‹ La Sainte Bible (volume 2)Chapitre 448 sur 832 · LA PROPHÉTIE D'HABACUC · texte numérisé non relu

LA PROPHÉTIE D'HABACUC

INTRODUCTION

1° La personne et l'époque du prophète. — Son nom , Habaqquq , dérivé de la racine /iofcaç, embrasser, signifie « embrassement »,ou, selon d'autres, «celui qui embrasse'. » Cette dénomination semble avoir été rare chez les Hébreux, puisqu'on ne la trouve ([u'ici et Dan. xiv, 32 et ss.

Nous manquons prestpe absolument de détails authentiques sur l'origine et la vie du prophète Habacuc ^. Le titre de son livre nous fait simplement connaître son rôle de nâbi, « propheta » ^. Peut-être les deux dernières lignes de son beau canti(|ue, telles qu'on les lit dans le texte hébreu *, nous donnent-elles le droit de conclure qu'il était prêtre , ou tout au moins lévite , puisqu'elles paraissent supposer qu'il s'occupait de chants sacrés et de la musique du temple. Il n'est guère vraisemblable qu'il faille le confondre avec son homonyme mentionné par Daniel , car ce dernier appartient à une époque plus récente.

Un point seulement est certain relativement à la chronologie de la vie d'Habacuc : c'est qu'il composa son écrit prophétique avant l'invasion de la Judée parles Chaldéens (605 avant J.-C). En effet, nous dirons bientôt que cette invasion forme précisément le thème principal de son oracle. Ajoutons que son ministère ne doit pas remonter beaucoup au delà de cette date, puisqu'il nous annonce clairement que le malheur en question aura lieu du vivant de la génération à laquelle il s'adresse ^. D'après quehjues interprètes, il aurait prophétisé sous le roi Manassès (698-643 avant J.-C); selon d'autres, sous Josias (641-610), ou seulement sous Joakim (610-599). Il est difficile de déterminer ce point avec certitude, faute de données suffisantes ^.

2'J Le sujet et la divisio7i du livre. — De même que celui de Nahum, l'oracle dHabacaïc se donne, dès sa première ligne, comme étant gros de menaces. Il annonce en effet, sous une forme très dramatique, l'invasion du royaume de Juda

' La forme ' \\j.o(x%o-J\l, que lui donnent les LXX , est inexacte. Saint Jérôme et Abarbanel le traduisent par « lutteur » ; mais cotte interprétation n'est pas confirmée par ruiagc.

- Ceux qu'on lit dans quelques anciens auteurs juifs et chrétiens sur sa biographie, sa mort, son tombeau , etc., sont à peu près de nulle valeur.

3 Cf. I, 1.

* III, 19 ; voyez le coniraentalre.

• I, 6 : < In dlebua ycstrls. ><

^ Fait important à remarquer : si Habacuc a de sérieux reproches à adresser à ses compatriotes (cf. I, 3-4), ces reproches ne suppo-cnt point une situation morale extraordinairement mauvaise et ne signalent pas l'idolâtrie; d'oti l'on peut conclure qu'il a écrit son livre soit après la réforme religieuse du roi Manassès (veri la fin de son règne), soit après celle do Josiai (vers 630).

7 Cf. Nah. I, 5.

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par les Chaldéens, peuple puissant, cruel, irrésistible; puis la ruine future de ces ennemis du peuple do Dieu.

Il se divise en deux parties très distinctes, écrites, l'une en prose, l'autre en Ters. La première, qui correspond" aux deux premiers chapitres (i, 2-ii, 20), prédit, dans un touchrnt dialogue qui a lieu entre le Seigneur et le prophète, d'abord le châtiment que Dieu infligera, par l'intermédiaire des Chaldéons.à son peuple dégénéré '; puis la punition des Chaldéens eux-mêmes, devnU3 comme idolâtres de leur propre puissance*. La seconde partie (m, 1-19) consiate en un psaume lyrique d'une grande beauté, dans lequel Habacuc, après avoir prédit l'arrivée terrible de Jéhovah,qui s'élance de sa demeure du ciel pour anéantir les péclieurs et pour sauver les justes ^, expose les sentiments produits dans l'âme des bons par l'exécution des célestes décrets *.

Il règne une parfaite unité dans cette composition, et l'on n'a aucun motif d'affirmer, comme le font quelques critiques contemporains, qu'il dut s'écouler un certain intervalle entre la composition de la première partie et celle de la seconde, ou même, d'après d'autres auteurs, que le iii" chapitre n'est pas l'œuvre du prophète Habacuc ^. « La connexion intime des pensées, les rapports mutuels et perpétuels qui existent entre les divers groupes de versets, l'identité du style, ne laissent en réalité aucune place pour un doute raisonnable ". »

3» Comme écrivain, Habacuc est classique à la façon de Joël, de Michée et de Nahum. Son livre est vraiment un chef-d'œuvre de bon goût; il sait allier l'abondance et la vigueur aune haute sublimité du fond et de la forme. 11 peint et expose d'une manière incomparabie.il emploie un certain nombre d'expressions ou e formules rares, distinguées, qui lui appartiennent en propre, et qui produisent un effet saisissant. L'hymne de la fin est, dans la littérature sacrée, Fan des morceaux les plus admirés « pour la hardiesse de la conception, la jublimité de la pensée et la majesté de la diction ». (F. Vigouroux.)

Sous le rapport de la doctrine, & Habacuc est le proi)hète de la foi. Désolé à la vue des souffrances que son peuple aurait bientôt à endurer de la part d'ennemis cruels, sensuels, idolâtres, il demeure fermement convaincu que la foi triomphera finalement» et qu'elle produira la délivrance^. Il nous peint deux royaumes en conflit : le royaume de ce monde, gouverné par le roi de Chaldée, et le royaume de Dieu, gouverné par l'oint du Seigneur ^. Jéhovah aidera son oint à remporter la victoire; d'où il suit que le royaume de Dieu ne périra pas. On voit par là que, si le début du livre est menaçant pour les Juifs, la suite est très consolante à leur endroit, puisqu'elle annonce la ruine de ceux qui voulaient les détruire ®.

' Cest le premier paragraphe de cette partie ii, 2-17).

^ C'ait le second paragraphe (ii, 1-20).

' ni, 1-18.

* m, lC-19. Pour une analyse plus complète, Toyez le commentaire, et notre BlUia sacra,

On a augel attaqué de noa Jours l'anthentl-

'' Comparez Fa célèbre parole, n, 4* : «i Justns... la flde sua vivet. »

« Cf. III. 13.

' Pour les commentaires catholiques de la prophétie d'Habacuc, voyez la p. 339. Nous n'avons à njouter à cette liste, comme ouvrage pr<^lai. que Der ProphH HabaK-uk; Einleittimj. Orundlexl v.nd Uebersetzuny nebst einem philolog,-

tM de II, 9-JO. j Icrttischen und historischen Kommentar , par

• Un interprète protestant. . ' L. Reluke, Brlzen, 1870.

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