‹ La Sainte BibleChapitre 121 sur 735 · Des twa'ens, juges et officiers publics · texte numérisé non relu

Des twa'ens, juges et officiers publics

32. Le depot des os de Joseph dut avoir lieu aussitot que les descendants de Joseph furent mis en possession de Sichem; il est raconte ici sans doute comme etant en rapport avec la mention de la sepulture de Josue : Ephraim posseda ces deux tombes dans son territoire. — A Sze/ie//i : comp. Ac7. vii, 1 5 et 16. — Que Jacob avait ache tee : voy. Gen. xxxiii, 19.

33. Gabaa, probablement la ville levitique de Gabae (xxi, 17), auj. village de Djibia, situe sur un monticule en face de Deir ed Dhan. (V\ Guerin).

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LE livre des Juges contient, non pas I'histoire complete et suivie, mais les principaux episodes de I'histoire du peuple de Dieu depuis la mort de Josue jusqu'a celle de Samson, c'est-a-dire jusqu'a I'epoque de Samuel, qui etablit le premicr roi d'Israel. II doit son nom a la serie de personnages qui, durant cette periode, jouerent un grand role dans la nation, et auxquels la Bible donne le nom de/u^'es, en hebreu ScJiopJitini. Ce nom est le meme que celui des Suffetes carthaginois, mais il designe des fon6lions differentes. Les Suffetes etaient des magistrats reguliers, investis de la plenitude du pouvoir executif, et se succedant sans interruption, comme les consuls romains.

Tout autre est le role des Juges d'Israel ; I pour le bien comprendre, il faut se rappeler quelle etait a cette epoque la situation politique et religieuse de la nation Israelite.

Lorsque Josue eut acheve la conquete de la terre Promise et en eut fait le partage entre les tribus, il se retira dans son domaine de Thamnat- Sare et y vecut en simple particulier, uniquement occupe de ses affaires domestiques, et n'exergant sur la nation aucun pouvoir gouvernemental ou administratif ; le seul a6le d'autorite qu'il crut devoir faire, au bout de plusieurs annees et a I'approche de la mort, ce fut de convoquer encore une fois les tribus et de leur rappeler les bienfaits dont Dieu les avait comblees, et les engagements qu'elles avaient contraftees envers Jehovah {Jos. xxiii sv.). II n'avaitpas non plus a se choisir de successeur : il entrait dans les desseins de Dieu qu'Israel, une fois en possession de son heritage, vecut un certain temps sous le regime patriarcal.

Rien de plus simple que ce regime : c'est, comme I'indique son nom, le pouvoir du pere de famille se continuant et se perpetuant a travers les generations de ses descendants dans la personne de son fils aine et du premier-ne des aines. II n'y a que des families et des groupes de families, c'est-a-dire des peres et des enfants, et chacun de ces groupes vit de sa vie propre et se suffit a lui-meme.

Aux anciens, aux viei Hards (hebr.

zeqcnhn, les Scheiks arabes), appartiennent le pouvoir et la responsabilite. Toutes les autorites, derivant de la naissance, sont hereditaires; leur unique fon6lion est de rendre la justice ; les interesses executent euxmemes la sentence. Aucun fon6lionnaire a nommer ou a retribuer; aucun pouvoir central, aucun chef de gouvernement pour toute la nation ; aucune loi nouvelle : celles de Moise suffisent a tous les besoins. Tel est le regime que la Bible elle-meme caracterise tres exa(5lement par cette reflexion plusieurs fois repetee : " II n'y avait pas de roi en Israel, et chacun faisait ce qui lui semblait bon (chap, xvii, 6, al.). " Les Bedouins sont peut-etre les seuls qui aient conserve jusqu'a nos jours une organisation semblable.

Un lien, pourtant, relie entre eux ces elements : toutes ces tribus, toutes ces families pratiquent le meme culte et suivent la meme loi; leur ensemble forme Yassemblee d Israel, la communaute de Jehovah. Disseminee sur les divers points du territoire, la tribu de Levi rappelle a tous la fidelite a la Loi, et chaque annee, au moins dans les temps de ferveur religieuse, les Israelites viennent assister aux grandes fetes celebrees dans le lieu ou se trouvait I'arche de I'alliance

' lis ressembleraient plutot aux di^atettrs qu'aux cotisuls.

LE LIVRE DES JUGES

(ii, 1-5; xxi, 19). Survient-il quelque circonstance importante, quelque grave danger, ils s'y rendent encore pour connaitre la volonte de Jehovah, que le grand pretre interroge par r Uriin et le Thmnmim (i, i al.). Dans cette situation, n'ayant a sa tete aucun chef capable de le defendre contre ses ennemis, Israel devait se sentir davantage sous la dependance de Dieu, son roi veritable, quoique invisible; il devait s'accoutumer a regarder Jehovah comme son unique, mais tout-puissant prote6leur.

La premiere tache qui s'imposait

aux Israelites apres leur etablisse-

/ ment dans la Terre Promise, c'etait

d'en faire disparaitre tous les Chana-

j neens qui y restaient encore : Dieu

' leur en avait donne I'ordre expres.

Par faiblesse, par lachete, par egoTs-

I me, ils prefererent jouir tout de suite

' des biens que leur offrait ce beau

pays, et vivre en paix a cote des an-

1 ciens habitants ; ils se creerent ainsi

un immense danger politique et en

meme temps une bccasilaii d'infidelite

/ et de chute. On les vit bientot con-

' tra6ler des alliances avec les idolatres,

adopter leurs usages et rendre a leurs

[ divinites, aux Baals et aux Astartes,

( des hommages impies, incompatibles

avec leurs obligations envers le vrai

Dieu. Le lien religieux, qui faisait

leur unite et leur force, etant brise,

f les tribus vecurent de plus en plus a

part, proie desormais facile pour les

Chananeens, qui les asservirent et les

rendirent tributaires, rarement toutes

ensemble, mais le plus souvent par

groupes, soit au nord, soit au midi.

Ces dures servitudes etaient suivies

de sinceres repentirs. Dieu suscitait

alors a son peuple, tantot dans une

tribu, tantot dans une autre, un Hbe-

rateur, un sauveur, qui I'affranchissait

par la vi6loire. C'est aces liberateurs,

a ces sauveurs, que la Bible donne le

nom de Juges.^ II ne faut done pas voir en eux des sufifetes ou des consuls charges de gouverner la nation ou d'administrer ses affaires : sous le regime patriarcal, la nation, comme telle, ne connait ni affaires, ni gouvernement. Leur role est uniquement militaire; la vi6toire remportee et le peuple affranchi, le sauveur d'lsrael s'en retourne dans sa famille ou dans son heritage. Si la Bible le considere encore comme un Juge, c'est, pour nous servir d'une expression toute moderne, comme un y2ige honoraire^ dont le prestige et I'influence morale contribuent a assurer a la fois la fidelite et la securite du peuple de Dieu. II n'y a d'exception que pour Jephte, qui n'accepta le commandement de I'armee qu'a la condition de conserver toute sa vie le pouvoir (xi, 9-10); plus tard, a I'approche de la royaute, Heli et Samuel exerceront aussi d'une m,aniere reguliere les fonftions judiciaires proprement dites. De plus, I'autorite des Juges etait le plus souvent locale et circonscrite, ne s'etendant qu'a quelques tribus, tantot du Nord, tantot du Sud; c'est ce qui resulte de la comparaison attentive des textes. Enfin les Juges ne paraissent pas s'etre succede regulierement les uns aux autres. Comme leur apparition etait liee a la situation et aux dispositions morales du peuple, on presume avec vraisemblance qu'il y a eu entre eux des interruptions, et, par contre, que plusieurs ont existe simultanement dans la terre d'lsrael.

Le livre des Juges comprend une introdu6lion, le corps meme de I'ouvrage et deux appendices.

Dans Vintioditclion (ch. i, i-iii, 6), I'auteur expose d'abord la situation des Israelites vis-a-vis des peuplades chananeennes restees dans le pays apres la mort de Josue (i, i-ii, 5);

' Probablement en tant qu'ils sont les organes de la justice divine, appeles, en ce temps de desordre et de violence, a repri-

mer (litt. h. fttger : comp. II Safn. xviii, 19), soit les ennemis du dehors qui opprimaient le peuple, soit les oppresseurs du dedans.

LE LIVRE DES JUGES

puis il trace le cara6lere general de I'epoque des Juges : alternative continuelle d'infidelites et de servitudes, de repentirs et de delivrances (ii, 6-iii,6). Les Juges d'Israel dont il est question dans le corps du livre (iii, 7-xvi, 31) sont au nombre de quatorze, en comptant Abimelech. Pour quelquesuns, I'auteur se contente d'une simple mention (Samgar,TholaJair,Abesan, Ahialon, Abdon) ; il consacre a d'autres une notice un peu plus complete (Othoniel, Aod Abimelech), et il s'etend longuement sur les exploits de Barac et Debora.de Gedeon, de Jephte, de Samson. Cette inegalite s'explique naturellement par I'abondance ou la disette, soit des evenements correspondants, soit des renseignements ecrits et orauxqu'il a pu recueillir.^

Les deux appendices qui terminent I'ouvrage racontent I'idolatrie des Danites (ch. xvii-xix) et le crime des . habitants de Gabaa (xx-xxi). Ces deux faits, arrives peu de temps apres la mort de Josue (voy. la note de Jos. xix, 47), mais n'ayantaucun lien necessaire avec le corps du livre, sont rejetes a la fin.

Le but principal de I'auteur est

clairement indique dans I'introduc-

tion (ii, 10-23) • c'est de montrer par

' des exemples qu'Israel est heureux

tant qu'il sert le Seigneur; qu'il est

. malheureux et la proie de ses enne-

' mis, quand il I'abandonne; qu'il est

i pardonne et sauve, des qu'il revienta

\ lui. Ce dessein explique la forme epi-

sodique et fragmentaire de I'ouvrage :

I'auteur omet tout ce qui n'entrait pas

dans son plan. Ainsi sont passes sous

silence ou mentionnes incidemment

comme connus des le6leurs tous les

details concernant le culte de Jehovah et la vie interieure du pcuple, qui nous auraicnt aussi vivement interesses que I'histoire de Ruth, laquelle appartient egalement a cette epoque. Mais ce qui semble plus etrange dans le livre des Juges, c'est qu'il s'arrete a la mort de Samson, sans parler d'Heli et de Samuel, qui jugerent Israel, I'un pendant 40 ans, I'autre jusqu'a la fin de sa vie (I Sam. iv, 18; v"> 15)- Quand le livre parut, dit M. Kaulen, ces evenements n'appartenaient pas encore a I'histoire. La raison de cette omission ne serait-elle pas plutot dans le cara6lere particulier de ces deux personnages, tous deux revetus d'une dignite speciale?

C'est en vertu de cette dignite, et non comme Juges, que le gr-and pretj-e Heli et le propJiete Samuel auraient travaille a ladelivrance d'Israel.

On peut fixer approximativement la date du livre des Juges. D'une part, il n'a ete ecrit ni avant la vicloire definitive de Samuel sur les Philistins (I Sam. vii, 1-14), puisque la duree de la domination de ce peuple sur Israel est fixee Jug. xiii, i ; ni avant I'avenement de Saiil au trone, puisque divers passages font allusion a I'etablissement de la royaute (xxii, 6; xviii, I ; xxi, 25). D'autre part, il a ete ecrit avant la prise de Jerusalem par David, puisqu'il y est dit expressement que les Jebuseens occupent encore cette ville avec les Benjamites (i, 21). D'oij la conclusion que I'ouvrage a ete redige sous le regne de Saiil, probablement au commencement, lorsque la royaute encore recente apparaissait comme un eclatant et incontestable bienfait. On peut

' Elle fournit en meme temps une tres forte prdsomption en faveur de la veracite du livre. Si I'auteur avait fait oeuvre de romancier et non d'historien, aurait-il mentionne six personnages qui ont jou^ le role de Juges, sans nous dire absolument rien de leur vie et de leurs exploits? Autre indice du meme genre : les deux tribus qui, avec Dan et Benjamin, jouent dans cette histoire le plus triste role, sont prdcisement les principales :

Ephraim, a qui sa jalousie envers Gedeon et Jephte attire un severe chatiment, et Juda, qui livre lachementaux Philistins son plus habile defenseur : en serait-il de meme si I'auteur avait eu la moindi-e tendance a idealiser, soit I'ensemble du peuple, soit I'une quelconque de ses tribus, soit quelqu'un de ses personnages marquants? Tout prouve au contraire qu'il n'a cherche que la ve'rite.

LE LIVRE DES JUGES

done considerer comme ne manquant pas de vraisemblance la tradition talmudiquc {Babd bat lira, 14 b), adoptee par un grand nombre d'interpretes anciens et modernes, qui attribue a Samuel la composition du livre.i — Ouelques differences de style signalees avec raison dans les di verses parties de I'ouvrage tiennent a I'origine diverse des documents mis en usage ; par contre, certaines expressions propresa I'auteur se rencontrent dans toutes les se6lions.

Le livre des Juges est en relation etroite avec I'ensemble de la litterature biblique. En beaucoup d'endroits il se rattache au Pentateuque et au livre de Josue, qu'il suppose connus : voy. ii, 1-3; xi, 13 sv.; xiii, 5; XX, 26 sv.; de meme les livres posterieurs se rattachent a lui et le connaissent : voy. I Sam. xii, 9-1 1; II Sam. xi, 21; II Esdr. ix, 27; Ps. Ixxviii, 56; Ixxxiii, io;cvi, 34SV.

Is. ix, 14; X, 26, al.

Chronologie. — La duree des evenements rapportes dans le livre des Juges doit etre calculeed'apres I Rois, vi,i (en supposant letexte nonaltere).

D'apres ce passage, 480 ans se sont ecoules entre la sortie d'Egypte et la constru6lion du temple de Salomon.

Si Ton retranche de ce nombre, d'une part, 40 ans pour le voyage au desert, 6 ou 7 ans pour la conquete de la Palestine, de 20 a 25 ans depuis la conquete jusqu'a la mort de Josue; d'autre part, 40 (d'autres 60) ans pour

le ministere de Samuel (depuis la bataille de Masphath et la mort d'Heli, I Sam. vii) et le regne de Saiil, 40 pour celui de David, et les 4 premieres annecs de Salomon, il restera pour la periode des Juges un nombre d'annees qui ne saurait etre inferieur a 310 ni superieur a 330.

Assigner une date precise aux evenements de cette periode nous parait impossible. La Bible marque bien la duree de chaque judicature; mais, outre que le point de depart de I'ensemble, la mort de Josue, est incertain, I'etude comparee du texte montre qu'il y a eu, a certaines ^poques, plus d'un Juge a la fois sur divers points du territoire. Or les donnees font absolumcnt defaut pour reconnaitre ces synchronismes,et surtout pour en determiner avec exactitude la duree. Qu'il nous suffise d'en indiquer deux : i. Le repos de 80 ans apres la delivrance d'Aod dans la Palestine meridionale pent coincider avec I'oppression de la, Palestine du nord par Jabin (20 ans) et la delivrance par Barac et Debora (40 ans).

2. Le laps de temps qui va de I'oppression des Ammonites a I'E. du Jourdain jusqu'a la judicature d'Abdon (60 ans), coincide tres probablement avec I'oppression des Philistins (40 ans) et les exploits de Samson a I'ouest.

D'apres cela, nous croyons pouvoir donner le tableau chronologique suivant, dont les dates principales sont Cfeneralement admises.

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