C. — S. Paul en Grece [chap, xvii, 15 — x\iii
i) — A Athenes. Discours devant I'Areopage : Ouelques mots sur le vrai Dieu, sur riiomme et sur le Christ [15
Ch.XVII. il^^^Eux qui conduisaient Paul I'ac- " compagnerent jusqu'a Athenes; puis, charges de mander a Silas et a Timothee de venir le rejoindre au plus tot, ils s'en retournerent.
16 Pendant que Paul Ics attendait a Athenes, il sentait en son ame une vive indignation au spectacle de cette ville pleine d'idoles. ^711 discutait done dans la synagogue avec les Juifs et les hommes craignant Dieu, et tons les jours dans I'Agora avec ceux qu'il rencontrait. ^^Orquelques philosophes epicuriens et stoiciens ayant confere avec lui, les uns disaient : " Que nous veut ce semeur de paroles.?" D'autres, I'entendant precher Jesus et la resurre6lion, disaient : " II parait qu'il vient nous annoncer des divinites etrangeres. " 19 Et I'ayant pris avec eux, ils le menerent a I'Areopage, disant : " Pourrions-nous savoir quelle est cette nouvelle do6lrine que tu enseignes?
20 Car tu nous fais entendre des choses etranges. Nous voudrions done savoir ce qu'il en est. " 21 Or tous les Atheniens ct les etrangers etablis dans la ville ne passaient leur temps qu'a dire ou a ecouter des nouvelles.
22Paul,debout au milieu de I'Areo-
page, parla ainsi : " Atheniens, je constate qu'a tous egards vous etes eminemment religieux. -3Car lorsque parcourant 7'otre ville, je regardais les objets de votre culte, j'ai trouve meme un autel avec cette inscription :
A UN DIEU INCONNU. Ce que vous adorez sans le connaitre, je viens vous I'annoncer. -4Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qu'il renferme, etant le Seigneur du ciel et de la terre, n'habite point dans des temples faits de main d'homme; -'^\\ n'est point servi par des mains humaines, comme s'il avait besoin de quelque chose, lui qui donne a tous la vie, le souffle et toutes choses. 26]3'un seul homme il a fait sortir tout le genre humain, pour peupler la surface de toute la terre, ayant determine pour chaque nation la duree de son existence et les bornes de son domaine, 27afin que les hommes le cherchent et le trouvent comme a tatons : quoiqu'il ne soit pas loin de chacun de nous, ^Scar c'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et I'etre; et, comme I'ont dit aussi quelques-uns de vos poetes,
... de sa race nous sommes.
29 Etant done de la race de Dieu, nous ne devons pas croire que la di-
\z^. Jusqii'a Athenes. Cette ville etait toujours la metropole de la science, de I'art et de la civilisation helleniques; soumise politiqiiement aux Remains, elle regnait par I'intelligence sur Rome et I'univers. — Timothee vint en effet retrouver Paul a Athenes; mais celui-ci, pour le bien de I'Eglise, renvoya ensuite ce fidele disciple a Tbessalonique (I TJiess. iii, 1-2). lis se retrouverent ensemble a Corinthe (xviii, 5).
16. Pleiiie (Vidoles : au temoignage de Pausanias et de Tite-Live, Atbenes renfermait a elle seule plus de statues et de temples que tout le reste de la Grece.
17. Dans P Agora ou place publique, probablement la nouvelle Agora, situee pres du
Portique, ou les philosophes et les orateurs avaient coutume d'adresser leurs discours au peuple.
18. E'piciirie)is et Stoiciens. Ils formaient les deux ecoles philosophiques les plus opposees entre elles et les plus eloignees du christianisme. Les Epicuriens ne voyaient dans I'homme qu'un compose d'atomes, niaient par consequent rimniortalite de I'ame, et, confondant le plaisir avec le devoir, plai^aient le souverain bien dans la satisfaftion des appetits. Les Stoiciens, au contraire, rejetaient le materialisme, enseignaient le pantheisme, et placaient le bonheur, la perfecflion, le souverain bien, dans la pratique de pre'ceptes de morale eleves en
ACTUS APOSTOLORUM. Cap. XVII, 15—29.
usque ad mare : Silas autem, et Timotheus remanserunt ibi.
15. Qui autem deducebant Paulum, perduxerunt eum usque Athenas, et accepto mandate ab eo ad Silam, et Timotheum ut quam celeritervenirent ad ilium, profecti sunt.
16, Paulus autem cum Athenis eos exspectaret, incitabatur spiritus ejus in ipso, videns idololatria^deditam civitatem. 17. Disputabat igitur in synagoga cum Judasis, et colentibus, et in foro, per omnes dies ad eos, qui aderant. 18. Quidam autem Epicurei, et Stoici philosophi disserebant cum eo, et quidam dicebant:
Ouid vult seminiverbius hie dicere.'' Alii vero : Novorum dsemoniorum videtur annuntiator esse : quia Jesum, et resurrectionem annuntiabat eis. 19. Et apprehensum eum ad Areopagum duxerunt, dicentes :
Possumus scire quas est base nova, quas a te dicitur, doctrina? 20. Nova enim quasdam infers auribus nostris : volumus ergo scire quidnam velint hasc esse. 21. (Athenienses autem omnes, et advenas hospites, ad nihil aliud vacabant nisi aut di-cere, aut audire aliquid novi.)
22. Stans autem Paulus in medio Areopagi, ait : Viri Athenienses per omnia quasi superstitiosiores vos video. 23. Prasteriens enim, et videns simulacra vestra, inveni et aram, in qua scriptum erat : Igno- TO pEO. Quod ergo ignorantes colitis, hoc ego annuntio vobis.
24. ^Deus, qui fecit mundum, et -Gen. 1,1. omnia quas in eo sunt, hie coeli et terras cum sit Dominus, "'non in ^supray, manufactis templis habitat, 25. nee ■^^• manibus humanis colitur indigens aliquo, cum ipse det omnibus vitam, et inspirationem, et omnia :
26. fecitque ex uno omne genus hominum inhabitare super universam faciem terras, definiens statuta tempora, et terminos habitationis eorum, 27. quasrere Deum si forte attrectent eum,autinveniant,quamvis non longe sit ab unoquoque nostrum. 28. In ipso enim vivimus, et movemur, et sumus : sicut et quidam vestrorum poetarum dixerunt : Ipsius enim et genus sumus.
29. Genus ergo cum simus Dei, non debemus asstimare auro, aut argento, aut lapidi, sculpturas artis, et cogitationis hominis, Divinum esse
eux-memes, mais gates par un orgueil tout pharisaique.— £"//a rcsurreflioti des morts.
19. Areopage : place, moins bruyante que 1' Agora, situee a I'ouest de I'Acropole. La se rassemblait, a ciel oiivert, le tribunal supreme de la nation, qui portait aussi le nom d^Are'opas^e.
22. Parla ainsi. Ce discours est tout a la fois d'un tour oratoire e.xquis et d'une profondeur de vues admirable. II embrasse en quelques traits la theologie (vers. 24-25), I'anthropologie ou philosophie de I'histoire (vers. 26-29) 6t la christologie (vers. 30-31). -- Einineiiinieni religieux, litt. plus religieiix que les autres hommes ou du moins que vos compatriotes de Grece. La locution Cue, o£iff'.5ai,u.ov£jT£po'j? est un comparatif qui, d'apres I'etymologie, signifie "craignant davantage les genies ou les dieu.x " et qui pent etre interprete soit en bonne, soit en mauvaise part. Dans le premier cas il sert a designer les hommes pieux. religieux; dans le second il s'entend des hommes supcrsUtieux, religieux a I'exces. II semble bien que S. Paul, au debut
meme de son discours, n'ait pas voulu employer ce mot dans le second sens et adresser a ses auditeurs une epithete blessante. II a voulu, au contraire, louer en quelque maniere dans les Atheniens le sentiment religieux qui les animait. A moins qu'il n'ait choisi a dessein cette expression comme etant egalement eloignee du blame et de I'eloge, et comme lui permettant de reconnaitre jusqu'oii ils portaient le culte des faux dieux, sans vouloir, pour le moment, incriminer leur conduite.
23. A im Dieu i/ico/i/iu : Pausanias, Diogene Laerce, etc. attestent I'existence de ces sortes d'autels, eriges par les Atheniens, par crainte de blesser, sans le savoir, ou de negliger quelque dieu puissant dont ils ignoraient le nom. En voyant dans ce dieu incoiuiu le Uieu unique dont le paganisme avait le pressentiment, Paul laisse de cote la pensee intime des Atheniens; il lui sufifit de prendre les mots dans leur sens obvie et purement exterieur.
28. Vos pot'fes : Aratus de Cilicie et Cleanthe, qui vecurent au 3e siecle av. J.-C.
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vinite soit semblable a de I'or, a de I'argent 011 a de la pierre, sculptes par I'art et le genie de rhoinme.
30 Dieu, ne tenant pas compte de ces temps d'ignorance, annonce maintenant aux hommes qu'ils aicnt tons, en tous lieux, a se repentir; 31 car il a fixe un jour ou il jugera le monde selon la justice, par I'Homme qu'il a designe, et qu'il a accredite aupres de tous, en le ressuscitant des morts. "
s^Lorsqu'ils entendircnt parler de resurre6lion des morts, les uns se moquerent, les autres dirent : " Nous t'entendrons la-dessus une autre fois." 33C'est ainsi que Paul se retira du milieu d'eux. 34Quelques personnes neanmoins s'attacherent a lui et crurent; de ce nombre furent Denys I'Arcopagite, une femme nommee Damaris, et d'autres avec cux.
2) Paul a Corinthe, durant un an et demi. Conversions nombreuses
[chap. XVIII, I — iij. II est accuse devant le proconsul Gallion [12 — 17].
Ch.
Prcs cela, Paul partit d'Athenes et se rendit a Corinthe.
^11 y trouva un Juif nomme Aquilas, originaire du Pont, et recemment arrive d'ltalie avec sa femme Priscille, parce que Claude avait cnjoint a tous les Juifs de sortir de Rome. Paul alia les voir; 3et comme il exercait le meme metier, il demeura chez eux et y travailla : ils etaient faiseurs de tentes. -iChaque sabbat, il discourait dans la synagogue, et il persuadait des Juifs et des Grecs.
sLorsque Silas et Timothee furent arrives de Macedoine, il se donna tout entier a la parole, attestant aux Juifs que Jesus ^tait le Christ. ^Mais
comme ceux-ci s'opposaient a lui et I'injuriaient, Paul secoua ses vetemcnts et leur dit : " Que votre sang soit sur votre tete! J'en suis pur; des ce moment j'irai chez les Gentils." 7Et sortant de la, il entra chez un nomme Justus, homme craignant Dieu, et dont la maison etait contigue a la synagogue. ^Or Crispus, le chef de la synagogue, crut au Seigneur avec toutesa maison; un grand nombre de Corinthiens, en entcndant Paul, crurent aussi et furent baptises.
9 Pendant la nuit, le Seigneur dit a Paul dans une vision : " Sois sans crainte, mais parle et ne te tais point. 1 I'^Car je suis avec toi, et personne ne
30. Ne tenant pas compte, litt. "' iiyant regardc iVen katit, uKsptooV/." Parmi les significations usuelles du mot grec, celle de viepriser parait pen en rapport avec le contexte. Celui-ci, en effet, parle de misericordieux appel au s^alut (Comp. xv, 14). II s'agirait done d'un regard d'indulgence et de misericorde, Dieu, en sa patience et longanimite, voulant bien considerer tout le passe d'Athenes comme un temps d'ignorance.
31. II jugera l^honune ... par PHonine : c'est en sa qualite d'Homme Dieu queN.-S. jugera les humains (Jean, v, 22). — Designe ... en le resmscitant. {Coxw'p. Rom. i, 4.)
32. Les nns se moquerent. A Athenes comme a Corinthe (I Cor. xv, 12) la resiureflion des corps suscitait des contradiflions.
34. Denys VAreopaoite fut, d'apres Eusebe, premier eveque d'Athenes. Une tradition qui parait peu fondee le conduit, apres la mort de I'apotre S. Jean, a Rome aupres
de S. Clement, et de la en Gaule, oil il aurait souffert le martyre a Paris, dans la persecution d'Adrien. Les ecrits theologiques et mystiques C[ui portent son nom, et qui jouirent d'une si grande consideration au moyen age, apparliennent a une epoque plus recente. Voy. Vigoieroux, IJicI. de la Bible, t. I, col. 1383. '
CHAP. XVIII
1. CoriniJie, cap. de FAchaie, sur I'istbme qui unit le Peloponese a la Grece proprement dite. De nombreux etrangers y affluaient pour le commerce, et il y regnait une grande corruption de mccurs.
2. Aquilas... Piiscillej s'ils n'ctaient pas deja Chretiens, ils ne tnrderent pas a se convertir (vers. 26). — Reccmment arrive a Corinthe, apres un voyage que differents arrets dans les viiles commergantes avait pu prolonger au moins pendant une annt-e. — Parce que Claude avait enjoint.
ACTUS APOSTOLORaM. Cap. XVII, 30—34; XVIII, i — 10. B21
mine Aquilam, Ponticum geiiere, qui nuper venerat ab Italia, et Priscillam uxorem ejus, (eo quod prascepisset Claudius discedere omnes Juda^os a Roma) Sccessit ad eos, 3. Et quia ejusdem erat artis, manebat apud eos,et operabatur: (erat autem see no factorial artis.) 4. Ft disputabat in synagoga per omne sabbatum, interponens nomen Domini Jesu,suadebatqueJuda2is,etGraecis.
5. Cum venissent autem de Macedonia Silas et Timotheus, instabat verbo Paulus, testificans Judasis esse Christum Jesum. 6. Contradicentibus autem eis, et blasphemantibus, excutiens vestimenta sua, dixit ad eos : Sanguis vester super caput vestrum : mundus ego, ex hoc ad gentes vadam. 7. Et migrans inde, intravit in domum cujusdam, nomine Titi Justi, colentis Deum, cujus domus erat conjuncta synagogue. 8. Crispus autem archisynagogus credidit Domino cum omni domo sua : et multi Corinthiorum audientes credebant, et baptizabantur.
9. Dixit autem Dominus nocte per visionem Paulo : Noli timere, sed loquere, et ne taceas : 10. Propter quod ego sum tecum : et nemo apponetur tibi ut noceat te : quoniam populus est mihi multus in hac civitate.
simile. 30. Et tempora quidem hujusignorantiasdespiciensDeus,nunc annuntiat hominibus ut omnes ubique poenitentiam agant, 3i.eoquod statuit diem, in quo judicaturus est orbem in asquitate, in viro, in quo statuit, fidem prasbens omnibus, suscitans eum a mortuis.
32. Cum audissent autem resurrectionem mortuorum, quidam quidem irridebant, quidam vero dixerunt : Audiemus te de hoc iterum.
22' Sic Paulus exivit de medio eorum. 34. Quidam vero viri adhs;rentes ei, crediderunt : in quibus et Dionysius Areopagita, et mulier nomine Damaris, et alii cum eis.
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— *— CAPUT XVIII. — :i-^ FaulusCorinthi suumexercetarliriciumapud Aquilam : et qiiamquam ad ejus pnedicationem blasphemarent Judcei, audit tamen ' in visione multum ibi populum ad fidem convertendum : verum post sesquiannum accusatur a Judasis apud Gallionem pioconsulem, et post multos dies venit Ephesum, ac variis regionibus fratres confirmat : Apollo vehementer Judieos convincil, ostendens ex Scripturis Jesum esse Christum, quamquam tantum nosset baptisma Joannis.
OST hasc egressus ab Athenis, venit Corinthum : 2. et inveniens quemdam Judasum no-
L'empereur Claude porta cet edit la neuvicme annee de son regne, par consequent I'an 50 ou 51. A cette epoque, les jude'o Chretiens n'etaient ptis encore nettement separt's des Juifs, et I'e'dit qui frappait ces derniers clevait aussi les ;itteindre. Du reste,rordre de Claude cessa bientot.soit ofificiellement, soit tacitement, d'etre en vigueur; peu d'annees apres, Thistoire nous monlre des Juifs et des Chretiens vivant librement a Rome.
3. lis ctaicnt faiseurs tic ic?ifes : Paul, en meme temps qu'il suivait a Jerusalem les letjons des rabbins, avnit appris un metier : c'etait La coutume des Juifs. Ce metier etait celui de faiseur de tentes. En Orient, ou les hotelleries sont rares, les voyageurs s'abrilent sous de petites tentes qui font partie do leurs bagages : de la I'industrie dont il est ici question.
4. Apres synagogue, la Vulgate ajoute, inclant a ses discours le uuin de Jesus : ces mots ne paraissent pas authentiques.
5. Lorsque Silas et Timolhce fureut airives de Macedoinc, ou S. Paul les avait laisse's. Voy. xvii, 15. — // sc donna tout entier. Probablement Timothe'e avait apporte a S. Paul les aumones de ses chers Philippiens, ce qui le dispensa durant quekiue temps de travailler de ses mains {Philip.
i, 5; iv, 15)-
6. J'cn suis pur. La perte eternelle des Juifs est presente'e sous Timage d'une mort, d'un sang repandu. Sur eux, et non sur I'Apotre, pcsera desormais la responsabilite de leur ruine morale, de leur damnation, puisqu'ils ont refuse obstinement le salut qui vient encore de leur etre offert.