CHAPITRE II
1. Sonnez de la trompette dans Sion, poussez des cris sur ma montagne sainte, que tous les habitants du pays soient dans l'épouvante ; car le jour du Seigneur vient, il est proche.
2. Jour de ténèbres et d'obscurité, jour de nuages et de tempête. Comme l'aurore se répand sur les montagnes, ainsi vient un peuple nombreux et puissant : son pareil n'a jamais existé depuis le commencement, et après lui il n'y en aura pas de semblable dans la suite des siècles.
1. Canite tuba in Sion, ululate in monte sancto meo, conturbentur omnes habitatores terrae; quia venit dies Domini , quia prope est.
2. Dies tenebrarum et caliginis, dies nubis et turbinis. Quasi mane expansum super montes, populus multus et fortis : similis ei non fuit a principio, et post eum non erit usque in annos generationia et generationis.
Ad te, Domine. Début plein de foi. Ce ne sont plus les hommes que Joël Interpelle, mais Dieu lui-même, qui peut seul mettre fin à la calamité. — Ignis. Au figuré : les ardeurs de la sécheresse. De même au vers. 20. — Comedit... Effet produit sur les plantes par ce fléau terrible. — Speciosa deserti. Hébr. : Les pâturages du désert. C.-ii-d. , les régions inhabitées qui se couvrent au printemps d'un frais gazon et où l'on fait paître alors les troupeaux. Elles abondent au sud de Juda. — Sed et bestix... (vers. 20). Effets de la sécheresse sur les animaux. — Quasi area... Lee aires où l'on bat le blé sont habituellement sèches et dures. — Sv3pexci~unt ad te. Comparez un trait semblable, mais plus développé, dans Jérémie, xiv, 5-6. — Et ignis... La description du second fléau s'achève comme elle avait commencé. Cf. vers. 19\
i IL — Exhortation à la pénitence. II , 1-17.
Le chap. i" nous a fait entendre les plaintes arrachées au prophète par la ruine de son pays ; tel, cette ruine nous est présentée comme le t^iie des eftroyaSles jugements de Dieu, que les habitants de Juda doivent prévenir par la pénitence et la prière. Ce paragraphe est donc un développement de 1 , 14-15.
l" Le Jour du Jugement pour Sion. II, 1-11.
En réalité, c'est une nouvelle description de l'invasion des sauterelles que nous lisons ici, avec cette différence, que le chap. i"' Insiste sur le ravage du pays, et celui-ci sur les auteurs du ravage.
CnàT. n. — 1. Introduction. — Canite... in Sion. Cet ordre s'adresho aux gardiens de Juda, a.-à-<L, k te» prétreH et à ses prophètes. Le Jour
du Seigneur approche ; il faut que ceux qui ont mission de veiller au salut de Jérusalem sonnent l'alarme et l'avertissent du danger. — Tuba. Hébr. : Sô/ar; la trompette recourbée. Voyez Os. viii, 1 et la note. — Monte sancto : la colline de Sion; on bien, le mont Moriah, sur lequel était bâti le temple (Atl. géogr., pi. xiv).
— Conturbentur. . . Hébr. : Que tremblent. . . Effrayés par ce signal , les habitants du pays prendront les moyens d'échapper au danger. — Quia venit... Ces mots sont expliqués par les suivants, quiaprope est. Le Jour du Seigneur était déjà venu d'une certaine manière par les deux fléaux ; 11 devait venir encore sous une autre forme plu» complète et plus redoutable.
2-3. Aspect des sauterelles quand elles apparaissent à distance; leur caractère redoutable.
— Dies tenebrarum... (vers. 2). Belle accumulation de synonymes, pour donner une idée plus saisissante des horreurs de ce jour. Cf. Soph. i, 15. En outre, comme on le voit en comparacî ce passage à Ex. x, 15, par ce trait Joël revient aux sauterelles, qui, lorsqu'elles envahissent une contrée , obscurcissent momentanément le ciel, à la façon d'un épais nuage. — Quasi mane... Hébr. : comme l'aurore. En effet, elles produisent un reflet singulier, qui colore le ciel et la terre en jaune : résultat de la répercussion des rayons solaires à travers leurs ailes. — Multus et fortis. Cf. i, 6, et l'Atl.d'hist. nat., pi. XLVii, flg. 2. — Similis ei... Locution proverbiale, pour marquer les proportions vraiment extraordinaires de l'invasion. Cf. I, 2-3; Ex. X, 14», texte que Joël semble avoir eu à la pensée lorsqu'il écrivait ces mots.
— Ante faciem... (ver>. t). Deux figures <i«l
JOKL II, 3-8.
3. Ante faciem ejus ignis voians, et jtost euiu exurcns flauima. Quasi liortus voluptatis terra coram eo, et post eura solitude deserti, neque est qui eflEugiat eiim.
4. Quasi asp^ctus equorum, aspectus eorum, et quasi équités sic current.
5. Sicut sonitus quadiiganim super capita montium exilient, sicnt sonitus flammse ignis devoranlis stipulam, velut populus fortis praeparatus ad praeliura.
6. A facie ejus cruciabuntur populi ; omnes vultus redigentur in ollam.
7. Sicut fortes current, quasi viri belàdtores ascendent raurum, viri in viis suis gradientur, et non declinabunt a semitis suis.
8. Unusquisque fratrera snum non coarctabit, singuli in calle suo ainbulabunt ; sed et per fenestras cadent, et non demolientur.
3. Devant lai est un fen dévorant, et derrière lui uue flamme brûlante. Devant lui la campagne est comme un jardin de délices, et derrière lui c'est un désert affreux, et nul ne lui échappe.
4. Leur aspect est comme l'aspect des chevaux, et ils s'élancent comme des ca^ valiers.
5. Quand ils sautent c'est comme le bruit des chars sur le sommet des montagnes, comme le bruit de la flamme ardente qui dévore la paille, comme un peuple puissant qui se prépare au combat.
6. A leur approche les peuples tremblent d'effroi; tous les visages deviennent blêmes.
7. Ils courent comme des héros, ils escaladent les murs comme des hommes de guerre; ils marchent chacun à son rang , sans s'écarter de leur route.
8. Ils ne se pressent pas les uns les autres, chacun marche à sa place; ils se glissent par les fenêtres, sans se laisser détruire.
mettent énerglquement en relief la désolation causée par les sauterelles. On dirait qu'elles apportent l'incendie dans les pays qu'elles envahissent. — Bortus voluptatis. Hébr. : un jardin d'Éden, c.à-d., un paradis terrestre. Allusion manifeste à Gen. ii, 8, 15; m, 23-24. — Coram eo équivaut à « ante faciem ejus » : avant l'arrivée de l'essaim. — SoUtudo deserti. Plus fortement dans l'hébren : Un désert désolé. — Non est qui effugiat... Cf. Ex. x, 15. D'après l'hébreu : Et rien ne lui échappe.
4 - 6. Portrait des sauterelles et description de leur marche. — Quasi aupeetus... La tête de la Bauterelle offre une ressemblance frappante avec celle du cheval. Conip. l'Apocalypse, ix, 7. — Continuation de la même comparaison : quasi équités sic...; o.-à-d. rapidement, en rangs serrés. — Current. Ce verbe et les suivants seraient mieux traduits par le présent. — Sicut sonitus.. (vers. 6). Le bruit qu'elles font en marchant ressemble à celui que produisaient les petite chars de guerre des anciens (.Atl. archéol., pi. Lxxxix, flg. 2, 6, 7, 8, 12), en roulant sur les chemins raboteux des montagnes. Cf. Apec. IX, 9. < Celui qu'elles font en mangeant, lorsqu'elles sont en essaims nombreux, ressemble au pétillement de la flamme poussée par le vent > : sicut... flammae. — Stipulam. 'Bàhr. iqâS, la balle du blé. Cf. Is. v, 24, etc. — A /ode ejtw... ( vers. 6). Tous iPs habitants de la région envahie sont tcrrlfléa. Cf. Pline, Eist. nat., ii, 29. <i Voyageant le long de la cAte, Je fus un jour témoin de ce triste fléau... A quelque» c<Mitalncs de métrés, l'immoiiFe armée s'avanç-ilt lentement, mais conewmmont, en ligne droite, formant une pulHsaute ooloone.. A l'extrémité dn champ, Je vis
les agriculteurs qui contemplaient avec des yeux désespérés cette armée de mort... Ces hommes ruinés se tenaient lit, silencieux, immobiles, écrasés par le poids de leur malheur, et comprenant bien qu'il était Impossible de l'arrêter » ( Un voyageur anglais). — Redigentur in ollam. A la lettre dans l'hébreu : Tous les visages ramassent l'éclat. Manière de dire que, le sang refluant au cœur, les visages pâlissent. Cf. Jer. xxz, 6; Kah. ii,- 10. Saint Jérdme a lu, avec les autres traducteurs anciens : pàrûr, pot, au lieu de pâ'rûr. D'après sa version, les visages seraient devenus noirs comme un pot mis sur le feu.
7 - 9. L'attaque et la victoire des sauterelles envahissantes. — Sicut fortes ( hébr. : comme des héros) current. Les voilà qui s'élancent & l'assaut. Aucun obstacle ne les arrête : ascendent murum. a. En s'avançant, elles grimpaient sur les arbres et sur tous les murs qu'elles rencontraient ; elles entraient dans nos maisons et dans nos chambres à coucher » (Un témoin oculaire).
— Viri in viis... L'ordre admirable avec lequel elles s'avancent. Hébr.: Chacune sur son chemin,
— Et 7ton decHnabuytt... Littéralement dans l'hébreu : Elles n'embrouillent pas leurs sentiers. — Unusquisque fratrem... (vers. 8). Déveloi>pemcnt de la mènie pensée, a Hac nuper in bac provlncla (dans la Judée) vldimns. Cum enlm locnstarum agmina vcnlrent, ...tanto ordlna ex dlsposltione jubcntis Dei volltant, ut. Instar tesseruiarum quœ in pavimentts artiflcis Ûgimtur manu, suum locuin teneant, et ne puncto (Hildcm, et, ut lt:i dicani, un>,nn; transverso ducllnent ad altcrani. )' Saint Jérôme, in h. l.
— Ptr/enutras cadent. Les Interprètes modernes
Joël II, 9-14.
9. Ils entrent dans as villes , ils courent 8ur les remparts, ils montent dans les maisons, ils entrent par les fenêtres comme un voleur.
10. Devant eux la terre tremble, les deux sont ébranlés, le soleil et la lune s'obscurcissent , et les étoiles retirent leur éclat.
11. Le Seigneur fait entendre sa voix devant son armée ; car son camp est immense, il est puissant, et il exécute sa parole ; car le jour du Seigneur est grand et tout à fait terrible, et qui pourra le soutenir?
12. Maintenant donc, dit le Seigneur, convertissez - vous à moi de tout votre ca-ur, dans le jeune, et dans les larmes, et dans les lamentations.
13. Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, et convertissez -vous au Seigneur votre Dieu, parce qu'il est bon et compatissant, patient et riche en miséricorde, et qu'il se peut repentir au sujet de cette calamité.