‹ La Sainte Bible (volume 2)Chapitre 244 sur 832 · dixeruntque Nabuchodonosor régi · texte numérisé non relu

dixeruntque Nabuchodonosor régi

Eex, in œternum vive!

10. Tu, rex, posuisti decretum, ut omnis homo qui audierit sonitum tubœ, fistulae, et citharse, sambucae, et psalte-

contralre, comme on l'a prétendu, à l'essence même (lu polythéisme et à la liberté qu'il laisse à chacun d'adorer les dieux de son choix. Nabuchodonosor ne prescrit point à ses sujets d'abandonner les divinités auxquelles Us offraient habituellement leurs hommages. Ce qu'il exige, c'est qu'ils reconnaissent le dieu favori de leur roi et lui rendent un culte; or, cela s'harmonisait pleinement avec les pratiques ordinaires du paganisme. De pins, dans le cas actuel, les récalcitrants devaient être traités comme coupables d'un crime politique en même temps que d'un crime religieux, car « le refus d'adorer les dieux du pays (et de son chef) serait regardé comme une haute trahison ». — Tn fornacem... « On punissait avec la plus grande rigueur, dans les pays baignés par l'Euphrate et le Tigre, ceux que l'on considérait comme blasphémateurs des dieux... Nous apprenons... par un cylindre (assyrien) que deux blasphémateurs, après avoir eu la langue arrachée, furent brûlés dans une fournaise... Un supplice semblable fut infligé, à Babylone même, à Samassumukln, frère d'Assurbanipal, qui s'était révolté contre ce dernier. On punissait la rébellion contre les rois comme la révolte contre les dieux... Le supplice de la fournaise était donc commun en Assyrie et en Chal.iée ; il éUiit inconnu en Palestine, et, au temps des Machabées, dans le royaume des Séleucldes. Nous avons encore ici, par conséquent, une preuve nouvelle de la connaissance parfaite qu'avait l'auteur du livre de Daniel de toutes les coutumes babyloniennes, i (F. Vigoureux, l. c, p. 326-328.)— Post hsec... (vers. 7). Le décret trouva unis prompte obéissance, car Il ne gênait en, rien des consciences païennes. — Tubœ, Jtftulse... La liste est incomplète dans le teste clialdéen, car elle ne contient que les noms de cinq Instruments. C'est vraisemblablement par eulte d'une erreur du copiste que la -umi'Otiyâh, mentionnée aux vers. 6, 10 et 15, a disparu en ocr endroit. Cependant on ne la trouve pas non plus loi dans les deux Tcrsions greciiues.

2» Les trois amis de Daniel sont accusés de n'avoir pas adoré la statue. III, 8-12.

8-9». Introduction. — Statim... in ipso... La Vulgate insiste sur la promptitude de la dénonciation. Petite nuance dans le chaldéen : C'est pourquoi (à cause de la désobéissance des Juifs, mise en relief par l'obéissance universelle) au même temps. — Accedentes: s'approchant du roi, qui assistait h la cérémonie. — Viri Chaldsei. Non pas la catégorie spéciale des mages dont 11 a été question plus haut (n, 6 ; voyez la note), mais des hommes de nationalité chaldéenne, par opposition aux déportés juifs {Judxos), qu Us vont accuser. — Accusaverunt. Le texte original emploie un idiotisme très dramatique : Ils mangèrent les morceaux d'eux (des Juifs). Comparez notre locution analogue : déchirer à belles dents ; et le latin a mordere, dente carpere », etc. « Il est naturel de supposer que la promotion de trois hommes d'origine juive (de quatre, en y comprenant Daniel) avait été envisagée avec les sentiments de la plus basse jalousie par les officiers babyloniens, qui sans doute avaient recherché soigneusement un temps opportun pour se venger. » Cf. VI , 11. — Judaeos est une expression générale, dont le sens sera déterminé un peu plus loin (cf. vers. 12). Elle ne désigne pas la masse des Juifs déportés à Babylone, mais seulement quelques-uns d'entre eux.

- 9'>-12. L'accusation. — Rex, in aternum... Sur cette formule, voyez ii, 4, et le commentaire. — Tu (pronom très accentué) posuisti... Les accusateurs rappellent d'abord (vers. 10-11) les termes mêmes du décret royal et de sa grave sanction. Comp. les vers. 5-6. Ils signalent ensuite (vers. 12) la désobéissance de leurs rivaux : Sunt ergo... l,e trait quos cin.ftltuisti est ml? en avant avec beaui-nup d'habiU-té, parce qu'il constituait une circon.-tance aggravante ; le refus, de la part de trois grands fonctionnaires de l'État, d'obéir à l'ordre du roi, était, en effeJ, particulièrement capable dexciter la colère de ce dernier contre

Dan. III, 11-15.

rii, et eyiupliouiae, et univei&i generis musicorum, prosternât se, et adoret statuara auream ;

11. ei quis autem non procidens adoraverit, mittatur in fornacem ignis ardentis.

12. Sunt ergo viri Judœi, quos constituisti Buper opéra regionis Babylonis, Sidrach, Misach et Abdeuago; viri isti contempserunt, rex, decretum tuum, deos tuos non colunt, et statuam auream, quam erexisti, non adorant.

13. Tune Nabuchodonosor, in fui"ore et in ira, prœcepit ut adducerentur Sidrach, Misach et Abdenago, qui confe- Btira adducti sunt in coiispectu régis.

14. Pronuntiansque Nabuchodonosor rex, ait eis : Verene, Sidrach, Misach, et Abdenago, deos meos non colitis, et statuam auream, quam constitui, non adoratis ?

15. Nunc ergo si estis parati, quacumque hora audieritis sonitum tubae, listuiae, citharœ, sambucse, et psalterii, et s^'mphoniœ, omnisque generis musicorum, prosternite vos, et adorate statuam quam feci. Quod si non adoraveritis, eadem hora mittemini in fornacem ignis ardentis. Et quis est Deus qui eripiet vos de manu mea?

sambuque , du })saltérion , de la symphonie et de toute sorte d'instruments de musique, se prosternât et adorât la statue d'or;

11. et que si quelqu'un ne se prosternait pas et ne l'adorait pas, il serait jeté dans une fournaise embrasée.

12. Or les Juifs à qui tu as donné l'intendance des affaires de la province de Babylone, Sidrach, Misach et Abdenago, ont méprisé, ô roi, ton ordonnance; ils n'honorent pas tes dieux, et ils n'adorent pas la statue d'or que tu as érigée.

13. Alors Nabuchodonosor, plein de fureyr et de colère, ordonna d'amener Sidrach, Misach et Abdenago, qui furent aussitôt conduits en présence du roi.

14. Et le roi Nabuchodonosor, prenant la parole, leur dit : Est -il vrai, Sidrach, Misach et Abdenago, que vous n'honorez pas mes dieux et que vous n'adorez pas la statue d'or que j'ai érigée?

15. Maintenant donc, si vous êtes prêts, au moment où vous entendrez le son de la trompette, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, de la symphonie et de toute sorte d'instruments de musique, prosternez-vous et adorez la statue que j'ai faite. Si vous ne l'adorez pas, à l'instant même vous serez jetés dans une fournaise embrasée. Et quel est le Dieu qui vous arrachera d'entre mes mains?

eux. — Super opéra. Voyez la note de ii, 49. — Contempserunt... A la lettre, dans le chaldéen : Ils n'ont pas posé sur toi le décret; c.-à-d. : Ils le traitent comme 8"11 n'émanait pas de toi et n'en tiennent aucun compte. LXX : Ils n'ont pas redouté. — Deoa tuos non... Accusation d'une portée générale, qui est aussitôt précisée : et at'ituam... — Mais pourquoi Daniel no parait- 11 pas dans toute cette affaire? Son absence eat certaicement surprenante. On a prétendu, pour l'expliquer, qu'il ne comptait point parmi les grands ofdclers de l'empire; ce qui est directement contredit par il, 43. D'autres commentateurs ont 8up)>osé qu'il était malade, ou en voyage pour le service du roi; ou bien, qu'on n'avait pas osé le dénoncer, pnrce qu'il était le favori du roL Il est probable qu'il no se trouvait pas alors à Babylone, puisqu'il n'Intervient pas m6me pour essayer de sauver ses trois amis ; mais on ne peut rien dire de certain sur ce point, faute de documents. Quoi qu'il en soit, le silence du narrateur 4 son égard ne prouve absolument rien contre l'authenticité du récit. On peut même dÎT qu'un fanssalre n'aurait pas manqué de le faire paraître, pour le glorifier en lui prêtant un beau rôle. Quant à la niasse des JuUs déportés, elle s'était

abstenue de venir à la fête de l'Inauguration , toute liberté étant laissée à ce sujet aux simples particuliers (seuls les fonctionnaires furent convoqués officiellement); on comprend donc que l'accusation n'ait porté que sur Sidrach, Misach et Abdeuago.

3° Los trois Jeunes gens, pressés par Nabuchodonosor d'adorer la statue, s'y refusent coorageuseuient. II, 13-18.

13. Ils sont ni.mdés auprès du roi. — In/urore et ira. Deux synonymes pour renforcer l'Idée. Les accusateurs connaissaient le despote et avalent prévu cette conséquence Immédiate de leur dénonciation.

14-16. Nabuchodonosor exige d'eux l'obélssnnoe k son décret. — Verene. .f De même Théodotion et le syriaque. Les LXX : Stà ti; Pourquoi? Plus fortement dan» le syriaque : Est-ce à dessein que...? Ont-Ils agi ainsi de propos délibéré, pour lui désobéir? — Nutic ergo ^ vers. 18). n y a une condcsceniance réelle dans cette proposition que leur fait le monarque de recomuicnoer pour eux l'épreuve. — Si... parati... Dans le tcxt« original, cette phrase n'est i>olni achevée : Si

vous êtes prêts, au moment on vous entendrez

à vous prosterner pour adorer la statue que J'ai

Dan. III, 16-21.

16. Sidrach, Misach et Abdénago répondirent au roi Nabuchodouosor : Il n'est pas besoin, o roi, que nous te répondions sur ce point ;

17. car notre Dieu, que nous servons, peut nous tirer de la fournaise ardente et nous délivrer, ô roi, d'entre tes mains.

18. S'il ne le veut pas, sache, 0 roi, que nous ne servirons pas tes dieux, et que nous n'adorerons pas la statue d'or que tu as érigée.

19. Alors Nabuchodouosor fut rempli de fureur, et il changea de visage en regardant Sidrach, Misach et Abdénago; et il ordonna de chauffer la fournaise sept fois plus qu'on avait coutume de la chauffer.

20. Puis il commanda aux plus forts soldats de son armée de lier les pieds à Sidrach, à Misach et à Abdénago, et de les jeter dans la fournaise embrasée.

21. Aussitôt ces hommes furent liés et jetés , avec leurs caleçons , leurs tiares, leurs chaussures et leurs vêtements, au milieu de la fournaise embrasée.

16. Respondentes Sidrach, Misach et Abdénago, dixerunt régi Nabuchodono- 6or : Non oportet nos de hac re respondere tibi ;

17. ecce euim Deus noster, quem colimus, potest eripere nos de camino ignis ardentis, et de manibus tuis, o rex, 11berare.

18. Quod si noluerit, notum ait tibi, rex , quia deos tuos non colimus , et statuam auream, quam erexisti, non adoramus.

19. Tune Nabuchodouosor repletus est furore, et aspectus faciei illius imrautatus est super Sidrach, Misach et Abdénago ; et prsecepit ut succenderetur f ornax septuplum quam succendi consueverat.

20. Et viris fortissimis de exercitu suo jussit, ut ligatis pedibus Sidrach, Misach et Abdénago, mitterent eos in fornacem ignis ardentis.

21. Et confestim viii illi vincti, cum braccis suis, et tiaris, et calceamentis, et vestibus, missi simt in médium fornacis ignis ardentis,

faite. Il est aisé de la compléter : Je vous pardonnerai, etc. — Quod si non... Le roi réitère la Bentencc, ajoutant, pour Impressionner davantage les accusés : et quis... I)eus...1 Orgueil effréné de ce despote, qui se met au-dessus de n'importe quel dieu, et qui « défle toutes les puissances surnaturelles B.

16-18. Les Jeunes gens refusent péremptoirement de se livrer à cet acte d'idolâtrie. Leur langage est un admirable mélange de fermeté et de modestie. — Kon oportet nos (ce pronom est fortement accentué). Ils affirment d'abord simplement qu'il ne leur appartient pas de répondre au défl insolent et blasiihématoire du roi (de hac re) ; ils abandonnent ce soin à Dieu lulmôme (cf. vers. 1 7). — Ecce enUn... Plutôt, d'après le chaldéen : Si notre Dieu, que nous servons, peut (c.-à-d.,.s'il veut) nous délivrer, il nous délivrera de la fournaise..., 6 roi. Parole d'une grande délicatesse. Les trois jeunes héros ignoraient, en effet, s'il plairait au Seigneur d'accomplir on miracle pour les sauver; quelle que fût en cela sa volonté, ils proclament hautement que sa puissance est de beaucoup supérieure à colle de Nabuchodouosor, et, de plus, que c'est à lui seul qu'ils obéissent, et point au monarque : notum Bit...

4° Ananlas, MIsaël et Azarias sont Jetés dans la fournaise ardente. TII, 19-23.

19-20. La sentence. — Repletus... furore. Sa colère, déjà si intense (cf. vers. 13). redouble après ce formel refus. — Aspectus... immiitatus... Trait pris sur le vif. La colère transforme la physionomie. Cf. Eccli. xm, 31 (dans le texte grec); II Mach. m, 16. — Succenderetur septu-

plum. Ce n'est pas là seulement un cliiflre rond, équivalent à « beaucoup ». Le nombre sept paraît avoir été regardé, dans tout l'Orient, comme celui de la rétribution complète sous le rapport du châtiment. Cf. Lev. xxvi, 18, 31, 24, 28; Deut. xxvin, 7; Prov. vi, SI; Matth. xviii, 21-22. Le vers. 22'' montre à quel degré la fournaise avait été chauffée. — Quam consueverat. Chald.: (Sept fois plus) qu'il ne convenait ; c.-à-d., qu'il n'était nécessaire, comme traduisent les LXX (uap' 8 ËSst ). La colère aveugle Nabuchodouosor, car plus le four était chauffé, moins les victimes auraient à souffrir; mais on ne raisonne point en pareil cas. — Viris fortissimis... (vers. 20). L'armée assistait , elle aussi , à la cérémonie. Le roi fit choisir dans ses rangs quelques-uns des hommes les plus robustes; non qu'il craignît que les condamnés résistassent, mais sans doute parce qu'il songeait au péril qu'allaient courir les exécuteurs de la sentence en s'approchant d'une fournaise chauffée à ce point. — Ligatia pedibus. Simplement dans le chaldéen : liés. La Vulgate a suivi les LXX et Théodotion, qni mentionnent anssi expressément les pieds.

21-23. Exécution de la sentence. — Cum, braccis... et vestibus. Encore une de ces énumérationa dans lesquelles se complaît notre auteur. Cf. vers. 2-4, 6, 7, 10 ; il, 2, etc. La signification des trois substantifs principaux n'est pas entièrement certaine; on peut du moins la marquer avec assea de vral.-;emblance. Le premier désignerait, d'après la Vulgate, Théodotion,- Aquila et Symmaque, les braies ou pantalons courts que portaient les Mèdes, et que les Perses leur empruntèrent (Atl. archéol., pi. i, fl«. 12). Mais ce vêtement n'était

Dan. III, 22-25.

22. nam jussio régis urgebat. Foriiax autein eucceiisa erat niiuis ; poiro viros illos, qui miseiant Sidiacb , Misach et Abdeuago, interfecit flaiuraa ignis.

23. Viri autem hi très, id est, Sidrach, Misach et Abdeuago, cccideriint in medio camino ignis ardentis, coUigati.

Quœ sequuntur in hebrœis voluminihus non reperi.

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