‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 108 sur 873 · PREMIÈRE ÉPÎTBE AUX CORINTHIENS · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ÉPÎTBE AUX CORINTHIENS

« coloni » formant une sorte d'aristocratie, d'un certain nombre de magistrats et d'autres Romains établis dans la ville pour leurs affaires, de Grecs nombreux, enfin d'étrangers venus d'un peu partout, notamment de Juifs, que l'on était sûr de rencontrer alors dans tous les centres commerciaux de quelque importance.

C'est saint Paul lui-même qui vint porter le premier la lumière de l'évangile et fonder une Église florissante dans ce milieu qui paraiss^iit si peu disposé à prati(}uer la vie chrétienne ^ Sa première visite eut lieu durant son troisième voyage apostolique. Elle est racontée au livre des Actes, xviii, 1-18. Selon sa coutume, il s'adressa d'abord aux Juifs, parmi lesquels il opéra quelques conversions. Mais, la plupart ayant résisté violemment à la grâce, il se tourna vers les Gentils, qui acceptèrent la foi en très grand nombre, surtout dans la classe inférieure de la société^, quoique plusieurs des convertis, issus du paganisme, appartinssent aux classes supérieures^. Ce premier séjour de l'apôtre dura dix-huit mois. Après son départ, la jeune communauté continua de faire des progrès dans la foi, glace surtout au zèle et à l'éloquence d'Apollos, Juif d'Alexandrie, qui était devenu chrétien à Éphèse *. Mais, lorsque l'heureuse influence due à la personnalité puissante de saint Paul cessa de s'exercer d'une manière immédiate, de graves abus, en rapport avec la dépravation corinthienne, se manifestèrent au grand jour. L'apôtre, averti, écrivit alors aux fidèles^ une lettre qui s'est perdue, et dans laquelle il leur reprochait de n'avoir pas rompu toute communion avec les coupables. La situation ne tarda pas à devenir plus triste encore, à divers points de vue, comme nous allons le voir.

2o L'occasion et le but de la première épître aux Corinthiens. — Peu de temps après avoir envoyé cette lettre, Paul apprit par les serviteurs d'une dame grecque nommée Chloé*^, bien connue des chrétiens de Corinthe, que la désunion avait pénétré dans la communauté; il s'y était formé plusieurs partis, très surexcités les uns contre les autres, et qui menaçaient de créer un véritable schisme"^. Par cette même source ou par trois membres de l'Église de Corinthe, venus à Éphèse pour le visiter^, l'apôtre sut également qu'un grand scandale contre les mœurs avait éclaté, et que les fidèles n'avaient pas aussitôt protesté avec énergie contre le crime et excommunié son auteur ^. Du reste, les vices de la chair avaient fait encore parmi eux d'autres victimes ^^. Et puis, des différends ayant surgi entre chrétiens, ceux-ci s'étaient cités mutuellement devant les tribunaux païens, au lieu de recourir à l'arbitrage de leurs frères *^ Dans les assemblées religieuses, les femmes enlevaient leur voile, et s'arrogeaient même le droit d'enseigner en public ^^. Les repas fraternels qui accompagnaient la réception de la sainte Eucharistie donnaient lieu à des scènes de désordre ^^; il en était de même des dons surnaturels que l'Esprit- Saint accordait alors largement aux chrétiens ^^. Enfin des doutes ou des erreurs avaient pris naissance au sujet d'un dogme caj)ital , celui de la résurrection^^. D'un autre côté, les Corinthiens avaient eux-mêmes écrit à saint Paul, pour le prier de les renseigner sur plusieurs points pratiques d'une grande importance, en particulier sur le mariage et la virginité, et sur la manducation des viandes qui avaient été

' Cf. I Cor. m, 6, 10-11, où il affirme avoir jet6 les fondements de la chrétienté deCorintlie.

2 Cf. I Cor, I, 26-28; v, 21.

3 Cf. I Cor. XI, 21 ; Rom. xvi, 23.

< Cf. Act. XVIII, 27-28; I Cor. m, 4, etc.

^ Vojfz I Cor. V, 9-11.

* Voyez I, 11, et le commentaire.

» I Cor. XVI, 17.

^ V, 1 et ss.

'* VI, 1 et ss.

1* XI, 3 et ss.; xii, 34-35,

'^ XI, 17 et ss.

** Cliap, XII et XIII.

"^ Voyez I, 12, et les notes. î *^ xv, 1 et ss.

PREMIÈRE ÉPlTRE AUX CORINTHIENS

offertes aux idoles ^ Cette demande et ces fâcheuses nouvelles furent l'occasion de la présente lettre.

Le but que se proposait l'auteur est évident par là même. 11 voulait étouffer les germes du schisme avant qu'ils eussent le temps de se développer davantage, mettre promptement fin aux abus qu'on lui avait signalés, répondre aux questions proposées, faire cesser les doutes dogmatiques, et aussi ajouter de son propre mouvement quelques instructions pratiques et doctrinales, qu'il croyait utiles à ses chers Corinthiens dans leur situation présente^.

3<> Le sujet cl la division, le style. — D'après ce que nous venons de dire, on doit s'attendre à rencontrer dans cette lettre une grande diversité d'idées et de sujets. Elle est loin de traiter un thème unique, parfaitement suivi, à la manière des épîtres aux Romains, aux Calâtes, etc. De plus, comme c'est l'élément pratique qui y domine, et que cet élément a, par la force même des choses, des ramilications multiples, la variété n'en sera que plus accentuée. Mais Paul savait toujours ramoner les détails à des principes supérieurs, et il avait le don de bien grouper les pensées, en sorte que la classification est relativement aisée, même dans cet écrit aux sujets hétérogènes.

D'abord un court prologue, sous la forme de l'introduction épistolaire accoutumée, I, 1-9. Ensuite, quatre parties assez bien tranchées : 1« Blâme adressé aux fidèles de Gorinthe, à cause de leurs divisions intestines (i, iO-iv,, 21). Après avoir établi sommairement les faits, i, 10-16, l'apôtre montre comment l'esprit de parti oublie soit la nature essentielle de la doctrine chrétienne, i, 17- II, 16, soit le vrai caractère du prédicateur chrétien, m, 1-iv, 21. 2« Règles relatives à la vie civile des chrétiens de Gorinthe (v, 1-xi , 1). G est la portion la plus variée de l'épitre : elle traite successivement de l'affreux scandale donné naguère par un des membres de la communauté, v, 1-13; des procès entre chrétiens, vi, 1-11 ; de la fornication, vi, 12-20; du mariage et de la virginité, VII, 1-40; des viandes offertes aux idoles, viii, 1-xi, 1. 3« Questions relatives au culte sacré (xi, 2-xiv, 40). Ces questions sont au nombre de trois : les voiles des femmes, xi, 2-16; les désordres qui s'étaient glissés dans la célébration des saints mystères, xii, 17-34; les dons spirituels, xii, 1 -xiv, 40. 4" Une question doctrinale, la résurrection des morts (xv, 1-58). Le chap. xvi sert d'épilogue; il contient quelques nouvelles, des commissions, des exhortations et les salutations accoutumées^.

Le style de l'épître est très varié, selon les sujets traités, est celui de l'instruction simple et familière; par moments, chaleur et de tendresse, d'indignation et d'ironie. L'auteur y révèle foute son âme.

4« Le lieu et la date de la composition. — A la fm de l'épitre, on lit dans un certain nombre de manuscrits grecs : Elle fut écrite de Philippes. Mais c'est là une erreur évidente, que la lettre même se charge de réfuter. En effet, xvi, 8, saint Paul annonce expressément aux chrétiens de Gorinthe qu'il a l'intention de rester à Éphèse jusqu'à la Pentecôte prochaine. C'est donc, comme tout le monde l'admet aujourd'hui, d'Éphèse qu'il écrivait. Quelques lignes plus bas, xvi, 19, il salue les Corinthiens au nom des Églises de l'Asie proconsulaire, et c'est

Le ton général il est plein de

* Cf. VII, 1-40; VIII, 1-x, 33.

^ Fous' n'avons rien à dire ds l'authenticité des deux épîtres aux Corinthiens. Elle est si bien garantie par les arguments extrinsèques et Intrinsèques, qu'elle a été à peine attaquée çà et là de nos jours par quelques critiques du parti rationaliste le plas avancé. « En vérité, dit un

récent cummcntateur protestant, nier l'authenticité de ces épîtres reviendrait presque à nier l'existence historique de l'Église de Corinthe et de saint Paul lui -môme. » Voj'ez d'ailleurs rintrod. gén., p. 8 et 9.

^ Pour une analyse plus développée, voyez le commentaire, et notre Biblia sacra, p. 1261-1274.

PREMIERE EPlTRE AUX CORINTHIENS

précisément durant son long séjour à Éphèse que l'apôtre des Gentils fonda ces Églises*. Au mêmç endroit, il présente aussi à la chrétienté de Gorinthe une salutation spéciale de la part de ses amis Aquila et Priscille ; mais , d'après Act. XVIII, 18 -XIX, 1, ceux-ci étaient encore avec lui à Éphèse. Le doute n'est donc pas possible sur ce point ^.

L'époque de la composition n'est pas moins facile à déterminer, puisque, selon le récit du livre des Actes, xix, 10, saint Paul demeura environ deux ans à Éphèse, probablement de 56 à 57. Nous venons de dire que l'apôtre, lorsqu'il composait sa lettre, formait le projet de demeurer quelque temps encore à Éphèse ^; de là, il désirait se rendre en Macédoine, puis à Gorinthe'*. Or l'auteur des Actes, xix, 21, nous parle d'un projet identique de voyage, que saint Paul avait formé vers la fin de son séjour dans la capitale de l'Asie proconsulaire. L'épître et les Actes des apôtres^ se réunissent encore pour nous apprendre que, peu de temps avant de quitter Éphèse, Paul envoya Timothée en Macédoine et à Gorinthe. La lettre date donc de la dernière partie de son séjour à Éphèse." Elle fut écrite peu de temps avant la Pentecôte de l'an 57 ^ ; vraisemblablement durant les fêtes pascales, comme paraît l'indiquer l'allusion qui est faite, v, 6-8, aux rites de cette solennité.

5« Uimportance de la première épître aux Corinthiens est considérable. « Elle consiste surtout en ce que, plus que tous les autres écrits du Nouveau Testament, elle nous permet de jeter un regard intime sur la vie riche et robuste d'une des premières communautés chrétiennes'. Sans cette lettre, l'image que nous sommes en état de nous faire des mouvements spirituels qui se produisaient dans l'Église primitive serait beaucoup plus vague et plus incolore ; grâce à elle, cette image devient vivante et dramaticjue ^. Mais c'est surtout pour notre époque que la première épître aux Gorinthiens a une valeur spéciale. Quels étaient, en effet, les dangers principaux que couraient alors les fidèles de Gorinthe? G'étaicnt une estime exagérée de la sagesse humaine aux dépens de la vérité éternelle et divine, le relâchement et l'indifférence touchant les relations sociales les plus graves, une tendance à spiritualiser les doctrines positives du christianisme et à faire prévaloir les idées personnelles sur la règle de foi objective... Or ne reconnaît -on pas là précisément les grands maux de notre époque? Aussi ne saurait-on recommander assez la lecture de cette lettre ^. »

1 Cf. Act. XIX, 10.

2 Comparez aussi le chap. xx des Actes et I Cor. XVI, 5, 8.

3 Cf. XVI, 8.

^ Cf. XVI, 5-7.

^ Cf. I Cor. IV, 17-etxvi, 10-11 ; Act. xix, 22. " D'après d'autres, en 56 ou en 58.

"^ Remarquez en particulier ce qui est dit des dons de l'Esprit -Saint, des rapports entre les

pasteurs et les fidèles, des relations entre chrétiens, de l'organisation de l'Église, etc.

® On a dit très justement, à propos d'une partie notable de cette épitre, que « c'est le christianisme appliqué aux détails de la vie ordinaire », qu'elle est « une mine inépuisable de pensées et de vie chrétiennes ».

^ A. Bisping, Erklseruvg des ersten Briefea an die Corinther, 2« édit., Munster, 1863, p. 10.

PREMIÈRE ÉPITRE

AUX CORINTHIENS

1. Paul, appelé à être apôtre de Jésus- Christ par la volonté de Dieu, et Sosthène notre frère,

2. à l'Église de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Chi'ist Jésus, appelés saints, et à tous ceux qui invoquent le nom de notre Seigneur Jésus - Christ, en quelque lieu qu'ils soient et que nous soyons nousmême.

3. Que la grâce et la paix vous soient données par Dieu notre Père et par le Seigneur Jésus -Christ.

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