‹ La Sainte Bible (volume 2)Chapitre 422 sur 832 · Alors le Seigneur dit à Jonas · texte numérisé non relu

Alors le Seigneur dit à Jonas

Penses -tu bien faire en t'irritant au sujet de ee lierre? Jonas répondit : Je fais bien de m'irriter jusqu'à la mort.

10. Le Seigneur dit : Tu t'attristes au sujet d'un lierre qui ne t'a pas coûté de peine et que tu n'as pas fait croître, qui est né en une nuit et qui a péri en une nuit ;

11. et moi je n'aurais pas pitié de Ninive, la grande ville, où il y a plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas discerner leur main droite d'avec leur main gauche, et un grand nombre d'animaux ?

cussit sol super caput Jonse, et aestuabat, et petivit anima; suae ut moreretur, et dixit : MeJius est mihi mori quam vivere.

9. Et dixit Dominus ad Jonam : Putasne bene irasceris tu super hedera ?

Et dixit : Bene irascor ego usque ad mortem.

10. Et dixit Dominus : Tu doles super hederam in qua non laborasti, neque fecisti ut cresceret, qufe sub una nocte uata est, et sub una nocte periit;

11. et ego non parcam Ninive, civitati magnse, in qua sunt plus quam centum viginti millia horainum qui nesciunt quid sit inter dexteram et sinistram suam, et jumenta multa ?

leçon soit pins éloquente. — Prseceplt Deus. Hébr. : Dieu désigna. Comme aux vers. 6 et 7. — Vente. . urenti. D'après l'hébreu : un vent d'est (qâdîm) étouffant. — Percusslt... supep. Trait dramatique. — ^stuabat. Hébr.: 11 tomba en défaillance. En Orient, 11 n'est pas rare que le vent d'est produise ce fâcheux effet, — Petivit aniwse... vt... Hébraïsme qui revient à dire : n désira vivement la mort. Cf. III Reg. xix , 4. Second mouvement d'Impatience, mais beaucoup plus vif que le premier (cf. vers. s). La disparition de la plante qui l'abritait si bien et la peine physique qu'il endurait avaient rendu l'humeur de Jonas plus sombre.

9-11. La leçon. — Putasne...f Même question qu'au vers. 4 (voyez la note), à part l'addition giiper hederam. — Cette fois le prophète répond, d'un ton maussade, comme un enfant grondé par un père aimant : Bene irascor... — Usque admorlem. C.-à-d., Jusqu'à en mourir. Cf. Jud. XVI, 16; Matth. xxvi, 38, etc. — Dixit Dominw'*... (vers. 10). Puisqu'il ne comprend pas, Dieu va lui parler clairement, quoique avec la plus grande bonté, en expliquant le sens de sa « leçon de choses*. — Tu doles... Tuas pitié. Le pronom est très accenttié, par opposition à <t ego » du vers. 11. L'argument est « ad hominem », et n'en aura que plus de force. — In qua non... Les objets dont l'existence nous a coûté quelques

efforts personners nous sont 9 onllnatre doublement chers; or Jonas n'avait été absolument pour rien dans la croissance du ricin. — Quœ sub... noete. Hébr. : Qui était flls d'une nuit et qui a péri flls d'une nuit. Hyperbole poétique, pour marquer une existence très courte. — Et... lion parcam... (vers. 11). L'hébreu emploie le verbe que la Vulgate a traduit plus haut ( verset 10 ) par «t doles » : Et moi , Je n'aurai uas pitié...? — Ninive, civil ati magnte. Iiantithèse ne pouvait pas être plus frappante : une grande cité opposée à une simple plante. Le détail sul. vaut, in qua sunt..., la rend plus saisissante encore. — Qui nesciunt quid.„ Ce trait pittoresque désigne les enfants non encore parvenus à l'âge de raison ; par conséquent, Innocents et Irresponsables. Cf. Deut. I, 39, et Is. vn, 15-16. Jonas voudrait -11 que Dieu fît périr sans pitié 120 000 petits enfants? On a calculé qu'Us forment habituellement la cinquième partie de la population ; ce qui donne, pour la Ninive d'alors, ïe chiffre rond de 600 000 habitants. — Le trait final, et jumenta mvlta, est aussi d'une grande délicatesse. Cf. Sap. xi, 24-26. Le récit s'arrête brusquement sur cette réflexion; la leçon n'en ressort que davantage. « L'étroitesse d'âme du prophète a été manifestée et réprimandée, 1» mi* sérioorde de Dieu Justifiée : » cela Bufflt.

LA PROPHÉTIE DE MICHÉE

INTRODUCTION

lo La personne du prophète. — Le nom hébreu de Michée était Mikâh, forme abrégée de Mikâyah^, « Qui est comme Jéhovah? » Les Septante en ont fait Ml/aïaç, et la Yulgate Michseas. Ce nom était assez commun chez les Hébreux, comme on le voit par son apparition relativement fréquente dans l'Ancien Testament.

Le prophète Michée nous apprend lui-même, dès la première ligne de son livre , qu'il était oriiiinaire de MorcSet ^, bourgade située dans la plaine maritime ou S^félah, dans le royaume de Juda, non loin de Geth, et tout près de la frontière des Philistins ^.

On ne doit pas le confondre, comme ou l'a fait quelquefois, avec son homonyme célèbre qui prophétisa sous le règne d'Achab, environ un siècle avant lui*. On ne sait absolument rien de sa vie.

2o L'époque de Michée est également marquée dans le titre de son livre. II prophétisa sous le gouvernement des trois rois de Juda Joathan (758-741 av. J.-C.), Achaz (741-727), et Ézéchias (727-698); par conséquent, si l'on prend les dates extrêmes, de 758 à 698. Deux faits confirment ces données chronologiques (lu titre : Michée vécut avant la prise de Samarie (en 722), qu'il prédit^; Jérémic cite un oracle de lui, qu'il rattache au règne d'Ézéchias ^. Il fut donc contemporain d'Osée et d'isaïe ; mais ces deux prophètes avaient inauguré leur ministère dès le règne d'Ozias, père de Joathan'. Michée a plus d'un trait commun avec Isaïe, dont il fut le digne collaborateur; « il a sous les yeux le mémo tableau moral et social , et il censure les mêmes désordres ^. »

3» Le sujet et la division du livre. — Le livre de Michée , coulé d'un seul jet et remarquable par sa belle unité, n'est que le résumé d'une longue activité prophétique. Le prophète paraît l'avoir composé vers la fin de sa carrière, soua Ezéchias, arrangeant et organisant le tout d'après l'ordre logique.

Le sujet est exprimé en termes généraux en tète du livre : Verbum Loniini...

' Jérémie, xxvi, 18, emploie cette forme corn- i ' Cf. Is. i, 1 ; Os. i, 1. plète en parlant de notre prophète. Michée semble * Comparez les coïncidences suivantes, qui

faire lui-môme allusion à la signification de son nom; cf. vn, 18.

* Cf. 1,6. Vulgate: Morasthiten ' Voyez VAtl. géogr., pi. vil.

* Cf. III Reg. xxn, 8 et sa '^ C:. 1, 6-7.

* Jer. XXVI, 18.

sont comme des échos réciproques : Mlch. ii, 1 1 , et Is. xxvin, 7; Mich. ni, 5-7, et Is. xxix, 9-12; Mich. III, 12, et Is. xxxi, 13; Mich. iT, 1-3, et Is. II, 2-6; Mich. v, 2-4, et Is. vii, 14; IX, 15; Mich. v, 9-14 et Is. ii, 8-17; Micli. Tii, 7, et la. Tin, 17; Mlch. vu, 12, «(la. XI, 11, etc.

LA PROPHÉTIE DE MICHÉE

super Samanam et fevxsalem ^ Michéc s'adresse donc à tout Israël, aux deux royaumes représentés par leurs capitales; néanmoins, ses oracles concerjient plus particuiicremenl le royaume de Juda, car ce n'est qu'en passant, et par manière d'exemple, qu'il s'occupe du royaume schisniaticjuc des dix tribus. Après avoir annoncé à Samarie sa ruine prochaine, au commencement de son écrit ^, il cesse entièrement de s'occuper d'elle, et ne parle plus qu'à Jérusalem et à Juda.

Ce qu'il prédit aux habitants de Jérusalem et aux sujets du royaume légitime, c'est le châtiment que leurs crimes multiples leur atlirerout de la part du Seigneur justement irrité; mais il ne manque pas de prophétiser aussi (jue l'heure de la miséricorde et du pardon viendra ensuite, et que les restes du peuple, épargnés par la vengeance céleste, formeront une semence de laquelle la nation théocratique renaîtra, sainte et vigoureuse, pour jouir du bonheur apporté par le Messie. Le châtiment d'Israël coujjable, et son futur rétablissement : tel est donc le thème du livre de Michée. Sous le rapport strictement prophéti(juo, il se meut dans ce triple horizon: les Assyriens détruiront Samarie; les Ghaldéens détruiront Jérusalem ; le Messie viendra réparer toutes ces ruines.

On divise communément le livre de Michée en trois parties ou discours, qui débutent par une expression identique, Audite^, et qui se terminent par des promesses de bonheur*. Le premier discours (i, 2-ii, 13) développe élégamment cette pensée : Samarie sera détruite, et les villes de Juda seront dans le deuil, à cause des péchés de leurs habitants. Le second discours (m, l-v, 14) annonce que Sion, après avoir subi les humiliations les plus profondes, sera élevée à une grande gloire. Le troisième (vi, 1-vii, 20) décrit, en termes prophétiques, dans une sorte de dialogue qui a lieu entre Dieu et son peuple, par (juelle voie les Juifs pourront arriver au salut. Dans la première partie, c'est la menace qui domine; dans la seconde, c'est la promesse. La troisième a un caractère à part^; elle tient le milieu entre les deux autres. Autant le commencement du livre est menaçant, autant ses dernières lignes sont suaves et gracieuses ".

4» Le genre littéraire de Michée. — Michée est eu général un écrivain remar- (luable. Son style simple et énergique, habituellement très pur, atteste l'âge d'or de la littérature propiiétique. Il atteint parfois à la majesté d'Isaïe et à la richesse d'images de Joël. 11 est souvent dramatique dans l'exposition. Son parallélisme est assez soigné. Les paronomases ' et les apostrophes hardies reviennent fré- (juemment sous sa plume. 11 manie admirablement l'ironie. Comme Osée, il est parfois un peu obscur à force d'être concis; il passe, lui aussi, d'une image à une autre sans la moindre transition *. S'il a des passages d'une grande sévérité, à cause des menaces que Dieu l'avait chargé de proférer, il eu a d'autres d'une exquise tendresse, pour décrire le bonheur des teuips raessianiciues et les miséricordes divines. 11 est donc l'un des premiers des petits prophètes sous le rapport de la forme comme sous celui du fond ".

^ Cf. 1,2; m, 1; VI, 1.

* Cf. 11,12-13; V, 2 et 8S.; vu, U-SO.

* Cesi pour cela que, de nos Jours, quelques railonallftesoiit as.scz vivement î\ttaqu(!^ l'auibcntiolitJ dos ohap. vi et vu ; mais leurs preuves liuDi < si ralble.4, que leur opltilon ne mérite pas qu'on en tienne compte >. ( Kaulen. )

* Pour l'analyso d(^t:ilUëc, voyez le commentaire, et notre Biblla sacra, p. lul7-10Sl.

' Cf. I, 10- 1.^: II, 6; IV, U; vil, 4, U, etc. (dans le teste hébreu.)

" Cf. VI, 16; vil, 14, 15, 17. etc.

** Pour les couimentateurs catholiques du livre de Michée, voyez la p. 339, note 1. Nous n'avons ù signaler, comme ouvrage spécial, qne le livre (lu D' L. helnke, Eiiilelluno , Orundtrxt uiid Uel>erselzuii(j drn Pntjyh. Michtcas mit eineni folUtàudtgen , phUulOj/isch-kritischen und hlitoriachen Commenlar, Qlc^œa, 1874,

MICIIÉE

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