‹ La Sainte Bible (volume 2)Chapitre 278 sur 832 · je vis que ce bélier donnait des · texte numérisé non relu

je vis que ce bélier donnait des

I II. — Seconde vision : le bc'ier et le bouc qui triomphe de lui. VIII, 1-27.

Cette vision complète les rt^vélations de la précédente au sujet de la seconde et surtout de la troisième monarchie païenne. Les vers. 20-25 nous donnent une interprétation si claire des symboles placés sous les yeux de Daniel, que l'accord est complet entre les commontaieurs relativement à leur signiflcatlon. — L'hébreu remplace Ici le chaldécn, et 11 sera employé jusqu'il la fin de la partie protocanonique du livre.

1» Introduction. VIII, 1-2.

Chap. VIII. — 1-2. La date et le lieu de la vision. — Anno tertio... Baltassar. Voyez les notes de v, 1, et de vn, 1. Deux années au moins «'étaient écoulées depuis les faits racontés au chap. vu ; la monarchie chaldéenne approchait de plus en plus de sa fln. — Visio apparuit... Hébraïsme qui signifle : J'eus une vision. Dans l'hébreu, les mots ego Daniel, solennels comme plus haut (cf. vu, 15 et 28), sont rattachés à. la proposition qui précède : J'eus une vision, mol Daniel, lis a(lirn;ent que le témoin de la vision ne diffère pas de celui qui en est le narrateur. — Post id quod... Plutôt : Après celle (la vision) que J'avais vue. La locution 1» principio équivaut Ici à l'adverbe « antérieurement » (comp. Gen. iiU, 3; XLi, 21, etc., où saint Jérôme la traduit par « pruis, antea !■), et fait allusion & la révélation relative aux quatre grandes monarchies (cf. VII, 1 et Bs.). - Cum essem : d'une manière «xtatlque, et non pas en réalité. Tel est le sentiment de la plupart des Interprètes. — In Susts. Hétir. : à Sùian. Cité célèbre, remonUint à une haute antiquité (cf. Hérodote, v, 49 ; Polybe, v, 48), que les déconvertos modernes ont fait en quelque sorte revivre. Voyei F. Vlgouroux, Bible et découvertes, t. IV, p. 626-633 de la 6« édlt.; M. Dlcnlafoy, Fouilles de Su^e, campagne 1884-1886, Paris, 1886 ; M"» Jane Dieulaioy, A Susi-, journal des fouilles, Paris, 1888; M. Dioulafcy, VArrofle de Su>e, Paris, 1880. Elle devint plus tard

la capitale de la Perse (cf. Esth. i, 2) ; mais elle n'était alors qu'une des villes principales de la province d'Élam ou d'Élyraaïs, dont la Susiane formait une partie (cf. Jer. xlix, 34). On y montre encore aujourd'hui un édicule que l'on nomme le tombeau de Daniel. — Ca.->tro. Hébr.: habbirâh, la forteresse, la citadelle. Cf. Neh. i, l, etc. — Super portarn. Hébr.: Sur le fleuve Cûbal, mot employé seulement dans ce livre). La Vnlgate a imité la traduction Inexacte des LXX : kn\ Tr,; tiûXtiC — Clai est le nom hébreu da cours d'eau en question. On le retrouve, chei les auteurs classiques, sous la forme d'o Euloeus», sur les bords duquel Pline l'Ancien , Hist. nat., VI, 27, nous apprend, en effet, que Suse éult bâtie. Mais comme, d'autre part, Hérodote, i, 188. place la ville auprès du Choaspe, plusieurs commentateurs ont peuîié que l'Ulaï était simplement un canal artificiel. D'autres supposent que les noms de Choaspe et d'Ulaï servaient à désigner une seule et même rivière, le premier étant le nom Indo-gerraanlque, le second le nom sémitique.

2» Description de la vlsloiu VUE, 3-14.

3-4. Le bélier et ses conquêtf^. — Levavi... et vidi. Fonnule solennelle, pour passer au récit de la vision. — Aries unus. C.-à-d. un bélier unique, isolé. Comp. Ez. xxxiv, 17, et xxxix, 18, où cet animal est aussi mentionné comme on symbole de force. - Ante p'tludem. Hébr. : En face du fleuve ('<5baO. — Cornua est au dnel dans l'hébreu. Par conséquent, deux cornes. — Vnum exeelsius... D'après le vers. 20, le bélier représente l'empire médo- perse. Les deux cornes sont donc l'équivalent des deux bras de la statue gigantesque (cf. ii, 34) et des deux côtés de l'ours (cf. VII, 6); elles figurent h leur tour le dualisme de cette monarchie. La plus haute est l'emblème de la Perse et de son rôle prépondérant. — Atque surerescens. L'hébreu rattache à ces mots l'adverbe postea; ce qui donne un meilleur sens : Et la plus haute (dos deux corne*/ s'éleva en dernier lieu (la dernière). — Tidi... ventilantem (verv 4). Le héUer donnait def

Dan. VIII, 5-8.

contra occidentem, et contra aquilonem, et contra meridiem ; et omnes bestiae non poterant résistera ei, neque liberari de manu ejus; fecitque seciindum voluntatem siiam, et magnificatus est.

5. Et ego intelligeoam; ecce autera hircus caprarum veniebat ab occideute super faciera totius terrœ, et non tangebat tenara ; porro hircus habebat cornu insigne inter oculos suos.

6. Et veuit usque ad arietera iilum cornutum, quem videram stantem ante portara. et cucurrit ad eum in irupetu fortitudinis suae.

7. Cumque appropinquasset prope arietem, efferatus est in eum, et percussit arietem ; et comminuit duo cornua ejus, et non poterat aries resistere ei ; cumque eum raisisset in terram, conculcavit, et nemo quibat liberare arietem de manu ejus.

8. Hircus autem caprarum magnus factus est nimis ; cumque crevisset , f ractum

coups de corne contre l occiaent, contre l'aquilon et contre le midi ; et toutes les bêtes no pouvaient lui résister, ni se délivrer de sa main ; il fit ce qu'il voulut, et il devint puissant.

5. Et j'étais attentif; et voici qu'un bouc venait de l'occident sur la face de toute la terre, saus toucher la terre; or

ce bouc avait une grande corne entre les .: yeux. I

6. Il vint jusqu'à ce bélier qui avait des cornes, et que j'avais vu se tenir devant la porte ; et il courut sur lui avec l'impétuosité de sa force.

7. Lorsqu'il se fut ajiproché du bélier, il l'attaqua avec furie et le frappa, et il lui brisa les deux cornes, sans que le bélier pût lui résister; et, l'ayant jeté par terre, il le foula aux pieds, et personne ne pouvait délivrer le bélier de sa main.

8. Or le bouc devint extraordinairement grand, et, lorsqu'il eut crû, sa

coups de corne dans trois directions différentes {contra occideiitem, et...); symbole des attaques dirigées par lui contre les ngions de l'ouest (la Babylonie, la Syrie, l'Asie Mineure), du nord (l'Arménie, la Colehide, la Pcythie, etc.) et du sud (l'Egypte). Voyez VAtl. géogr., pi. viii. Il ne frappe pas du côté de l'est, parce qu'il tournait

Bélier orientaL (Bas-relief assyrien.)

le dos à cette contrée, qui lui appartenait en propre. Il est aisé de voir que ce trait correspond aux trois os que l'ours de la vision précédente tenait dans sa gueule (cf. vn, 5). —Et omnes bettise : les autres nations, également figurées par des animaux. Aycune d'elles ne put tenir téu> il ce bélier irrésistible. — Fccit... Kccundum... Il domina en maître absolu sur tous les pays conquU. — Magnificatus eH. Hébr. : Il fit de grandes choses. Locution qui marque une domination orgueilleuse et arbitraire.

i-7. Apparition d'un bouc, qui triomphe h son tour du bélier. — InUUigtbam a le sens de

regarder attentivement un phénomène pour s'en rendre compte. Cf. Is. Lxn, 1. Une nouvelle scène va commencer. — Hircus caprarum. Hébraïsme, fréquemment employé pour désigner le bouc. Cf. Gen. xxxvn, 31 ; Lev. xvj, 5, etc. D'après le verset 21, cet animal figure la monarchie gréco-macédonienne, qui fut en réalité agile et bondissante dans ses victoires, soit comme le léopard (cf. VII, 6 ), soit comme un bouc. — Ab occidente : de la Macédoine, d'où Alexandre le Grand s'élança pour conquérir le monde oriental iAtl. géogr., pi. I, XYiii). — Son tangebat... Ce trait dramatique dénote .une rapidité extraordinaire. Il correspond aux quatre ailes dont était muni le léopard de la première vision (cf. ^^I, 6). — Cornu insigne : une corne considérable, qui attirait aussitôt les regards. Emblème d'Alexandre en personne, d'après le vers. 21. — Inter oculos... : au milieu du front. Signe d'-me grande vigueur intellectuelle et morale. — Ante portam (vers. 6). L'hébreu dit, ici encore : Devant le fleuve ('<î6al; note du vers. 2'»). C'est là que se tenait, suivant le vers. 3, le bélltr que le bouc voulait attaquer. — Cucurrit... in iinpetu... Hébr. : Il courut dans la chaleur de sa force. Il ne fallut que trois ans à Alexandre le Grand pour conquérir tout l'empire perse. — Cumque appropinquasset... Le vers. 7 décrit en tenues tragiques la lutte des deux animaux et la victoire du bouc. — El non poterat... Le bélier est aussi Impuissant & se défendre que l'aviiicnt été autrefois devant lui les autres animaux. Conip. le vers. 4'>. Il n'a jiersonne non plus pour le secourir et le sauver : et nemo...

8-12. Quatre nouvelles oomes naissent «nr la tète du bouc, puis une cinquième, particulièrement redoutable. — ilagnus. . . nimis. 0)mme Alexandre, parvenu au faite de sa puissance et de sa gloire. — Cumque crevisset. D'après rii4>

Dan. VIII, 9-11.

grande corne se rompit, et quatre cornes poussèrent au-dessous, vers les quatre vents du ciel.

9. Mais de l'une d'elles il sortit une petite corne, qui s'agrandit vers le midi, vers l'orient et vers la force.

10. Et elle s'éleva jusqu'à la puissance du ciel, et elle fit tomber des forts et des étoiles, et elle les foula aux pieds.

11. Elle s'éleva jusqu'au prince de la force, et lui enleva le sacrifice perpétuel, et renversa le lieu de son sanctuaire.

est cornu magnum, et orta sunt quatuor cornua subter illud per quatuor ventes cseli.

9. De uno autem ex eis cgressum est cornu unura modicum, et factum est grande contra meridiem , et contra orientera, et contra fortitudinem.

10. Et magnificatum estusquead fortitudinem cseli , et dejecit de fortitudine, et de stellis, et conculcavit eas.

11. Et usque ad principem fortitudinis magnificatum est, et ab eo tulit juge sacrificium, et dejecit locum sanctificationis ejus.

breu : Comme II était dans sa force. — Fractum est cornu. ..: la corne que le bouc avait entre les deux yeux (cf. vers. 5>>). Sa fracture symbolise la mort soudaine du Jeune conquérant. Comp. le vers. 22». — Et m-ta... quatuor. Hébr. : Et 8'élevèrent quatre cornes remarquables. Les LXX et Théodotion : Quatre autres cornes. Figure du partage de l'empire d'Alexandre en quatre parties, l'an 301, après des luttes intestines très sanglantes entre ses généraux : la Macédoine et la Grèce échurent & Cassandre, la Thrace et la BIthynie à Lyslmaque, l'Egypte avec la Palestine et l'Arabie Pétrée à Ptolémée, la Syrie et la Perse à Séleucus. — De uno autem... (vers. 9).

« Sans suivre davantage le développement de ces quatre cornes, le prophète passe aussitôt à la petite corne qui était sortie de l'une d'entre elles, et qui devait acquérir une si grande Importance pour l'histoire du peuple de Dieu. » — Cornu... modicum. De l'avis unanime des exégètes, elle figure Antlochus Épiphaue, roi de Syrie. Cf. vers. 23. Nous avons dit plus haut (note de vu, 25) que la ressemblance entre cette image et celle qui représente l'Antéchrist est puremert extérieure, et que les deux petites cornes des deux visions sont l'emblème de deux personnages très distincts. Les commencements d'Antlochus furent très humbles : pendant onze ans il fut otage à Rome, et il n'arriva que peu ù peu au pouvoir, en grande partie par l'intrigue. — Grande contra... et contra... C'est l'Égjrpte qui est désignée par le sud ; la Médle et la Perse le sont par l'est. Les campagnes d'Antlochus Épiphane contre les réglons méridionales sont mentionnées brièvement I Mach. I, 17 et ss. ; celles de l'est sont racontées I Mach. m, 31-37, et vi, 1-4. — Contra fortitudinem. Le substantif hébreu ?ébi a la signification de beauté, de gloire. Ici et en d'autres passages, il est employé métaphoriquement, pour Indiquer celle des co^t^ée8 qui était la plus belle

de toutes pour un Juif, c.-à-d. la Palestine. Ctomp. XI, 16, 41; Jer. m, 19; Ez. xx, 6, 15, etc. Théodotion a lu fâbâ', armée, force, au lieu de ?ébi; de là sa traduction (ïtpoç tt|V ôùvafxtv) que saint Jérôme a imitée. — ilagniflcatum est... (vers. 10). Ce verset et les deux suivants décrivent la conduite d'Antlochus envers le peuple de Jéhovah. Cf. I Mach. i, 24 et ss.; ii, 38; II Mach. IX, 10, etc. — Ad fortitudinem cseli. Hébr.: Jusqu'à l'armée (?'6â') des deux; c.-à-d., jus-

Ptolémée 1er Boter. ( Monnaie antique. )

qu'aux astres. Mais cette locution aussi est métaphorique, et, par cette armée, il faut entendre le peuple juif, envisagé dans son caractère supérieur, en tant qu'il était la nation choisie de Dieu. « De même que les anges et les étoiles forment l'armée du Selgueur dans le ciel, de même les enfants d'Israël forment son armée sur la terre. » — Dejecit de fortitudine. Hébr. : Il fit tomber à terre (une partie) de l'armée et des étoiles. Allusion aux cruautés d'Antlochus et de ses agents contre les Juifs. Cf. I Mach. i, 24, 30, etc. — Et usque ad principem... (vers. 11). Même variante dans l'hébreu : Et jusqu'au prince de l'armée. Ce prince, c'est Jéhovah lui-même. Cf. vers. 25»», et xi, 36. « Antlochus s'éleva jusqu'au Très-Haut, il s'attaqua à Dieu, et 11 parut avoir en quelque sorte l'avantage sur Dieu lui-même. » (Fabre d'Envieu, h. l.) — Tulit juge... Le substantif sacrificium a été ajouté par saint Jérôme pour rendre la pensée plus claire. L'adjectif hébreu tâmîd, perpétuel, représente, en effet, le sacrifice de deux agneaux que les Israélites devaient offrir à Dieu ot chaque Jour, à perpétuité *,

Comment. — VI.

Dan. VIII. 12-14.

12. RobuT autem datum est ei contra juges acrificium, propter peccata ; et prosternetur veritas in terra; et faciet, et prosperabitur.

13. Et audivi unum de sauctis loquentem ; et dixit unus sanctus alteri nescio cui loquenti : Usquequo visio, et juge sacrificium, et peccatum desolationis, quae facta est, et sanctuarium , et fortitudo couculcabitur?

14. Et dixit ei : Usqne ad vesperam et niane, dies duo millia trecenti; et muiidabitur sanctuarium.

12. La puissance lui fut donnée contre le sacrifice perpétuel à cause des péchés, et la vérité sera renversée sur la terre» et il agira et il réussira.

13. Aloi-s j'entendis un des saints qui parlait; et un saint dit à un autre, je ne sais lequel, qui lui parlait : Jusques à quand durera la vision, et le sacrifice perpétuel, et le péché de désolation?

Jusques à quand le sanctuaire et la forc# 6eront-ils foulés aux pieds?

14. Et il lui dit : Jusques au Boir et au matin, deux mille trois cents jours, et le sanctuaire sera purifié.

Belon les termes mêmes de l'ordonnance mosaïque (cf. Es. XXIX, 38). Sur l'accomplissement littéral de cette prophétie, voyez I Mach. i, 47 et ss. — Locum sanctiflcationis. Hébr. : le lieu de son sanctuaire. Antiochus Épiphaue profana odieusement le temple de Jérusiilem. Cf. I Mach. I, 23-24, 39, 49, 57-68, 62; IV, 38, 43-44, etc. — Bobur mUcm... (vers. 12). Voici le sens probable du texte hébreu : Une armée (sâbâ') sera livrée avec (c.-à-O., en même temps que) le (sacrifice) perpétuel, à cause des péchés. Cette armée figure encore le peuple juif, qui devait être momentanément abandonné par Dieu entre les mains d" Antiochus, à cause des crimes et de l'apostasie d'un certain nombre de ses membres. Cf. I Mach. i, 12-16, 45, etc. D'antres traduisent, mais moins bien : Une armée sera établie auprès du (sacrifice) perpétuel, pour le péché. Dans ce cas, l'armée représenterait les troupes d'Antiochus Épipbane, qui firent cesser les sacrifices et le culte, etqul commirent à Jérusalem toute sorte d'atrocités, de péchés. — Prosternetur verilas... Locution d'une grande énergie. La vérité, c'est la vraie religion, le culte théocratlque, que le tyran syrien ne réussit que trop à écraser pour un temps. — Faciel (t prosperabitur. Hébraïsme, qui exprime le succès complet des desseins les plus arbitraires.

13-14. Durée de la puissance de la petite corne. — Et audivi..'. Daniel entend tout à coup un dialogue qui avait lieu entre deux esiirits célestes an sujet de cette cruelle persécution, et il le cite à cause de son Importance. — Unum de sanclis. Hébr. : un saint. C.-à-d., un ange. Voyez la note *B IV, 10. — Alteri nescio cul est une bonne paraphrase de l'hébreu palmoni, qui est une contraction pour p'ioni 'altnoni, et qui équivaut tlmplement au grec ô fieïva, au latin « quidam ». Les LXX et Tliéodotlon semblent n'avoir pas compris ce mot, qo'ils reproduisent simplement, ■ans le traduire. — U^queqiu)... Combien de temps dureront les faits si terribles que prédisait la tin de la vision? La phrase hébraïque n'a pas été ndèlement cjupée par la Vulgate. Il faudrait : Jusques à quand (s'accomplira) la vision (relattve) au (sacrifice) perpétuel et au péché de dévastation? (Jusques à quand) sera-t-11 permis que le gaint (c.-ù-d., les choses saintes) et l'armée (l« p«uple drDleu, comme aux vers. 10 et 11)

soient foulés aux pieds? « Péché de dévastation » est une expression collective, par laquelle sont dé.->igné3 les crimes qui devaient causer la désolation matérielle et morale du pays juif. Comp. le vers. 12. — Et dixit ei (vers. 14). Un second ange va répondre au premier. L'hébreu porte : Et il me dit. Les LXX et Théodotion ont la même variante que la Vulgate, et cette leçon est beaucoup plus naturelle. — Usque ad..., trecenti. Le substantif dies parait avoir été ajouté par la Vulgate, h la suite des deux traductions grecques. L'hébreu dit seulement : Jusqu'à 2 300 soirs-matins. Mais que faut-il enten.lre par ces « soirs -matins i>? Il y a désaccord sur ce point entre les Interprètes. Les uns voient dans cette locution, dont ils associent étroitement les deux membres, l'indication de jours de vingtquatre heures, comptés du soir au matin à !a manière des Hébreux (voyez la note de m, 71, et comp. Gen. i, 5, 8, etc.; II Ci>r. xi, 25, etc.). Les autres comptent i part les soirs et les matins, comme de simples demi-journées, et n'obtiennent ainsi qu'un total de 1 160 jours, ou de trois années lunaires. Ce second sentiment a été imaginé pour faire aidrer la présente prophétie avec 1 Mach. I, 67, 62, et iv, 62, où l'on voit que le roi Antiochus fit cesser pendant trois ans le sacrifice perpétuel , Immolé soir et matin. Mais « un lecteur hébreu aurait été Incapable d'entendrti l'expression 2 300 soirs -matins de 2 300 demijournées ou de 1 ISO Jours». D'un autre côté, U n'y a aucun motif de limiter en cet endroit U prophétie à la cessation du sacrifice dit perpétuel, car la description qui précède est générai» et s'applique à la persécution entière du monarque syrien, laquelle se prolongea pendant environ 2 300 Jours ou six ans et demi ; en effet, commencée vers la fin de 170 avant J.-C, elle ne se termina qu'au milieu de l'année 163. Comp. I M.ich. I, 22 et ss.; II Mach. v, 11-16, avec I Mach. VI, 59. Telle est la solution la plus satis faisante de ce i^etlt problème e.'tégétique. — La fin de cette douloureuse période est déterminer par les mots et (et alors) mundabitur sanctuarium. Dans l'hébreu : Et le saint (c.-à-d., les choses saintes, le culte, etc., comme au vers. 12") sera justifié (c.-à-d., sortira de son étnt de profanation). Allusion, d'après cette traduction littérale, non pas à la purlâcatloc <ta temple par

Dan. VIII, 15-20.

15. Or, tandis que moi, Daniel, j'avais cette vision et que j'en cherchais l'intelligfence, voici qu'il se tint devant moi comme une figure d'homme.

16. Et j'entendis la voix d'un homme au milieu de l'Ulaï; et il cria et dit : Gabriel, fais comprendre cette vision.

17. Et il vint et se tint près du lieu où j'étais; et, lorsqu'il fut venu, effrayé je tombai le visage contre terre; et il me dit : Comprends, fils de l'homme, car la vision s'accomplira au temps de la fin.

18. Et, comme il me parlait, je tombai le visage contre terre ; et il me toucha et me replaça debout,

19. puis il me dit : Je te montrerai ce qui doit arriver à la fin de la malédiction, car le temps s'accomplira.

20. Le bélier que tu as vu, et qui avait des cornes, est le roi des Mèdes et des Perses.

15. Factum est autem cum A-iderera, ego Daniel, visionem, et qusererem intelligentiam, ecce stetit in conspectu meo quasi species viri ;

16. et audivi vocem viri interUlai, et clamavit, et ait : Gabriel, fac intelligere istam visionem.

17. Et venit, et stetit juxta ubi ego stabam; cumque venisset, pavens corrui in faciem meam; et ait ad me : Intellige, fili honiinis, quoniam in tempore finis complebitur visio.

18. Cumqiie loqueretur ad me, collapsus pum pronus in terram ; et tetigit me, et statuit me in gradu meo,

19. dixitque mihi : Ego ostendam tibi qufe futura sunt in novissimo maledictionis, quoniam liabet tempus finem suum.

20. Aries, quem vidisti habere cornua, rcx Medorum est atque Persarum.

Judas Machabée (cf. I Mach. iv, .52 et ss.), mais à la cessation complète de la perst-ciition d'Antiochus ; ce qui nous conduit à une époque plus tardive. Lorsqu'il parle du sanctuaire, Daniel emploie le substantif miqdaë (cf. vers. 11; ix, 17; XI, 31).

3» Interprétation de la vision. VIIT, 15-26.

15-19. Préliminaires : l'ange Gabriel est envoyé à Daniel pour lui expliquer les .symboles fleuris par le bélier et le bouc. — Cum vid'rem... Ce verbe a Ici la signification de chercher à comprendre. — Quasi species... Remarquez cette formule : le personnage qui apparut à Daniel avait revêtu la forme humaine, mais ce n'était pas un homme. — Viri. Dans l'hébreu, géber; la plus noble des expressions qui servaient à désigner l'homme dans la langue sacrée. Elle marque la majesté toute céleste de l'ange. — rocem viri. C.-à d., une voix humaine ; car le prophète ne vit point celui qui parlait. Cette voix curait été celle de Dieu même, d'après divers interprètes anciens et modernes; celle de saint Michel, d'après la tradition juive. Tout ce que dit le texte, c'est que c'était la voix d'un esprit céleste. — Inter ïïlai. Entre les deux rives du fleuve; par conséquent, au-dessus de ses eaux, oomme il est dit plus bas, xii, 6. — Gabriel est ane transcription exacte du nom hébreu, qui lérive de gébi-r et ûe'El,et qui signifie : homme de Dieu. Il résulte de Luc, I, 1 n, que saint Gabriel était l'un des anges supérieurs « qui se tiennent devant Dieu ». Cf. Apoc. vin, 2. n prélude, ici et surtout au chap. ix, au grand rôle qu'il devait jouer dans le Nouveau Testament ; car déjà 11 prophétise la préparation du royaume mt^s>ianique et la venue du Rédempteur. — Fac intelligere... Hébr.: Fais comprendre (c.-à-d., explique) à celui-ci (au lieu de istam) la vision. — Venit et stetit... (vers. 17). L'ange obéit et se rapproche de Daniel pour lui parler.

Une vive impression d'effroi fut produite sur le prophète par cette apparition surnaturelle rpoi^ens corrui... Cf. X, 9 ; Is. VI, 6; Ez. I, 28; Apoc. I, 17, etc. L'hébreu distingue mieux les deux actes; Je fus épouvanté et je tombai... — intellige. Gabriel attire l'attention du voyant sur ce qu'il va lui dire. — Fili kominis. Hébr.: ien-'âdâm. C'est la seule fois que Daniel est appelé de ce nom, que son contemporain, le prophète Ézéehiel, reçut plus de cent fols. Voyez Ez. n, 1, et la note' — In tempore finis... Dans l'hébreu : Pour le temps de la fin (est) la vision. C.-à-d. : Cette vision concerne le temps de la fin. Non pas la fin des temps d'une manière absolue, mais la période finale qui, dans la vision, avait été placée sous les yeux de Daniel ; par conséquent, d'après les vers. 9-12 et 23-25, la période d'Antloclms Épiphane. Tel était vraiment le « point culminant » de la vision. — Cumque loqueretur... (vers. 18). Loin de calmer les craintes de Daniel, ces paroles de l'ange ne font que les accroître, comme le montre, dans l'hébreu, l'emploi du verbe iiirdamti ( Vulg. , collapsvs sum ), qui marque une sorte d'étourdissement et d'évanouissement. — Tetigit yne... L'ange le toucha doucement, pour le rassurer (cf. x, 10 et ss.), et l'aida à se relever {et statuit...). — Ego ostendam... (vers. 19). Gabriel répète, en le développant, son petit préambule du vers. 17. — Tn vovissimo maledictionis. Hébr. : A la fin (Vaharît) de la colère. Expression synonyme du « temps de la fin i> (cf. vers. 17«>): à l'époque où Dieu laissera un libre cours à sa colère, excitée par les péchés d'Israël, et où il permettra au tyran syrien de persécuter les Juifs. — Quoniam habet... Hébr.: Car elle (la vision) est pour le temps de la fin.

20-26. L'ange explique à Daniel les détail! principaux de la vision. — AHes quem... Comp. les vers. 3-4. — Rex Medorum... ataue... Hébr, i

Dan. VIII

21. Porro hircus caprarum, rex Graecorum est; et cornu grande, quod erat inter oculos ejus, est rex primus.

22. Quod auteni fiacto illo surrexerunt quatuor pro eo, quatuor reges de gente ejus consurgent, sed noa in forti'.udine ejus;

23. et post regnum eorum, cum creveiint iniquitates, consurget rex impudens facie, et intelligens propositiones.

24. Et roborabitur fortitudo ejus, sed non in viribus suis ; et supra quam credi potest, universa vastabit, et prosperabitur, et faciet. Et interficiet robustes, et populum sanctorum,

25. secundum voluntatem suam, etdirigetur dolus in manu ejus, et cor suum magnificabit, et in copia rerum omnium

21. Le bouc est le roi des Grecs, et la grande corne qui était entre ses yeux est le premier roi.

22. Les quatre cornes qui se sont élevées après que la première a été rompue sont quatre rois qui s'élèveront de sa nation , mais non avec sa force ;

23. et après leur règne, lorsque les iniquités se seront accrues, il s'élèvera un roi au visage imprudent et qui comprendra les énigmes.

24. Sa puissance s'accroîtra , mais non par ses propres fo:ces, et il ravagera tout au delà de ce que l'on peut croire; et il réussira et agira. Il fera mourir les forts et le peuple des saints,

25. selon sa volonté ; sa main dirigera la ruse et son cœur deviendra arrogant, et, dans l'abondance des prospérités, il

les rois de Madaï (la Médle) et de Pârâa (la Perse). Il est frappant de voir que l'ange réunit ces deux contrées en un seul roj'aume et sous un unique symbole. Ce trait condamne évidemment les systèmes d'Interprétation qui les séparent. Voyez les notes de n, 43, et de vu, 17.

— Porro hirais... (vers. 21). Comp. les vers. 5-7.

— Bex Graecorum. Hébr. : le roi de Yâvân. Par

Tetradracbme d'Alexandre le Grand.

M mot, qui ne fait que reproduire le grec 'lâoveç, les Hébreux, les Égyptiens, les Assyriens, les ChaUKens, etc., désignalent tous les peuples helléniques ; c'est que la branche Ionienne, qui avait fondé des colonies en Asie Mineure, avait été connue la première par les peuples de l'Orient. — Jiex primus. Alexandre le Grand, fondateur ide la monarchie gréco-macédonienne. — Quatuor reges (-vera. 2i). Hébr.: Quatre royaumes. Voyez U note du vers. 8^ — Non in /ortiludine... Les royaumes Isbuh de celui d'Alexandre après son démembrement ne devaient avoir, ni séparément, ni tous ensemble, la force qu'il aviilt lui-même possédée. — Lt post rrgnnm,.. (vers. 23). Hébr. : Et ù la fln de leur domination. C.-à-d., dunmt la dorulère période de leur existence. Après avoir IndUjué h iJatdel ce que signifiaient i-oit la preniKrc corne uiil'jue du bouc, soit lcsqu:itrc autres

cornes qui l'avaient remplacée, l'anse lui dévoile le symbole de la petite corne née sur l'une de ces quatre. Cf. vers. 9-12. — Cum crererint... Variante dans le texte massorétiquc : Lorsque les pécheurs (happos"im; saint Jérôme a lu happ'sâ'im, comme les LXX, Théodotlon et le syriaque) auront comblé (la mesure de leurs iniquités). Sur cette locution, voyez Gen. xv, 10 ; Matth. XXIII, 32, etc. Ces pécheurs sont probablement les oppresseurs païens d'Israël. Immédiatement avant Antlochns Épiphane ; selon d'autres , les Juifs apostats. — Jiex impudens... Hébr.: Un roi au visage dur. Cf. Deut. xxvm, 60; Is.

XIX, 4. Antlochns se montra impudent et insolent envers Dieu et envers les hommes. — Intelligens propositiones. Hébr. : Comprenant les énigmes (hîdôt). Cette locution est évidemment prise en mauvaise part, et fait allusion aux procédés astucieux et à « la diplomatie tortueuse » d'Antiochus. Comp. le vers. 25 et xi, 21. — Roborabitur... (vers. 24). Sa puissance devait promptemcnt grandir, non toutefois par ses mérites personnels, mais par U permission de Dieu, qui voulait se servir de lui pour accomplir ses desseins providentiels. Sur ce sens de l'expression non in viribus suis, voyez I Ueg. Il, 9; Ps. .xxxii, 16, etc. -Supra quam... potest. L'hébreu dit avec une concision éner gique : Niftâ'ôf, merveilleusement. — Vastabit... Les conquêtes du tyran et surfont ses persécutions contre les Juifs. L'adjectif unlrersa manque dans le texte. — Prosperahitur et Jaelrt. Le môme hébmïsme qu'au vers. 12'>, pour marquer un succès entier. — Interjlcitt... Exemples de U furce et des succès d'.\ntiochus. Les rol.< les ploi puissants (robxistos) seront vaincus par lui; à plus forte raison < lo peuple des saints t, la nation

Dan. VIII, 26 — IX, 1.

fera mourir ôeaucoup d'hommes ; il s'élèvera contre le prince des princes, puis il sera brisé sans la main des hommes.

26. Cette vision du soir et du matin dont il s'agit est véritable ; scelle donc cette vision, car elle n'arrivera qu'après des jours nombreux.

27. Et moi, Daniel, je fus longuement malade pendant plusieurs jours; et, quand je me levai, je travaillais aux affaires du roi, et j'étais étonné de la vision, et il n'y avait personne pour l'interpréter.

occidet plurimos; et contra prinoipem principum consurget, et sine manu conteretur.

26. Et Visio vespere et mane quae dicta est, vera est ; tu ergo visionem si^na, quia post multos dies erit.

27. Et ego, Daniel, langui, et asgrotavi per dies; cumque surrexissem, faciebam opéra régis, et stupebam ad visionem, et non erat qui interpretaretur.

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