Fratres, nolite pueri effici sensi
(vers. 15). Quelle conclusion tirer de là? Non pas, certes, qu'il faut rejeter le don des langues; mais seulement qu'il faut désirer le voir complété par celui d'interprétation, et souhaiter de prier dans la pleine possession de soi-même : psallam spiritu (tw TïVô'jfxaTO... et mente (tû voi' ). Le verbe « psallere » a dans ce passage le sens de chanter ; d'après sa signification primitive, celui de jouer d'un instrument à cordes. Ce trait prouve que, sous l'influence de l'Esprit divin , les glossolales priaient parfois en cliantant des cantiques inspirés. La manière dont l'apôtre se met de nouveau directement en scène (comp. les vers. 6, 11, 18-19) rend ces lignes très vivantes. — Au vers. 16, l'adverbe ceterum. (dans le grec : inei, puisque, en effet) introduit un nouvel argument : dans les assemblées religieuses, le glossolale aura beau faire de magnifiques prières; si elles ne sont pas comprises, personne ne pourra s'y associer, de sorte qu'elles seront sans avant:^ge pour l'Église. — Si benedixeris... C.-à-d., si tu rends grâces à Dieu dans une langue étrangère, sous l'influence de l'Esprit- Saint. Paul interpelle maintenant un des membres de l'Église de Corinthe. — Spiritu (7T:v£'J[j.aTt) : sans le concours du voOç, de l'intelligence; par conséquent , sans pouvoir comprendre ni interpréter. — Idiotse. Le substantif ihi(ùxt\c, n'équivaut pas ici à ignorant, illettré; mais plutôt, d'après l'usage habituel, à simple particulier, par opposition à ceux qui remplissaient des fonctions publiques. La périphrase qui supplet locum. , . désigne donc les membres de la communauté chrétienne dans leur ensemble, en tant qu'ils contrastaient avec le glossolale, qui était censé, dans la circonstance, jouer le rôle de président, puisqu'il bénissait Dieu à haute voix. — Dicet Amen (avec l'article dans le grec : dira l'Amen). Les premiers chrétiens, comme on le voit par ce détail, par saint Justin, Aiwl., i, 66, et par
d'autres documents anciens, avaient emprunté aux Juifs la coutume de répondre Amen, c.-à-d., Qu'il en soit ainsi, aux prières prononcées à haute voix par le célébrant (cf. Deut. xxvii , 15 et ss. ; I Par. xvi, 36; Neh. viii, 6, etc.); coutume qui s'est transmise jusqu'à nous. Mais, dans l'hypothèse en question, il était impossible aux fidèles de dire Amen aux prières du glossolale , puisqu'elles leur demeuraient inintelligibles : quoniam,... nescit. — Tu... bene... (vers. 17) : puisque le don des langues est excellent en soi, et q[u'il est excellent aussi de rendre grâces à Dieu. — Quod omnium vestrum... (vers. 18). On doit abandonner ici la traduction de la Vulgate, qui reproduit inexactement le grec. 11 faut dire avec celui-ci : Je i*ends grâces à Dieu de ce que je parle en langues plus que vous tous. L'apôtre, bien loin de mépriser ce don si goûté des Corinthiens, affirme qu'il en avait joui plus qu'aucun d'eux, et avec reconnaissance. Ce qui ne l'empêche pas de faire immédiatement une importante restriction : sed... vola... (vers. 19). Les chiffres concrets, quinque, pour représenter un petit nombre, et decem millia, pour marquer un nombre considérable, dramatisent la pensée. — Sensu meo (t(o vot [j.ou). C.-à-d., en comprenant bien ce que j'exprime (voyez les notes des versets 14 et 15), par conséquent, « de sens rassis » , dans un état qui me permette d'adapter mes paroles aux besoins de mon auditoire : ut... instruam. Le grec emploie le verbe xarrj^tiv, dont nous avons fait « catéchiser ».
20-25. En ce qui concerne les Infidèles euxmêmes, le don des langues est moins utile que le don de prophétie. — Fratres, nolite... Appel au bon sens des chrétiens de Corinthe, servant de transition entre cet alinéa et le précédent, — Sensibus (xacç cppscrcv). Le substantif 9PV. d'ordinaire employé au pluriel, désigne à proprement parler lo diaphragme, puis le cœur, en
I Cor. XIV, 21-24.
bus, sed malitia parvuli estote; sensibus autem perfecti estote.
21. In lege scriptum est : Quoniam in aliis linguis et labiis aliis loquar populo huic ; et nec sic exaudient me, dicit Dominus.
22. Itaque linguae in signum sunt non fidelibus , sed intidelibus ; prophétise autem non infidelibus, sed fidelibus.
23. Si ergo conveniat universa ecclesia in unum, et omnes linguis loquantur, intrent autem idiotse aut infidèles, nonne dicent quod insanitis?