PREMIÈRE PARTIE
Les fidèles de Corinthe sont blâmés à cause de leurs divisions intestines. I, 10 -IV, 21.
Saint Paul expose d'abord sommairement les faits, I, 10-16. Il critique ensuite avec vigueur l'esprit de parti, qui oublie, d'une part, la vraie nature de la doctrine chrétienne, i, 17 -ii, 16, et , de l'autre , le caractère essentiel du prédicateur de l'évangile, in, 1-iv, 21.
§ I. — Première cause des divisions : la sagesse mondairie, si contraire à l'esprit de l'évangile. I, 10-31.
lo Les partis à Corinthe. I, 10-16.
Après un exorde insinuant, Paul va droit au premier des abus qui avaient occasionné sa lettre.
10-12. Rapide constatation des faits. — Elle a lieu tout d'abord en termes généraux, sous la forme d'une exhortation solennelle (vers. 10). L'appellation fratres adoucit d'avancç le reproche. — Per nomen... C'est comme une sorte d'adjuration, faite au nom de ce qu'il y avait de plus sacré. — Ut... L'objet de l'exhortation est réitéré trois fois de suite, avec beaucoup d'emphase. Les deux premières propositions, idipstim dicatis, et non sint..., recommandent l'union extérieure; la troisième, sitis autem..., exhorte à l'harmonie intérieure, qui est la base de cette union. La formule « dire la même chose » est opposée par avance aux assertions contradictoires des Corinthiens, t-ignalées au vers. 12. Sur les points importants, tous les chrétiens doivent tenir un seul et même lan-
gage. — Le mot schismata, d'origine grecque, signifie à la lettre : déchirements. Plus tard, dans le langage théologique, il est devenu synonyme de séparation complète de l'Église ; ici, 11 désigne seulement des divisions, des dissensions, car l'unité n'avait pas été réellement rompue entre les différents partis qui s'étaient formés à Corinthe. — Perfecti. Le gi*ec xaTr,pTi(7[/,£vot fait image et désigne des personnes qui se trouvent « dans l'état d'un assemblage bien agencé ». — In eodem sensu (vo'i) et sententia (yvcij[jLYi). Le premier de ces deux noms est plus général ; le second , plus particulier. Le voOç, c'est l'Intelligence ; la yvcojxYj , c'est l'opinion. Être mus par une même intelligence, c'est professer les mêmes principes ; par une même opinion , c'est déduire des principes les mêmes conclusions théoriques ou pratiques. Paul souhaitait donc qu'il y eût à Corinthe une parfaite harmonie sous le rapport soit de la doctrine chrétienne en général, soit de la solution des questions particulières. — Signiflcatum est... (vers. 11). L'écrivain sacré passe maintenant au motif spécial pour lequel il recommandait ce parfait accord des esprits. Le verbe àôrjXtoOv] dénote une information très précise, provenant de témoins sérieux et non de vagues rumeurs. — L'apôtre indique ses sources : ab his qui... Chloes. Cette locution peut désigner les enfants ou les esclaves de Chloé ; on ne saurait dire avec certitude desqx;els il est question. Chloé elle-même est inconnue : on admet assez généralement qu'elle était originaire de Corinthe et qu'elle habitait alors à Éphèse. — Cotttentiones, eptSeç : des querelles, des discussions, qui produisaient les « schismata » mentionnés plus haut. — Hoc... dico (vers. 12). Paul va s'expliquer davantage encore. Remarquez la délicatesse avec laquelle il arrive peu à peu à l'accusation. On voit qu'il lui en coûte de formuler des reproches; et pourtant il faut qu'il parle avec la plus grande clarté. — Unusquisque.. dicxt. Au lieu de « dire tous la même chose v (comp. le vers. 10), les chrétiens de Corinthe manifestaient par leur langage la désunion de leurs esprits. — Ego quidem..., ego awtem... Description très vivante. Ou croirait enteudrô
I Cor. I, 13-14.
à Apollo ; et moi, à Céphas ; et moi, au Christ.
13. Le Christ est -il divisé? Est-ce que Paul a été crucitié pour vous? ou avez -vous été baptisés au nom de Paul ?
14. Je rends grâces à Dieu de ce que je n'ai baptisé aucun de vous, excepté Crispus et Caïus ;
ego autera Apollo; ego vero Cephœ; ego aiitein Cliristi,
13. Divisus est Christus? Numquid Paulus crucitixus est pro vobis? aut in nomine Pauli baptizati estis?
14. Gratias a go Deo quod neminem vestrura baptizavi, nisi Crispum et Caium ;
des membres des quatre coteries, se provoquant en quelque sorte les uns les autres, et criant chacun le nom du chef sous lequel ils se rangeaient : Paul , Apollos , Céphas , le Christ. On a beaucoup écrit au sujet de ces divers partis ; mais souvent l'imagination a fait la plupart des frais, comme pour compenser l'absence de détails authentiques. Voici , en quelques mots, ce que l'on peut dire de plus vraisemblable, en combinant les Indications que fournissent les Actes des apôtres et les épîtres de saint Paul, spécialement I Cor. i, 10 -iv, 21. Ces quatre factions s'étaient formées tout à fait en dehors de ceux dont elles prenaient le nom comme drapeau ; leur origine remontait à des préférences individuelles et à des tendances opposées, — Ego... Pauli. a L'apôtre place en première ligne le parti qui se réclamait de luimême : il fait preuve en cela d'un grand tact, car, en désapprouvant avant tout ses propres partisans, il met son impartialité à couvert. » Voyez les vers. 13 et ss. Les Corinthiens convertis au christianisme avaient d'abord tous « appartenu à Paul )>, le fondateur de leur Église. Mais lorsque, après son départ, Apollos vint continuer son œuvre en Achaïe, de nombreux fidèles furent enthousiasmés par la parole facile et persuasive du nouveau prédicateur, par ses procédés oratoires et son interprétation allégorique des Écritures (cf. Act. xviii, 24-28): toutes choses qui contrastaient avec le genre plus simple et plus calme de saint Paul (cf. II Cor. XI, 6, etc.). De là un refroidissement h l'égard de ce dernier, et au contraire , envers Apollos, un engouement qui donna naissance à une petite coterie {ego... Apollo). Les vrais amis de Paul protestèrent, en se déclarant à leur tour chaudement pour lui. Il ne semble pas que les membres de ces deux partis fussent tombés dans aucune erreur de doctrine. Ce que l'apôtre dira bientôt (i, 17 -m, 4) de la sagesse humaine et de la sagesse divine semble viser surtout les partisans d'Apollos. — Ego... Céphas. L'emploi de ce nom hébreu pour désigner saint Pierre (cf. m, 22 ; ix, 5 ; xv, 5 ; Joan. I, 43 ; (xal. i, 18, etc.) paraît significatif en cet endroit. Ceux qui le mettaient en avant étaient des chrétiens judaïsants, venus à Corinthe, comme dans toutes les autres Églises fondées par l'apôtre des Gentils, pour y semer leur pernicieuse doctrine (cf. Act. xv, 1 et ss., etc.). U" commençaient leur œuvre néfaste en essayant de renverser l'autorité de saint Paul, auquel lis opposaient saint Pierre et les premiers apôtres, prétendant que Paul n'avait pas reçu
son mandat do Jésus-Christ. Plusieurs chrétiens de Corinthe, issus du judaïsme, s'étaient naturellement rangé-i autour d'eux. Ce que nous lirons plus loin, m, 10 et ss,, paraît écrit contre cette faction; mais c'est surtout dans sa deuxième épître aux Corinthiens que Paul l'attaquera. — Ego... Chrifiti. Cette quatrième formule renferme un problème exégétlque qu'il est impossible de résoudre avec certitude. D'nprès la plupart des interprètes anciens, auxquels se sont ralliés de nombreux commentateurs modernes et contemporains, elle ne représenterait pas un parti proprement dit, une coterie blâmable, mais le groupe plus ou moins considérable des fidèles qui étaient restés en dehors de ces divisions fâcheuses. Ne voulant pas se rattacher à un homme, fût -il apôtre, ils disaient par mode de contraste : C'est au Christ que j'appartiens. En faveur de ce sentiment, on peut alléguer que plus bas, m, 22-23, saint Paul, après avoir explicitement réprouvé les trois premières factions, demande que tous les croyants sans exception appartiennent au Christ, et qu'il ne dit rien contre ce quatrième parti dans la suite de la lettre. D'autre part, l'analogie des formules semble demandrr que la quatrième soit traitée de la même manière que les précédentes , et que nous y trouvions aussi l'indication d'une coterie réelle, qui prétendait se dégager de toute autorité humaine et ne relever directement que du Christ.
13-16. Les faits sont caractérisés en termes sommaires. En quelques paroles indignées, l'apôtre sij^nale les conséquences absurdes qui résulteraient de Ces dissensions : le Christ ne serait le chef que de quelques chrétiens ; Paul (de même Apollos et Céphas) serait regardé comme le sauveur de quelques autres membres de l'Église. C'est par délicatesse qu'il ne mentionne plus les noms d'Apollos et de Céphas. — Divisus est... ? Poussée jusqu'à ses dernières limites, la conduite des chrétiens de Corinthe supposait que le rôle du Messie rédempteur avait été réparti entre plusieurs agents, dont Jésus était l'un, Paul un autre, etc. Hypothèse sacrilège autant qu'impossible, puisqu'elle divisait l'œuvre du Christ et sa personne même. — Numquid... aut in... ? Autre raison qui condamnait ces différentes factions. Les chrétiens appartiennent à Jésus - Christ , parce qu'il les a rachetés par sa passion (cf. vi, 20, etc.) et qu'ils lui ont été consacrés par le baptême (Rom. VI, 3, etc.). Ce n'est pas Paul qui était mort pour les Corinthiens ; ce n'est pas en son nom qu'ils avaient été baptisés. — Gratia3
I Cor. I, 15-18.