‹ La Sainte Bible (volume 4)Chapitre 346 sur 938 · LA PROPHETIE D'ISAÏE · texte numérisé non relu

LA PROPHETIE D'ISAÏE

Pseudo-Isaïe, Deutéro-Isaïe, [saïe 11 ou le « Grand Inconnu ' ». Bref, les passaf,'es apocryphes foniieraient la plus grande partie du livre. Ces « critiques », comme ils s'intitulent eux-mêmes, ne sont nullement embarrassés pour indiquer, parfois ligne par ligne, les différentes phases deja prétendue interpolation et de la rédaction définitive du livre.

Par quels aiguments essayent-ils de justifier leurs assertions étranges? En réalité, « la règle... qui les a guidés... est celle-ci : toutes les prophéties qui racontent des événements précis ont été écrites après coup , ce sont des vaticinia post eventum. Puisque les faits auxquels elles font allusion sont postérieurs à Isaïe, il s'ensuit, d'après eux, qu'Isaïe n'a pu en parler. Ils ne nient donc l'authenticité des prophéties d'Isaïe que parce qu'ils rejettent la révélation, le surnaturel et le miracle. Ils cherchent des raisons accessoires pour essayer de justifier leurs prétendus arrêts, mais c'est à priori qu'ils se prononcent, qu'ils en fassent ou non l'aveu *. »

Parmi ces raisons accessoires, les deux principales sont tirées des différences de fond et de forme qui existeraient entre les passages incriminés et ceux dont personne n'a osé contester encore l'authenticité. Mais ces différences ou n'existent nullement et sont inventées pour le service de la cause, ou ne sont autres que celles que l'on rencontre dans tout écrivain dont les œuvres datent de diverses époques de sa vie et roulent sur des sujets multiples ^. Pour ce qui concerne en particulier le style, on rencontre à travers tout le livre certaines expressions ou images assez rares, que nos adversaires prétendent n'appartenir qu'au faux Isaïe. D'ailleurs la diction est partout trop pure, trop magnifique, pour ne pas remonter à l'âge d'or de la langue hébraïque; rien n'y accuse les imperfections et la décadence du langage de l'exil.

De plus, à ces arguments subjectifs et arbitraires nous pouvons opposer la tradition unanime de la synagogue et de l'Eglise , le témoignage de Notre- Seigneur Jésus -Christ et des apôtres "*, celui du fils de Sirach dans l'Ecclésiastique ^, celui de plusieurs prophètes plus récents qu'Isaïe qui citent ses oracles ^; or ces divers témoignages ne portent pas moins sur la seconde partie du livre que sur la première, sur les pages attaquées que sur les autres. Ajoutons qu'en général comme pour les détails, « l'histoire contemporaine se reflète trop bien dans le livre (entier) d'Isaïe, pour qu'un écrivain plus récent ait pu le composer ».

' On a même récemment inventé un Isaïe III, et trois autres rédacteurs successifs.

- Man. tihllque, t. II, n. 914, note. « Une prophétie où Cyrus est nommé par son nom, écrit l'un d'eux, une autre où les Mèdes et les Perses sont appelés pour la destruction de Babylone... , ne sont naturellement pas l'œuvre d'Isaïe, qui ne pouvait connaître d'avance ni l'exil du peuple juif à Babylone, ni la délivrance de cet exil par Cyrus. »

^ Par exemple, « il va de sol qu'un livre de consolation se meut dans un autre ordre d'idées qu'un livre de malédictions ; et les deux parties de la prophétie d'Isaïe ont été assez bien caractérisées par ces deux noms. »

* Le Nouveau Testament cite Isaïe environ cent (ois, dont à peu près cinquante en propres termes, et quarante d'une manière plus libre. Son nom est allégué quarante fols, dont huit à propos de passages contestés par les rationalistes. « Alle-

gationes. . . ex omnibus libri partibus eadom ratione Ita sunt desumptîe, ut Integer liber testimonils Novl Testamenti probarl merito dicatnr. » (Cornely, l. c, p. 339.)

^ Eccli. XLT, 25 et ss. : « Isaias... spiritu magno vldit ultima (xà £0"x«'r«, dit plus clairement le grec, la fin des temps), et consolatus est lugentes in Israël, usque In sempitemum... » Ces traits se rapportent surtout aux chap. xl - lxvi ; leur authenticité était donc universellement admise che2 les Juifs lorsque fut composé le livre de l'Ecclésiastique.

^ Comp. Jer. x, 1-6, et Is. xl, 19-20; xli, 7 ; xLvi, 7; Jer. xxv, 15 et ss., et Is. li, 17 ; Jer. XXXI, 35, et Is. LI, 15 ; Kah. i, 16 , et Is. i,n, 7 ; Nah. II, 1, et Is. lu, 1 ; Nah. lu, 7, et Is. li, 19 ; Soph. III, 10, et Is. xviii, 1 ; lx, 20 ; Soph. ii, 14-16, et Is. xxxiv, 13-15; XLvn, 8, 10; Zach, vn , 4-7, et Is. lviii, 6, etc.

LA PBOPHÉTIE D*I8Aia

4" le caractère du livre d'haïe. — Sur ce point tout le monde est d'accord, et les exégètes incrédules aussi bien que les commentateurs catholiques s'accordent à combler d'éloges le livre qui porte le nom d'Isaïe. Les Pères accumulent, pour le vanter, le plus belles épithètes: « Isaïe, le plus grand des prophètes *, » « l'admirable prophète *, » « le prophète divin, tout à fait divia ', » « le plus éloquent des prophètes *, » etc.

Ce qui le caractérise avant tout sous le rapport des pensées, c'est la richesse. Richesse au point de vue du temps : le passé, le présent, l'avenir, sont décrits tour à tour avec une netteté admirable. Richesse au point de vue des contrées : Isaïe ne s'occupe pas seulement d'Israël et de la théocratie, mais de tous les peuples circonvoisins, de l'Egypte, de l'Assyrie, de la Ghaldée, de l'Europe. Richesse au point de vue des sujets; son livre est une véritable encyclopédie où tout est mentionné en son lieu : la religion et la politique, la paix et la guerre, les joies et les tristesses, les animaux et les plantes, les vêtements et les parures. Richesse surtout au point de vue de l'idée messianique, qui reçoit dans le livre d'Isaïe un développement admirable : aucun autre prophète n'a décrit d'une manière plus complète et plus sublime la personne et l'œuvre du Messie; ses oracles relatifs à Notre-Seigneur Jésus-Christ forment véritablement un fil d'or qui relie tout le reste et qu'on voit étinceler partout ^. Aussi les Pères aimaient- ils à l'appeler « l'évangéliste de l'Ancien Testament ». « Non tara propheta dicendus est quam evangelista; ita enim 'universa Christi Ecclesiseque mysteria ad liquidum prosecutus est, ut non putes eum de futuris vaticinari, sed de prœteritis historiam texere ®... Isaias, inter illa quse... prœdixit, etiam de Christo et Ecclesia multo plura quam ceteri prophetavit; ita ut a quibusdam evangelista quam propheta potius diceretur '. »

La beauté de son style correspond parfaitement à celle des pensées. Il est limpide, noble, énergique, riche en images, souvent sublime et hautement poétique. La variété de son coloris est étonnante. Tel prophète sera surtout lyrique; tel autre, surtout élégiaque ou surtout orateur : Isaïe est successivement tout cela, selon que le demandent les idées qu'il veut exprimer. Il a à sa disposition toutes les splendeurs et toutes les forces du langage prophétique : c'est ainsi qu'il est concis et grave quand il menace, doux et brillant lorsqu'il annonce le salut messianique. Il met en œuvre toutes les ressources que lui offrait sa langue, même l'antithèse piquante, les jeux de mots spirituels, les allitérations et les paronomases frappantes. En un mot, son style est celui d'un maître consommé dans l'art d'écrire , et sous sa plume l'hébreu devient un instrument de musique qu'il manie comme un artiste du premier ordre *.

5° Commentateurs catholiques. — Les principaux sont, à l'époque des Pères, Eusèbe de Césarée, saint Basile ^, saint Cyrille d'Alexandrie, Théodoret de Gyr, saint Jérôme surtout; au moyen âge et dans les temps modernes, saint Thomas d'Aquin [In Esaiam prophetam expositio), Foreiro (mort en 1581; Commentarium in Isaiam.), Sanchez (Lyon, 1615), Maldonat (1656), Cornélius

' Eusèbe, Dem. evaiig.,v, 4.

2 Tbid.. Il, 4.

' Théodoret, In Is. Proom.

* S. Grégoire de Nazianze, Or. iv, 2. Cf. Jo- «èphe, Ant., x, 3,2.

^ Cl. I, 25-27; n, 2-4; iv, 2-6; vi, 1 et ss. ; VII, 14; viii, 14-16, 23; rx, 5-6; xi, 1-2; xii, S; XVI, 1,6; XXII, 22; xxviii, 16 ; xxix, 18-19, ei«. eta

® S. Jérôme, Prœ/. ad Paulam et Eustoch. Cf. Prol. in Is.

'' S. AugTiBtin, de CiiAt. Del, xviii, 29. 1. Cf. S. Cyrille d'Alex.,- Jra la. Proœm.

8 Voyez le Man. Ublique, t. II. nn. 910 et 911.

^ Mal* Benlement sur les seize premiers clia. pitres.

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â Lapide *, Malvenda et Calinet; de nos jours, P. Schci/g {der Prophel haiaa ûbersetzt und cyklocrt, Munich, 1850), A. Rohiing {der Prophet Jesaja ûbersetzt und erklixsrt , Munster, 1872), B. Neteler {dus Buch Isaias aus dem , Urtejct ûbersetzt und mit Derucksichliijnng peiner Gliederung... erklaerl , Munster, 187G), Le Hir {Les trois grands Prophètes Isaïe, Jérémie, Ézéchiel ; analyses et commentaires, Pari.*, 1877), K-iabenbauer (Erklserung des Propheten Isaias, Fribourg-ea-Bris^au, 1881, rii Commentarius in Isaiam prophetam, Paris, 1887 -).

• Son commentaire d'Isaïe est un des oieillcuis I ^ Deux oiivrages vraiment reinarquablei t-i 'u'U ait composés. 1 très coinplsu.

ÎSAIE

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