I, 1 — VI
II. — Introduction : Daniel est déporté à Babylone et admis à la cour du roi. I, 1-21.
Dans ce premier chapitre, nous apprenons à connaître « les personnages qui vont jouer un rôle dans cette histoire ».
1« Prise de Jérusalem par Nabuchodonosor. I, 1-2.
Chap. I. — 1-2. Le roi de Babjione met le Blège devant Jérusalem, s'en empare et pille en partie les ti'ésors du temple. — Anna tertio... Joakim, En 606 ou 605 avant J.-C, puisque ce prince, qui fut l'avant-^^eriiier des rois de Juda (cf. IV Reg. xxni, ?6), monta sur le trône en 609 ou en 608. — Nabuchodonosor. Dans l'hébreu, N'bukadné'isar. De même IV Reg. zxiv, 1, et XXV, 1; Esdr. ii, 1, et v, 12, etc. La forme N'bukadré'ssar,.evûp\oyée par Jérémle, xxv, 1; XXXIX, 1, 11, etc., et par Ézéchiel, xxix, 18, est plus correcte, car elle correspond plus e.xactement à celle du nom chaldéen, tel que nous l'ont conservé les Inscriptions cunéiformes (Nabukudurri • u^iur ; que [le dieu] Nabo protège la couronne I). Les anciens écrivains grecs emploient aussi les deux orthographes : Naêoxoôpôaopo; (Strabon, xv, 1, 6), Na6o\j-^o8ov6o-opoç (Bérose, cité par Josèphe, Contra Ap., i, 20, 21). Les LXX disent Naéoy/oSovôirop, et la Vulgate les a suivis. — Rex Babylonis. Cest par anticipation que Nabuchodonosor reçoit ici le titre de roi; car 11 n'était alors que co- régent avec son père Nabopolassar. Cf. il, 1, et la note. — Venit... et obsedit... Il ne serait pas rigoureusement vrai de dire que le conquérant chaldéen mit le siège devant Jéiiisalem pendant la troiâième anaéa
du règne de Joakim ; aussi les rationalistes prétendent • Gs trouver dans ce passage une erreur historique. Mais le verbe bâ', « venit, » a Ici, comme en maint autre endroit (cf. xi, 13, 17, 28 ; Gen. xrv, .5; IV Reg. v, 5; Jon. i, 3, etc.), le sens de partir pour un lieu quelconque, se mettre en marche, et 11 n'Implique nullement une arrivée immédiate. La date marquée ne porte donc que sur le premier des deux verbes, par conséquent sur l'entrée en campagne, et pas nécessairement sur les opérations subséquentes du roi. L'écrivain sacré abrège beaucoup en cet endroit ; mais il est aisé de compléter son récit au moyen des narrations parallèles : Nabuchodonosor se mit en route la troisième année de Joakim, battit l'année suivante le pharaon Néchao à Charcamis, et vint ensuite assiéger Jérusalem. Cf. IV Reg. XXIV, 1; II Par. xxvi, 6; Jer. xxv, 1, 9, et XLVI, 2. — Et tradidit... (vers. 2). Locution remarquable. Daniel ne dit pas que les Chaldéena s'emparèrent de la capitale Juive et de ses trésors, mais que le Seigneur la leur livra lui-même ; ce qui suppose qu'elle était ainsi châtiée pour les crimes- de ses habitants. Cf. Jud. ii, 14; ui, 8, etc. — Dominus. Hébr. : 'Adonaï ; nom divin très ancien (cf. Gren. xvni, 27 ; Jud. xm, 8, etc.). — In manu ejus est un hébraïsme expressif. C.-à-d., en sa puissance. Cf. (îen. ix , 2, 20 ; Ex. IV, 21; II Reg. xviir, 2, etc. — In manu... Joakim. Cette expression ne dit nullement que Joakim fut déporté à Babylone par Nabuchodonosor, mais seulement qu'il devint vassal du roi des Chaldéens. IV Reg. xxin, 36, nous lisons qu'il régna onze ans, et Jérémle, xxii, 18, nous apprend qu'il mourut en Palestine. Sur l'objection tirée de II Par. xxxvi, 6, d'après la leçon dos LXX et de la Vulgate , voyez notre explication de oe
Dan. I, 3-4.
rum domns Dei ; et asportavit ea in terrain Sennaar in domum dei sui , et vasa intulit in domum thesauri dei sui.
3. Et ait rex Asphenez, prœposito eunuchorum, ut introduceret de filiis Israël, et de semine regio et tjTannorum,
4. pueros, in quibus nulla eseet macula, decoros forma, et eruditos omni
vases de la maison de Dieu; et il lee emporta au pays de Sennaar, dans la maison de son dien, et il mit les vases dans la maison du trésor de son dieu.
3. Le roi dit à Asphenez, chef des eunuques, d'amener quelques-uns des enfants d'Israël, de race royale et princière,
4. de jeunes hommes en qui il n'y eût aucun défaut, beaux de figure, instruits
passage. — Et parUm. Hébr.: « E nnmcro, e summa; » par conséquent, une partie, comme traduit la Vnigate. Nabuchodonosor n'emporta que peu à pou les richesses du temple. Cf. IV Reg. XXIV, 13 ; Jor. xxvn, 18 et es.; lit, 17 et ss. — Vasorum. Le mot hébreu désigne généralement des ustensiles ; mais, en réalité, c'est surtout des vases sacrés qu'il est question Ici. — In terram Sennaar. Hébr. : dans le pays de Stn'ar. Nom antique de la Babylonle. Cf. Gcn. x, 10; xi, 2; XIV, 1 ; Is. XI, 11, etc. (AU. géograph., pi. i, ii, iir, viii.) — Dei sui. Bel-Mérodach, le dieu tutélairo de Babylone , auquel Nabuchodonosor avait voué un culte spécial. Il lui consacra un temple, et on a retrouvé plusieurs Inscriptions dédicatoires qu'il lui adressa. Voyez VAtl. archéol., pi. cxv, flg. 2, et Baruch, vi, 14-15. — In domum the- Bauri. On nommait ainsi l'endroit du temple où étaient déposés et conservés les objets les plus précieux du culte. D'après v, 2, et II Par. xxxvi, 7, quelques-uns des vases sacrés du temple de Jérusalem furent placés dans le palais du roi.
2» Des adolescents Juifs, de noble race, sont choisis pour être employés à la cour babylonienne. I, 3-5.
3-4. Qualités que devaient avoir ces jeunes gens. — Asphenez. En hébreu, '.4s/y'«az. « Transcription... d'un nom dont on a plusieurs exemples (dans les Inscriptions cunéiformes) : AiSa-tbnitir, la daine (la déesse Istar) a formé le germe. » (F. Lcnnrmant.) Telle est du moins l'opinion la plus probable. — Prxposlto eunocJiorum. H<!br.: le chef de ses eanuques. Comp. Jer. xxxix, 3, où nous trouvons ce même emploi, exercé par un des premiers fonctionnaires de l'Élut. Quoiqu'il y eut beaucoup d'eunuques proprement dits dans les cours orientales, ce titre ne suppose nullement que celui qui le portait fût lui-même eunuque dans le sens strict, ni que tous ses administrés le fussent aussi. On ne saurait donc conclure de ce passage, avec Joséphe, Ant., x, 11, quelques anciens rabbins, Origène (.nom. iv in Et.), etc., que Daniel et les autres Jeunes pages Juifs avalent subi, en entrant au service du roi chaldécn, une mutilation humiliante. Le chef des eunuques était simplement l'officier préposé à tons les employés du palais. — De filiis Israël. C.-à-d., parmi les Juifs que Nabuchodonosor avait emmenés comme otages à Babylone. Ce fut là le début de la déportation qui eut Heu ensuite beaucoup plus en grand et de ce qu'on nomme la captivité de Babylone. — De semine regio. Doulourcu.x accomplissement do la prédiction faite h ézt'chlas l'ur IgaTe, xxxix, 7. — Ti/rannorutn. Hébr. :
parCmîm. Ce mot, qui ne se trouve qu'ici et Esth. I, 3; VI, 9, vient probablement du persan (comparez, en pehlvl, pardom, le premier, le noble; en grec, TrpùjTo:, etc.); 11 signifie : les distingués, les magnats. D'où 11 suit que Daniel
Le rhef des eunaques. (B&s relie! u.- .Maire.)
et ses compagnons étiilent au moins de race noble; peut-être même de nice royale, comme l'afilroM Joséphe, Ant., x, 10, 1. — Pueros (vers. 4). Le substantif hébreu j/hhlim ne dit non plus rien de précis sur l'âge qu'avait alors Daniel. Du moins, des détails qui suivent on i>cut conclure que les adolescents choisis pour entrer au servie* de Nabuchodonosc'r devaient êtrt réellement très jeunes. Le système scientifique desCJhaldéens.ilont l'usage voulait que les pages fussent Imbus, était fort compliqué, car 11 comprenait la thcî'ologle, la magie, l'astronomie, etc., et exigeait par 1& même une Initiation faite de très bonne heure. D'après rUiton, Alcib., 1, 37, les Jeunes Perses étalent
Dan. I, 6-6.
en toute sagesse, habiles en science et en intelligence, qui pussent servir dans le palais du roi, et à qui l'on apprendrait les lettres et la langue des Chaldéens.
5. Et le roi leur assigna pour chaque jour des mets de sa table, et du vin dont il buvait lui-même, afin qu'après avoir été élevés pendant trois ans, ils parussent ensuite en présence du roi.
6. Parmi eux se trouvèrent, d'entre les enfants de Juda, Daniel, Ananias, Misaël et Azarias.
sapientia, cautos scientia, et doctos disciplina, et qui possent stare in palatio régis, ut doceret eos litteras et linguam Chaldœorum.
5. Et constituit eis rex annonam per singulos dies de cibis suis, et de vino unde bibebat ipse, ut enutriti tribus annis, postea starent in conspectu régis.
6. Fuerunt ergo inter eos de filiis Juda, Daniel, Ananias, Misael et Azarias.
confiés à l'âge de quatorze ans aux hommes chargés de les instruire ; d'autre part, d'après Xénophon, Cyrop., i, 2, les éphèbes destinés au rôle de pages commençaient leur service à dix -sept ans. Cela cadre assez bien avec les faits signalés en cet endroit par l'écrivain sacré (vers. S : « enutriti tribus annls »). Comp. ii, 26, où Nabuchodonosor parait tout surpris de la précocité de Daniel ; voyez aussi xiii, 45. — NuUa... 77iacula : aucun défaut corporel. Mais il fallait en outre que ces enfants possédassent une beauté réelle : decoros... Qualité jugée Indispensable pour les pages chez les anciens Orientaux. Voyez Quinte- Curce, VI, 5, 29. — Les dons intellectuels n'étaient pas moins requis que les avantages physiques : eruditos (hébr. : habiles)... Notez la triple répétition de cette pensée. Par sapientia il faut en- Cendre la sagesse scientifique, l'intelligence, et non la sagesse morale. — Cautos... doctos... Hébr.: Connaissant la connaissance et comprenant les pensées. — Qui possent. Littéralement dans l'hébreu : Et en qui (serait) la force, c.-à-d. la capacité. — Store in palatio : en qualité de serviteurs royaux, de pages. Comp. les vers. 5 et 1 Si» ; IV Reg. v, 25, etc. En Orient, les serviteurs se tiennent habituellement debout, attendant les ordres de leurs maîtres; de ii cette locution. — Un point spécial, très important, de l'éducation de ces Jeunes gens est mentionné à part : ut... litteras et linguam... Hébr.; Pour qu'il leur enseignât l'écriture et la langue des Cbaldéens. Par écriture, 11 ne faut pas seulement entendre l'art de lire et d'écrire, mais la connaissance de la littérature (comp. le vers. 17") ; saint Jérôme a donc très bien traduit. La « langue des Chaldéens d différait beaucoup de l'idiome araméen, dont 11 sera question plus bas (ii, 4»; voyez la note). Par cette expression, le narrateur désigne tout k la fois la langue assyro- babylonienne, parlée à Babylone comme à Ninive, et qui, facile en elle-même pour un Juif à cause de sa ressemblance avec l'hébreu, devenait très difficile à cause de la complication et de la multiplicité de ses caractères, dits cunéiformes , et, d'autre part, l'ancien langage accadien, dont l'étude i était bien plus difficile encore. C'était une langue morte, dont la connaissance était Indisponsablo en Chaldée, parce qu'elle avait servi â rédiger les textes religieux, astronomiques et magiques, dan* les temps primitifs ». F. Tigouroux, DlUe
et découvertes , t. IV, p. 276 de la 6« édition. Voyez aubSi le t. I, p. 169-170. a Nous savons aujourd'hui que la bibliothèque établie par Assurbanipal â Ninive était principalement destinée aux maîtres et aux disciples de l'école du palais. Une partie notable des livres d'argile qui ont été retrouvés sont des livres classiques , des livres d'enseignement, syllabaires, grammaires, dictionnaires, cours d'histoire, des exercices et des devoirs.» Ibid., t. IV, p. 273-274. — Le mot Chaldœorum (hébr., Easdim) est pris ici dans un sens restreint, pour désigner la caste savante des prêtres. De même au chap. n , 2, 6, etc.
5. Le roi se charge de l'entretien de ces Jeunes captifs. — Et constituit... Destinés au service du monarque, ils étaient naturellement élevés à ses frais pei'sonnels. — Annonam per... dies. A. la lettre dans l'hébreu : Chose de Jour en son jour ; c.-à-d. une ration quotidienne. Cf. Jer. ui, 34. Dans le texte primitif, l'équivalent de cibis est pat-bag, mot d'origine persane (composé du substantif bag, tribut, et de la préposition paiti, vers : portion assignée); 11 représente loi la viande, le gibier, le poisson , par opposition aux légumes, dont il sera bientôt question (cf. vers. 12).
— Ut enutriti. Hébr. : Et qu'il les fit grandir.
— Tribus annis. Ce temps n'était pas trop considérable pour apprendre aux jeunes gens tout ce qu'ils devaient connaître en fait de sciences chaldéennes. — Postea. Hébr. : â leur fin ( des trois années). — Starent... Ils n'entraient cependant en fonctions qu'après avoir subi un examen sérieux. Comp. les vers. 18-19.
3° L'admirable fidélité de Daniel et de ses trois compagnons aux lois divines. I, 6-16.
6-7. Les noms hébreux et chaldéens des quatre jeunes gens. — li est possible que la locution de jlliis Juda désigne exclusivement la tribu de ce nom. — Daniel... Parmi les jeunes Hébreux destinés au rôle de pages, l'écrivain sacré n'en mentionne que quatre nommément, parce que le livre lie s'occupera ensuite que de ces quatre. Sur la signification du mot Daniel, voyez l'Introduction, p. 213. — Atianias. Hébr. : Hanavyah, Jéhovah fait grâce. — Misael. Hébr.: Misâ'el, Qui est ce que Dieu (est)? — Azarias. Hébr.: 'Azaryah, Jéhovah secourt. — Et imposait... Ce changement de nom est très habituel en Orient pour marquer un changement de conilition. On conçoit d'ailleurs que l'on ait donné des noms chaldécni
Dan. I, 7-11.
7. Et imposuit eis prsepositus eunuchorum notnina : Danieli, Baltassar; Ananiœ, Sidrach; Misaeli, Misach; et Azariae, Abdenago.
8. Proposait autem Daniel in corde 6U0, ne polluereturdemdnsa régis, neque de vino potiis ejiis; et rogavit eunuchorum prsepositum ne contaminaretur.
9. Dédit autera Deus Danieli gratiam et mipericordiam in conspectu principis eunuchorum.
10. El ait princeps eunuchorum ad Daiiielem : Timeo ego dominum meum regeni, qui constituit vobis cibum et potum ; qui si viderit vultus vestros macilentiores prœ ceteris adolescentibus cosevis vesiris, condemnabitis caput meum régi.
11. Et dixit Daniel ad Malasar, quem constituerat princeps eunuchorum super