CHAPITRE V
1. Je me retournai, et je levai les yeux, et je regardai ; et voici, il y avait un livre qui volait.
2. Et il me dit : Que vois-tu? Je dis : Je vois un livre qui vole ; sa longueur est de vingt coudées, et sa largeur de dix coudées.
3. Il me dit : C'est la malédiction qui va se répandre sur la face de toute la terre; car tout voleur sera jugé par ce
1. Et con versus sum, et levavi oculos meos, et vidi, et ecce volumen volans.
2. Et dixit ad me : Quid tu vides? Et dixi : Ego video volumen volans ; longitude ejus viginti cubitorum, et latitude ejus decem cubitorum.
3. Et dixit ad me : Hfec est maledictio quee egreditur super faciem omnis terrae ; quia omnis fur, sicut ibi scriptum est,
fiaient ces deux arbres mystérieux. — Respondi secundo (vers. 12). Zacharle se reprend, pour formuler sa demande en termes plus précis : Quid... dxKB spicse...f En eflet, les oliviers n'ayaleut rien d'extraordinaire en tant qu'arbres. Ce qui était surprenant, c'étaient leurs deux branches tellement chargées de fruits, qu'on pouvait les comparer à des épis couverts de grains ; surtout , c'était la manière dont les olives versaient elles-mêmes leur huile dans les lampes du candélabre. — Juxta... rostra in quibus... Plus clairement, d'après l'hébreu : Près des deux conduits d'or d'où découle l'ot" (c.-à-d., l'huile pure, d'un beau jaune d'or). — Numquid nescis... (vers. 13). Comme au vers. 5 ; voyez la note. — Isti... filii olei (vers. 14). Hébraïsme : les deux oints. Ce titre désigne Zorobabel et Josué, qui le méritaient, l'un en tant qu'appartenant à la race royale de David, l'autre en tant que grand prêtre. Comp. II Reg. i, 14, où le roi d'Israël est appelé « l'oint de Jéhovah » , et Lev. iv, 5, où Aaron reçoit le nom de « prêtre -oint ". Zorobabel et Josué étalent vraiment les ministres et les instruments du Seigneur {qui asslstunt...; cf. III, 4, 7^} , pour répandre son esprit sur toute la communauté juive.
f V. — La sixième et seplième irlsion : L'iniquité sera éloignée du peuple de Dieu. V, 1-11.
Il y a une connexion très étroite entre ces deux visions. Elles développent au moyen d'images très dramatiques la promoBse de ni, S"", « Auferetur Iniqultas terrœ llliu», » et prédisent la parfaite sainteté du peuple de Dieu, après sa transformation.
1* Blzlèma tIsIoq : Le rouleau qui vole, ou t
les jugements de Jéhovah contre les pécheurs
Chap. V. — 1-2. La vision. — Conversus... et levavi... Hébraïsme : Je levai de nouveau les yeux. — Volumen volans. Un rouleau de parchemin, déployé, qui volait au-dessus du sol. Voyez VAtl. archéol, pi. Lxvn, flg. 8; pi. lxviii, flg. 1, 2, 4; pi. Lxx, flg. 2, 3. Les LXX ont lu magijal au lieu de m'gillah ; aussi ont -ils traduit par ôpÉTtïvov, faucille. — Quid tu... (verset "2). Comme plus haut, iv, 2, cetta question de l'ange a pour ont de stimuler l'attention de 2^charie. — Viginti..., decem cuMtorum. La coudée équivalant à 0°'625, cela fait 10™50 pour la longueur et 5""2.5 pour la largeur.
3-4. L'Interprétation. — Hsec est maledictio... Le parchemin symbolisait donc les malédictions lancées par Dieu contre les pécheurs, et ses dimensions considérables avalent précisément pour but de marquer combien ces anathèmes étaient nombreux et terribles. Cf. Ez. ii, 9-10. — Omnis terrse. Non pas la terre entière, mais tout le pays de Juda. — Quia omnis... Petite variante dans l'hébreu : Car tout voleur sera extirpé de ce côté, suivant elle, et tout parjure sera extirpé de ce côté, suivant elle. Cela signifie que, d'un côté du rouleau, étaient écrites des malédictions contre les voleurs, et, de l'autre côté, des malédictions contrôles parjures. D'autres traduisent, mais moins bien : Car tout voleur sera chassé d'Ici ( de la Terre sainte ) d'après elle (la malédiction), et tout parjure sera chassé d'Ici d'après elle. Saint Jérôme a ajouté le verbe scriptum est, pour rendre la pensée plus claire. Les voleurs et les parjures sont cités par manière d'exemple; Us représentent en général tous les péchear».
Zach. V, 4-9.
judicabitur, et omnÎB jurans ex hoc Bimiliter judicabitur.
4. Educara illud, dicit Dominus exercituum ; et veniet ad doraum furis, et ad domum jurantis in nomine mco mendaciter ; et commorabitur in medio domus ejus, et consumet eam, et ligna ejuB, et lapides ejus.
5. Et egressus est angélus qui loquebatur in me, et dixit ad me : Leva oculos tuos, et vide quid est hoc quod egieditur.
6. Et dixi : Quidnam est? Et ait : Hsec est amphora egrediens. Et dixit : Hœc est oculus eorura in universa terra.
7. Et ecce talentum plumbi portabatur, ot ecce mulier una sedens in medio amphorae.
8. Et dixit : Hase est impietas. Et projecit eam in medio amphorae, et misit massam plumbeam in os ejus.
9. Et levavi oculos meos, et vidi ; et ecce duœ mulieres egredientes, et spiritus in alis earum, et habebant alas quasi alas milvi, et levaverunt amphoram inter terram et caelum.
qui est écrit là, et quiconque jure sera de même jugé d'après ce livre.
4. Je le ferai sortir, dit le Seigneur des armées ; et il viendra dans la maison du voleur, et dans la maison dé celui qui jure faussement en mon nom ; et il demeurera au milieu de cette maison, et il la consumera avec son bois et ses pierres.
5. Alors l'ange qui parlait en moi sortit, et me dit : Lève les yeux, et regarde ce qui sort là.
6. Et je dis : Qu'est-ce? Et il dit : C'est une amphore qui sort. Et il ajouta : C'est là leur œil dans toute la terre.
7. Et voici, on portait une masse de plomb, et il y avait une femme assise au milieu de l'amphore.
8. Et il dit : C'est là l'impiété. Et il la jeta au milieu de l'amphore, et il mit la masse de plomb sur l'ouverture.
9. Je levai les yeux et je regardai ; et voici, deux femmes parurent, et le vent soufflait dans leurs ailes, et elles avaient des ailes semblables à celles d'un milan, et elles élevèrent l'amphore entre la terre et le ciel.
Le vol, qni est la fausseté envers les hommes, réiurae toutes les désobéissances aux préceptes de la seconde table dn Décalogue ; le parjure, qui est la fausseté envers Dieu, résume les fautes commises contre les préceptes de la première table. — Educam.^ (vers. 4). Le Seigneur veillera à l'exécution de la malédiction {illud) écrite sur le rouleau. — Et commorabitur. Elle demeurera « comme un principe de ruine » chez ceux qu'elle atteindra, jusqu'à ce qu'elle ait entièrement accompli son œuvre de destruction. — Et consumet... La demenre des coupables sera détruite de fond en comble. Les pécheurs disparaîtront donc du pays ; circonstance qui est toujours, dans les écrits des prophètes, un signe de l'ère messianique. Cf. le. iv, 3 et ss. ; Mal. in, 2, etc.
2° Septième vision : La femme dAne l'amphore. V, 8-11.
Non seulement lespéchenrs seront extirpés dn pays; l'Iniquité elle-même en sera bannie.
5-8. Première prirtie de la vision. — Et egrealus est... Suivant l'interprétation la plus probable, ces mots slgnlflent que l'ange redevint visible après avoir momentanément disparu. Cf. ii, 3; rv, 1 et les notes. — Leva... et vVle... Paroles destinées aussi h exciter l'attention de Zacharle. — Amphora... (vers. 6). Ilébr.: Cest V'i/ah qui sort. \i"éfah, nommé parfois < ephi > dans la Vulgate, était l'unilé de mesure pour les céréales et les légumes Bf'cs iAll.archéol.,\)\. i.xvi, flg. 12). U contenait 68 lit. 68. Celui de la vision avait
sans doute des dimensions extraordinaires, comme le rouleau de parchemin; autrement, une femme n'aurait pu qu'avec peine s'y tenir assise. — Hsec est oculus... Locution hébraïque, qui revient à dire : Telle est leur ressemblance. Cf. Nnm. xi, 7, et Ez. I, 4, dans le texte primitif. Le pronom eorum se rapporte aux pécheurs mentionnés dans la vision précédente (cf. vers. 3-4). — In universa terra. Encore la Terre sainte. — Et ecce... (vers. 7). Un nouveau phénomène est tout à coup signalé. — Talentum plumbi. C.-à-d., une masse circulaire de plomb, qui servait de couvercle h 1" 'éjali. Si elle avait le poids exact du talent hébreu, elle pesait 42 kll. 53, — Ce disque fut momentanément « soulevé » (ainsi dit l'hébreu, au lieu de portabatur; LXX, â5atpdu.£vo;), et le prophète aperçut une femme assise an milieu de la mesure. — Il apprit aussitôt jiar l'nnge q^ie cette femme était la pcr- Bonnltlcation de l'Iniquité : hœc est impietas (vers. 8). — Et projeclt... Elle se leva pour sortir de V'é/ah; mais l'esprit céleste la fit retomber en la frappant, et l'y enferma au moyen dn disque (.et misit...). — In os efu»; dans l'onvertnre de la mesure.
9-11. Deuxième partie de la vision. — Et Uvavi... Formule d'introduction et de transition. Corap. le vers. 1. — Duse midirres. Aucune explication ne sera donnée par l'ange h leur sujet. Elles figurent tons les agents huraaini, dont Dieu se sert pour écarter l'Iniquité du milieu de son peuple. — Spiritxu. Le vent favori-
Zach V, 10 — VI, 2.
10. Je dis à l'ange qui parlait en moi : Où ces femmes portent-elles l'amphore ?
11. Il me dit : Dans le pays de Sennaar, afin qu'on lui bâtisse une maison, et qu'elle y soit placée et affermie sur sa base.
10. Et dixi ad angelum qui loquebatur in me : Quo istse déférant amphoram?
11. Et dixit ad me : Ut aedificetur ei domus in terra Sennaar, et stabiliatur, et ponatur ibi super basera suam.
CIIAPITTxE VI
1. Je me retournai, et je levai les yeux, et je regardai ; et voici quatre chars qui sortaient d'entre deux montagnes, et ces montagnes étaient des montagnes d'airain.
2. Au premier char il y avait des chevaux roux, au second char des chevaux noirs.
1. Et con versus sum, et levavi oculos meos, et vidi ; et ecce quatuor quadrigse egredientes de medio duprum montium, et montes, montes serei.
2. In quadriga prima equi rufi, et in quadriga secunda equi nigri,
sait leur vol. An Heu de alas milvi, l'hébreu porte : des ailes de cigogne (.Atl. d'hist. nat., pi. r,xv, flg. 8). •— Quo islœ... (vers. 10). Zacharle ne cesse pas de manifester le plus vif intérêt pour CCS divers détails, comme le montrent ses questions réitérées. — In terra Sennaar (verset 11 ). Cette contrée, « où l'humanité avait orga-
§ VI. — Huitième vision: Le jugement de Dieu cojitre les pécheurs; bonheur dont jouira son peuple sous la domination da Messie prêtre et roi. VI, 1-16.
1» Les quatre chars. VI , 1-8.
Cette dernière vision n'est pas sans resBem-
Char persan. (Bas-reUef de Persépolis.l
Bisé sa première rébellion contre Dieu v (cf. 6en. X', 2 et ss.), convenait entre toutes pour servir de demeure stable à l'iniquité, après que celle cl aurait été chassée du milieu du peuple théocratlque. — Et stabiliatur... Ce verbe et le suivant se rapportent aussi à la maison. L'hébreu dit, avec une nuance : Et quand elle (la demeure) ssra prête, 11 (Vé/ah) sera déposé là dans son lieu.
blance avec la première, soit pour la forme extérieure, soit pour le fond des pensées. Elle annonce égalemeat le châtiment des peuple» païens, hostiles au royaume théocratlque.
Chap. VI. — 1-3. La vision. — Conversus.^ et levavi... C.-à-d.: Je levai de nouveau les yeux. Cf. V, 1. — Quadrigse. De petits chars à deux roues, à la manière antique. Voyez VAtl. arckéol., bL lxxvi, ûh. 7, 10, 11; pi. Lxxvii, flg. 1. —
Zach. VI, 3-8.
3. et in quadriga tertia equi albi, et in quadriga quarta equi varii et fortes.
4. Et respondi, et dixi ad angelum qui loquebatur in me : Quid sunt hsec, domine mi?
5. Et respondit angélus , et ait ad me: /sti sunt quatuor venti ca-li, qui egrediuntur ut stent coram Dominatore ornais terrée.
6. In qua erant equi nigri, egrediebantur in terram aquilonis ; et albi egiessi sunt post eos, et varii egressi sunt ad terram austri.
7. Qui autem erant robustissimi, exierunt, et quaerebant ire et discurrere per omnem terram. Et dixit : Ite, perambulate terram ; et perambulaverunt terram.
8. Et vocavit me, et locuius est ad me, dicens : Ecce qui egrediuntur in terram
3. an troisième char des cheraax blancs, et au quatrième cliar des chevaux tachetés et vigoureux.
4. Je pris la parole, et je dis à l'ange qui parlait en moi : Qu'est-ce que cela, mon seigneur?
5. L'ange me répondit : Ce sont les quatre vents du ciel, qui sortent pour paraître devant le Dominateur de toute la terre.
6. Les chevaux noirs de l'un des chars allaient vers le pays de l'aquilon; les chevaux blancs les suivirent, et les tachetés allèrent dans le pays du midi.
7. Les plus forts parurent ensuite, et ils demandaient à aller et à courir par toute la terre. Et il leur dit : Allez, parcourez la terre ; et ils parcoururent la terre.
8. Alors il m'appela et me dit : Ceux qui vont dans le pays de l'aquilon ont
De mfdio... montium. Les chars sortaient donc d'une vallée profonde, située entre deux montagnes. On a essayé de déterminer quelles étaient ces montagnes : Slon et le Morla ; ou bien, Slon et la colline des Oliviers iAtl. géogr., pi. xiv). n vaut mieux laisser ce trait dans le vague : 11 s'agit du lieu idéal d'où les jugements divins vont être lancés contre le monde païen. — ^rei. Emblème de la solidité Inébranlable de la théocratie ; on, mieux encore, de l'immutabilité des décrets du Seigneur contre ses ennemis. — In quadriga... (ver?. 2-3). Les chevaux attelés à chacun des chars étaient de couleurs différentes : ru/i, nigri, albi, varii (l'hébreu n'emploie pas Ici le mot i'ruqqim, comme dans la première Tlslon, I, 8 ; il a une expression nouvelle, h'r-uddÎ7re).Il est dit des chevaux tachetés qu'ils étalent particulièrement robustes (etJorUa).
4-8. Explication de la vision. — Quid... hxel C.-à-d. , les chars avec leur attelage. — Quatuor renti... (vers. 6). Les chars symbolisaient très bien le vent, dont lis imitaient la course rapide. — Vt sUni coram... D'après la Vuigate, 11b allaient auprès de Dieu pour recevoir ses ordres. Ils en revenaient, suivant l'hébreu, où nous lisons : (Qui sortent) de se tenir devant le maître de toute la terre. — In qua... (vers. 6). « Les paroles de l'ange-interprète se transforment Imperceptiblement en une description, faite par le pn>phètf lui -mCrae, de la suite de la vision. » — aigri... , et albi... Deux chars sont envoyés dans la direction du nord, à cause de la grande puissance que possédaient les peuples païens de cette région. — Terram axutri. L'Egypte reçoit pareillement ce nom an livre de Daniel (cf. xi, S et 88.). — Jîobutliiisimi (vers. 7). Hébr. : Les forts. D'après le vers. ."î*, cet adjectif désigne encore les chr-vaux tachetés. SI cette leçon est authentique, Zacharie, dans sa description de l'œuvre confiée au.x différents chiirs, passerait ■OUI sUence les chevaux rouges, bien i^ne son
ênumeration des vers. S et 3 les eût nommés en premier lieu. Pour faire disparaître cette difficulté, on a proposé, h la suite du syriaque, de lire ici 'adummlm, rouges, au lieu de 'amut fïm, forts. Mais l'on n'est pas suffisamment autorisé à modifier ainsi le texte. Nous signalerons bientôt une autre explication qui n'est pas mieux fondée ; l'harmonie nous paraît donc Impossible & établir dans ce passage. — Quxrebant ire^ Détail pittoresque, qui relève l'ardeur de ces coursiers à servir Dieu ; Ils ne peuvent se contenir. — Et dixit. Non pas l'ange-lnterprète, mais le « dominateur de toute la terre » (cf. vers. 5). — Ite, peraml/ulate... Un vaste champ est ouvert à leur activité. — Et vocavit... (vers. 8). Hébr.: Et il me cria. (Jette fols, c'est l'ange qui reprend la parole, et 11 le fait à haute voix, pour marquer l'Importance de son message. — Requieaeere feeerunt... C.-à-d. : ont calmé ma colère. Cf. Jnd. viii, 3 ; Ez. xvt, 42 et xxiv, 13, etc. En renversant les puissances du nord, si hostiles an peuple de Dieu, les deux chars lancés contre elles avalent assouvi et apaisé l'indignation de l'ange. — Les exëgètes ne sont pas plus d'accord entre eux qne pour la première vision , lorsqu'ils veulent déterminer dans le détail ce que peuvent signifier les couleurs dei chevaux. Selon quelques-uns, la guerre est représentée par l'attelage rouge, la famine par l'attelage noir, la victoire par l'altelngo blanc, tandis que les coursiers tachetés repré-scnteraient des châtiments de différente nature. Mais cela est certainement arbitraire dans l'application ; car, pourquoi la famine et la victoire seraientelles envoyées an nord plutôt qu'an sud ? D'autres ont pensé. Ici encTO, aux quatre empires des visions do Daniel, avec lesquels ils ont Identldé les quatre chars. Tjo premier char serait l'empire chaldéen, qui ne reçoit précisément aucune mission, parce qu'il avait déjh été renversé; le second, l'empire médo- perse, qui détruisit If
ZAcn. VI, 9-13.
fait reposer ma colère sur le pays de l'aquilon.