CHAPITRE Vil
1. En la cent cinquante -unième année, Démétrius, fils de Séleucus, sortit de la ville de Rome, monta avec un petit nombre d'hommes dans une ville maritime, et y régna.
2.. Et il arriva, lorsqu'il fut entré dans la maison du royaume de ses pères que l'armée se saisit d'Antiochus et dé Lysias, pour les lui conduire.
3. Lorsque la chose fut connue de lui, il dit : Ne me faites pas voir leur visage!
1. Anno centesimo quinquagesimo primo, exiit Demetrius, Seleuci filius, ab uibeKoma, et ascendit cum pa'ucis viris in civitatem maiitimam, et regnavit illic.
2. Et factum est, ut ingressus est domum regni patrum suorum, comprehendit exercitus Antiochum et Lysiam ut adducerent eos ad eum. '
3. Et res ei innotuit, et ait : Nolite mihi ostendere faciem eorum.
puissance eUe conférait aux habitants de Jérusalem. — Rupit cHius... Cette réfl.xion du narrateur suppose évidemment que le maintien des fortifications du temple avait été stipulé dans le traité de paix. En les faisant détruire, le roi violait donc son serment.
63. Dépari; pi-éclpité d'Antiochus V et de ses troupes pour Antioche. — Philippum dominantem... Le rival (le Lysias s'était déjà fortement installé dans la capitale ; mais il ne tarda pas à en être expulsé, après une lutte qui tourna à son désavantage : et pugnavit... D'après II Mach. IX, 29, il réussit à s'échapper et se réfugia en Kgj-pte.
S V. — Ouerres des Juifs avec le roi Démétrius I". Vil, 1-50.
Voyez le récit parallèle de II Mach. xiv-xv.
1» Démétrius 1^' renverse Antiochus Eupator et monte sur le trône. VII, 1-4.
Chai". VII. — 1. Il arrive soudain de Rome en Syrie. — Anno centesimo... L'an 162-161 avant J.-C. — Demetrius Selexici... Démétrius était fils de Séleucus IV Philopator et neveu d'Antiochus Epiphane. Otage à Rome lorsque son père mourut, en 186 (voyez i, 11, et la note), il s'était vu enlever le trône par son oncle, qui l'avait naturellement transmis à sou propre flis Eupator. Grâce à Lysias, ce dernier avait régné sans conteste depuis l'année 163. Cf. vi, 17. En apprenant ij mort de son oncle, Déiuétrias avait
essayé de faire reconnaître ses droits par le sénat romain; mais on avait, à Rome, trop d'intérêt à -voir la Syrie aux mains d'un enfant pour exaucer oett« demande. Démétrius réussit cepon-
Déméinus 1«^ Soter. (D'après une monnaie antique.)
dant à s'échapper et vint en Syrie sur un navire carthaginois. Son précepteur Dlodore était venu le trouver à Rome pour l'engager à faire une tentative en vue de recouvrer la couronne , Lysias étant déjà détesté de tout le peuple. Voyez Po« lybe, xxsi, 19-23 ; Appien, Syr., 47; Justin, xxxiv, 3, 4-9. — Cumpaucis. Polybe, xxxi, 22, 11, précise exactement le nombre : huit amis, cinq serviteurs et trois enfants. Le prétendant n'avait alors que vingt- trois ans. — Civitatem viaritimam. Tripoli , d'après II Mach. xiv, 1. — Régnavit iU. C.-à-d. qu'il s'y fit proclamer roi. Plus tard, 11 fut surnommé Soter.
2-4. L'armée se révolte contre Antiochus et Lysias, qui périssent assassinés. — Domum regnl patrum... Hébraïsme, par lequel l'écrivain sacré désigne le palais des ancêtres de Démétrius a
Gomment. — VI.
ro6
I Maoh. VII, 4-9.
4. Et occidit eos exercitus, et sedit Demetrius super sedeiu regni eui.
5. Et venernnt ad eiiiu viri iniqui et impii ex Israël, et Alcimus, dux corura, qui volebat fieri sacerdos ;
6. et accusaverunt populum apud regem, dicentes : Perdidit Judas, et fratres ejus, omnes amicos tuos, et nos dispersit de terra nostra.
7. Nunc ergo mitte viruta cui credis, ut eat et videat exterminium omne quod fecit nobis et regionibus régis, et puniat omues amicos ejus, et adjutores eorum.
8. Et elegit rex ex amicis suis Bacchidem, qui dominabatur trans flumen, magaum in regno, et fidelem régi.
9. Et niisit eum ut videret exterminium quod fecit Judas ; sed et Alcimum impium constituit in sacerdotium, et mandavit ei facere ultionem in tilios Israël.
4. L'armée les tua, et Démétriu^ a'asHit sur le trône de son royauine.
5. Alors des hommes iniques et impies d'Israël vinrent le trouver, aveo Alcime, leur chef, qui voulait êtra graïul prêtre ;
6. et ils accusèrent le peuple auprèa du roi , en disant : Judas et ses frères ont fait périr tous tes amis, et il nous a chassés de notre pays.
7. Envoie donc maintenant un homme en qui tu aies confiance, afin qu'il aille et qu'il voie toute la ruine qu'il a amenée sur nous et sur les provinces du roi, et qu'il punisse tous ses amis et leun auxiliaires.
8. Et le roi choisit parmi ses amis Bacchidès, qui commandait au delà du fleuve , grand dans le royaume, et fidèle au roi.
9. Il l'envoya pour voir la ruine qu'avait opérée Judas ; puis il établit grand prêtre l'impie Alcime, et lui ordonna de tirer vengeance des enfants d'Israël.
Antloche, la capitale de la Syrie. Le prétendant ■e présenta, en effet, devant cette ville aveo une puissante armée, pour faire valoir ses droits. Cf. II Mach. XIV, 1. — Comprehendit exercitus... Eupalor et Lyslas, trahis par leurs propres soldats, furent conduits à Démétrius, qui refusii de lee voir (vers. 3), < vraisemblablement pour n'avoir pas à leur refuser en personne leur demande de grâce , » ou bien, pour montrer ainsi aux troupes qu'il serait heureux d'en être débarrassé. C'est ainsi du moins que les soldats comprirent : et occidU... (vers. 4). — Sedem regni... Autre hébraïsme.
2' Démétrius envoie & Jérusalem Bacchidès et Alcime, qui traitent les Juifs aveo une grande cruauté. VII, 6-25.
Passant sous silence les autres mesures prises par le nouveau roi pour s'affermir sur le trône , l'historien sacré se met aussitôt à décrire sa conduite envers les Juifs. Démétrius ne fut reconnu par les Romains que plusieurs années après. Voyez Polybe, xxxii, 4.
6-7. Alcime et d'autres Israélites apostots «ocusent anprès du roi Judas Machabéc et la partie du peuple demeurée fidèle au Seigneur. — Venerunt ad eum... 11 était lmi)ortant [wur les renégats do capter Immédiatement la faveur du prince et d'exciter son niécontenteraent contre leurs adversaires. — AMmim. Kn grec, "A).xi- \Lrji. Ccst le nom hébreu 'Klpâqim. — Qui volebal... Une ambition sacrilège le poussait. Conip. le vers. 81. Il avait été noiimié grand prêtre après la mort de l'Impie MénélaUs ; mais le parti orthodoxe l'avait naturellement empêché do prendre possession de ses fonctions. Cf. II Mach. XIII, 8, et les notes. — Accu»averunt... (vers. C). Iftiamlu déjb comuilsu à l'iublcum rci>risc6 i>ar lus
renégats Juifs. Cf. vi, 21 et ss.; II Mach. iv, 1-1, etc. — Perdidit... La chose était vraie, en ce sens que les Machabées avaient cherché à faire disparaître les apostats. Cf. ii, 44 ; m, 8, etc. — Ainieos tuos. Alcime donne ce nom à cetix de ses compatriotes qui s'étalent déclarés partisans des Syriens. — Nunc ergo... (vere. 7). Conseil pratique qu'il donne au roi pour améliorer soi-disant la situation.
8-11. Bacchidès et Alcime, munis de pleins pouvoirs, viennent en Judée avec tout un corps d'armée. — Elegit rex... Démétrius se laissa aisément convaincre. On l'avait touché au point délicat : 11 croyait apercevoir en Judée un péril pour sou trône à peine recouvré. — Ex amicis...: un de ses premiers officiers. Voyez ii, 18, et la note. — Bacehidem. 11 n'est pas mentionné par les écrivains profanes. On le caractérise Ici en quelques mots. — Q'<i dominabatur... Il était alors gouverneurdes provinces du royaume situées au delà de l'Kuphrate (trans flumen...). — Magnum... L'un des principaux personnages da royaume. — Pidelem... : de sorte que Démétrius pouvait compter entièrement sur lui. — Et Alcimum... (vers. 9). Son caractère à lui est tracé en un seul mot : impium. 11 venait de faire set preuves sous ce rapport. — Conutituit in sacerdotium. La phrase grecque 'éitTiO-ev aÙTw tt)» Upoiûvriv ne signifie pas qu'Alcime fut alors Institué grand prêtre, mais que cette dignité lui fut réservée. Comp. le vers. 21, où 11 est djt qu'il continuait ù faire de grands efforts pour arriver an souverain pontificat. Démétrius voyait en lui un Instrument dont 11 pourrait se servir pour maintenir son pouvoir en Judée. « Il est bon <ie remarquer que cette nouvelle expédition des Sy* riuu» contre Itis Juif» ne fut pas eutreprUo «Ui.»
I Mach. VII, 10-18.
10. Ils 86 levèrent, et vinrent avec nne grande armée dans le pays de Juda, et ils envoyèrent des messagers vers Judas et vers jes frères, avec des paroles de paix, pour les tromper.
11. Mais ils ne firent pas attention à leurs discours, voyant qu'ils étaient venus avec une grande armée.
12. Cependant un groupe de scribea se réunit auprès d'Alcime et de Bacchidès , pour chercher ce qui était juste.
13 Au premier rang se trouvaient les Assideens, qui faisaient partie des enfants d Israël ; et ils leur demandaient la paix.
14. Car ils disaient : C'est un prêtre de la race d'Aaron qui est venu ; il ne nous trompera pas.
15. Il leur proféra des paroles de paix, et leur dit avec serment : Nous ne vous ferons pas de mal, non plus qu'à vos amis.
16. Ils le crurent; mais il fit saisir soixante d'entre eux, et il les fit mourir en un même jour, selon la parole qui est écrite :
17. Les chaire de vos saints et leur sang, ils les ont répandus autour de Jérusalem, et il n'y avait personne pour les ensevelir.
18. La crainte et la frayeur s'emparèrent de tout le peuple, et ils disaient : Il n'y a ni vérité ni justice parmi eux • car ils ont violé la parole donnée et lé serment qu'ils avaient fait.
rintentlon d'Introduire de nouveau le paganisme, mais genlement en vue de promouvoir les intérêts du parti helléniste ou antimachabéen parmi lepeuple. y - ilaiidavit et... Le roi choisissait bien Bon bourreau. Comp. les vers. 12-18. — Cum exereitu... (vers. 10) : pour appuyer ses délégués en cas de besoin et intimider leurs adversaires. — Miserunt nuntios... Démarche pleine de perfidie à laquelle on a eu de tout temps recours en Orient. - Non intendei-unt... (vers. 11). Les sinistres intentions de Bacchidès et d'Alcime étaient trop visibles pour que Judas et ses frères donnassent flans le piège.
12-18. De pieux docteurs de la loi sont lâchement égorgés par les envoyés royaux. — Congreçatio (un groupe) scribarum. Le mot scribe désigne ici des hommes qui s'adonnaient d'une manière spéciale à l'étude de la sainte Écriture et de la loi Juive. Cf. Esdr. vn, 6, il; Neh. vm 4 • EccU. X, 5, et xxxvm, 25. - But de leur visite': requirere... justa. C.-à-d., évidemment, le droit de vivre d'une manière conforme à la loi mosaïque, droit qui leur avait été confirmé naguère par Enpator. Cf. vi, 69 et ss. - Et primi, Asslû«i... (vers. 13). Cette phrase, un peu obscure dans «a construction (le pronom qui manque ••ra le grec et ne fait qu'ajouter à la difficulté)
10. Et surrexerunt, et venerunt cum exercitu magno in terram Juda, et miserunt nuntios, et locuti sunt ad Judam et ad fratres ejus verbis pacificis in dolo.
11. Et non intenderunt sermonibus eorum, viderunt enim quia venerunt cum exercitu magno.
12. Et conveuerunt ad Alcimum et Bacchidem congregatio scribarum, requirere quse justa sunt,
13. Et primi, Assidsei qui erant in faliis Israël, et exquirebant ab eis pacem. ^
14. Dixerunt enim : Homo sacerdosde semine Aaron venit, non decipiet nos.
15. Et locutus est cum eis verba pacifica, et juravit illis, dicens : Non mferemus vobis malum, neque amicis vestris.
16. Et crediderunt ei ; et comprehendit ex eip sexaginta viros, et occidit eos in una die, secundum verbum quod scriptum est :
17. Cames sanctorum tuorum, et sanguiriem ipsorum effuderunt in circuitu Jérusalem , et non erat qui sepeliret.
18. Et incubuit timor et treraor in omnem populum, quia dixerunt : Non est Veritas et judicium in eis ; transgressi sunt enim constitutum, et jusjurandum quod jura ver unt.
signifie simplement que les scribes en question appartenaient au parti des Assideens, lequel fut le premier à demander Justice et paix aux envoyés du roi. L'historien n'établit donc aucune opposition entre les scribes et les Assideens, et il ne dit nullement que deux groupes de Juifs fidèles l'un composé de scribes, l'autre d'Assidéens' vmrent tour à tour auprès d'Alcime. - Dixe-' runt... (vers. 14). Motif qui encouragea la dépntation à se présenter sans défiance ; 11 n'était pas possible qu'un de lem-s prêtres les trompât — Verba pacifica (vers. 16). Non seulement Alclme les reçut avec une apparente bonté, mais il leur jura même solennellement de ne leur faire aucun mal : et juravit... Serment qui fut aussitôt violé de la façon la plus horrible : comprehendU .. et occidit. D'après le vers. 18 (cf. Josèphe, Ant , XII, 10, 2), Bacchidès prit autant de part qu'Alcime à ce crime. — Secundum verbum... Dans cet acte cruel, le narrateur volt l'accomplissement d'une parole du Ps. lxxviii, 2-3 : Camea sanctorum... La citation est faite de mémoire et d'une manière abrégée. Ce psaume se rapporte à la ruine de Jérusalem par les Chaldéens (voyea notre commentaire, t. IV, p. 244). - Incubnit (vers. 18). Kffet très naturel que produisit cit horrible attentat g-ar les Juifs de la région —
I Mach. VII, 19-26.
19. Et movit Bacchides castra ab Jenisalem, et applicuit in Bethzecha ; et misit, et comprehendit niultos ex eis qui a se effugerant, et quosdara de populo mactavit, et in puteum magnum projecit.
20. Et commisit regionem Alcimo, et reliquit cum eo auxilium in adjutorium ipsi ; et abiit Bacchides ad regera.