‹ La Sainte Bible (volume 2)Chapitre 228 sur 832 · Erunt autem suburbana civitatis · texte numérisé non relu

Erunt autem suburbana civitatis

ad aquilonem, ducenta quinquaginta ; et ad meridiem, ducenta quinquaginta; et ad orientem, ducenta quinquaginta; et ad mare, ducenta quinquaginta.

18. Quod autem reliquum fuerit in longitudine secundum primitias sanctuarii, decem millia in orientem, et decem millia in occidentem, erunt sicut primitise sanctuarii ; et erunt fruges ejus in panes his qui serviunt civitati.

19. Servientes autem civitati, operabuntur ex omnibus tribubus Israël.

20. Omnes primitiae viginti quinque millium, per viginti quinque millia in quadrum, separabuntur in primitias sanctuarii, et in possessionem civitatis.

21. Quod autem reliquum fuerit, principis erit ex omni parte primitiarura sanctuarii et possessionis civitatis , e regione viginti quinque millium |)rimitiarum usque ad terminum orientalem ; sed et ad mare, e regione viginti quinque millium, usque ad terminum maris, similiter in partibus principis erit; et erunt primitiœ sanctuarii, et sànctuariura templi , in medio ejus.

le sens de la largeur, dn nord au snd, après qu'on en avait pris 10 000 pour les prêtres et autant pour les lévites. — Profana erunt. C.-à-d., destinés h la partie laïque de la population. Le mot habitaculum désigne la ville proprement dite; suburbana , le territoire laissé libre autour d'elle (cf. XLV, 2). — E« mensura... Dimensions de la cité (vers. 16). Elle formait un carré qui avait 4 500 roseaux de côté. — Erunt autem... Dimensions de la banlieue (vers. 17). C'était un espace de 250 roseaux tout autour de la Ville ; ce qui , ajouté à 4 600, donnait un carré de 5 000 roseaux. — Quod... reliquum... Emploi du terrain qui restait à l'est et à l'ouest de la ville ( 10 000 roseaux de chaque côté ) , après qu'on avult pris 5 000 roseaux sur une longueur de 25 000. n était destiné à la culture : ei-unt frvges ejus... Les mots suivants, hia qui serviunt, présentent quelque dif Acuité, et l'on ne saurait dire, au Juste quelle est la classe de la popula-

tion qu'Us représentent : d'après divers interprètes, seulement les ouvriers; selon d'autres, les magistrats et les fonctionnaires publics ; plus probablement, d'après une troisième opinion, tous les habitants sans exception. La population de la nouvelle Jérusalem était prise ex omnibus tribubiis, et formait comme l'essence du peuple tout entier. — Au lieu de separahunlur , l'hébreu a encore le verbe <c servir.» — Omnes primi' tits... (vers. 20). Ézéchlel Indique de nouveau les dimensions de tout le domaine sacré, en y comprenant le territoire de la capitale. ' 21-22. La part du prince. Cf. xlv, 7-9. — Quod... reliquum. C.-ii-d., le terrain qui longeait le carré sacré à l'est et à l'ouest. Sa dimension du nord au sud était naturellement celle de ce carré : 25 000 roseaux. — PHmitise. . . templi. Hébr. : l'oblatlon sainte (le carré qui vient d'être décrit) et le sanctuaire de la maison (le tempia avec ses dépendances) seront au milieu d'elle. ~

Ez. XLVIII, 22-32.

22. De possessione autem levitarum, et de possessione civitatis in medio partium principis, erit inter teruiinum Juda et inter terminum Benjamin, et ad principem pertiuebit.

23. Et reliquis tribubus, a plaga orientali usque ad plagam occidentalem, Benjamin una.

24. Et contra terminum Benjamin , a plaga orientai! usque ad plagam occidentalem, Simeon una.

25. Et super terminum Simeonis, a plaga orientali usque ad plagam occidentalem, Issachar una.

26. Et super terminum Issachar, a plaga orientali usque ad plagam occidentalem, Zabulon una.

27. Et super terminum Zabulon, a plaga orientali usque ad plagam maris, Gad una.

28. Et super terminum Gad, ad plagam austri in meridie, et erit finis de Thamar usque ad aquas contradictionis Cades ; hereditas contra mare magnum.

29. Haec est terra quam mittetis in Bortem tribubus Israël, et hse partitiones earum , ait Dominus Deus.

30. Et hi egressus civitatis. A plaga septentrionali quingentos et quatuor millia mensurabis.

31. Et portae civitatis ex nominibus tribuum Israël. Portae très a septen-

y trione : porta Ruben una, poita Juda \ina, porta Levi una

32. Et ud plagam orientalem quingentos et quatuor millia ; et portse très : porta Joseph una, porta Benjamin una, porta Dan una.

22. Or ce qui restera de la propriété des lévites et de la propriété de la ville au milieu des autres parts, et qui appartiendra au prince, sera entre la limite de Juda et la limite de Benjamin.

23. Quant aux autres tribus, depiis la région orientale jusqu'à la région ceci dentale, Benjamin, une part.

24. Et près de la frontière de Benjamin, depuis la région orientale jusqu'à la région occidentale , Siméon , une part.

25. Et près delà frontière de Siméon, depuis la région orientale jusqu'à la région occidentale, Issachar, une part.

26. Et près de la frontière d'Issachar, depuis la région orientale jusqu'à la région occidentale, Zabulon, une part.

27. Et près de la frontière de Zabulon, depuis la région orientale jusqu'à celle de la mer, Gad, une part.

28. Et près de la frontière de Gad, vers la région méridionale, sera la îrontière depuis Thamar jusqu'aux eaux de contradiction de Cadès ; l'héritage s'étendra vers la grande mer.

29. Telle est la terre que vous distribuerez au sort entre les tribus d'Israël, et tels seront leura partages, dit le Seigneur Dieu.

30. Et voici les issues de la ville. Du côté du septentrion, tu mesureras quatre mille cinq cents cannes.

31. Et les portes de la ville prendront les noms des tribus d'Israël. Il y aura trois portes au septentrion : la porte de Ruben, la porte de Juda et la porte de Lévi.

32. Du côté de l'orieut tu mesureras quatre mille cinq cents cannes; et il y aura trois portes : la porte de Joseph, la porte de Benjamin et la porte de Dan.

De possetêione autem... (vers. 22). Le narrateur complète ce qni regarde le domaine du prince, en rappelant quelles étaient ses limites dans tous les sens. — Inter... Jvda et... Benjamin : ainsi qu'il résulte des versets 7 et 23.

23-29. Lee territoires des cinq tribus du sud. — Ce» tribus étalent celles de Benjamin, de Siméon, d'lKs.ichAr, de Zabulon et de Gad. — Super termiuxim Oad (vers. 28). Ézéchiel avait commencé son énumération (vers. 1 ) en citant la limite septr-ntrlonale de la Terre sainte; il la termine par l'indication réitérée de la limite méridionale. Cf. xi.^ii, 19 et la note. — Au lieu de heredlUM , l'hébreu dit : le torrent; c.-à-d., le torrent d'Egypte fxLvii,19). — Hxe est terra... Conclaslon générale (vers. 29). I>e détail in »ortem ne concerne point les parts des tribus, puisque Dieu lui-même s'est chargé de les dis-

tribuer, mais les lots individuels des membres de chaque tribu.

30 - 36. Les portes de la ville. — Les dimensions de la ville dans tons les sens (egressus) sont d'abord signalées pour la seconde fois, en téce de ce passage (vers. 30). Comp. le vers. 18. — Portes civitatis. Il y en a douze, trois k chacun des points cardinaux ; leurs noms sont empruntés aux douze tribus. Cf. A)>oc. xxi, 12 et 68. — A septenlnone... Comme pour la description des limites du pays (xlvii, IS) et pour le partage du territoire (cf. zlvhi, i), le narrateur commence par le nord. Do ce côté, le* trois portes sont nommées d'après trois des flU de Lia ; celles de l'est le sont d'après les dcnx (IIh de Itachel et un û\a de Bala ; celles du nord, d'après trois autres flis de Lia; celles de l'ouest, d'après les deux fils de Zelnha et l'autre flia de

Ez. XLVIII, 33-35.

33. Et ad plagam meridianam, quingentos et quatuor millia metieiis ; et portae très : porta Simeonis una, poila iBsachar una, porta Zabulon una.

34. Et ad plagam occidentalem , quingentos et quatuor millia ; et portae eorum très : porta Gad una, porta Aser una, porta Nephthali una.

35. Pcr circuituni , decem et octo millia ; et nomen civitatis ex illa die : Dominus ibidem.

33. Du côté du midi tu mesureras quatre mille cinq cents cannes; et il y aura trois portes : la porte de Siméon, la porte d'issachar et la porte de Zalulon.

34. Du côté du couchant tu mesureras quatre mille cinq cents cannes; et il y aura trois portes : la porte de Gad, la porte d'Aser et la porte de Nephthali.

35. Son circuit sera de dix-huit mille cannes, et à partir de ce jour le nom de la ville sera : Le Seigneur est avec elle.

Bala. — Pfjria Joseph (vers. 32''). La tribu de Lévl étant représentée par une porte ( comp. le Ter.-'. SI*), II était nécessaire , pour ne point dépasser le chiffre de douze, de mmener h leur unité primitive les tribus d'Éphraïm et de Manassé, issues l'une et l'autre de Joseph. — Per circuitum... (vers. 36). La circonférence totale de la ville était de 18 000 roseaux (4 600 X 4; comp. les vers. 16 et 30). — Dominus ibidem. Cf. Apoc. m, 3. Après avoir abandonné son In-

grate capitale (cf. xi, 22-23), Jéhovah l'avait purifiée par le châtiment ; puis 11 y était rentré (cf. ïuii, 1 et Bs.), en promettant d'y résider à jamais. Il ne peut mieux marquer le caractère inébranlable de cette promesse, qu'en donnant à la nouvelle Jérusalem un nom qui la lui rappellerait sans cesse. Nom des plus consolants, qui exprime < la somme de tous les biens, la durée perpétuelle de la théocratie, sa sainteté, et 1» toute-puissance de Dieu ».

LE LIVRE DE DANIEL

INTRODUCTION

i" La personne du prophète. — Son nom paraît avoir signifié : Dieu est mon juge, c.-à-d., mon défenseur '. Le livre qui lui est attribué nous fournit d'assez nombreux renseignements sur sa vie. Il était né en Palestine, de race noble ^, et même de race royale s'il faut en croire l'historien Josèphe ^. Il n'était qu'un adolescent, lorsqu'il fut déporté à Babylone par le célèbre roi chaldéen Nabuchodonosor, tout à fait au début de la captivité juive, la troisième année du règne de Joakim (606 ou 605 ayant J.-G.)''. Là, il fut instruit dans les sciences et la langue de la Ghaldée, avec quelques autres jeunes Israélites; puis il entra au service du roi.

Son intelligence, et surtout le succès avec lequel, grâce aux lumières reçues du ciel, il interpréta deux songes de Nabuchodonosor (ii, 1 et ss.; iv, 1 et ss.), lui valurent, jusqu'à la mort de ce prince, de grands honneurs et une puissance presque royale^. Plus tard, sous le règne de l'impie Baltassar, il recouvra momentanément sa haute dignité, après avoir expliqué au roi les caractères mystérieux qui prophétisaient la ruine de l'empire babylonien (v, 1 et ss.). Nous le retrouvons au pouvoir sous Darius le Mède, auquel il avait singulièrement plu (VI, 1 et ss.). Il exerça donc en Ghaldée, procurant la gloire de son Dieu et le bien de son peuple, un rôle analogue à celui que Joseph avait autrefois rempli en Egypte. Mais cela même lui créa des ennemis nombreux, acharnés, qui mirent tout en œuvre pour le perdre, et dont il ne put déjouer les embiîches que par la protection toute spéciale du Seigneur^.

Il parvint à une grande vieillesse, puisqu'il vivait encore en 53i, trois ans après la prise de Babylone par Gyrus ''. Il fut donc témoin de la fin de la captivité. Son tombeau, authentique ou non, que l'on montre aux environs de l'ancienne Suse, a toujours été l'objet d'une grande vénération.

On a dit à bon droit de Daniel qu'il est a un des plus grands caractères qui apparaisse dans les derniers siècles de l'ancienne Alliance >■>. Josèphe^ fait de

' Moins bien, suivant quelques interprètes : Juge de Dieu, c.-à-d., celui qui juge au nom de Dieu. L'Ancien Testament cite deux autres personnages nommés Daniel. Cf. I Par. lu , 1 ; Esdr. vni, 2, et Neh. x, 6.

* Cf. Dan. I, 3.

^ Ant,, X, 10, 1. Ce sentiment est loin d'être I * Ant., x, 11, 7, «^rtain. I

'' Cf. Diin. 1,1.

5 Cf. Dan. II, 46-49.

® Cf. Dan. VI, 4 et ss.; xiv, 27 et ss.

^ Cf. X, 1. En supposant qu'il fût âgé d'environ dix ans lorsqu'il vint à Babylone, il Téout au delà de quatre-vingts ans.

LS LIVRE DE DANIEL

lui un magnifique éloge, et le regarde comme « l'un des plus gra ds d'entre les propliètes ». Au milieu des honneurs comme dans l'adversité, il demeura toujours admirablement fidèle à son Dieu et aux préceptes de la religion mosaïque*. La sagesse qu'il manifesta, dès ses jeunes années, à l'occasion du jugement de Suzanne*, le rendit justement célèbre; aussi est-elle déjà vantée par Ézéchiel, son contemporain, qui le compare à Noé et à Job sous le rapport de la sainteté'. Le Talmud ^ envisage Daniel comme un type du Messie, à cause de ses souffrances courageusement supportées.

2° Le sujet et la division du livre. — L'écrit inspiré qui porte le nom de Daniel raconte le rôle providentiel que ce saint personnage joua à Babylone et les visions grandioses que Dieu lui révéla touchant l'avenir du royaume théocratique.

Ce livre se divise en deux parties à peu près égales, très distinctes sous le rapport du sujet traité. La première (l, 1-vi, 28) est surtout historique^, et expose les principaux événements de la vie de Daniel sous les règnes de Nabuchodonor (ch. i-iv), de Baltassar (ch. v) et de Darius le Mède (ch. vi). Elle contient six récits, dont le premier sert d'introduction au livre entier: 1° Daniel et trois de ses amis sont déportés à Babylone, et admis à la cour du roi (i, 1-21); 2° Daniel explique le songe de Nabuchodonosor relatif à la statue gigantesque (il, 1-49); 3° les trois amis de Daniel dans la fournaise (m, 1-97); 4° le songe de Nabuchodonosor relatif au grand arbre, et son interprétation par Daniel (m, 98- IV, 34); 5° le festin de Baltassar et l'explication des trois mots mystérieux (v, 1-31); 6o Daniel dans la fosse aux lions (vi, 1-28). La seconde partie (VII, 1-xii, 13), est exclusivement prophétique. Elle annonce, dans quatre visions remarquables, les destinées successives des grands empires païens, envisagés soit en eux-mêmes, soit dans leurs rapports avec le peuple de Dieu: 1° les quatre animaux qui symbolisent la succession des monarchies païennes et l'avènement du royaume de Dieu (ch. vu); 2" le bélier et le bouc (ch. viii); 3o les soixante-dix semaines d'années (ch. ix); 4o les calamités que le peuple de Jéhovah devra subir de la part des païens avant son glorieux rétablissement (ch. x-xii). L'ordre suivi dans chacune de ces deux parties est celui de la chronologie. Un appendice historique (xiii, 1-xiv, 42), dont les intéressantes narrations appartiennent à des époques diverses, raconte l'histoire de Suzanne, et les épisodes de Bel et du dragon^.

En tout cela règne une parfaite unité''. « C'est partout le même esprit; partout, bien que sous des formes différentes, nous retrouvons les mêmes idées sur l'avenir, » le même fond général, le même style*.

3« Son but et son importance. — Le but du livre de Daniel fut évidemment, d'après le plan divin, de préserver la foi des Juifs, non seulement pendant la période pénible et décourageante de l'exil, mais aussi durant l'ère des persécutions, [tlus difficile encore à traverser, qui les attendait avant l'apparition du Messie. Dans les récits et les révélations de Daniel, le peuple de Jéhovah possédait un document authentique, qui lui promettait clairement la délivrance finale, grâce au Messie; il savait que les royaumes païens, quelque puissants qu'ils

' Cf. I, 8 et 88 ; VI, 5, 10, etc.; Hebr. xi, 33.

* Cf. xni, 1 et Fs.

' Cf. Kz. XIV, 11, 26; xxviii, 3.

* Traité loma, 6», b.

^ Elle contient cependant des prophéties très linport;inte8 (ch. ii, iv, v).

^ Pour une analyse plus détaillée, Toyes notre Biblia tacra, p. 974-886.

'' Les rationalistes eux-mêmes repoussent an Jourd'hul t d'un accord tinanlme > les hypo thèses des plus anciens des leurs, d'après les quelles le livre de Daniel serait composé de frag ments écrits par divers auteurs.

* Notez, entre autres détails, des formule* Identiques qui retentissent à travers le livre eop tier. Cf. m, 4, 7; v, 18; vi, 85; vu, 14, ete.

LE LIVRE DE DANIEL

fussent, ne réussiraient point à le détruire, et que le triomphe de la vraie religion sur le monde était une chose assurée.

Sous le rapport historique, comme au point de vue christologique, l'importance de ces pages ne saurait être trop relevée. Elles nous ont conservé, sur la dernière période de l'histoire chaldéenne et sur les débuts de la monarchie persane , des détails que nous n'aurions connus qu'imparfaitement sans elles. Quant au royaume du Messie, elles en déroulent merveilleusement les perspectives dans la suite des âges , et non seulement elles parlent avec netteté du Libérateur promis, mais elles déterminent d'une manière unique l'époque précise de sa venue. On a pu dire très légitimement, à propos de la partie prophétique du livre, qu'elle est « une des meilleures preuves qui existent en faveur de la vérité de la religion révélée ».

4° La place qu'il occupe dans le canon n'est pas la même partout. Dans les anciennes traductions grecques, latines, etc., et en général dans toutes les versions chrétiennes des saints Livres, il est placé entre les écrits d'Ezéchiel et d'Osée, à la suite des grands prophètes et avant les petits prophètes. Dans la Bible hébi'aïque, il est rangé parmi les KHûbim ou Hagiographes, entre les livres d'Esther et d'Esdras'. Ce n'est pas que les Juifs aient jamais contesté à Daniel son titre de prophète^; mais, il avait exercé « une mission spéciale, en dehors de la mission ordinaire des prophètes; il avait joué un rôle dans l'histoii'e de Babylone, et son œuvre a ainsi revêtu un caractère particulier, dont^aucun autre livre de l'Ancien Testament n'offrait le prototype^ ». Au reste, même dans la Bible hébraïque, « il paraît avoir figuré primitivement dans la série des prophètes», comme le montre la place que lui ont attribuée les Septante. « Il figure mente avant Ézéchiel dans les descriptions authentiques du canon des Juifs que nous ont laissées deux écrivains célèbi*es des i" et me siècles, Méliton de Sardes et Origène ■*. » On peut conclure de là que c'est seulement vers le ive siècle de notre ère que les Talmudistes le rangèrent parmi les Hagiographes.

50 Le texte original, les versions grecques et la Vulgate. — Le livre de Daniel a cela de particulier, comme celui d'Esdras ^, qu'il a été écrit en deux langues différentes, l'hébreu et l'araméen. Le début, i, l-ii, 4^, et les chapitres viii-xii ont été composés en hébreu; à partir de 11, 4'', jusqu'à vu, 28, tout est araméen, excepté le fragment deutérocanonique m, 24-90 ^, qui ne nous est parvenu qu'en grec. Nous ne possédons aussi que la traduction grecque des chapitres xiii et xiv, également deutérocanoniques. C'est à l'occasion de la réponse faite à Nabuchodonosor par ses magiciens en langue araméenne ( 11 , 4'^) , que cet idiome est employé pour la première fois par l'auteur. Il continue de s'en servir dans tout le reste de la partie historique; mais on ignore pour quel motif il a écrit sa première vision en araméen.

« L'hébreu de ce livre a les plus grandes ressemblances avec celui d'Habacuc et d'Ezéchiel. L'araméen, comme celui d'Esdras, a une forme plus archaïque que celui des autres documents les plus anciens que nous possédons en celte langue, tels que les Targums' ».

* Voyez l'Introduction générale, t. I, p. 13.

* Voyez la parole de Josèphe, p. 213-214. ' Maru UU., t. II, n. 1056.

* Cf. L. Wogiie ( écrivain Israélite ) , Histoire de la Bible et de l'exégèse bibliqtte jusqu'à nos jours, Parts, 1881, p. 74.

^ Voyez le tom. III, p. 241.

* Voyez plus bas, p. 217.

' ilan. biU., t. II, n. 1054. « La partie araméenne de Daniel est eénéralement appelée

chaldéenne. Cette dernière expression est Impropre et peut induire en erreur, en faisani croire que la langue employée par Daniel dans cette partie de son livre est la langue des Chaldéens; c'était, comme le dit le texte original, le dialecte des habitants d'Aram ou de la Syrie . 'arârnît (aupiffTt, syriace'). Daniel réserve le nom de Hngua Chaldseorum à celle qui s'écrivait avec les caractères ouuéiiormeâ. Cf. 1« 4 ^*

{nid.)

LK LIVRE DE DAHIEL

Il existe deux versions grecques du livre de Daniel : celle des Septante et celle de Théodotion. La première fut abandonnée dès le iiio siècle par les Églises grecques, probablement à cause de ses nombreuses imperfections*, et on lui substitua la seconde. Pour la partie protocanonicjue, laVulgate a été faite directement sur le texte original; pour les passages deutérocanoniques, saint Jérôme a suivi Théodotion, comme il le dit à plusieurs reprises au cours du livre.

6° L'authenticité du livre de Daniel fut violemment attaquée dès les temps anciens par le néo-platonicien Porphyre', qui a fourni la plupart de leurs arguments aux rationalistes modernes. 11 attribuait la composition de cet écrit, comme le fait encore l'école dite critique, à un Juif contemporain d'Antiochus Épiphane-*, qui aurait eu recours à ce subterfuge pour mieux remonter le courage de ses coreligionnaires, ébranlés par les persécutions du tyran.

a Pour rejeter l'authenticité du livre de Daniel, les incrédules s'appuient d'abord sur les faits surnaturels qu'il contient et qu'ils traitent de fabuleux, d'impossibles : les miracles (disent-ils) sont incroyables; les prophéties, trop circonstanciées pour avoir été rédigées avant les événements *. Nous ne contestons pas qu'il n'ait fallu une intervention miraculeuse de Dieu pour produire quelquesuns des événements dont il s'agit et pour découvrir l'avenir à un mortel ; mais nous croyons au miracle, et nous ne rejetons pas un écrit parce qu'il n'a pu être composé que moyennant une révélation. La possibilité et l'existence du miracle sont pour tout chrétien aussi certaines que l'existence de Dieu qui le produit. Le Seigneur jugea à propos de multiplier les prodiges pour se manifester aux Gentils et mettre fin à la captivité, du temps de Daniel, comme il l'avait fait à l'époque de l'exode pour arracher son peuple à la servitude de l'Egypte, et comme il le fit depuis pour fonder son Église. — A ces objections aprioin, on ajoute des objections de détail qui n'ont pas plus de valeur. 1° L'auteur de l'Ecclésiastique n'a pas nommé Daniel parmi les prophètes; donc, assure- t-on, il ne le connaissait pas. La conclusion est fausse. Dans le canon hébreu, Daniel est placé parmi les hagiographes, non parmi les prophètes^; de là l'omission de Jésus fils de Sirach, qui passe d'ailleurs aussi Ésdras sous silence, quoique le , nom de ce scribe se trouve cité dans le canon des Juifs... 2» On allègue aussi ^spntre l'authenticité du livre de Daniel les noms grecs d'instruments de musique qu'on lit m, 5, 7, 10^, et qui ne peuvent avoir été connus, dit-on, en Asie, qu'à une époque moins ancienne que celle de Cyrus. Cette objection porte à faux. Il existait entre la Grèce et l'Asie antérieure des relations soit directes, soit indirectes, longtemps avant l'époque de Daniel; il n'est donc pas surprenant que des noms grecs d'instruments de musique et ces instruments eux-mêmes fussent connus à Babylone''. » 3° Les objections que nos adversaires empruntent à l'histoire, à la chronologie, à la doctrine, à certiiines expressions particulières, seront fidèlement citées dans le commentaire, qui en montrera, nous l'espérons, le peu de fondement*. 4° Peut-on mentionner comme un argument sérieux celui que l'on tire des éloges décernés çà et là à Daniel (cf. i, 17; v, il; vi,4; IX, 13, etc.)? Les louanges que saint Paul se donne à lui-même dans les épîtres aux Corinthiens prouvent-elles qu'il ne saurait être l'auteur de ces lettres? D'ail-

* Voyez saint Jérôme, in Dan. rv, 6.

' Au III» siècle de l'ère chrétienne.

' Ce prince Impie régna de 178 à 164 avant J.-C.

* C'est là, en vérité, le principal motif de leur négation : JU l'avouent assez franchement.

* Voyez la p. 216, 4».

* Voyez le commentaire.

^ Mail, bibh, t. II, n. 1056.

* On les trouvera groupées et savamment réfutées dans les ouvrages suivants : F. Vlgouroux, les Livres saints et la critique rationaliste , t. IV, p. 310-342 de la 2' édit. ; Fabre d'Envlea, le Livre du prophète Daniel, t. I, passlm; Knabenbaaer, Comment, in Dan., p. 38-45.

LE LIVRE DE DANIEL

leurs, le caractère toujours calme et impartial de la narration « inspire une confiance entière au lecteur qui est sans parti pris ».

Les preuves positives, soit extrinsèques, soit intrinsèques, ne manquent pas pour démontrer l'authenticité du livre de Daniel. Qu'il suffise de signaler ici les principales, o: jo Le témoignage du Nouveau Testament». 2o Celui de Josèphe- Il raconte ^ qu'on montra les prophéties de Daniel à Alexandre le Grand quand ce prmce visita Jérusalem. 3o Le premier livre des Machabées, qui est presque contemporain des événements qu'il raconte, suppose l'existence du livre de Daniel; bien plus, il suppose la connaissance de la version grecque de ce livre «• par conséquent, celui-ci avait été écrit assez longtemps avant cette époque' 40 On ne peut expliquer l'admission de Daniel dans le canon juif qu'en le regardant comme une œuvre authentique. Ce canon était clos avant l'époque des Machabées; d'où il suit que tous les écrits qu'il contient sont d'une date antérieure ^ 5o La connaissance minutieuse que possède l'auteur des mœurs des coutumes, de l'histoire et de la religion chaldéennes est une preuve qu'il' était contemporain des faits qu'il raconte; après la ruine de l'empire de Nabuchodonosor par les Perses et les Mèdes, personne n'aurait pu être initié à tant de détails secondaires, dont les découvertes modernes confirment l'entière exactitude 60 La langue est celle d'un homme qui vivait à l'époque de la captivité II avait l'habitude de s'exprimer dans les deux langues , hébraïque et araméenne'- du temps des Machabées, on ne parlait plus qu'araméen. L'emploi de certains mots d origine aryenne et non sémitique, ne s'explique non plus que par l'habitatiou de Daniel a la cour des rois perses; un Juif écrivant en Palestine n'aurait jamais use de pareilles expressions^. »

70 Les parties deutérocanoniques. — Le texte latin du livre de Daniel rennu?^'u''.u"'"''' '''''"' d'Esther, plusieurs fragments qui ne se trouvent pas dans la Bible hébraïque, et qu'on nomme pour ce motif deutérocanoniques Ce sont • \o le cantique des trois jeunes gens dans la fournaise (m, 24-90)- 2o l'histoire de Susanne (ch. xirr); 3« les épisodes de Bel et du dragon (ch. xiv) Sous le rapport de l'autorité et de l'inspiration, ils ne diffèrent en rien de la partie protocanonique du livre, comme l'ont défini les conciles de Trente ^ et du Vatican' Leur présence dans les traductions des LXX» et de Théodotion montre qu'ils faisaient primitivement partie du canon des saintes Écritures chez les Juifs Les versions syriaque, arabe et arménienne les possèdent aussi, comme la Vui-ate Si 1 on a parfois discuté dans l'ancienne Église sur leur canonicité, il est certain qu un très grand nombre de Pères et de Docteurs les admettaient comme parties intégrantes de la Bible, au même degré que le reste du livret Les peintures

' Cf. Matth. XXIV, IJ; Marc, xiii, 14; Hebr. XI, 33-34.

2 Ant., XI, 8, 6.

3 I Mach. II , 60. Comparez en outre I Mach.

I, 54, et Dan. ix, 27; I Mach. 11, 69-60, et Dan. m (voir le texte grec). Voyez aussi Zach.

II, 1 -4, et Dan. vu, 7-8; viii, 3-9.

* « On ne peut admettre qu'à cette époque de zèle pour les traditions et de haine pour les nouveautés religieuses, la synagogue ait voulu recevoir parmi les saintes Écritures un livre de composition récente. » L. Wogue, l. c, p. 76.

^ Man. biblique, t. II, n. 1055. Pour le développement de ces prouves, voyez P. Vigoureux, la Bible et les découvertes modernes, t. IV, p. 421-676 de la 5« édit. ; Cornely, Bislorlca et tritica Introductio in utriusque Testamvnti U- |

bros sacros, t. Il, pars 2«, p. 486-4!i9; Knabenbauer. l. c, p. 20-:- 8 ; Fabre d'Envieu, l. c, 1. 1, p. 772-856; A. Hebbelynck, de Anctoritate htbraicq libri Danielis, Louvain, 1887.

? Sess. IV.

' Sess. ni, c. 2.

* Voyez A. Bludau, Die aîexandrlnische Ueiersetzung des Bûches Daniel und ihr Verhaitniss zum massoretiachen Texte, Frlbourg-en. Brisgau, 1897, p. 155-204.

9 Voyez le Man. bibl., t. I, n. 33. Origène, Ep. ad A/ric, réfute avec vigueur Jules l'Afrl cain, qui avait émis l'opinion que l'histoire do Susanne était apocryphe ; il lui rappelle que son sentiment était nouveau et allait à rencontre du sentiment universel, qui avait toujours prévalu dans l'Église.

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des catacombes, qui représentent les trois jeunes gens dans la fournaise, Daniel dans la fosse aux lions recevant d'Habacuc sa nourriture, et l'histoire de Susanne sont d'autres garants précieux de la tradition chrétienne. Ces divers fragments ont, dans le détail comme dans l'ensemble, un caractère identique à celui des passasres protocanoniques : ils nous décrivent le même Daniel , la même cour chaldéenne ou persane, le même cadre historique, des miracles de même nature. Quoique nous ne possédions plus l'original hébreu ou araméen, l'inspection du texte grec prouve que ces fragments durent être primitivement composés dans l'une de ces deux lanprues, car les aramaïsmes y abondent'.

Plusieurs interprètes catholiques^ pensent toutefois qu'ils ne firent point partie de la rédaction primitive, mais qu'ils furent composés par un contemporain de Daniel et insérés ensuite dans le livre. Mais d'autres commentateurs ne voient aucune raison de ne pas attribuer ces passages au prophète lui-même; sentiment qui nous paraît préférable.

8° Les meilleurs commentateurs catholiques du livre de Daniel sont les suivants : dans l'antiquité, Théodoret de Cyr et saint Jérôme; au moyen âge, Albert le Grand; dans les temps modernes, Pererius (Rome, 1587) , et C. Sanchez (Lyon, 1612); de nos jours, A. Rohling (das Biich des Propheten Daniel, Mayence, 1876), J. Fabre d'Envieu {le Livre du prophète Daniel, Paris, 1888-1889), et J. Knabenbauer {Commentarius in Danielem prophetam, ^ Paris, 1890).

' Voyez, pour le développement de ces preuves, ! p. 50-57 ; Fabre d'Envieu, I. c, p. 856-892 ; A. De-

F. Vigouroux, 1«« Livres saints et la critique ! lattre, les â^ux ûerniers chapitres de Daniel,

rationaliste, t. IV, p. 243-355 de la 2' édition; I Lyon, 1878 (extrait des ÉtuUs religieuses).

CofDely, I. c, p. 499-513; Knabenbauer, I. c, \ * Entre autres, le grave Cornélius a Lapide-

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