‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 127 sur 873 · Car qui est-ce qui te distingue · texte numérisé non relu

Car qui est-ce qui te distingue

Qu'as - tu que tu n'aies reçu ? et si tu Tas reçu, pourquoi te glorifies -ta, comme si tu ne l'avais pas reçu ?

vers. 4 ) ; mais cela ne suffit pas pour prouver qu'il n'a rien à se reprocher {sed non in hoc...). Celui-là seul peut le juger et le déclarer juste , qui connaît ce qui se passe dans les l'eplis les plus profonds du cœur humain. — Itaque... (vers. 5), Conclusion de ces prémisses : que les Coilnthiens cessent de juger leurs apôtres et leurs docteurs !

— Les mots ante tempus sont expliqués par la proposition quoadusque veniat... Ce n'est qu'alors que les jugements humains pourront être portés à coup sûr, lorsque Jésus -Christ (Dominus) aura pi'ononcé publiquement le sien, aux grandes assii-es de la fin des temps. — lUuminaMt... et manifestabit... Qualités qui permettront à Notre- Seigneur d'être un juge infaillible. Par abscondita tenebrarum, il faut entendre nos actions bonnes ou mauvaises, demeurées inconnues des hommes, et par consilia cordium, les mobiles secrets qui nous font agir. — Et tune laus. . . Eu attendant ce moment solennel, Paul récuse la compétence de tout juge humain. C'est par un euphémisme évident qu'il suppose que chacun aura f=a part de la louange et de la récompense divines ; il laisse à dessein de côté le blâme et le châtiment qui reviendront à plusieurs.

2» Il y a des disciples orgueilleux qui se mettent au-dessus de leurs maîtres. IV, 6-13.

Ce passage plein de vie et de chaleur, en même temps que d'ironie, « a pour but de punir le vain et sot orgueil qui e.st inséparable de l'esprit de coterie. »

6. Transition. — Le pronom hsec résume tout ce que nous avons lu à partir de m, 5, comme on le voit par les mots in me et Apollo. — Transfiguravi {\i.ê.^z^(J'^r^\L6l.■zla^x). Le verbe grec signifie à la lettre : changer de forme ou de figure, transformer; puis, comme en cet endroit : faire une application spéciale d'une chose à quelqu'un.

— Propter vos. Paul explique lui-même ces mots, en ajoutant : ut in nabis... Par son pi'opre

exemple et celui d'Apollos, il voulait apprendre aux Corinthiens à fuir l'orgueil, qui est inséparable des coteries. En effet, il n'avait mis en avant son nom et celui de son ami que pour faire hommage de leurs travaux et de leurs succès à Dieu, qui leur avait confié leur mandat. — Ne supra quam... D'après le grec : « Ne supra quod... » On est dans l'incertitude au sujet du sens précis de cette proposition. Elle se rapporte, d'après les uns, à l'Écriture sainte en général, où l'orgueil est si souvent blâmé et l'humilité recommandée ; selon d'autres , à ce que saint Paul lui-même a écrit, dans les pages qui précèdent, sur le vrai rôle des prédicateurs. Quoi qu'il en soit, il est évident que l'apôtre veut faire rentrer les Corinthiens dans les limites-d'une saine appréciation, conforme aux règles de l'humilité. — Unus adversus... La situation est dramatisée : nous voyons les membres des divers partis occupés à élever le plus possible leurs chefs au-dessus des autres. — Infletur. S'enfler d'orgueil, parce que l'on adhérait à tel ou tel docteur.

7 - 8. Condamnation de cette conduite des Corinthiens. — Trois questions, posées coup sur coup, révèlent la légitime indignation de l'apôtre. S'adressant individuellement aux coupables, il leur montre combien leur orgueil est injustifiable : Quis enim...'? C.-à-d. : Qui est-ce qui te trouve des avantages personnels que ne possèdent pas tous les autres ? La réponse n'est pas donnée explicitement, mais elle est clairement supposée : Personnel Les prétendus avantages n'existent donc pas. — Qaid autem...? Cette seconde question va plus loin que la première : dans le cas où iine supériorité réelle existerait, elle vient de Dieu, on l'a reçue. De là une troisième question : Si autem..., quid...? La vanité est ainsi tranchée par la racine. — Jam... (vers. 3). La pensée que des chrétiens peuvent

I Cor. IV, 8-11.

8. Déjà vous êtes rassasiés, déjà vous êtes devenus riches ; vous régnez sans nous, et puissiez -vous régner, en efïet, afin que nous aussi nous régnions avec vous !

9. Car il me semble que Dieu nous traite, nous les apôtres, comme les derniers des hommes, comme des condamnés à mort, puisque nous sommes donnés en spectacle au monde , et aux anges, et aux hommes.

10. Nous, nous sommes fous à cause du Christ, mais vous, vous êtes sages dans le Christ; nous sommes faibles, et vous êtes forts ; vous êtes honorés, et nous sommes méprisés.

11. Jusqu'à cette heure nous souffrons la faim , la soif, la nudité ; on nous frappe au visage, nous n'avons pas de demeure stable ;

8. Jam saturati estis, jam divifes facti estis ; sine nobis regnatis , et utinam regnetis, ut et nos vobiscum regnemus!

9. Puto enira quod Deus nos apostolos novissimos ostendit, tanquam morti destinatos, quia spectaculum facti suraus mundo, e.t angelis, et hominibus.

10. Nos stulti propter Christura , vos autem prudentes in Christo ; nos infirmi, vos autem fortes ; vos nobiles , nos autem ignobiles.

11. Usque in hanc horam et esurimus, et sitimus, et nudi sumus, et colaphis cœdimur, et instabiles sumus,

nourrir de si singulières prétentions révolte de plus en plus l'humble apôtre ; aussi sa parole se transforme -t-elle en une mordante ironie. Remarqutz la répétition de l'adverbe jam : Déjà maintenant vous êtes dans la jouissance et la gloire , vous les disciples , tandis que vos prédicateurs sont encore dans la peine et dans l'ignominie. — Saturati... , divites facti... Ainsi qu'il ressort de la seconde moitié du verset, ces deux expressions figurent l'abondance des biens apportés par le Christ. — Regnatis. Plutôt, d'après le grec : Vous êtes devenus rois ; c.-à-d., vous avez commencé à régner. Lorsque le royaume de Dieu annoncé , puis fondé par le Christ , sera entré dans la période de sa consommation, à la fin des temps, chaque c|jrétien participera au règne de Notre - Seigneur Jésus- Christ. Cf. II Tim. II, 12; Apoc. ni, 21; v, 10, etc. Cette époque glorieuse avait - elle donc commencé pour les Corinthiens ? — Sine nobis : sans que Paul et ses collaborateurs eussent part à ces grandes eho-^es. Et pourtant c'étaient eux qui avalent fondé l'Église de Corinthe. — Et utinam... ! Le sarcasme redouble ici de force. L'apôtre voudrait que les Corinthiens fussent vraiment en possession du trône et de la couronne; dans ce cas, il aurait l'espoir de régner bientôt avec eux , grâce à leur protection et à leur recommandation.

9-13. Vraiment, à Corinthe, les disciples sont plus privilégiés que leurs maîtres. Saint Paul trace dans ces versets « le tableau des opprobres et des souffrances de la vie apostolique , en les faisant contraster avec les airs de rois que prenaient certains d'entre lès Corinthiens ». — Nos apostolos. Par ces mots, Paul ne se désignait pas seulement lui-même, mais aussi les membres du collège apostolique, dont la plupart étaient encore vivants et travaillaient à prêcher l'évangile. — Novissirnos : les derniers des hommes. — Ostendit. Le grec a le sens d'exposer en public (« spectandos proposull; »); ici, d'une

manière ignominieuse, comme on le voit par le détail qui suit, tanquam morti... L'allusion porte sur les outrages qu'on faisait subir dans l'antiquité aux condamnés à mort, avant le supplice final. En citant ce trait, saint Paul veut dire que la vie des apôtres était fréquemment en péril. En ce qui le concerne, voyez Act. xiv, 18 ; XVI ,22 et ss. ; xxi , 30 et ss. ; Rom. vin , 36 ; II Cor. i, 9 ; xi, 23, etc. — Quia spectaculum,.. Ce détail continue le précédent. Mundo renferme l'idée générale , qui est ensuite analysée : angelis et... Il ne s agit pas seulement des mauvais anges ou des hommes hostiles aux spôtres, mais également des bons, qui contemplaitnt leur œuvre avec joie et admiration. — Nos..., vos... (vers. 10). Saint Paul établit trois contrastes piquants entre les apôtres et les Corinthiens. Ceux-là, qui renonçaient à tout ce que le monde recherche, pour prêcher une doctrine regardée comme folle, étaient traités d'insensés (stulti); ils étaient dénués de toute force humaine ( inflrmi ) et persécutés en tous lieux ; on les bafouait comme des ignobiles. Au contraire, ceux-ci se croyaient pleins de sagesse, de force, de noblesse {prudentes , fortes ...). Les mots in Christo, qui correspondent à « propter Chrl- Btum », font ressortir la faute des Corinthiens orgueilleux, qui prétendaient unir deux choses inconciliables , la sagesse selon le monde, et le christianisme. — Usque in hanc horam...

(vers. 11). Développant l'épithète « ignobiles », l'auteur montre, par quelques traits caractéristiques , ce qu'était alors la vie d'un ministre du Christ. Comp. Il Cor. vi, 3 et ss.; xi, 23 et ss. Ce ne sont pas des choses du passé qaii vont être citées, mais des faits actuels, renouvelés presque chaque jour. L'énumération a lieu dans l'ordre suivant : d'abord les privations de tout genre qu'enduraient les apôtres (esurimus..., nudi...}, puis les mauvais traitements (, colaphis...), la vie errante (instabiles...), et, comme si le rôle de missionnaire n'était pas déjà très pénible par

I Cor. IV, 12-17.

12. et laboramus opérantes manibus nostris ; maledicimur, et benedicimus ; persecutionem patimur, et sustinemus;

13. blasphemamur, et obsecraraus; lanquam purgamenta hujus mundi facti t^umus, omnium peripsema usque adhuc.

14. Non ut confundam vos, haec sciibo ; sed ut filios mecs carissimos moneo.

15. Nam si decem millia pasdagogorum habeatis in Christo, sed non multos patres ; nam in Christo Jesu per evangelium ego vos genui.

16. Rogo ergo vos, imitatores mei estote, sicut et ego Christi.

17. Tdeo misi ad vos Tiraotheum, qui est filius meus carissimus, et fidelis in Domino, qui vos commonefaciet vias meas, quse sunt in Christo Jesu, sicut ubique in omni ecclesia doceo.

12. nous nous fatiguons à travailler de nos mains ; on nous maudit, et nous bénissons; on nous persécute, et nous le supportons ;

13. on nous blasphème, et nous prions ; nous sommes devenus comme les ordures du monde , comme les balayures de tous jusqu'à présent.

14. Ce n'est pas pour vous faire honte que je vous écris cela, mais je vous avertis comme mes enfants bien -aimés.

15. Car eussiez- vous dix mille maîtres dans le Christ, vous n'avez cependant pas plusieurs pères, puisque c'est moi qui vous ai engendrés en Jésus -Christ par l'évangile.

16. Je vous en conjure donc, soyez mes imitateurs, comme je le suis moimême du Christ.

17. C'est pour cela que je voue ai envoyé Timothée, qui est mon fils très cher et fidèle dans le Seigneur ; il vous rappellera quelles sont mes voies en Jésus -Christ, selon ce que j'enseigne partout dans toutes les églises.

lui-même, le travaU manuel, pour suffire aux nécessités quotidiennes et n'être à charge à personne (et laboramus..., vers. 12). Pour ce dernier trait, voyez ix, 6 et ss. ; Act. xviii, 2 et XX, 34 ; II Cor. xi, 7 ; II Thess. ni, 8, etc. — Dans la suite de la description, maledicimur et..., l'écrivain sacré oppose la conduite patiente et humble des apôtres à la brutalité de leurs persécuteurs. Le grec est plus concis et plus énergique : Maudits, nous bénissons; persécutés, nous supportons; calomniés, nous exhortons. Telles étaient les armes avec lesquelles ils se défendaient. — Le trait tanquam purgamenta..,, peripsema... (vers. 13) termine en gradation ascendante cette glorieuse énumération. D'après le grec : les balayures du monde et le rebut de tous.

3° Avertissement paternel. IV, 14-21.

14-15. Raison pour laquelle Paul a dû tenir un langage si sévère. Le discours redevient plein de tendresse. — Non ut confundam... Le but direct de l'apôtre n'a pas été d'humilier les Corinthiens, mais de leur découvrir leur faute, afin de les ramener à résii)iscence. — Sed ut fdios... Un père, même lorsqu'il est obligé de punir ses enfants, n'a pas pour but immédiat leur châtiment, mais l'amélioration de leur conduite. Ainsi en est -il de Paul à l'égard des Corinthiens. — Nam si... (vers. 15). Il affirme, avec un touchant mélange d'énergie et de délicatesse, qu'il a le droit de le? nommer ses enfants et d'exercer une autorité paternelle à leur égard. — Decem millia est une hyperbole proverbiale, comme « sexcentl » des classiques latins. — Pœdagogorum. Le pédagogue était d'ordinaire un esclave chargé de l'éducation des enfants.

Cf. Gai. m , 24. Saint Paul nomme « pédagogues dans le Christ » les docteurs qui, après lui et A polios, avaient travaillé à l'instruction religieuse des Corinthiens. — Sed non multos... Manière très délicate de dire que ceux-ci n'avaient eu en réalité qu'un seul père spirituel, Paul lui-même, qui avait été le premier à leur prêcher la foi. — In Christo... genui. Sur cette métaphore très expressive, voyez Gai. vi, 19; Philem. 10, etc.

16-17. Pour aider les fidèles de Corinthe à pratiquer une conduite plus parfaite, l'apôtre leur a envoyé son fidèle disciple Timothée. — Imitatores mei... « Un père a le droit d'attendre que des enfants bien nés suivent ses traces. » C'est surtout sous le rapport de l'humilité que Paul désirait être imité par les Corinthiens, puisqu'ils étaient alors si orgueilleux et prétentieux. — Les mots sicut et ego Christi, qui ne se trouvent que dans un petit nombre de manuscrits grecs, sont probablement une glose empruntée à xi, 1. — Timotheum (vers. 17). Ce bien -aimé disciple de saint Paul était alors en route pour Corinthe ; cf. xvi, 10-16. L'apôtre lui donne ici des titi-es birn capables de le recommander : filius... carissimus et fidelis... — Commonefaciet. D'après le grec : Il vous fera soixvenir. Les Corinthiens avaient vu Paul à l'œuvre pendant longtemps et connaissaient mieux que personne sa conduite (vias meas), qui avait été toujours inspirée par la foi et l'amour envers Jésus-Christ (quae... in Christo...). — Les mots sicut in omni... déterminent les précédents : ma manière d'agir comme prédicateur de l'évangile, dans toutes les Eglises fondées par moi.

I Cor. IV, 18 — V, 1.

18. Quelques-uns se sont enflés d'orgueil, comme si je ne devais pas allerchez vous.

19. Mais j'irai bientôt chez vous, si le Seigneur le veut, et je connaîtrai, non quelles sont les paroles de ceux qui se sont enflés, mais quelle est leur puissance.

20. Car le royaume de Dieu ne consiste pas en paroles, mais en puissance.

21. Que voulez- vous? Que j'aille à vous avec la verge, ou avec charité et dans un esprit de douceur ?

18. Tanquam non venturus sîm ad vos, sic inflati sunt quidam.

19. Veniam autem ad vos cito, si Dominus voluerit; et cognoscam non sermonem eorum qui inflati sunt, sed virtutem.

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