Et, se levant, Daniel mangea
Mais l'ange du Seigneur remit aussitôt Habacuc au lieu où il l'avait pris.
39. Le roi vint, le septième jour, pour pleurer Daniel ; il s'approcha de la fosse et regarda dedans, et voici que Daniel était assis au milieu des lions.
40. Et le roi poussa un grand cri et dit : Vous êtes grand. Seigneur, Dieu de Daniel. Et il le fit tirer de la fosse aux lions.
41. Puis il fit jeter dans la fosse ceux qui avaient voulu perdre Daniel, et ils furent dévorés devant lui eu un moment.
42. Alors le roi dit : Que tous les habitants de toute la terre tremblent devant le Dieu de Daniel, car c'est lui qui est le sauveur, qui fait des prodiges et des merveilles sur la terre, et qui a délivré Daniel de la fosse aux lions.
(cf. Act. vm, 39); bien plus, Jésus lui-même devait permettre au démon de l'emporter dans les airs (cf. Matth. iv, 5, 8). Ce prodige n'a donc rien d'étrange. — CapUlo est un nom collectif : par les cheveux. — In impetu spiritiis... C.-à-d., avec l'impétuosité naturelle à un esprit. Cette locution marque un mouvement extrêmement rapide. — Recordattui es... (vers. 37). Vive reconnaissance de Daniel pour son Dieu. Il généralise aussitôt la pensée : et non dereliquisti... 39-42. Belle conduite du roi, lorsqu'il vit que sou ministre avait été si merveilleusement sauvé. — Venit... ut lugeret. En effet, U ne doutait pas que Daniel n'eût été dévoré depuis longtemps par les lions. — Introspexit, et... sedens. Ces traits dramatisent le récit. Les mots in medio leonum sont propres à la Vulgate. — Exclamavit voce magna (vers. 40): sous l'empire d'une violente émotion. Cf. xin, 42, 46, 60. — Magnus et... n était manifeste que Daniel n'avait pu être sauvé que par un grand miracle, et ce miracle, l'anlqne Dieu qu'il adorait pouvait seul l'avoir
accompli en sa favetir. Les LXX prêtent ce langage au monarque : Le Dieu de Daniel est grand, et 11 n'y en a pas d'autre que lui. La seconde proposition, ajoutée par eux, fausse entièrement la pensée et la narration, et montre combien peu les éditions de la version d'Alexandrie méritent de créance en ce qui concerne ce livre ; car, si Is roi perse a pu reconnalfe , comme autrefois Nabuchodonosor (cf. ii, 47 ; m, 96, 99-100 ; n% 34), et Darius le Mède (cf. vi, 26-27), que le Dieu adoré par Daniel était le Dieu suprême, 11 n'» pas songé an seul instant à abandonner ses croyances polythéistes. — Porro illos.., (vers. 41). Le talion accoutumé. Voyez vi, 24 et la note. — Devorati.,. in momento. Le contraste ne pouvau pas être plus saisissant. — Tune rex... Ce verset, qui semble être une reproduction de vi, 26-27 (selon d'autres, de ii, 26, ou de nr, 31), n'existe que dans la Vulgate actuelle, et les plus anciens manuscrits de notre rersion latine ne l'ont pas non plus. U aura été ajouté par quelque copiste.
LA PROPHÉTIE D'OSÉE
1« Le nom, la patrie et l'époque d'Osée. — Son nom hébreu était HôSéa', Sauveur ^. Les Septante l'ont transformé en 'Qcty)! , et de là vient la forme latine « Osée ». On ne sait absolument rien de son père Beéri; rien non plus de son histoire personnelle, à part les rares détails qu'il raconte lui-même au début de son livre.
D'après une ancienne tradition , il aurait appartenu à la tribu d'Issachar ^. L'étude attentive de ses prophéties rend à peu près certaine lopinion d'après laquelle il aurait fait partie du royaume des dix tribus. En effet, 1° son style a parfois une saveur araméenne , qui rappelle le langage de la Palestine du nord. C'est ainsi qu'il emploie le sin (iy) ou le samech (d), au lieu du schin (-O) ^; la simple aspiration aleph (n) , au lieu du hé (n)^; la forme causative tiphil, au Heu de Vhiphil accoutumé ^; qimôê, pour qmôS\ etc. 2^ La manière dont il parle de diverses localités du royaume d'Israël montre que la topographie de cette contrée lui était familière. Cf. v, 1; vi, 8-9; xii, dl et ss; xiv, 5-6, etc. 3o Pour lui, le royaume du nord est « le pays » par antonomase »; et, trait qui est encore plus caractéristique, il nomme le roi d'Israël « notre roi » ^, Par contre, il ne fait aucune mention directe ni de Jérusalem, ni de ses rois, ni du temple; celles de ses allusions qui concernent le royaume de Juda sont présentées de telle sorte, que l'on sent, en les lisant, que ce pays lui était étranger i». « Tout
* Voyeï, aux pages 259 et 260 du tome V, quelques Idées générales sur le nombre, l'ordre canonique et la classlflcatlon chronologique des écrits des Petits Prophètes. Les meilleurs commentateurs catholiques de ces oracles souvent difficiles sont : dans l'antiquité, Théodoret de Cyr {Eaarrationes in duodecim Prophetas) et saint Jérôme (. Commentaria in Prophetas minores); aux temps modernes, P. Ribera (In librum duodecim Prophetarnm commentarii, Anvers, 1571), Sanchez (.Comment, in Prophetas minores et Baruch, Lyon, 1621); de nos jours, P. F. Ackermann ( Prophétie minores perpétua annotationc illustrati, Vienne, 1830), P. Schegg (Die kleinen Propheten iibersetzt und erklxrt, Batisbonne, 1864), Knabenbauer (Commentarius in duodecim Prophetas minores, Paris, 1887). Pour les passages messianiques, voyez L. Reinke, Die messianischen Weissagungen bei dengrossen und kleinen PropheUn de$ A. T., t. IV et Y, Glessen, 1861-1863.
* Selon d'autres, salut ; le concret pour l'abstrait.
3 Saint Jérôme, in Os., i, 1, le fait naître à Bethsamès, ville de cette tribu, mentiounée au livre de Josué, xix, 22; mais saint Isidore de Sévllle^ de Vita et obit. Sanct., xli, 3, lui donne pour berceau une autre locaUté demeurée incon- Eue, qu'il nomme Bélémoth, pareillement située sur le terrltoiie d'Issachar.
^ Cf. II, 8 ; VIII, 4 ; ix, 12, et Jud. xii, 6, et le commentaire.
^ Cf. xiii, 15.
* Cf. xvi, 3*: tirgalti.
^ Cf. TI, 9.
8 Cf. I, 2.
5 Cf. VII, 5.
'" Elles sont généralement brèves et rapides. Cf. I, 7; IV, 15; v, 6 ; vi, 11; x, 11; xi, 12; XII. 2.
LA. PKOPDÉTIK d'oSÉB
le long (du livre) nous voyons que l'Israël des dix tribus est à la fois la patrie chère au prophète et la sphère propre de son activité. »
Dès les premières lignes de son petit volume (i, 1), Osée désigne lui-même la date générale de son ministère prophétique, qu'il exerça, d'une part, sous les quatre rois de Juda : Ozias (811-758 av. J.-G.i, Joathan (758-743), Achaz (743- 727), et Ézéchias (727-698); d'autre part, au temps de Jéroboam II, roi d'Israël (825-784). On croit communément qu'il inaugura sa mission vers la fin du règne de ce dernier prince, et qu'il l'acheva au commencement du règne d'Ezéchias : ce qui fait une durée d'environ soixante ans, pendant lesquels Osée vit passer les divers rois qui se succédèrent rapidement sur le trône d'Israël, au milieu d'une « effroyable anarchie », aussitôt après la mort de Jéroboam II*. Osée fut donc contemporain d'Amos, d'Isaïe * et de Michée ^; mais Amos ne projfhétisa pas au delà du règne d'Ozias *, et, de plus, il écrivit certainement avant notre auteur, qui lui fait plusieurs emprunts ^. Osée reprend, pour ainsi dire, le fil pro[)hétique à l'endroit même où Amos l'avait laissé, et il le conduit jusqu'à la ruine du royaume d'Israël.
2° Le sujet et la division du livre d'Osée. — C'est le royaume schismatique d'Israël qui est l'objectif immédiat, princif)al, presque unique, de cet écrit. Durant la longue période de l'activité prophétique d'Osée, « la condition religieuse et morale de ce royaume rendit constamment nécessaires les mêmes reproches; c'est pour cela que l'on entend, à travers le livre entier, l'accent uniforme du reproche et de l'exhortation au sujet de l'idolâtrie, de l'injustice, des agissements anlithéocratiques, comme aussi l'accent de la menace. » Toutefois les promesses ne manquent pas non plus; elles se montrent très nettes, et relativement fréquentes, à côté des plaintes et des objurgations sévères. L'on a remarqué, de nos jours surtout, que ces menaces terribles et ces promesses consolantes s'appuient sur une base identique, que le prophète Osée a la gloire d'avoir mise très si)écialement en relief, à savoir : l'amour de Jéhovah pour son peuple; l'amour outiagé, saintement jaloux, qui s'irrite et se venge; l'amour malgré tout, qui pardonne et qui sauve. Telle est « la note dominante de la plaidoirie d'Osée^ ».
Il est de toute évidence que nous n'avons, dans ces quelques jiages, qu'un résumé très concis des oracles d'Osée; mais ce résumé nous donne fort bien l'idée de ce qu'était sa parole. Notre écrivain sacré , en rédigeant son livre vers la fin de sa vie, l'a divisé en deux parties, dont chacune exprime des pensées analogues, mais sous une forme extérieure très diverse. Dans la première partie, qu'on peut appeler le livre des symboles (i, l-iii, 5), le prophète raconte et explique deux actions figuratives ", extraordinairement « énergiques et saisissantes » , qui prédisent au royaume d'Israël les malheurs que lui attireront sea infidélités envers le Seigneur. La seconde partie (iv, l-xiv, 10) contient deux discours |)rophétiques*, dans lesquels Osée blàine vertement les crimes de ses conciluyens, et leur annonce les terribles rcprésuillcs du Seigneur : c'est le livre des discours, qui se termine, comme le premier, par de belles promesses d'ave*
* Cf. IV Reg. XV, 8-31.
* Cf. Is. I, 1.
» Cf. MIch. I, 1.
* Cf. Am. I, 1.
■S Cf. Os. IV, 15, et Am. V, 8; Os. vm, ^4, «K Am. I, 4, 7; Os. xi, 10, et Am. i, 2; Os. iv, 4; V, 8; X, 6, cl Ara. v, 5.
' On l'a noniiné, à ce i-olnt de vue, « le prophète des peines tragiques de l'amour. >
' La première, dans les chap. i et n; la seconde, au chap. ni.
* Le premier, iv, 1-xi, Il ; le second, xi, lî. XIV, 10. Les commentateurs ne sont pas coniplA» tement d'accord au sujet do cette subdivision j car le second livre « forme une suite continue, fans points d'arrêt bien marqués »; du moins, nou» la croyons préférable à toutes les autres qui ont été proposées.
LA pRornÊTiE d'osée
nir. Le fond des pensées et le sens général sont « essentiellement les mêmes » dans les deux discours. Chacun d'eux se compose de ce triple élément : les reproches, les menaces, les promesses*.
La première partie est certainement la plus ancienne des deux : elle date du règne de Jéroboam II, puisque le trône est encore occupé par un membre de la famille de Jéhu (cf. i, 4), et qu'une grande prospérité matérielle règne dans le pays (cf. II, 5, 11-12), ce qui cessa d'être vrai sous les princes suivants. Le passage VII, 7, paraît indiquer l'époque de Manahem ^. Ce qui est dit xiii, 11 , se rapporte probablement au dernier roi d'Israël , également nommé Osée ^. Notre prophète paraît donc s'être conformé à l'ordre chronologique, lorsqu'il condensa le livre de ses oracles.
3° Osée envisagé comme écrivain et comme prophète. — « Saint Jérôme a caractérisé le style d'Osée en disant de lui : Commaticus est, et quasi per sententias loquens*. Ce jugement est très juste. Profondément pénétré des iniquités de son peuple, Osée s'exprime par phrases coupées et brisées; les propositions ne sont pas reliées entre elles, les images se précipitent et s'accumulent; son langage ressemble à un torrent impétueux. Le prophète a cependant un cœur brûlant d'amour pour ses frères , et plein de confiance en la bonté et la miséricorde de Dieu : ce contraste entre l'indignation que lui causent les péchés d'Israël et l'espérance que lui donne l'affection paternelle de Dieu pour les péchés de Jacob, est la source des plus grandes beautés de son livre ^. » Osée est donc, en tant qu'écrivain, « un homme d'émotion plutôt que de logique, » et il contraste, sous ce rapport, avec son contemporain Amos, « le prophète de l'argumentation bien agencée. » Ce va-et-vient perpétuel des pensées, ce brusque passage d'une image à une autre, joints à une grande concision dans l'expression, le rendent difficile à interpréter.
Envisagé au point de vue des oracles qu'il contient, le livre d'Osée a une importance particulière. Bien qu'il ne prédise qu'un seul fait de la vie du Christ, et cela d'une manière typique, indirecte^, il annonce du moins très clairement que le Messie devait naître de David ^, et il trace un admirable tableau du bonheur des temps messianiques *. Le Nouveau Testament le cite jusqu'à neuf fois, ce qui est beaucoup pour des pages si courtes ^. Jérémie y fait de fréquentes allusions *°. Osée complète singulièrement, par le portrait moral si désolant qu'il nous a laissé de son époque, les courtes notices du IVe livre des Rois".
4° L'authenticité du livre d'Osée est tellement évidente, qu'elle est admise presque unanimement, même par l'école rationaliste. En effet, des descriptions si vivantes, si caractéristiques, ne peuvent dater que du temps auquel elles se rajtportent; elles sont le fruit immédiat des circonstances douloureuses qu'elles
' Pour une analyse plus complète, voyez notre Biblia sacra, p. 9D6-1003.
2 Vers 770. Voyez le commentaire.
3 Vers 730. Conip. aassi xn, 1, et IV Reg. xvii, 4. Osée seul est mentionné, parmi les rois d'Israël, comme ayant recherché l'alliance de l'Egypte.
^ Prsef. in diioiiccim Prophetas.
^ Manuel biblique, t. II, n. 1067. a On peut affirmer k bon droit qu'Osée et Joël sont, parmi les plus anciens prophètes, les deux plus grands poètes, chacun ù sa manière. Osée a une imagination vive et riche ; son langage est plein d'énergie, et aussi de tendresse et de chaleur, malgré quelques images fortes, fruits de sa hardiesse et de son originalité poétiques, et témoins de la «implicite des mcevurs de son temps. Tout
en lui -est original,... remarquable par la forco de la pensée et la beauté de l'expression. » Ewald, cité par M. Vigouroux, l. e.
* Cf. XI, 1, et le commentaire.
^ Cf. ui, 4 et S8.
* XIV, 1 et ss. ; cf. n, 1-3, 16 et ss., etc.
* Cf. Os. I, 10; n, 23, et Rom. k, 25-28; I Petr. II, 10 ; Os. vi, 1, et I Cor. xv, 4; Os. vi, 6, et Maith. ix, 13 ; xii, 7 ; Os. x, 8, et Luc. xxiii, 30 ; Apec. VI, 16 ; Os. xi, 1, et Matth. ii, 15 ; Os. xiv, 3, et Hebr. xiii, 16.
'0 Cf. Os. i, 2, et Jer. m, 6, 8 ; Os. i, 11, et Jer. m, 18; Os. n, 24, et Jer. m, 19; Os. m, S, et Jer. XXX, 9 ; Os. iv, 2, et Je»", vn, 9 ; Os. viii, 13 , IX , 9, et Jer. xrv, 10, etc.
** Cf. IV Reg. HT, 23-29; xv, 8-31 ; xvn, 1-^.
LA PROPHÉTIE D'OSÉK
peignent en termes si émus. Un témoin oculaire était seul capable de tenir an pareil langage. En outre, les allusions faites de temps en temps à l'histoire contemporaine nous conduisent à la même conclusion, car elles supposent récents, el connus de tous, les événements qu'elles signalent psu-fois sans la moindre explication ^ Or, on no voit guère à quel écrivain on pourrait attribuer tout cela, sinon à celui qu'une constante tradition et que le livre lui-même* désignent très clairement comme l'auteur. « Le résumé de ce qui avait été prêché pendant une période de cinquante ans (au moins) put à peine être entrepris par un autre que par le prédicateur lui-même, surtout, comme c'est ici le cas, lorsque C€ résumé porte le sceau d'un caractère si individuel '. »
1 Voyez, entre antres passages, v, iS, et x, 6. ' Cf. I, 1 ; ni, 1, etc.
' Pour les commentaires catholiques, voyez li liste placée b te p. 339, à laquelle U faut ajouter,
en ce qui concerne spécialement Osée, A. Schol^ Kommeniar zum Buche des Prophelen Hoskm, "Wurtï'>-)C-g , 1888.