‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 172 sur 873 · La conclusion de cette petite discussion · texte numérisé non relu

La conclusion de cette petite discussion

est brusque et dramatique : Si quis... videtur... Elle prouve qu'il y avait dans la chrétienté de Corinthe des disputeurs audacieux, qui voulaient toujours avoir le dernier mot. Paul leur ferme la bouche en les rappelant à, l'ordre. — Talem consuetudinem... C.-ù-d., la coutume d'après laquelle les femmes se présentaient sans voile dans les assemblées religieuses. — Neque ecclesia... Il faxit lire, d'après le grec : Ni les églises de Dieu (les églises particulières fondées par s;ilnt Paul et les autres apôtres). Il n'est pas sans Intérêt de noter que, sur les peintures des Catacombes, les hommes ont toujours les thevtiix courts, tandis que les femmes sont habituellement munies d'un voile qui pend sur les épaules, et qu'on peut aii ément relever de manière à cacher le visage.

2" Désordre qui s'était glissé jusque dans la célébration des saints mystères. XI, 17-34.

Il est beaucoup plus grave que l'abus relatif à la mise des femmes. Après l'avoir signalé et blâmé en quelques phrases vigoureuses, versets 17-22, saint Paul en démontre toute la laideur, eu rappelant ce qu'était la sainte Eucharistie, vers. 23-32; il termine, vers. 33-34, par quelques prescriptions pratiques.

17. Transition et introduction. — D'après l'opinion la plus probable , le pronom hoc se i-apporte à ce qui précède, et non à ce qui suit. — In melius, in deterius. Avec l'article dans le grec : Non pour le meilleur, mais pour le pire. C.-à-d. : Non pour vous améliorer, mais pour devenir plus mauvais.

18-22. Description du désordre à corriger, — La formule primum quidem annonce un premier reproche, qui commence ici même. Où est le second ? D'après quelques interprètes , il débuterait au vers. 22; de la sorte, le premier blâme concernerait les divisions intestines qui se manifestaient dans l'Église de Corinthe (comp. les vers. 18-19), tandis que le second serait relatif à la célébration des agapes eucharistiques. Mais , si l'on envisage de plus près le texte, on voit que les vers. 17-22 traitent d'un seul et même thème, contiennent un seul et même reproche. D'ailleurs, le fait des dissensions n'est cité qu'en

I Cor. XI, 19-22.

vobis in ecclesiara, audio scissuras esse inter vos, et ex parte credo;

19. nam oportet et hsereses esse, ut et qui probati sunt manifesti fiant in vobis.

20. Convenientibus ergo vobis in unum, jara non est dominicam cœnam manducare ;

21. unusquisque enim suam cœnam praesumit ad manducandum ; et alius quidem esurit , alius autem ebrius est.

22. Numquid domos non habetis ad manducandum et bibendum ? aut eccle-

lorsque vous vous réunissez en assemblée, il y a des divisions parmi vous, et je le crois en partie ;

19. car il faut qu'il y ait même des hérésies, afin que ceux d'entre vous qui ont une vertu éprouvée soient reconnus.

20. Lors donc que vous vous assemblez, ce n'est plus manger la cène du Seigneur ;

21. car chacun commence par prendre son propre repas ; et ainsi l'un souiïre de la faim, et l'autre mange avec excès.

22. N'avez -vous pas des maisons pour manger et pour boire? ou méprisez -vous

passant, comme motif de l'abus plus triste encore qui est signalé aussitôt après. C'est donc seulement au chap. xii , 1 , qu'il faut chercher le second blâme, qui concerne l'usage des dons spirituels. — In ecclesiam. D'après le grec : «■ In ecclesia », en assemblée (eans article). C'est le mode, et non le lieu de la réunion, qui e^t marqué. — Scissuras, (jy^i(y\i.(XT:(x.. Cf. i, 10. Cependant ce mot ne désigne pas Ici les coteries dont il était question au début de l'épître. Les divisions que l'apôtre a maintenai>t en vue n'avaient lieu que dans les réunions sacrées. Il est vi*ai qu'elles étaient plus ou moins occasionnées par l'esprit de parti qui a été décrit plus haut. — Ex patte credo. Expression délicate. Paul n'avait pas une certitude entière sur le point qu'il va critiquer; mais ce qu'il savait de l'état général de la communauté corinthienne l'autorisait à croire que les bruits arrivés jusqu'à lui n'étaient que trop exacts. — Nam... (vers. 19). Raison morale qui reodait la discorde en quelque sorte nécessaire parmi les chrétiens de Corinthe. L'argument a lieu « a majorl ad minus ». Les hérésies dont saint Paul affirme que l'existence est une nécessité (oportet) sont plus graves que de simples dissentiments; ceux-ci, en effet, ne concerneLt que les relations extérieures des chrétiens entre eux, tandis que celles-là, qui consistent en de fausses doctrines, déchii'ent profondément l'unité même de l'Église. Si donc il est impossible, vu la misère et l'orgueil des hommes, d'empêcher absolument les hérésies, on ne saurait à plus forte raison arrêter les troubles qui divisent plus ou moins les fidèles. — Ut... qui probati... C'est le motif providentiel de la nécessité des hérésies. Elles pi*ovoquent une crise, qui permet aux chrétiens solides et parfaits de manifester leur vigueur dans la fol et dans la charité, de manière à gagner l'approbation divine. Comme dans la proposition qui précède, la conjonction et est très accentuée. — Convenientibus ergo... (vers, 20). L'apôtre reprend sa phrase du vers. 18, momentanément Interrompue, et il décrit l'abus qui l'affligeait tant. — Jam non est... manducare. Cette locution, calquée sur le grec, ne signifie pas, comr.ie on l'a dit souvent : Voua vous con-

duisez de telle sorte qu'il n'est pas possible de célébrer la cène ; mais : Lorsque vous vous réunissez..., ce (que vous faites) n'est pas célébrer la cène... — Les mots cœnam dominicam manducare ont eux-mêmes reçu différentes intcrprétations. D'après saint Augustin, saint Thomas d'Aquin, etc., ils représentent uniquement « le sacrement du Seigneur » (Théodoret), ou la sainte Eucharistie. D'autres, tels que saint Jean Chrysostome, Estius, etc., y voient la désignation des agapes, c.-à-d., du repas fraternel qui précédait ou suivait la célébration des saints mystères dans l'Église primitive. Suivant de nombreux exégètes modernes tt contemporains (Cornélius a Lapide, Cornely, etc.), il s" agit tout à la fois des agapes et de la cène eucharistique, qui étaient alors célébi'ées ensemble, et que saint Paul associe lui-même très étroitement dans ce passage. C'est, croyons - nous, la meilleure des trois opinions. — Unusquisque cnim... (vers. 21). L'apôtre fournit la preuve de son assertion du vers, 20. Par leur conduite toute profane, les Corinthiens dénaturaient le caractère de la cène du Seigneur. — Suam cœnam prsesumit... Dans le grec : Chacun prend d'avance son propre souper quand on se met à nifinger. Ainsi, lorsque s'ouvrait le repas sacré, qui se composait des agapes et de la participation à l'Eucharistie, chacun se hâtait de consommer, sans songer à ses frères, les mets qu'il avait appoités. — Conséquences de cette manière de faire : alius... esurit, alius... Les pauvres, venus sans provisions , avaient faim ; les riches qui , dans leur égoïsnie, refusaient de partager avec eux, allaient jusqu'à l'excès dans le boire et le manger. — En face de ces procédés coupables, saint Paul laisse* un libre cours à son indignation, qui s'échappe en questions entrecoupées (vers. 22) : Numquid domos...? Si ces chrétiens profanes ne veulent pas autre chose que manger et boire. Ils n'ont pas besoin pour cela d'une assemblée religieuse; qu'ils prennent chez eux leurs vulgaires repas. — Aut ecclesiam...? C'était manquer singulièrement de respect à l'Égllfe de Dieu, à l'assemblée des fidèles, que de transformer l'acte le plus majestueux du culte en une parade d'orgueil et de sensualité. — Et

I Cor. XI, 23-27.

l'Église de Dieu, et faites -vous honte à ceiix qui n'ont rien ? Que vous dirai-je ? Vous louerai -je? En cela, je ne vous loue point.

23. Car j'ai appris du Seigneur ce que je vous ai moi-même transmis : que le Seigi eur Jésus, la nuit où il était livré , prit LU pain,

24. et après avoir rendu grâces, le rompir, et dit : Prenez et mangez ; ceci est mon corps , qui sera livré pour vous ; faites ceci en mémoire de moi.

25. Il prit de même le calice après avoir soupe, en disant : Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous en boirez.

26. Car toutes les fois que vous mangerez ce pain, et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne.

27. C'est pourquoi quiconque mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur

siam Dei contemnitis, et contunditis eos qui non liabent? Qiiid dicam vobis? Laudo vos ? in hoc non laudo.

23. Ego enira accepi a Domino quod et tradidi vobis, quoniam Dominus Jésus, in qua nocte tradebatur, accepit panem ,

24. et gratias agens fregit, et dixit : Accipite, et manducate ; hoc est corpus meum, quod pro vobis tradetur ; hoc facite in meam commemorationem.

25. Similiter et calicem, postquam cœnavit, dicens : Hic calix novum testamentum est in meo sanguine ; hoc facite, quotiescumque bibetis, in meam commemorationem.

26. Quotiescumque enim manducabitis panem hune, et calicem bibetis, mortera Domini annuntiabitis donec veniat.

27. Itaque quicumque manducaverit panem hune, vel biberit calicem Do-

confu-ndiiis...? On conçoit rhumiliatlon spéciale qui retombait alors sur ceux qui n'avaient rien pu se procurer. — Quid dicam...? On dirait que l'apôtre était embarrassé pour « qualifier une telle conduite sans user de termes trop sévères ». — In hoc non... Litote sigoificative. Comp. les vers. 2 et 17.

23-32. Saint Paul fait ressortir la gravité du désordre, en rappelant ce qu'était la sainte Eucharistie, que l'on recevait avec des dispositions si Imparfaites. Après avoir exposé brièvement l'hlstoii'e de l'institution du divin sacrement, vers. 23-25, il indique quelle faute on commettait en participant d'une manière indigne aux saints mystères, vers. 26-29, et à quels châtiments divins on s'exposait, vers. 30-32. — Ego... Comme le montre la parlicule enim, Paul se propose, en racontant les circonstances parmi lesquelles l'Eucharistie avait été Instituée, de flétrir avec plus de force l'abus qu'il vient de Bignaler. — Les mots accepi a Domino doivent

Symboles eucharistiques.

( IVaprès une fresque des Catacombes.)

8'eiitendro d'une révélation personnelle, que Paul avait reçue directement de Jésus - Christ ; sans cela ils n'auraient pas de sens , comme l'affirment tièô justement la plupart dea interprètes. —

Quod et tradidi... L'apôtre avait été fidèle à transmettre aux Corinthiens ce dogme fondamental. Ainsi qu'on le reconnaît universellement, son petit récit a dû servir de source à la relation que saint Luc a consignée dans son évangile, XXII, 19-20 (voyez le commeotaire), touchant le mémo fait, tant la ressemblance est grande entre les par^ les du maître et celles du disciple. L'apôtre n'a guère en propre (vers. 24 et 25) que deux traits omis par l'évangéll^te : d'abord la circonstance si touchante in qua nocte..., par laquelle la passion du Sauveur est intimement unie .à l'institution du sacrement d'amour qui devait en perpétuer le souvenir ; puis la répétition de la formule hoc facite... après la consécration du calice. — Quotiescum' que eriim... (vers. 26). Paul déduit les conséquences pratiques qui découlent, pour les fidèles, du grand fait qu'il vient de rappeler. Première conclusion : lorsque les chrétiens participent au pain et au vin consacrés, l'acte accompli par eux est un mémorial direct de la passion de Jésus ; mémorial qui subsistera jusqu'au s.cond avènement du Christ (donec veniat). Au lieu des trois futurs manducabitis , bibetis, annuntiabi' ti.<s, il faudrait le présent d'après le texte grec. — Itaque... (vers. 27). Autre conclusion, qui fait ressortir plus directement le crime affn ux que commettent les profanateurs de l'Eucharistie. Il est à remarquer, au point de vue théologique, que l'apôtre, après avoir dit : manducaverit... vel biberit..., se sert ensuite de cette autre formule : reus... corporis et sanguinis... ; d'où il suit que, même en ne communiant que sous une seule espèce, on reçoit vraiment le corps et le sang de Jésus -Christ. Par conséquent, il est pré. sent tout entier sous chacune d'elles. — Le sens de l'adverbe indigne est déterminé par le con-

I Cor. XI, 28-33.

mini indigne, reus erit corporis et sanguinis Domini.

28. Probet autem seipsum homo, et sic de pane illo edat, et de calice bibat.

29. Qui enim manducat et bibit indigne, judicium sibi manducat et bibit, non dijudicans corpus Domini.

30. Ideo inter vos multi infirmi et imbecilles, et dormiunt multi.

31. Quod si nosmetipsos dijudicaremus, non utique judicaremur.

32. Dura judicamur autem, a Domino corripimur, ut non cum hoc mundo damnemur.

33. Itaque, fratres mei, cum convenitis ad manducandum, invicem expectate.

indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur.

28. Que l'homme s'éprouve donc luimême, et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de ce calice.

29. Car celui qui mange et boit indignement, mange et boit sa condamnation, ne discernant pas le corps du Seigneur.

30. C'est pour cela qu'il y a parmi vous beaucoup de malades et de languissants, et que beaucoup sont morts.

31. Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés.

32. Mais lorsque nous sommes jugés, c'est le Seigneur qui nous châtie, afin que nous ne soyons pas condamnés avec ce monde.

33. C'est pourquoi, mes frères, lorsque vous vous assemblez pour manger, attendez - vous les uns les autres.

texte. Communier indignement, c'est le faire d'une manière qui profane plus ou moins le corps et le sang de Jésus -Christ, avec une conscience coupable de fautes contre la charité, contre la mortification, etc., sans s'être suffisamment examiné et préparé. Comp. les vers, 21 et 28. L'apôtre n'avait donc pas seulement en vue ceux qui communient en état de péché mortel, mais encore ceux qui le font avec affection au péché véniel, car ces derniers aussi outragent, quoique d'une manière moins grave, le divin sacrement. Voyez le concile de Trente, Sess. xiii, de sunctiss. Euch., c. 7; Cornely, h. l. — Reus erit... C.-à-d., coupable d'avoir grièvement lésé le corps et le sang de Jésus. — Probet autem... (vers. 28). Sérieux avertissement. S'éprouver avant la sainte communion, c'est examiner à fond sp, conscience, pour voir en quel état elle se trouve par rapport à la sainte Eucharistie, puis, si l'on ne se juge pas digne d'approcher des saints mystères, purifier son âme afin de pouvoir communier. — Et sic : après s'être éprouvé et préparé. — Qixi enim... (vers. 29). Pour donner plus de force à son avertissement, Paul revient sur la pensée qu'il a émise an vers. 27, -et insiste sur le grave péril qu'il y aurait à communier indignement. — Judicium (xpc[xa). .. manducat. Métaphore d'une énergie toute tragique : s'incorporer sa propre condamnation, alors que le sacrement que l'on reçoit est un gage de salut. En l'employant, l'apôtre pensait sans doute à la damnation éternelle pour ceux qui communient en état de péché grave; mais les vers. 30 et ss. prouvent qu'il songeait aussi à des châtiments temporels. — Le trait non diiudicavs ([xr) ôiaxpivwv, jeu de mots avec xpîfia, « judicium »)... indique le motif de ce jugement, de cette condamnation. Les chrétiens en cause ne distinguent pas le corps et le sang de Jésus d'un mets ou d'un breuvage vulgaire; Ils les traitent donc sans respect. — Ideo... Parce que

de nombreux fidèles de Corinthe ne communiaient pas avec les dispositions requises , Dieu les avait ouvertement punis, vers. 30-32. C'est un appel direct à leur expérience que l'écrivain sacré fait à cet endroit. — Infirmi et imbecilles. Ces deux adjectifs, comme ceux qui leur correspondent dans le texte grec, sont à peu près synonymes. Ils représentent ici l'un et l'autre les maladies graves dont Dieu avait châtié quelques-uns des coupables. — Dormiunt. L'euphémisme fréquemment usité dans le Nouveau Testament pour désigner la mort. — Quod si nos... (vers. 31). Telle était la vraie cause de ces châtiments : les chrétiens de Corinthe ne s'étaient ni étudiés, ni jugés sous le rapport moral, avant d'aller à la sainte table; c'est pourquoi Dieu les avait lui-même jugés et condamnés. Ils auraient au contraire prévenu le jugement du Seigneur, s'ils s'étaient examinés les premiers. Le verbe dijudicaremns fait évidemment allusion à « non dijudicans » du vers. 29*5. — Dum avtem... (vers. 32). Parole de consolation pour ceux qui avalent été punis. Le jugement divin exercé sous forme de châtiment temporel était en réalité un acte d'indulgence. Par là, les Corinthiens recevaient une leçon ( corripimur) , destinée à les améliorer, et dont il ne tenait qu'à eux de profiter, s'ils voulaient échapper à une condamnation plus terrible encore et plus durable : ut non... damnemur (xaraxptôcbfjLEV, autre jeu de mots). — Cum... mundo : avec le monde pervers et incrédule. — Dans tout ce passage encore, vers. 27 et ss., nous avons une preuve très forte de la croyance des premiers chrétiens à la transsubstantiation et à la présence réelle. L'Église primitive interprétait donc les paroles de l'institution de l'Eucharistie absolument comme le fait aujourd'hui l'Église catholique.

33 - 34. Quelques avis pratiques pour conclure. — Itaque, fratres. Le ton redevient paternel et familier. — Les mots cum... ad manducandum

I Cor. XI, 34 — XII, 3.

34. Si quelqu'un a faim, qu'il mange chez lui , afin que vous ne vous assembliez, pas j)our votre condamnation. Je réglorai le reste après mon arrivée.

34. Si quis esm'it, domi manducet, ut non in judicium conveniatis. Cetera autem, cum venero, disponam.

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