‹ La Sainte Bible (volume 2)Chapitre 544 sur 832 · LES LIVRES DES MACEÂBËES · texte numérisé non relu

LES LIVRES DES MACEÂBËES

La diction du second livre est généralement plus chaude, mais aussi plus artificielle, et sent parfois la rhétorique. A part quelques passages assez rares •, elle ne vise nullement à la brièveté. L'auteur ajoute à tout instant à sa narration des réflexions subjectives, qui lui sont suggérées par les circonstances bonnes ou mauvaises, tristes ou joyeuses, des événements. On dirait qu'il aime les long? mots , les phrases à effet. L'abréviateur n'est peut-être pas sans affectation dans les deux passages qui sont certainement de lui : II Mach. ii, 20-32, et xv, 38-39, Mais cette chaleur et ce côté plus personnel de l'œuvre la rendent très attrayante, le lecteur se mettant aussitôt à partager, s'il n'a pas d' « idées préconçues », les sentiments du narrateur.

2. Le ton religieux qui règne dans les deux écrits est aussi très intéressant à signaler, car il nous aide à mieux comprendre le genre et la manière de leurs auteurs. L'Israélite qui a composé le premier livre était certainement un homme d'une ardente piété, dévoué à la loi et au culte sacré, rempli d'horreur pour les infamies d'Antiochus Épiphane.et des Syriens, croyant de toute son âme à une Providence qui dirige les moindres événements humains; on sent, à travers ses pages, « un courant souterrain très profond de sentiments théocratiques. » Et pourtant il évite, en tant qu'écrivain, de manifester ces sentiments. Il ne mentionne aucun miracle proprement dit et ne moralise presque jamais. Bien plus, « on a remarqué que le nom de Dieu manque presque complètement dans le premier livre des Machabées, quoiqu'il y soit très souvent parlé du Seigneur... Le mot Dieu, correspondant à 'El ou Élohim, ne se lit qu'une fois dans le texte grec, III, 10; encore manque-t-il, à cet endroit,... dans tous les bons manuscrits. Le mot Seigneur, par lequel les Septante ont rendu dans leur version le tétragramme divin Jéhovah, se lit trois fois (iv, 24, et vu, 37, 41) dans les éditions ordinaires, mais n'est jamais non plus dans les meilleurs manuscrits"^. Cependant, si le mot est absent, l'idée ne l'est pas... Ou bien Dieu est désigné sous le nom de Ciel, ou bien il est parlé de lui simplement, soit à la troisième personne, soit à la seconde ^... La raison de cette particularité nous échappe *. »

Quelle différence sous ce rapport, lorsqu'on passe du premier livre des Machabées au second ! Autant le premier narrateur est réservé en fait de choses religieuses, autant le second aime à communiquer sur ce point ses impressions les plus intimes. Il écrit très souvent les mots Dieu et Seigneur ^. « Le côté religieux de l'histoire est placé continuellement devant l'esprit du lecteur, à qui l'on apprend , à chaque page , que l'impiété et le blasphème reçoivent de Dieu un châtiment sévère, que la prière est exaucée, que Dieu combat ouvertement en faveur de ses saints et qu'il les délivre, que, s'il permet qu'ils soient affligés, c'est dans l'intention de les purifier, et que, eussent-ils à souffrir ce qui peut arriver de pire à l'homme dans cette vie, ils seront récompensés à la résurrection. » On a remarqué aussi l'enthousiasme avec lequel il mentionne à tout moment le temple et les choses du culte. Il en fait, pour ainsi dire, « le centre de toute sa narration. »

3. Ces diverses particularités des deux auteurs tiennent surtout à la différence de leur but, de leur tempérament intellectuel et de leur formation littéraire. Le premier a voulu simplement raconter l'histoire des Machabées ; le second s'est

' Voyez la page 632, 2. [ 24, 30, 40, 5.5 ; v, 33 ; vn. 37, 41 ; xii, 15 ; xvi, 3. »

' « La Vtilgate a assez souvent Deus et Do- ■* Man. bibl., t. II, n. 564. « Le livre d'Esther

minus. Nous y lisons Deus cœli (ni, 18), Deus 1 ne contient pas non plus le nom de Dieu dans sa

(ni, 63, etc.), Domimis (m, 22; iv, 10, etc.), | partie protocanonique.»

quoique ces noms ne soient pas dans le grec. » ^ D'après le texte grec dit « reçu », 6Ioî

' < Cf. I Mach. m, 18, 19, 22, 60-63, 60; IT, 10, I gotsante-qnatre fols, xûpio; qaarante-hnlt fol;,

636 LB8 LIVBBS DR8 MACHABÉB8

proposé en outre un but homilétique, et c'est pour cela qu'il adresse, directement ou indirectement, des exhortations morales perpétuelles à ses lecteurs. Le premier a pris pour guides les anciens historiens d'Israël ; le second a subi très visiblement l'influence des écrivains et des rhéteurs grecs de son temps.

80 La question de canonicité. — Les deux livres des Machabées manquent dans la Bible hébraïque, et c'est pour cela qu'on les range parmi les écrits nommés deutérocanoniques * ; mais l'Église les a toujours regardés comme faisant partie du catalogue des livres inspirés. Les témoignages des écrivains ecclésiastiques sur ce point ne sont pas moins anciens que nombreux. L'Épître aux Hébreux, xi, 35, fait une allusion très évidente à II Mach. vi, 19 et 22» '. Au 1" siècle, Hermas ^ semble emprunter un court passage à II Mach. v, 28. A partir du 11« siècle, les citations abondent en Orient et en Occident. Clément d'Alexandrie *, Origène ^, saint Éphrem^, TertuUien', saint Cyprien ^, saint Hippolyte *, et plus tard saint Athanase *", saint Cyrille d'Alexandrie ", saint Ambroise '', saint Jérôme'^, saint Jean Chrysostome, etc., les conciles d'Hippone, de Carthage et deTrulle, les catalogues de saint Innocent I et de saint Gélase, placent, comme l'ont fait à leur suite les conciles de Trente " et du Vatican **, les deux livres des Machabées dans le canon biblique '•". Nous n'avons donc qpi'à répéter la parole de saint Augustin " : « Machabaeorum libros... Ecclesia pro canonicis habet. » D'ailleurs, l'Itala ne les contenait- elle pas, peut-être dès le i^r siècle? Ce n'est qu'au xvF siècle que les protestants les ont éliminés du canon biblique, sous prétexte que les Juifs ne les avaient point admis. Mais leur présence dans la Bible des Septante démontre que les Juifs d'Alexandrie les regardaient comme canoniques et inspirés, et, même en Palestine, l'historien Josèphe estimait tellement le premier livre des Machadjées, qu'il l'a en grande partie inséré dans sa narration.

9" La chronologie suivie dans les deux livres des Machabées est celle de l'ère des Séleucides, qui s'ouvrit le ler octobre 312 avant J.-C. •*. Mais, tandis que l'auteur du premier livre place le commencement des années au printemps, au mois de nisan, selon la coutume juive, Jason ou son abréviateur le met au mois de tiMri, en automne; ce qui produit entre eux quelques divergences. Comparez I Mach. VII, 1, et II Mach. xiv, 4; I Mach. vi, 16, et II Mach. xi, 21, 33; I Mach. vr, 20, et II Mach. xiii, 1. Dans ces passages, le premier livre rattache aux années 149, 150 et 151 de l'ère des Séleucides des événements qui, d'après le second, n'auraient eu lieu qu'en 148, 149 et 150. La contradiction n'est qu'apparente, d'après le principe qui vient d'être indiqué ".

' Voyez le tome I, page 13.

2 Ces mota de saint Paul : àXXoi ôè £TU|ntav(aOr,(iav oit TrpoffSE^à'jjievot ttiv aTtoX-jTptoirtv, sont un écho manifeste de ce que l'histoire des

'* In Is. xxrn, 2; in Oal. m, 14.

** Sess. rv.

*' Sess. in, cap. 8.

'* Sur l'éplthète d'apocryphes appliquée à no8

Jfacbabées raconte du saint vieillard Éléazar : 1 deux livres par saint Jérôme dans son Prnlogu»

'G 6k Tov ixet'evxXefa; ôdtvaTov... àvaôeçâ- (LEVo;, ... ÈTt't 10 TÛpnravov TîpoafJY^*"» 'va. i7to),w8T) TCiû ôavdttou.

' Faslor, Mand. i, 1.

* Slrom., I, 21.

* De prlncip., n , 1 , etc.

* In Dan. vin et xii.

' Adv. Jud., 4.

' Exhort. ad mart., i.

9 De Antichr., 49.

'" In Ps. ijtxviii.

" In Joël., I, 4.

'* D4 Jaeob et vila bcata, n, 10 et st.

galeatus, et, à sa suite, par un certain nombre d'Interprètes du moyen âge, voyez le ifan. blbl., t. II, n. 34. Ces mêmes auteurs les traitent d'ailleurs absolument comme les autres écrits Inspirés, et en tirent des conclusions dogmatiques.

'7 De Olvlt. Del, xvm, 38.

" Comp. I Mach. i, 11: èv mi... 'EXXi^vwv. Voyez H. Waddington, les Ères emplotjéfs en f^yrie, dans les Complet nmdvs de l'Académie des inscriptions et belles -lettres, 1866, p. 36 -4Î, et surtovit Patrizl , De consensu utrlusque iibri Mach., p. 16-44.

" Voyei P»tri«l, l. c, p. S7-4é.

LKS LIVBES DES MA0HABÉB8

Nos deux auteurs suivent habituellement l'ordre chronologiqpie ; néanmoins ils l'abandonnent parfois, le second surtout, pour grouper les faits d'après l'ordre logique. C'est ainsi que, I Mach. v, les campagnes de Judas Machabée contre les petits peuples païens voisins de la Judée sont réunies comme si elles avaient eu lieu sans interruption, tandis que nous voyons, d'après II Mach. x et XII, qu'il y eut quelque intervalle entre plusieurs d'entre elles. De même, l'auteur du second livre attribue à la mort d'Antiochus Épiphane \ à la première '.xpédition du général syrien Lysias et à d'autres faits encore, une place qu'ils n'eurent pas en réalité. C'est donc à tort qu'on a opposé, ici encore, les deux récits l'un à l'autre, comme s'ils se contredisaient^.

Voici, d'après l'ordre chronologique, un tableau comparatif des principaux faits racontés dans les deux livres des Machabées.

Avant J.-C.

Règne d'Alexandre le Grand

Les snccessenrs d'Alexandre Jusqu'à Séleucus IT, roi

de SjTle

Règne de Sélencus IV ; tentative sacrilège d'Héliodore.

Avènement d'Antiochus Épiphane

Règne d'Antiochus Jusqu'à sa seconde expédition en

Egypte

Seconde expédition d'Antiochus Épiphane en Egypte. Il vient à Jérusalem, massacre les habitants et pille

le temple

Philippe le Phrygien gouverne la Judée avec cruauté. Nouveau massacre et nouveau pillage à Jérusalem par

• Apollonius

L'édit d'Antiochus et la persécution religieuse

Soulèvement de Mathathlas.

Premiers exploits de Judas Machabée

Ses victoires sur Nicanor et Gorgias

Première expédition de Lysias

Dédicace et purification du temple

Judas Machabée fortifie Jérusalem et Bethsura. . . . Campagnes de Judas contre les peuples païens voisins

de la Judée

Mort d'Antiochus Épiphane ; avènement de son flls

Eupator

Seconde expédition de Lysias en Judée ; traité de paix. Troisième expédition de Lysias et conclustm d'une paix

plus solide

Mort d'Antiochus Eupator, avènement de Démétrlus I",

Alcime est élevé au souverain pontificat

Expédition de Nicanor contre les Juifs

L'ambassade de Judas auprès des Romains

Expédition de Bacchidès en Judée, mort de Judas. . Guerre de Bacchidès contre Jonathas, successeur de

Judas

Seconde expédition de Bacchidès en Judée. ...'...

Jonathas gouverne en paix les Juifs

Guerre civile entre Alexandre Balas et Démétrlus 1«'. Entrevue de Jonathas avec les rois de Syrie et d'Egypte. Démétrlus II envoie une armée contre les Juifs. . . . Guerre civile entre Alexandre Balaa et Démétrius II. Mort de Balas et avènement de Démétrlus, qui honore

Jonathas

Guerre civile entre Démétrius II et Tryphon

Campagne victorieuse de Jonathas contre les partisans

de Démétrlus

I Mach.

II Mach.

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