CHAPITRE V
1. On entend dire partout qu'il y a de l'impudicité parmi vous, et une impudicité telle qu'il n'en existe pas même chez les païens, au point que l'un d'entre vous a la femme de son père.
1. Omnino auditur inter vos f ornicatio, et talis f ornicatio, qualis nec inter gentes, ita ut uxorem patris sui aliquis habeat.
18 - 21. Le prochain voyage de Paul à Coriuthe et la conduite qu'il se propose de tenir alors. — Tanquam non... Les principaux adversaires de l'apôtre à Corinthe avaient répandu le bruit qu'il ne viendrait pas lui-même dans cette ville, parce qu'il redoutait d'être confronté avec eux. Cf. Il Cor. X , 1. Ne voulant pas que l'envoi de Tlmothée Eoit interprété en ce sens, il annonce solennellement qu'il viendra et qu'il n'aura peur de personne. — Inflati sunt. Comp. le vers. 6. A-Uusion aux airs triomphants et aux paroles pleines de forfanterie de ces hommes. — Sur la pieuse restriction si Dominus... (vers. 19), voyez Rom. I, 10 ; Jac. iv, 15, etc. — Il y a beaucoup de finesse et d'ironie dans les mots et cognoscam..., qui opposent la force réelle (virtutem) des ennemis de l'apôtre à leurs beaux discours (sermonem). Sur place on verra de quoi ils sont capables pour développer l'œuvre de Dieu icibas. — Non enim... (vers. 20). Motif de la distinction qui vient d'être établie entre les actes et les paroles. Le royaume de Dieu, soit qu'on l'envisage d'une manière Individuelle dans les âmes des chrétiens, soit qu'il représente l'Égl se telle qu'elle existait déjà dans tout l'empire romain, ne doit pas son origine et ses développements à l'éloquence humaine, mais à la seule force de Dieu, qui agit dans les cœurs. Cf. ii, 5. — Quid vultis ( vers. 21 ) ? Saint Paul offre aux fidèles de Corinthe le choix enti'e la paix et la guerre. Il viendra et il appréciera ; des Corinthiens eux-mêmes dépendra la suite de sa conduite. — In virga : comme un pédagogue sévère. In caritate... : à la façon d'un père aimant. Le ton menaçant que prend l'apôtre révèle d'une
part l'étonnante har>li( ss ■ de ses ennemis , et
Enfant flagellé dans une école roraaine. (Peinture d'Herculanum.)
d'autre part, l'état d'imperfection dans lequel se trouvaient de nombreux fidèles.
SECONDE PARTIE
Règles relatives à la vie civile des Corinthiens. V, 1-XI, 1.
§ I. — Le scandale de Vincestveux. V, 1-13.
C'est à ce grand crime que sont rattachées les principales idées contenues dans le chap. v.
10 L'excommunication est lancée contre le coupable. V, 1-5.
Chap. V. — 1. Le crime. Il est mentionné en un langage abvnjit et ému, qui trahit l'indignation et la tristesse de l'apôtre. — Omnino. Le grec oIok signifie plutôt : d'une manière générale. La pensée est donc : On entend répé-
I Cor. V, 2-6.
2. Et vos inflati estis, et non magis luctum habuistis, ut tollatur de medio vestrum qui hoc opus fecit.
3. Ego quidem, absens corpore, pressens autem spiritu, jam judicavi ut prgesens eum qui sic operatus est ;
4. in nomine Domini nostri Jesu Christi, congregatis vobis et meo spiritu, cum virtute Domini nostri Jesu,
5. tradere hujusmodi Satanse in interitum carnis, ut spiritus salvus sit in die Domini nostri Jesu Christi.
6. Non est bona gloriatio vestra. Nescitis quia modicum fermentum totam massam corrumpit ?
2. Et vous êtes enflés d'orgueil, et vous n'avez pas été plutôt dans le deuil , afin que celui qui a commis cette action fût ôté du milieu de vous !
3. Pour moi, absent de corps, mais présent d'esprit, j'ai déjà jugé comme si. j'étais présent celui qui a fait un tel acte.
4. Au nom de notre Seigneur Jésus- Christ, vous et mon esprit étant assemblés, par la puissance de notre Seigneur Jésus ,
5. qu'un tel homme soit livré à Satan, pour la destruction de la chair, afin que l'esprit soit sauvé au jour de notre Seigneur Jésus - Christ.
6. C'est bien à tort que vous vous glorifiez. Ne savez -vous pas qu'un peu de levain corrompt toute la pâte ?
ter ( auditur ) que l'impudicité en général règne parmi vous. Un cas spécial de ce vice est ensuite signalé en gradation ascendante, et talis... — Les mots inter vos ne se rapportent pas au verbe « auditur », mais à fornicatio. — Le trait qualis nec inter... met en relief l'énormité de la faute. Pour qu'un cas d'impureté fût rare chez les païens, et surtout àCorinthe, il fallait qu'il élit une gravité particulière. — TJxorem patris. Non pas sa propre mèx'e, évidemment, car cette circonstance plus odieuse encore aurait été Indiquée; mais sa belle -mère, une femme épousée en secondes noces par le père devenu veuf. Celui-ci vivait peut-être encore, d'après II Cor. VII, II. On suppose généralement que la femme n'était pas chrétienne; si elle l'eût été, saint Paul aurait sans doute porté contre elleaussi une sentence d'excommunication. Les paroles suivantes de Cicéron , l'ro Cluent., v, 6 , nous font connaître l'Impression produite par des crimes de ce genre, loisqu'ils avaient lieu chez les païens ; « Nubit genero socrus. O mulieris scelus incredibile, et prêter hanc unam in omni vita inaudltum I »
2. Blâme justement sévère de l'apôtre, adressé à tous les chrétiens de Corinthe. — Et vos ( pronom très accentué) inflati... Cf. iv, 6, 19. Sous l'influence de l'orgueil excité en eux par l'esprit de parti , les Corinthiens avaient honteusement toléré ce crime monstrueux, au lieu d'éprouver en face de lui une profonde tiistesse (won magis luctum...), et de rejeter du milieu d'eux celui qui l'avait commis (ut tollatur...).
3-5. La sentence. Ce qu'ils n'ont pas fait, Paul va le faire lui-même. Sa parole devient majestueuse comme celle d'un juge spirituel, qui a conscience de parler au nom de Notre- Seigneur Jésus - Christ. — Ahsens..., pressens... L'apôtre se transporte par la pensée dans l'assemblée chrétienne de Corinthe, pour prononcer offlciellpment la sentence qu'il avait déjà formulée à part lui (jam judicavi ...). — In nomine... (vers. 4). C.-à-d., agissant comme repré-
sentant et comme organe du divin fondateur de l'Église. — Cum virtute... En vertu de la toute - puissance qu'il avait reçue comme apôtre.
— Tradere hujusmodi (pronom plein de mépris)... C'est ici la sentence proprement dite (vers. 5). Comme le disait déjà saint Jean Chrysostome, la formule « livrer à Satan » doit être prise à la lettre. Celui qu'elle concernait était vraiment livré au pouvoir du démon , pour que celui-ci le châtiât dans spn corps. Telle est l'opinion de la plupart âes commentateurs anciens et modernes. Il y a donc ici plus que l'excommunication ordinaire , puisqu'une peine corporelle, infligée par Satan , y était ajoutée. — In interitum... C'est le résultat négatif du châtiment. Les souffrances extérieures et les maladies dont le corps serait frappé avaient pour but de détruire les influences malsaines de la chair, de la sensualité.
— Ut spiritus salmis... Cf. Rom. vi , 6. Résultat positif. L'excommunication et les autres peines ecclésiastiques ont un caractère médicinal ; elles sont infligées en vue de la correction des pécheurs. On s'appuie à bon droit sur ce passage pour affirmer que l'Église a le droit de punir les pécheurs scandaleux et de les retrancher de son sein. — In die Domini...: au jour du jugement général,
2° La métaphore du levain. V, 6-8.
6 - 8. Dangers de la fausse attitude des Corinthiens. — Non est bona... Le blâme reparait pour un instant. Il s'attaque maintenant à la gloriatio des chrétiens de Corinthe, c.-à-d., à la vainc satisfaction qu'ils prenaient dans la prétendue sagesse de leurs docteurs , etc. Cf. iv, 6, 18-19. — Nescitis quia...? N'auraient -ils pas dû savoir combien le mauvais exemple est contagieux ? Saint Paul exprime cette pensée sous la forme d'un proverbe populaire : Modicum fermentum... Le levain, même employé en petite proportion, exerce son action sur une quantité considérable de pâte (.totam massam) et lui communique Fon âcreté (corrumpit; mieux, d'après le grec, il fait fermenter). Notre -Seigneur aussi fait usage de cette métaphore pour
I Cor. V, 7-11.
7. Purifiez -vous du vieux levain, alin que vous soyez une pâte nouvelle, comme vous êtes des ])ains sans levain. Car le Christ, notre pâque, a été immolé.
8. Célébrons donc la fête, non avec du vieux levain, ni avec un levain de malice et de méchanceté, mais avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité.