CHAPITRE XVI
1. Emitte Agnum, Domine, domiiiatoiem ten'ifi, de petia deserti ad montem fiiise Sion.
1. Seigneur, envoj'ez l'Agneau dominateur de la terre, de la pierre du désert à la montagne de la fille de Sion.
Tille entre Moab et Ségor. — Ascendel est pour « ascendunt » : on monte. — Oronaim. (hébr., Horônaïm) était probablement près de Luith. Cf. Jer. xLvui, 5. — Nemrim (vers. 6) : en hébreu , Nimrtm. Cette ville était dans la partie méridionale de Moab, d'après l'ensemble de la description, et au sud de Ségor, suivant saint Jérôme. Ses sources ont été a ravagées » ( ainsi s'exprime l'hébreu , au lieu de desertse ) , c- à - d. obstruées par l'armée envahissante. Cf. IV Reg. m, 19, 25. Par suite, la verdure s'est complètement desséchée aux alentours : aruit herba... — Secundum magnitudinem... (vers. 7). Suivant la Vulgate , le châtiment des Moabites ( visitatio en mauvaise part) est en rapport avec l'étendue de leurs crimes ioperia). L'hébreu exprime une tout autre pensée : Cest pourquoi ce qui leur reste et leurs provisions, lia les portent au delà du torrent des Saules. Les fugitifs se dirigent donc au plus vite vers la frontière méridionale. Il existe encore un torrent des Saules (en arabe, onadl Sufsaf) légèrement au nord de Kérek ( note du vers, l*» ) ; mais ce nom pourrait bien s'appliquer Ici de préférence au Zéred (ouadl el-Ahsâ), torrent qui limitait alors au sud le territoire moablte. — Circuivit clamor... (vers. 8). Métaphore saisissante : les cris de douleur font la ronde dans le pays ; aucun district n'échappe au malheur. — GalUm. Hébr., 'Eglalm ; sans doute l'Agulllm de rO>wmasticon, un peu au sud d'Ar Moab. — Puteum Elim. Ces deux mots forment un seul et même nom propre dans l'hébreu : B"er 'Elim. Localité vraisemblablement identique à Béer de Num. XXI, 16, et située au nord -est du paya. — Dibon (vers. 9). L'hébreu écrit deux fois de suite Dïmôn dacg ce verset, bien Qu'IsaKe ait sans
doute voulu parler encore de Dibon (cf. vers. 2). Cette variante dans l'orthographe a eu pour cause le désir d'établir un Jeu de mots entre dimôa et dâm ( Vulg. : sanguine ). Les eaux de Dibon sont celles de l'Amon , qui coulait tout auprès ;
Crumlech de Dilion.
elles seront rougles du sang des Moabites massacrés sans pitié. — Ponam... additamenta : de nouveaux châtiments, d'après le contexte. — His qui fugerint... leonem (sons-ent. : « ponam »). Ceux qui auront échappé aux Assyriens tomberont entre les mains d'autres ennemis encore plus redoutables, symbolisés par le lion; cf. Jer. IV, 7. Selon d'autres commentateurs, mal» moins bien : lia seront la proie des lions du désert.
2» Moyen auquel Moab pourrait recourir pour empêcher sa ruine d'être totale. XVI, 1-6.
Chap. XVI. — 1-6. Il devrait implorer le secours de la race royale de David. Passage « au style dramatique ». — Emitte agnum.^ La Vnl. gâte toomlt en apparence un sens messiailqu*
)MMENT. y
Is. XVI, 2-5.
2. Et erit: sicut avis fiigiens, et pulli do nido avolantes, sic eruat liliae Moab in transcensu Arnon.
3. Ini consilium, coge concilium; pone quasi noctem umbrara tuam in meridie; absconde fugientes, et vagos ne prodas.
4. Habitabunt apud te profiigi mei ; Moab , esto latibulum eorum a f acie vastatoris ; finitus est enim pulvis , con- Bummatus est miser, defecit qui conculcabat teiTam.
5. Et prseparabitur in misericordia solium, et sedebit super illud in veritate in tabernaculo David, judicans et quaerens judiciurn, et velociter reddeus quod justum est.
2. Et alors, comme un oiseau qui s'en fuit, et comme les petits qui s'envolent de leur nid, telles seront, au passage de l'Arnon, les filles de Moab.
3. Prends conseil, réunis des assemblées ; rends ton ombre, en plein midi, aussi sombre que la nuit ; cache les fugitifs et ne trahis pas ceux qui sont errants.
4. Mes exilés habiteront auprès de toi ; pour Moab, sois un refuge contre le dévastateur; car la poussière a trouvé sa fin, ce misérable n'est plus, celui qui foulait le pays sous ses pieds a disparu.
5. Et le trôné s'aflEermira par la miséricorde, et on y verra siéger avec fidélité, dans la tente de David, un juge qui cherchera le droit, et qui rendra prorapteraent la justice.
que saint Jérôme ( h. L) expose en ces termes : « 0 Moab, babeto solatium hoc : egredletur de te agnus iuimaculatus qui wUat peccata mundl, qui dominetur in orbe terrarum ; de petra deserti, hoc est de Ruth qua> , mariti morte viduata, de Booz genuit Obed, et de Obed Jesse, et de Jesse David, et de David Chrlstum. » Mais les meilleurs exégètes catholiques reconnaissent que c'est là une interprétation forcée, et que rien, soit dans le texte, soit dans le contexte, ne désigne véritablement le Christ. C'est le substantif Domine qui a surtout contribué à faire appliquer ce passage au Messie; or 11 manque non seulement dans l'hébreu , mais même dans la Vulgat© primitive, et ce n'est qu'une glose insérée dans notre version latine. Voici la traduction littérale de l'hébreu : Envoyez des agneaux (quoique au singulier, le mot ka/ est collectif dans cet endroit J au souverain Ju pays, de Séla', vers le désert, à la montagne de la flUe de Sion. Mésa, roi de Moab, avait autrefois payé au roi d'Israël un tribut de cent mii.e agneaux et de cent mille béliers (cf. IV Reg. ru, 4). Depuis, les Moabites avaient reconquis leur indépendance ; mais le prophète les engage à se concilier les faveurs du roi théocratiquc, en se déclarant ses vassaux, et en lui envoyant d'une manière spontanée une marque de leur soumission. — De Petra. Nom de la capitale de l'Idumée. Cf. II Reg. xiv, 7, et le commentaire. Les Moabites sont censés s'y être réfugiés, après avoir franchi leur propre frontière. Cf. xv, 9. C'était une place très sûre, d'un difficile accès. — Deserti. Hébr. : du côté du désert. A travers le désert qui séparait Pétra ou Séla' de Jérusalem (Ail. géogr., pi. v). — Et erit... Isaïe mo^ve le bon conseil qu'il vient de donner à Moab : le danger est pressant, et ils n'ont l'as d'autre espoir de salut. — Sj'cut avis..., pvili de nido. Comparaison qui peint d'une façon Baisissante la fuite précipitée des Moabites. — Hic enii't. Mieux vaudrait le présent : « sic sunt. »
— Fitix...: la population dfs villes, personnifiée.
— In transceiisu Arnon. Hébr. : aux gués de
l'Arnon. Cette rivière est à peu près au milieu du territoire moabite. — lui eonailiutn, coge... (vers. 3). Hébr. : Dorme un conseil , prends une décision. C.-à-d. : conseiUe - nous dans notre embarras, et décide -toi promptement à nous secourir. Ce langage si pressant est celui des ambassadeurs moabites, que le prophète suppose être accourus auprès du roi de Juda, selon qu'il les y avait engagés. — Pone quasi voclem... Dans leur effroi, ils conjurent le monarque de rendre son ombre protectrice aussi épaisse que les ténèbres de la nuit, afin qu'ils puissent s'y cacher. — Absœn^e... , ne prodas... Leur prière devient de plus en plus humble. — Moab, esto... (vers. 4). Le nom de Moab n'est jias au vocatif, mais au nominatif absolu. Le sens est donc : Sols pour Moab, sois-lui un refuge... — Finitua est... Le prophète démontre (vers, i^-6) que Juda réunit toutes les conditions nécessaires pour sauver les Moabites. Voici la traduction du vers. 4'» d'après l'hébreu : Car l'oppresseur ne sera plus, la dévastation cessera, ceux qui nous écrasent disparaîtront du pays. Ces oppresseurs ne sont autres que les Assyriens. Pulvis désigne, d'après saint Jérôme, « impetum vastatoris. ï — Et prœparabitur... (vers. 5). Tout le monde en convient, nous sommes transportés par cette prophétie « dans les sphères messianiques-», car elle ne peut s'ajjpllquer entièrement qu'à a un grand roi, unique par ses qualités et sou caractère », qu'au roi idéal que nous ont déjà présenté les passages IX, 1-7, et XI, 1-5. II est donc surtout question du trône inébranlable que le Seigneur avait autrefois promis à David, II Reg. vu, 12, etc. SI Ézéchias a réalisé jusqu'à un certain point le portrait tracé dans ces lignes, c'est d'une manière trop incomplète pour qu'on puisse s'en tenir à ce premier accomplissement; 11 faut donc monter jusqu'au Messie -roi. L'oracle, ainsi enteudu, se rattache admirablement au contexte : les Moabites ne doivent pas hésiter à s'ajipuyer sur le trône de Juda, car il a reçu des promesses qui ne sauraient tromper ; 11 est d'une solidité & toute
Ts. XVT, 6-10.
6. Nous avons appris l'orgueil de Moab, il est étrangement superbe; son orgueil, son aiTogauc« et sa fureur dépassent sa force.
7. C'est pourquoi Moab criera sur Moab, il criera tout entier ; à ceux qui se réjouissent sur leurs murailles de briques, annoncez leurs mallieurs.
8. Car les environs d'IIésébon sont déserts ; les princes des nations ont coupé la vigne deSabama; ses branches se sont étendues jusqu'à Jazer, elles ont couru dans le désert, et ce qui est resté de ses rejetons a passé au delà de la mer.
9. C'est pourquoi je pleurerai la vigne de Sabama avec les pleurs de Jazer ; je vous arroserai de mes larmes, Hésébon et Eléalé, parce que l'ennemi s'est jeté avec de grands cris sur vos vignes et sur vos moissons, et les a foulées aux pieds.
10. La joie et l'allégresse disparaîtront des campagnes, et dans les vignes il n'j' aura plus d'allégresse ni de jubilation. Ceux qui avaient coutume de fouler le vin dans le pressoir ne le fouleront plus ; j'ai fait taire la voix de ceux qui pressuraient.
6. Audivimus superbiam Moab, superbus est valde ; superbia ejus, et arrogaitfia ejus, et indignatio ejus plus quam fortitudo ejus.
7. Iflcirco ululabit Moab ad Moab, universus ululabit; his qui lastantur super muros cocti lateris, loquimini plagaa suas.
8. Quoniam suburbana Hesebon déserta sunt, et vineam Sabama domini gentium exciderunt; flagella ejus usque ad Jazer pervenorunt, erraverunt in deserto ; propagines ejus relictœ sunt, transierunt mare.
9. Super hoc plorabo in fletu Jàzer vineam Sabama ; inebriabo te lacryraa mea, Plesebon et Eleale, quoniam super viudemiam tuam et super messem tuam vox calcantiura irruit.
10. Et auferetur Ifetitia et exultatio de Carmelo, et in vineis non exnltabit neque jubilabit. Vinum in torculari non calcabit qui calcare consueverat ; vocem calcantium abstuli.
épreuve. — In mlsericordia. Hébr.: par la grâce (divine). — In veritate. C.-à-d. fldèlenient, se contoniiant en tout aux desseins du Seigneur.
— Velociter reddens... Sur la justice parfaite du Messie, comp. ii, 4; iv, 3; ix, 7; xi, 4-5. — Audivimus superbiam. . . Grande emphase dans ce vers. 6. Le prophète ne prévoit que trop l'inutilité de son généreux conseil, car les Moabites superbes et indomptables refuseront de l'accepter.
— Indignatio... plus quam... Hébr. : sa fierté et ses vains discours.
3» Consommation de la ruine de Moab. XVI,
7-12. Le ton est encore plus élégiaque qu'au chap. XV, et la description n'est pas moins dramatique. — Iddrco ululabit... : à cause de nouvelles et plus désastreuses calamités. — Moab ad Moab. Plutôt : Moab (gémit) sur Moab. Les divers districts du pays gémissent au sujet l'un de l'autre ; la contrée entière est donc en larmes.
— Bis qui Isetantur... D'après la Vulgate, les Moabites se seraient follement confiés aux solides murailles de leurs villes, s'y croyant en parfaite sûreté, et Isaïe demande qu'on les détrompe (loquimini plagas...). L'hébreu a un tout autre sens : Vous soupirez sur les ruines Caéisé) de Q,îr • Harésef , profondément abattus. Qîr- Harikét ne diffère pas de Qlr-Mô'ab ou de Kérék ( XV, 1 ). Quelques interprètes traduisent 'a&îsé l>ar gâteaux de raisins secs : c'était le principal produit de cett« ville. — Hesebon. Voyez xv, 4, et la note. — Sabama ( hébr. : Sibmuh ). Ville
célèbre par ses vignobles, et située, dit saint Jérôme, à seulement cinq cents pas d'Hésébon. Cf. Num. xxxii, 38. — Domini... exciderunt... L'hébreu peut également signifier : Ses grappes frappaient (c.-à-d. enivraient) les maîtres des nations. Manière dramatique de décrire la force du vin généreux de Sabama. Mais la traduction habituelle est préférable. — Flagella ejus ( ses rejetons) nsque ad Jazer. En hébreu, Ta'zzer : au nord et à quinze milles d'Iîésébon, d'après VOnomasticon. Ce trait et les suivants décrivent la raagnillcenco de la vigne de Sabama. — Erraverunt in deserto. Elle allait à l'est Jusqu'au désert d'Arabie. Au sud -ouest, Jusqu'au delà de la mer Morte : transie}'unt mare. Hyperbole éloquente. Au lieu de propagines... relictie sunt, l'hébreu dit : Ses sarments se prolongeaient. — Cette fertilité rendra le ravage plus douloureux : siiper hoc plorabo... (vers. 9). In fletu Jazer : c.-ù-d., comme pleure cette ville, dépouillée do ce qui faisait sa richesse. — Vox calcantium. Dans l'hébreu, le hédâd : ordinairement, on nommait ainsi le cri Joyeux que les vignerons poussaient en cadence, lorsqu'ils pressuraient le raisin (comp. le vers. 10) ; mais ce mot représente ici les clameurs sauvages de l'ennemi qui dévastait la contrée. La Vulgate a bien rendu la pensée. — De Carmelo. Dans l'hébreu, karniel est un nom commun, qui désigne des terrains fertiles. Cf. x, 18, etc. — Vocem... abstuli. Ccst Dieu lui-même Miii prononce ces mots, et qui se déclare ouvertement l'auteur de la ruine des MuaUtca. —
Is. XVI, 11 — XVIT, 3.
11. Super hoc venter meus ad Moab quasi cithara sonabit, et viscera mea ad murum cocti lateris.
] 2. Et erit : cum apparuerit quod laboravit Moab super excelsis suis, ingredietur ad sancta sua ut obsecret, et non valebit.