Mais si quelqu'un aime Dieu , celuilà est connu de lui
4. Pour ce qui est donc des viandes immolées aux idoles, nous savons qu'une idole n'est rien dans le monde , et qu'il n'y a pas d'autre Dieu qu'un seul.
5. Car quoiqu'il y ait de prétendus dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre, et qu'ainsi il y ait des dieux nombreux et des seigneurs nombreux ,
6. pour nous cependant il n'y a qu'un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses , et nous qu'il a faits pour lui ; et un seul Seigneur, Jésus -Christ, par lequel sont toutes choses, et nous aussi par lui.
7. Mais la science n'est pas chez tous; car quelques-uns, d'après l'idée
de Corinlhe qui , se conduisant d'après leur connaissance d'ailleurs très exacte du néant des idoles, méprisaient et ne s'inquiétaient pas de scandaliser ceux de leurs frères qui pensaient autrement qu'eux par suite d'un manque de clairvoyance. — Caritas vero... C.-à-d., d'après le contexte, la charité unie à la science. L'expression figurée sedificat représente fort bien le résultat produit par cette association de la science et de la charité, qui contribue à sanctifier le prochain et à procurer son salut. — Si guis autem... (vers. 2). Inanité d'une science à laquelle l'humilité et l'amour n'ont aucune part. L'apôtre ne dit pas : Si quelqu'un sait,..; mais : Si quelqu'un s'imagine savoir... L'orgueilleux dont il parle n'a pas la science réelle : nondum cognovit... En effet, 11 s'agit ici de cas de conscience à résoudre. Or, pour cela, la connaissance abstraite ne suffit pas; elle a besoin d'être complétée par la charité. Par conséquent, « si quelqu'un se prévaut de sa science comme constituant à elle seule la perfection..., celui - là ne possède pas encore la seule vraie science chrétienne, qui consiste à tout subordonner à l'amour de Dieu et aux intérêts spirituels du prochain. » Saint Bernard développe admirablement cette pensée, Sermo 36 sitp. <^ant. — Diligit Deum (vers. 3) : et aussi le prochain pour l'amour de Dieu. — An lieu de cognitus... a Deo, on s'attendrait à lire : Celui-là possède la vraie science. Mais l'apôtre a voulu dire quelque chose de plus : Celui-là est connu et approuvé de Dieu, qui lui fait part de tous ses dons, et en particulier de ses connaissances religieuses extraordinaires. Cf. Joan. xrv, 23. — De escis... (vers. 4). Après avoir jeté un juste blâme sur la science orgueilleuse et stérile, saint Paul revient à la question, et donne implicitement raison ù ceux qui croyaient pouvoir se nourrir des viandes offertes aux idoles. l^s faux dieux n'étant rien, "" ^nets qui leur
a été présenté ne saurait être profané par là même, ni rendu illicite : Nihil est idolum... Cette vérité est souvent répétée et commentée dans l'Ancien Testament. Cf. Ps. xcv, 5; cxiic, 2« partie, 4 et ss. ; Ts. xli, 24; xliv, 9 et ss. ; Bar. VI, 1-72, etc. — Nullus... Deus, nisi... Dogme qui est à la base du christianisme comme à celle du judaïsme. — Nam etsi... Les deux propositions qui précèdent sont successivement démontrées (vers. 5-6). Les païens adoraient des dieux presque sans nombre, dont ils peuplaient les astres et la terre (sive..., sive...). Mais ce n'étalent des dieux que de nom : Xsyofxevot (« qui dicuntur », au lieu de dicantur). — La parenthèse siquidem... sunt multi insiste sur le fait de la multiplicité des dieux dans le paganisme. Le mot domini est ajouté pour préparer l'insertion de Notre- Seigneur Jésus -Christ au verset suivant. — Nobis tamen... ( vers. 6 ). Contraste entre la croyance des chrétiens et celle des païens, relativement à la nature de Dieu. — Deus Pater: le Père de Jésus -Christ et le nôtre. Cf. Rom. VIII, 15; Gai. ni, 26, etc. Il est caractérisé comme étant le créateur de tous les êtres (ex quo...; cf. Rom. xi, 36) et la fin dernière des chrétiens (et nos... in...). — Unus Dominus. Le Sauveur est caractérisé à son tour comme la cause efficiente des créatures (per quem...; cf. Joan. I, 3, etc.), et comme le rédempteur qui nous a donné l'être d'une manière spirituelle, en nous sauvant (et nos per...; cf. Eph. ii, 10 et Col. i, 18 et ss.).
7-13. Le côté pratique de la question. L'ajiôtre prend maintenant la défense de ceux dont la conscience était mal éclairée. — Non in omnibus... Comp. le vers. 1. Tous ne savent pas suffisamment que les Idoles ne sont rien , et que. par suite, un chrétien a le droit de manger la chair des victimes qui leur ont été immolées. — Cum conscientia idoli : avec la persuasion que les
I Cor. VIII, 8-10.
qu'ils se font jusqu'à présent de l'idole, mangent de ces viandes comme ayant été offertes aux idoles ; et leur conscience, qui est faible, en est souillée.
8. Mais ce ne sont pas les aliments qui nous recommandent i\ Dieu : car si nous mangeons, nous n'aurons rien de plus ; et si nous ne mangeons pas, nous n'aurons rien de rnoins.
9. Mais prenez garde que cette liberté ne soit une occasion de chute pour les faibles.
. 10. Car si quelqu'un voit celui qui a la science assis à table dans un temple consacré aux idoles, sa conscience, qui
nunc idoli, quasi idolotliytum mandiicant ; et conscientia ipsorum Gum sit infirma, polluitur.
8. Esca autem nos non comraendat Deo : neque enim si manducaverimus, abundabimus ; neque si non manducaverimus, deficiemus.
9. Videte autem ne forte haec licentia vestra ofïendiculum fiât infirmis.
10. Si enim quis viderit eum qui habet scientiam, in idolio recumbentem, nonne conscientia ejus, cum sit infirma,
idoles correspondent à une réalité objective. Les mois usque nunc se rapportent à cette fausse conviction, qui persévérait d'une façon superstitieuse et illogique, malgré la foi en un seul Dieu. — Quasi idolothytuin (expression calquée tur le grec elScoXdÔuxov ; voyez les notes du vers. 1). C.-à-d., en qualité de viandes consacrées à des dieux réellement existants. — La locution consdentia... infirma peut dénoter aussi bien une conscience mal éclairée, qui porte un jugement faux, qu'une conscience dépourvue de force morale et qui se laisse facilement entraîner au péché. — Polluitur. Les chrétiens en ques-
que saint Paul reconnaît sans hésiter aux chrétiens éclairés, du moins dans les circonstances ordinaires. — Offendiculum. . . infirmis : une occasion de chute pour les chrétiens dont la conscience était mal formée. — -Si enim... (verset 10). L'apôtre entre dans quelques détails, pour indiquer de quelle manière le scandale pouvait êti'e produit. — Quis. Un des chrétiens faibles mentionnés au vers. 7. — Eum qui hahet... C.-à-d., un de ceux qui n'ont pas de préjugés au sujet des mets offerts aux idoles. — In idolio : dans un temple païen. Souvent , ceux qui avaient offert un sacrifice consommaient une
On apporte une victime pour l'immoler sur un*&utel. (Peinture de Pompci.y
tlon croyaient participer au culte des idoles, et ils commettaient par là même une faute grave. Cf. Kom, XIV, 23. — Esca autem... (vers. 8). En soi, manger d'un mets ou s'en abstenir est une chose tout à fait indifférente sous le rapport spirituel. Par cette réflexion, l'apôtre prépare sa recommandation importante du verset 9. Cf. Rom. XIV, 17. — Abundabimus, defleltmvs. Être dans l'abondance ou le déficit par rapport au salut. — Videte... (vers. 9). Ne vous conduisez pas avec légèreté en une matière si grave. — Esec licentia. C.-à-d., le droit de manger les viandes offertes aux idoles; droit
partie de la chair de la victime dans des édifices attenants aux temples, er c'est précisément à ces repas que fait allusion le participe recumbentem, assis à table. On voit par ce trait jusqu'où allaient certains chrétiens libéraux de Corinthe. L'apôtre ne dit rien ici de leur conduite prise en elle-même; il la réprouvera fortement plus bas, X, 14 et ss. ; il se borne maintenant à envisager ses conséquences fâcheusts par rapport aux faibles. — L'expression œdificabitur ad... est très sarcastique, puisqu'il n'agit d'une édification qui porte au péché, qui produit la ruine. — Saint Paul décrit jusqu'au bout les consé-
I Cor. YIII, 11 — IX, 2.
aedificabitur ad manducandum idolothy ta ?
11. Et peribit infirmus in tua scientia frater, propter qiiem Christus mortuus est?
12. Sic autem peccantes in fratres, et perciitientes conscientiam eorum infirmam, in Christura peccatis.
13. Quapropter si esca scandalizat fratrem meum, non manducabo carnem in seternum, ne fratrem meum scandalizem.
est faible, ne le déterminera- 1- elle pas à manger des viandes offertes aux idoles ?
11. Et ainsi périra par ta science ton frère encore faible, pour qui le Christ est mort.
12. Or en péchant de la sorte contre les frères , et en blessant leur conscience qui est faible, vous , péchez contre le Christ.
13. C'est pourquoi si ce que je mange scandalise mon frère, je ne mangerai jamais de chair, afin de ne pas scandaliser mon frère.