confidis teipsum esse ducem cseco
à tort que quelques Interprètes voient dans ces mots une allusion à des discussions publiques que les païens auraient eues entre eux sur la valeur morale des actes du prochain. Non, elles ont lieu au fond du cœur de chaque individu et ont pour objet ses actes personnels. — Accusantibus, aiit... Trait dramatique. Il y a comme une lutte intérieure entre les différentes tendances de l'âme , qui ont tour à tour le dessus et le dessous ; lutte qui suppose l'existence d'une loi naturelle écrite au fond des cœurs. Gœthe, ce grand païen, disait : « Un Dieu parle à voix basse dans notre poitrine, d'une voix très basse, mais très distincte, nous Indiquant ce qu'il faut faire et ce qu'il faut éviter. » — In die, cum... (vers. 16). On rattache assez communément ces mots aux vers. 12 et 13; dans ce cas, ils déterminent l'époque du jugement et de la justification dont il a été parlé plus haut. Selon quelques auteurs ils dépendraient du vers. 15, et signifieraient que le conflit mentionné par l'apôtre témoignera, au jour du jugement, en faveur de la parfaite justice de Dieu. Cette opinion nous paraît moins fondée. Saint Paul a dénoncé plus haut très vigoureusement les vices des païens; il px*end maintenant, en face du judaïsme, la défense de ceux d'entre eux qui pratiquaient plus ou moins bien la loi naturelle. — Occulta hominum. C.-à-d., leurs pensées et leurs actions les plus secrètes. Dieu mettra tout cela en lumière au jour du jugement ; les faux dehors de piété, de vertu, ne le tromperont pas. — Secmidum evangeliurn meum. L'apôtre nomme ainsi tout l'ensemble de sa prédication. Cf. xvi, 25; II Tim. II, 8. La formule signifie donc : Ainsi que je le prêche au nom du Seigneur. — Per Jtsum... Dans son évangile, saint Paul insistait sur ce point spécial : c'est à Jésus -Christ que Dieu a confié le rôle de juge supi'êrae. Cf. Joan. v, 22 et ss. — Si autem... (vers. 17). Dans les vers. 17-24, qui forment, comme le dit Estius, une « oratio splendida ac vehemens », saint Paul combat d'une manière encore plus directe l'illusion des Juifs, d'après laquelle il aurait suffi de posséder la loi mosaïque pour être justifié. Comme dans les premiers versets de ce chapitre, il prend à partie un adversaire fictif et discute avec lui : ce procédé donne beaucoup de force à sa parole. Notons aussi, sous le rapport du style, que la longue phrase hypothétiqiie des vers. 17-20 n'est pas achevée. Dans la magni-
fique énumération qu'elle contient, l'apôtre cite les principaux avantages que les Juifs se vantaient de posséder en vertu de la révélation, à l'exclusion des païens. Il ne le fait pas sans ironie; car, en vérité, c'est une peinture de l'orgueil national des Juifs qu'il trace ici. Son expérience personnelle durant sa vie Juive lui fut certainement d'un grand secours pour composer ce tableau si vivant. — Judspus. Nom tout à fait honorable, puisqu'il dérive de celui du patriarche Judas, auquel Dieu avait rattaché les promesses messianiques. — Requiescis in... Métaphore expressive, qui marque la complaisance avec laquelle les Juifs « se reposaient » sur la loi, comme sur un appui solide et agréable. — - Gloriaris in Deo. En soi, rien de plus juste encore, puisque, en vertu de l'alliance, Jéhovah était comme le pi'opre Dieu d'Israël; mais c'est l'orgueil issu des privilèges qui est blâmé par l'apôtre, et non les privilèges eux-mêmes. — Nonti voluntatem... (vers. 18). Malheureuse-
Rome suivie d'un magistrat.
(Bas -relief du Louvre.;
ment, cette connaissance purement théorique ne suffisait pas pour produire la vertu. — Probas utiliora. C.-à-d., ce qui est meilleur, plus parfait. Le grec peut signifier aussi : les choses qui diffèrent, ou la différence qui existe entre le bien et le mal, ce que Dieu ordonne et ce qu'il défend. — Confidis teipsum... (ver-
Rom. II, 20-26.
rum , lumen eorum qui in tenebris sunt ,
20. eruditorem insipientium , magistrum^ infantium, habentem fonnam scientiae et veritatis in lege.
21. Qui ergo alium doces, teipsum non doces ; qui prsedicas non furandum, f uraris ;
22. qui dicis non mœchandum, mœcharis ; qui abominaris idola, sacrilegium f acis ;
23. qui in lege gloriaris, per praevaricationem legis Deum inhonoras.
24. Nomen enim Dei per vos blasphematur inter gentes, siout scriptum est.
25. Circumcisio quidem prodest, si legem observes ; si autem prsevaricator legis sis, circumcisio tua praeputium facta est.
26. Si igitur prseputium justitias legis custodiat, nonne prseputium illius in circumcisionem reputabitur?
aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres,
20. le docteur des ignorants, le maître des enfants, d'avoir dans la loi la règle de la science et de la vérité.
21. Toi donc, qui instruis les autres, tu ne t'instruis pas toi-même ; tu prêches qu'on ne doit pas voler, et tu voles ;
22. tu dis de ne pas commettre d'adultères, et tu commets l'adultère ; tu as en abomination les idoles, et tu fuis des sacrilèges ;
23. tu te glorifies dans la loi, et tu déshonores Dieu par la transgression de la loi.
24. Car le nom de Dieu est blasphémé à cause de vous parmi les nations, ainsi qu'il est écrit.
25. La circoncision est utile, sans doute, si tu accomplis la loi; mais si tu transgresses la loi, avec ta circoncision tu deviens incirconcis.
26. Si donc l'incirconcis observe les ordonnances de la loi, son incirconcision ne sera- 1- elle pas tenue pour circoncision ?
set 1 9 ). Tous les détails contenus dans ce verset sont particulièrement Ironiques. Ils décrivent fort bien les prétentions orgueilleuses des Juifs, qui, sans valoir mieux que les autres sous le rapport moral, prétendaient se faire les réformateurs du monde entier. — Ducem csecorum. Figure employée déjà par Notre-Seigneur Jésus- Christ. Cf. Matth. XV, 14 et xxiii, 16. Elle est développée par les mots lumen eorum qui... Les Juifs auraient dû être cela en réalité, s'ils avalent été fidèles aux principes de la loi mosaïque; mais leur confiance hautaine n'était qu'un sot orgueil. — Les mots insipientium et infantium représentent l'idée que les Israélites 88 faisaient des païens. — Formam (tyjv (Jiopçwaiv) : l'esquisse très nette, la règle parfaite et adéquate. C'est parce qu'ils croyaient posséder pleinement cette règle, que les Juifs prétendaient pouvoir servir de guides et d'instructeurs aux païens. — Qui ergo... (vers. 21). Saint Paul interrompt tout à coup son énumération pour établir un contraste saisissant, mais très humiliant pour ses anciens coreligionnaires, entre leurs prétentions et la réalité de leur conduite. Ces lignes sont une véritable flagellation de l'esprit, des principes du rabbinisme, et par conséquent de ceux qui se conformaient à cet esprit et à ces principes. — Alium..., teipsum non... C.-à-d., tu agis de fait comme si tu étais toi -môme dans l'ignorance. Cf. Matth. XXIII, 3. — Furaris. Faute choisie à dessein parmi les plus ignobles. Le vers. 22 signale des crimes encore plus affreux : mœcharis, sacrilegium /acis (le verbe tepoaO.eiç désigne, à proprement parler, le vol des choses saintes;
mais il peut avoir ici la signification générale que lui donne la Vulgate). — Per prœvaricationem... inhonoras ( vers. 23 ). C'était la plus grande faute qu'il fût possible de commettre. Le vers. 24 montre que les Juifs s'en rendaient très réellement coupables : Nomen enim... La citation est empruntée à Is. lu , 5 , d'après les Septante. Voyez aussi Ezécbiel, xxxvi, 20-23. Témoins de la mauvaise conduite des Juifs, les païens en accusaient leur Dieu.
26-29. La circoncision est également insuffisante pour sauver Israël. — Circumcisio quidem... L'apôtre prévient une objection des Juifs. Il leur a prouvé que, sans la stricte observation de la loi, leurs privilèges étaient de nulle valeur. Mais, pouvait-on lui répondre, le signe sacré de la circoncision ne nous élève- 1- il pas bien audessus des Gentils? Sur ce point aussi, Paul détruit sans pitié leurs Illusions. — Prodest. Plus loin, m, 2 et iv, 11, il reviendra sur la supériorité très réelle que la clrconcison conférait aux Juifs sur les païens. Mais, pour que le signe de l'alliance fût vraiment profitable (cf. Act. VII, 8, etc.), il fallait qu'on obéit h la loi, qu'on se montrât par là même fidèle à l'alliance. — Prœputium facta est. Expression d'une vigueur particulière, pour dire que, dans le cas indiqué {si... praevaricator...), la circoncision ne sert absolument de rien ; on retombe, pour ainsi dire, au niveau du paganisme. — Si igitur... (vers. 26). C'est l'hypothèse contraire : celle d'un incirconcis, d'un païen {prseputiurn est employé au concret dans la première partie du verset), qui pratique la volonté de Dieu autant qu'il la connaît. Ce païen valait à coup sûr beaucoup
Rom. II, 27 — III, 2.
27. Et rincirconcis de nature, qui accomplit la loi, ne te jugera-t-il pas, toi qui, ayant reçu la lettre de la loi et la circoncision, es un violateur de la loi?
28. Car le Juif, ce n'est pas celui qui Test au dehors; et la circoncision n'est pas celle qui paraît au dehors, dans la chair :
29. mais le Juif est celui qui l'est intérieurement, et la circoncision est celle du cœur, qui a lieu selon l'esprit, et non selon la lettre ; de ce Juif la louange ne vient pas des hommes, mais de Dieu.
27. et judicabit id quod ex natura est prœputium, legera consummans, te, qui per iitteram et circumcisionem prœvaricator legis es ?
28. Non enim qui in manifesto, Judœus est; neque quae in manifesto, in carne, est circumcisio :
29. sed qui in abscondito, Judaeus est ; et circumcisio cordis in spiritu, non littera; cujus laus non ex hominibus, sejlex Deo est.