu'a la fin de sa vie," selon quelques interpretes. II leur donne alors un dernier temoignage de son amour en leur lavant les pieds. — " Jusqu'au plus haut degre d'amour, " jusqu'a la perfe<Slion,disent plusieurs commentateurs avec S. Jean Chrysostome qui entend ces mots de I'institution de la Sainte Eucharistie. Cette seconde interpretation parait plus conforme a I'ensemble du recit. Mais cet exces, cette preuve etonnante d'amour, il faut I'entendre, semble-t-il, non seulement de I'institution de I'Eucharistie ou du lavement des pieds, mais encore de tout ce qui s'est passe au Cenacle, au jardin des Olives et sur le Calvaire, par consequent du discours apres la Cene, de la promesse du Saint-Esprit, de la priere sacerdotale, de la bonte avec laquelle Jesus accueillit Judas, des souffrances endurees pour nous pendant toute la Passion, et de la mort meme du Sauveur, selon le mot
de Jesus: " II n'y a pas de plus grand amour quede donner sa vie pour ses amis " (xv, 13).
2. Pendant le souper (gr. y''>'oiJ-£vou), tandis que se faisait la cene pascale {Matth. xxvi, 20 sv. ; Marc, xiv, 17 sv. ; Liec^ xxii, 14 sv.). La Vulgate a sans doute lu ycvoar/ou, apres le souper. Mais cette legon est moins autorisee; en outre, il est peu naturel de placer le lavement des pieds apres le repas, lequel d'ailleurs n'etait certainement pas acheve (vers. 12, 26). Voyez Cene pascale dans le Vocabulaire.
3. Toutes choses : le pouvoir de donner la vie aux hommes, de juger le monde : comp. Matth. xi, 27; xxviii, 18. — Sorti de Dieu. Engendre par le Pere il est venu dans le monde, en s'mcarnant, mais il est sorti de Dieu " comme la pensee sort de I'esprit en y restant toujours,... sorti par consequent comme un autre lui-meme, comme son Fils, de meme nature que lui, un meme Dieu avec lui; ... tout lui est commun avec le Pere, a qui il ne reste rien de propre et de particulier que d'etre Pere, comme il ne reste a la source que d'etre source, tout le reste, pour ainsi parler, passant dans le ruisseau." Uossuet. — ii''en allait a Dieu, par sa prochaine glorification dans le ciel, au jour deson ascension. — Sachant tout cela,Jesus-
EVANGELIUM SECUNDUM JOANNEM. Cap. XIII, 3—19. 397
Judas Simonis Iscariotas : 3. sciens quia omnia dedit ei Pater in manus, et quia a Deo exivit, et ad Deum vadit : 4. surgit a coena, et ponit vestimenta sua : et cum accepisset linteum, prascinxit se. 5. Deinde mittit aquam in pelvim, et coepit lavare pedes discipulorum, etextergere linteo, quo erat prascindtus.