CHAPITRE III
1. Nabuchodonosor rex fecit statuara •iiieara, altitudine cubitorum sexaginta, latitudine cubitorum sex, et statuit eam in campo Dura, provinciœ Babylonis.
1. Le roi Nabuchodonosor fit une statue d'or, haute de soixante coudées et large de six coudées, et il la plaça dans la carajiagne de Dura, qui était dans la province de Babylone.
autre privilège qui ne fut accordé qu'à lui seul. — Jn foribus regif. Le chald<?en emploie le 8lngnller : A la porte du roi. Ce qui signifie que Daniel fut admis dans la partie la plus Intime du pal.iis. « Brat In aula,... rcgl proxinius et Intinius. » (Saint Jérôme.) Cf. Esth. ni, 2.
§ III. — Lefi troU amis de Daniel dans la fournaise. III, 1-97.
Autre narration pleine de beauté. D'après quelques mots ajoutés au vers. 1 par les LXX , ThOoilotlon et le syriaque, ce fait aurait eu lieu pendant la dix -buitièine annexe du règne lic Nabuiliodonosor, qui fut aussi celle de la prise 2t de la ruine de JOrusalein (cf. IV Reg. xxv. S ;
Un guerrier veut faire adoicr par les trois jeunes gens la statue érigée par Natinchodonosor. (Peinture des Oatacombee.)
.Ter. LU, 12). Quoique ce soit li vraisemblablement une Interpolation, la date Indicjuéc cadre •esez bien avec l'ensemble du récit. Il ressort, en effet, des vers. 32 et 83., surtout du vers. 3.t, que Jcriisalom , ii cette époque, était complètement tombée entre Ifs mains des Chaldéens, et que les Juifs n'avalent plus de sanctuaire ni de onltc offlciel On conçoit qu'après un si long espace de temps, l'Impression produite sur Nahunhodonofor par le fontrc my-térloux ait été & peu pri^s complètement elTacée. Ce prince, •< au moment o(i nous transporte le narrateur, (JUiit parvenu .nu fafte de s.t puissance ; il régnait sur an vast<' empire, conimo le prouve l'expression Peuples, (ribus et langues, qui revient trois fols dans ce chapitre, ii Aussi les LXX ont -Ils peut-
être encore raison, du moins en ce qnl concerne la pensée, lorsqu'ils ajoutent ces mots à la date indiquée plus haut : « Après que Nabixhodonosor eut soumis tous les peuples, depuis l'Inde Jusqu'il l'Ethiopie.» Dans ce cas, la fête aurait eu sans doute pour but do fêter ce glorieux événement.
1 ' Nabuchodonosor érige une statue colossale, & laquelle 11 exige que tous ses sujets rendent les honneurs divins. III, 1-7.
CnAP. III. — 1. L'érection de la statue. — Feclt statuam... « l/ércc;ion d'une statue dans un but politique ou religieux était une chose très fréquente dans les deux monarchies » assyrienne et chaldéenne, comme le démontrent les anciens monuments. Voyez F. Vlcronroux, Bible et découvertes, t. IV, p. 297 et es. de la 6« édit. — Aurcam, n est probable , tu les dimensions gigantesques de la statue, qu'elle était, « comme beaucoup d'autres statues babyloniennes, seulement en terre culte, revêtue de lames d'or plus on moins épaisses. » Comp. xrv, 6 : Is. xl , ; '■) ; Jer. x , 3 - 4 , etc. Cependant Hérodote, I, 183, parle d'une statue d'or massif, haute de douze coudées , érigée à Babylone en l'boniiour <lu dieu Uel : Il en mentionne aussi une autre qui avait coûté 800 talents d'or (au delà de CO 000 000 de francs). « La masse de métaux précieux que le pillage de l'Egypte et de l'.VsIe aritoricure .iccu- Miula à Babylone, du temps de Nabuchodonosor, dépasse l'injagination. Ce roi, grand constructeur et ami des arts, en employa la plus grande partie, au témoignage de Bérose (Fragm. 14), à la décoration des oiiiflccs sacrés. Lui-même nous apprend, dans sa gr.iiidc inscription, qu'il fit plaquer en or et briller comme le soleil les sanctuaires de Mardouk à Babylone; il couvrit ansal d'or les vases sacrés du temple d'É-Sagll, et orna la barque de Mardonk de pierres pnx-leu.ses, qnl la rendinnt (dit-Il) éclatante comme les étoiles du ciel. " ( F. Vigoureux, l. c , p. 301.) D'après quelques Interprètes, la statue qui tient une si grande place ilans la l'résente narration aurait été celle de Nabuchodonosor lui - même. Cette opinion csV peu probable , car 11 résulte ft peu près sûrement
Dan. III, 2-3.
2. T,e roi Nabuchodonosor envoya ens'iite l'ordre de rassembler les satrapes, les magistrats, les juges, les chefs, les intendants, les préfets et tous les gouverneurs des provinces , afin qu'ils assistassent à la dédicace de la statue érigée par le roi Nabuchodonosor.
3. Alors les satrapes, les magistrats, les juges, les chefs, les intendants, les premiers ofiBciers du royaume et tous les
2. Itaque Nabuchodonosor rex niisit ad congregandos satrapas, magistratns, et judices, duces, et tyrannos, et praefectos, omnesque principes regionum, ut convenirent ad dedicationem statuae quam erexerat Nabuchodonosor rex.
3. Tune congregati sunt satrapœ , magistratns, et judices, duces, et t}Tanni, et optiraates qui erant in potestatibus
des vers. 12, 14, 18 et 28, que c'était l'image d'un dieu. Dans ses inscriptions, Nabuchodonosor se vante d'avoir érigé celle de Bel - Mérodach , sa divinité favorite. — Altitudine. . . sexaginta. Il s'agit natnrellement de la coudée royale de Babylone. Si elle équivalait, comme celle des Juifs, & 0" 525, cela fait une hauteur de plus de 30 mètres. — Latitxidine... sex. Environ 3 mètres. Cette largeur n'est guère en proportion avec la hauteur. En effet, la taille moyenne de l'homme est seulement de six fols sa largeur, tandis qu'ici la hauteur égale dix fois la largeur. Aussi supposet-on que le piédestal sur lequel la statue reposait est compris dans les 60 coudées (par exemple, 24 coudées pour la base et 36 pour la statue) ; ce qui donnerait un ensemble bien proportionné. Ou encore, on peut admettre que la statue avait été dressée an sommet d'une colonne, comme dans la figure ci-jointe. Cependant 11 ne faut pas oublier que les Chaldéens aimaient les choses gigantesques. — In campo Dura. « Localité immédiatement suburbaine, » dont le nom s'est conservé jusqu'à nos jours. Voyez Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. II, p. 239-240, et notre Atl. géogr., pi. ne.
2. Le roi convoque tous les principaux offlcters de son empire pour l'inauguration de la statue — Itaque... misit... n a toujours été d'usage d'inaugurer solennellement les nouveaux édifices, les statues, etc. Dans la circonstance présente, Nabuchodonosor voulut que la dédicace fût en rapport avec la richesse du monument. — Ad congregandos... L'énumération qui suit est très Instructive, car elle complète ce que les Inscriptions cunéiformes, consacrées presque uniquement à faire l'éloge des rois, nous apprennent sur l'organisation intérieure du royaume. Quoiqu'elles ne mentionnent qu'un petit nombre d'officiers d'État, ces inscriptions sont bien d'accord avec les données du livre de Daniel; de part et d'autre, en effet, nous voyons le vaste empire chaldécn divisé en provinces, dont l'administration était confiée à des vice -rois, des gouverneurs, etc. Malheureusement, il n'est pas possible de déterminer avec certitude quel était au juste le rôle de ces six catégories de fonctionnaires. Les anciennes versions ne sont d'accord ni entre elles ni avec elles-mêmes pour la traduction exacte des noms, qu'elles prennent parfois dans des sens plus ou moins divers. On ne peut donc préciser le sens que d'une manière générale. — Satrapo». De même les LXX. Théodotlon : ûtcxrouc. Le syriaque : chefs de la milice. Dans le
texte original : 'ahasdarp'ntyyâ' , mot d'origine persane (kSatra-paiân, protecteur du royaume), que If-s écrivains grecs ont rendu classique sous la forme de satrape. On le trouve aussi Esdr. vni, 36, et Esth. m, 12. Les satrapes étaient de hauts fonctionnaires, placés à la tête des provinces. — Magi^tratus. LXX et Théodotlon : fftparrjyoOç, généraux. Syriaque : les seigneurs. En chaUiéen : gignayyâ', les préposés ; titre que nous avons trouvé, n, 48'' (voyez la note), sous la fonne de aignln. — Judices. Les LXX et Théodotlon : ■:o~yp'/OL;, les chefs de di.stricts. Telle est la vraie signification du mot chaldéen paliavâtâ', qui correspond à l'assyrien pahatu, et qui désigne les gouverneurs des districts. Il s'est conservé dans le substantif turc « pacha ». — Duces. LXX : -j-iTO-j;. Théodotlon : riyo-jjjiévo'j;. Le chaldéen 'adargâzraijiiâ', employé seulement ici et au vers. 3, est sans doute l'équivalent du persan endazgar, conseiller. — Tiiran- 710S a été calqué sur la traduction de Théodotlon (T'jpy./vo'jç. LXX : ôcot7-r,-:c(i;, administrateurs). D'après de nombreux philologues, g'dâbrayiiâ' du chaldéen ne serait o.u'nne simple variation du mot gizhârayyâ', trésorier, mentionné Esdr. vu, 21. Comp. le persan ganjabara. — Prx/ectos. LXX et Théodotlon : touç en è^o'jo-'.tôv, ceux au pouvoir. Chald. : d'tabbrayyd' , les juges. Comp. l'ancien persan dâtabara, le pehlvi databar. — Aux six titres qui précèdent, le texte original en ajoute un septième : tiftayyé' (d'après la note marginale, p.fta'é), que la Vulgate a omis , suivant en cela l'exemple des versions grecques. II est assez obscur. Quelques interprètes lui attribuent aussi la slgnldcation de conseillers. — Omnes... principes... LXX et Théodotlon : tous les chefs ( ap70VTS? ). Chald. : tous les sultans ( Siltoné) des provinces. Expression générale, pour conclure et résumer la liste.
3-7. La fête de l'inauguration. — Satrapie, magistratus... Dans le texte chaldéen, la liste est absolument la même qu'au vers. 2; mais, cette fois, la Vulgate a une formule nouvelle, optiinateg... constituti, qui correspond aux deux noms d'tabrayyâ' et tiftayyé'. Les LXX et Théodotlon intervertissent quelques-uns des titres. — Stabant aiitem... Trait pittoresque : les voUù tous rassemblés dans la plaine de Dura, et debout devant la statue. — Prseco (vers. 4). Le chaldéen kârôzâ' vient de la racine sémitique ïcâraz, crier, et n'a rien de commun avec le grec xr.p-j^ comme on l'a parfois prétendu. — Valenter • d'une voix forte. Cf. iv, n, et v, 7; Ps. xxvm. ^^,
Dan. III, 4-5.
constituti, et univcrsi principes regioiium, ut conrenirent ad dedicationem statuae quam erexerat Nabuchodonosor rex. Stabant autera in conspectu statufe quam posuerat Xabuchodonosor rex ;
4. et praeco clamabat valenter : Vobis dicitur populis, tribubup, et linguis :
5. In hora, qua audieritis sonitum tubae, et fistulse, et citharae, sambiicse, et psalterii, et symphonise, et unirersi generis musicorum, cadentes adoratestatuam auream quam constituit Nabuchodonosor rex.
gouverneurs des provinces s'assemblèrent pour assister à la dédicace de la statue qu'avait érigée le roi Nabuchodonosor, Ils se tenaient debout devant la statue qu'avait dressée le roi Nabuchodonosor,
4. et un héraut criait à haute voix : Peuples, tribus et langues, voici ce qu'on vous ordonne :
5. Au moment où vous entendrez le son de la trompette, de la flûte, de la cithare, de la sanibuque, du psaltérion, de la symphonie et de toute sorte d'instruments de musique, prosternez - vous et adorez la statue d'or qu'a érigée le roi Nabuchodonosor.
etc. — PopulU, tribubtis et linguis. Ces trois noms réunis, dont l'association est propre au livre de Daniel (vorez l'Introd., p. 214, note 8), désignent la totalité des peuples, d'origine et de langage «1 divers, qui étaient soumis à Nabuchodonosor. Le premier est plus général ; le second représente des peuplades, ou bien, des fractions de peuple ; le troisième réunit tous les individus parlant une mcme langue. Ce dernier détail «n'est pas une tautologie; car la distinction entre nations et langues est fréquente dans l'histoire». (Fabre d'Envicu, h. 1.) — AtidierU tis... Ce passage nous montre la musique associée par les Chaldéens comme par les Hébreux aux inaugurations religieuses. Cf. Ex. xxxn, 18 Ps. XXIX, 1; Xeh. xii, 27; I Mach. ir, 54. — Sonitum... Encore une énumération, qui rcvion dra plusieurs fois dans la suite de ce récit Cf. vers. 7, 10, 15. Six Instruments sont mentionnés, t peu près tous faciles t identifier. — Tubse. Chald. : qarnâ', la corne; c.-à-d. la trompette qui consistait, à l'origine, dans une corne de bouc ou de bélier. Voyez VAtl. archéol., pi. civ, flg. 4
— Fistulse. Chald. : masroqVâ' ; la flûte, si soU' vent représentée sur les anciens monuments (.AU. archéol., pi. lxi, flg. 15; pi. ucii, flg. 4, etc.). — Cilharsc : la harpe. Chald. : qafros ; mot évidemment d'origine grecque, et calqué sur •/.!6ap:ç.
— Sambiine. Chald. : iahUâ'. LXX et Théodo- Uon : ffi(AS-Jy.-/]. Cette fois, le nom est d'origine Bémitlque.et ce sont les Grecs qui l'ont emprunté aux Orientaux. Athénée, Deipnos., iv, ï7, dit en propres termes que c'était un Instrument à quatre cordes, au son aigre, Inventé par les Syriens. Voyez l'Ail, archéol., pi. Lxm, lig. 9. — Paal- \eHi. Dans le texte original, p'santMn, forme chaldéonne donnée au substantif grec 7:(Ta).Tr,- P'.ov. C'était une sorte de petite harpe (AtUu archtol., pi. Lxiii, flg. 7 et 8). — Sumphoniw. Chald. : tumponyàh ; troisième nom d'origine grecque. Il désigne probablement l'équivalent de U sampogna des Italiens, de notre cornemuse, qui consiste en un wc de cuir rempli d'air, auquel sont adapté« deux tuyaux, dont l'un, placé en haut du sac, y projette l'air, tandis que l'autre, placé en bus. émet les sons, un peu criards. Voyez VAtl. archéol.. pi. LXI, flg. 10 et 12. — Les As.«yrien» et Ip« Cli.ild^-çn» semblent avoir été dn
grands amateurs de la musique. Cf. Ps. cxxxvi, 2-3 ; Is. XIV, 13; Vigoureux, Bible et découvertes, t. IV, p. 305 et 6s. de la 6» édit. On voit sur leurs monuments des instruments de nature et de formes variées , et des grouj^es considérables de musiciens (AU. archéol., pi. lxi. flg. 15). Ces deux peuples ayant eu de bonne heure des relations commerciales avec la Grèce, il n'est pas étonnant
Jonenr de flûte. (Bas-relicf de Sus*.)
que nous trouvions à Babylone, sous le règn« de Nabuchodonosor, des Instruments de musique venus de ce pays et portant encore leurs anciens noms. Il suffit de cette explication, aussi simple que naturelle, pour réduire ù n&int l'objection qu'on a tirée de ces noms afin de mer l'authenticité du livre (le Daniel. Voyez l'Introii., p. 216, 2». — CaAenUa, adorate. La prostration était le principal geste d'adoration chez les Orientaux ( Atl, archcol., pi. xevi, fig. 7. etc.) Cf. li, 46, etc. — .S'i qui.'! auUvi... L'ordre est accompagné d'une terrible sanction. Celte menace n'est nullement
Dan. IIT. 6-10.
6. Si quelqu'un ne se prosterne pas et n'adore pas, il sera à l'instant même jeté dans une fournaise embrasée.
7. C'est pourquoi, aussitôt que tous les peuples entendirent le son de la trompette, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, de la symplionie et de toute sorte d'instruments de musique, tous les peuples, les tribus et les langues se prosternèrent et adorèrent la statue d'of qu'avait érigée le roi Nabuchodonosor.
8. Aussitôt et dans le même moment, les Clialdéens, s'approchant , accusèrent les Juifs,