Noiite seduci : Corrumpunt mores bonos colloquia mala
34. Evigilate, justi, et noiite pecoare; ignorantiuin enim Dei quidam habent :
ad reverentiam vobis loquor.
35. Sed dicet aliquis : Quomodo resurgunt mortui? qualive corpore venient?
36. Insipiens, tu quod seminas non vivilicatur, nisi prius moriatur.
37. Et quod seminas, non corpus quod futurum est seminas, sed nudum granum, ut puta trilici, aut alicujus ceterorura.
subir de pareilles épreuves. — I^a devise de ceux qui ne possèdent pas cet espoir devient alors facilement celle des jouisseurs et ' des Bcepliques : Manducemus..., cras enim... « Le matérialisme le plus cru et le plus éhonté serait la conséquence (presque) nécessaire de la négation d'une vie future. » Corup. Ts, xxri, 13, passage auquel l'apôtre paraît empninter ce cri de tous les viveurs. — Dans le grec, la phrase qui précède se termine après le verbe prodest, et les mots Si mortui non.,, en commencent une nouvelle : Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons...
33-34. Parole d'exhortation, pour conclure cette première partie du sujet. — Noiite seduci. La séduction consistait dans les raisonnements spécieux par lesquels on pouvait essayer d'égarer la foi des chrétiens. — Corrumpunt mores... mala. Dans le grec, ces mots forment un vers que l'on a retrouvé depuis longtemps (déjà saint Jérôme en parlait) dans la comédie de Ménandre (vers 320 av. J.-C.) intitulée Thaïs: ^bzipo'jaiy rjO-r] -/pr) or' op. t).tai xaxat. Ce vers était-il devenu un proverbe populaire? ou bien saint Paul l'avalt-illu lui-même daus les œuvres du poète? Le premier sentiment parait plus vraisemblable. — Colloquia. Le substantif grec 6(xt).iat peut aussi bien désigner des fréquentations que des paroles. Tertullien lui donne la première de ces significations (« congrossus »). — Evigilate, justi (vers. 34). D'après le grec : « Evigilate juste » (ôixaîo)ç); c.-à-d., sérieusement, pour tout de bon. — Ignorantiam enim... Grave reproche à l'adresse de chrétiens si instruits. Cf. Matth. XXII, 29. Aussi, après l'avoir proféré, l'apôtre se hâte-t-il d'ajouter que la présence, dans l'Église de Corinthe, d'hommes qui le • méritaient était une véritable honte : etd reverentiam ( plutôt « ad verecundlam » ; cf. VI , 5 ) vohis...
§ IL — Solution des difficultés relatives à la résurrection. XV, 35-58.
Après avoir démontré qu'il y aura une réeurrection des morts, saint Paul en explique le
mode et indique dans quc^lles conditions elle aura lieu, afin de réduire plus comi)lètement les sceptiques au silence. On voit par tout ce passage que « les doutes qu'il avait à combattre se fondaient principalement sur la difficulté de concevoir le retour à la vie d'un corps sujet à la décomposition dans le tombeau. »
1° Qualité.-* des corps ressuscites. XV, 35-50.
35. La double objection. — Sed dicet... L'apôtre suppose que l'un des « quidam » mentionnés au vers. 12 soulève contre sa thèse deux difîicultés, dont la première portait sur le mode mystérieux de la résurrection (quomodo resurgunt...?), et la seconde sur le résultat de cette opération (qualive corpore...?). Il répond tout d'abord, vers. 36-50, à la seconde de ces questiims; il reviendra ensuite à la première, vers. 51-58.
36-41. La double analogie. Comme l'on ne peut se faire une idée parfaite et directe de la résun-ection, Paul la décrit au moyen d'exemples, d'analogies, qu'il emprunte soit au règne végétal, vers. 36-38, soit à l'immense variété d'organismes qui existent dans le monde, vers. 39-41. — Insipiens. Cette épithète, adressée à l'interloculeur supposé, marque déjà la faiblesse de l'objection : Est-ce qu'avec un peu de réflexion et de sagesse, le questionneur ne trouverait pas de lui-même la réponse? — Tu (pronom très accentué ) quod seminas... La résurrection des corps est un mystère, sans doute; mais ce mystère n'a rien d'inouï, car il se renouvelle constamment dans la nature. Ainsi le grain de blé pourrit en terre, mais pour ressusciter bientôt , vigoureux et fécond. Comp. Joan. xii, 23 et 24, où Jésus -Christ emploie une comparaison se iblable, pour en faire, il est vrai, une application différente.— Et quod... (vers. 37). Poursuivantcette analogie de la semence, Paul montre q'ie les corps ressuscites, tout en demeurant au fond les mêmes qu'autrefois, posséderont des qualités nouvelles. — Nudum granum. La gi'alne toute simple, telle qu'on la confie à la terre, par opposition aux organes qu'elle ne tarde pas à manifester par !a germination : racines, tige, feuiUes, .fleurs et fruits (corpus quod futu-
I Cor. XV, 38-43.
38. Deiis autem dat illi ojrpus sicut vult, et unicuique seminum propriiim corpus.
39. Non omnis caro, eadem caro ; sed alia quidem hominum, alla vero pecorum, alia volucrum, alia autem piscium.
40. Et corpora cselestia, et corpora terrestria ; sed alia quidem cselestium gloria, alia autem terrestrium.
41. Alia claritas solis, alia claritas lunse, et alia claritas stellarum ; Stella enim a Stella differt in claritate.
42. Sic et resurrectio mortuorum. Seminatur in corruptione, surget in incorruptione.
43. Seminatur in ignobilitate , surget in gloria. Seminatur in infirmitate, surget in virtute.
38. Puis Dieu lui donne un corps comme il lui plaît ; et à chaque semence le corps qui lui est propre.
39. Toute chair n'est pas la même chair ; mais autre est celle des hommes, autre celle des bêtes, autre celle des oiseaux, autre celle des poissons.
40. Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres ; mais autre est l'éclat des corps célestes, autre celui des corps terrestres.
41. Autre est l'éclat du soleil, autre l'éclat de la lune, autre l'éclat des étoiles ; car une étoile diffère en éclat d'une autre étoile.
42. Ainsi en est- il de la résurrection des morts. Le corps est semé dans la corruption, il ressuscitera dans l'incorruptibilité ;
43. il est semé dans l'ignominie, il ressuscitera dans la gloire ; il est semé dans la faiblesse, il ressuscitera dans la force ;
ritm...). — Après ceterorum, il faut sousentendre « granorum ». — Deus autem... (verset 38). L'apôtre rattache à la toute - puissance créatrice de Dieu ce phénomène admirable de la germination. — Sicut vult. Dans le grec, au temps passé : « Comme il a voulu. » Allusion au décret primordial par lequel le Créateur a décidé que chaque plante se propagerait toujours dans lei mêmes conditions. Cf. Gen. i, 11-12. — Non o'.nnis... (vers. 39). Ici commence la seconde analogie, tirée de la multitude sans nombre des organismes ou des corps qui existent soit dans le inonde tei'restre , soit dans le monde céleste. — Sur la terre, il y a les organismes très variés du règne animal : non... eadem caro. — Quelques exemples justifient cette loi générale : sed alia..., alia... Rien de plus distinct, en effet, que ces quatre espèces d'organismes, placés en gradation descendante. — La même diversité nous apparaît encore si, au lieu de rapprocher les uns des autres les corps terrestres, nous les comparons aux corps célestes, également très nombreux : et corpora... (vers. 40). Le résultat qui tombe aussitôt sous les yeux est celui-ci : alia... gloria, alia... L'expression est très bien choisie, puisque les corps célestes sont surtout caractérisés h. nos yeux par leur éclat. Néanmoins, sous ce rapport même, ils diffèrent considérablement entre eux : alia... solis, alia... Ce magnifique spectacle, que découvre sans peine l'homme attentif à ce qui se passe sur la terre et dans la région des astres, lui dévoile les ressources infinies de la puissance divine, qsil n'éprouvera pas plus d'embarras pour ressiisciter nos corps, qu'elle n'en a ressenti pour crv'er tant de milliers d'organismes, tous admirables en eux-mêmes. Comme le disent à bon droit les commentateurs et les théologienij >îatholiques à
la suite des Pères, les vers. 39-41 paraissent démontrer, au moins d'une manière indirecte, que les corps des ret^suscités ne posséderont pas tous la même gloire, bien qu'ils doivent tous jouir des mêmes qualités générales.
42-44''. Application des allégories qui précèdent. — Sic et resurrectio... C.-à-d. qu'il y aura, entre notre corps actuel et notre corps ressuscité , une différence analogue à celle qui existe entre les organismes multiples que l'apôtre a mentionnés à partir du vers. 36. — Cette différence est marquée au moyen de quatre amithèses, qui déterminent les quatre conditions principales des corps ressuscites. Le verbe seminatiir, répété à quatre reprises en avant de chaque phrase, ramène le lecteur à l'image empruntée aux semences. Comp. les vers. 36 et ss. D'après l'analogie de la quatrième phrase, il faut sous - entendre le mot « corpus » comme sujet du verbe dans les trois premières. Au lieu du futur surget, le grec emploie le temps présent. — Première antithèse , vers. 42'', Par la mort et la sépultuie, le corps humain est livré à l'horrible corruption du tombeau (in corruptione, £v (pôopà); à la résurrection, il sera entièrement incorruptible, inaccessible aux ravages de la maladie et de la mort (in incnrruptione, èv à^6apfffa). Cf. Rom. viii, 21. — Seconde antithèse , vers. 43». Les mots in ignobilitate (£v àttfxta, en deshonneur) font allusion aux humiliations et aux misères nombreuses auxquelles notre corps est assujetti durant cette vie. Cf. Apoc. vu, 16, etc. Cet état sera remplacé à jamais par la gloire, par un briUant éclat (in gloria, âv So^yj). Cf. Matth. xiii, 43. — Troisième contraste, vers. 43'». D'une part^ in infirmitate ( èv àaOsveiot); le corps humait est soumis à des infirmités sans nombre. D'autr»
èî.
I Cor. XV, 44-46.
44. Seminatur corpus animale, surget corpus spiritale. Si est corpus animale, est et spiritale , sicut scriptum est :
45. Factus est primus homo Adam in animam viventem , novissimus Adam in spiritum vivificantem.
46. Sed non prius quod spiritale est; ieà quod animale, deinde quod spiritale.
44. il est semé corps animal, il ressuscitera corps spirituel. S'il y a un corps animal, il y a aussi un corps spirituel, selon qu'il est écrit :
45. Le premier homme, Adam, a été fait âme vivante; le dernier Adam, esprit vivifiant.
46. Toutefois, ce qui est spirituel n'est pas le premier ; mais d'abord existe ce qui est animal, et ensuite ce qui est spirituel.
part, in virtute (èv SuvàixEi), il ressuscitera plein de vigueur et doué d'une étonnante puissance. — Le quatrième contraste, vers. 44», oppose le coi-pus animale (<]/u-xi>tov) de la A'ie présente au corpus spiritale (Trveu[i.aTtx6v) de l'autre vie. L'apôtre énonce donc ici quelque chose de plus positif que dans les trois premiers contrastes, car cette dernière antithèse, qui sera développée jusqu'à la fin du vers. 49 , va jusqu'à affii:mer que le corps ressuscité différera du corps actuel sous le rapport du principe même qui le dirigera. Pour bien comprendre sa pensée, il sufflt de rappeler l'interprétation donnée plus haut (voyez ii, 14 et les notes) des épithètes grecques « psychique » et « pneumatique ». Le corps psychique est celui qui a pour principe vital la ^^'/J\, « anima », ou la partie inférieure de l'âme. Le corps pneumatique est au contraire celui qui est animé par le TïveOy.a, « spiritus », ou la partie supérieure de notre être. Ici -bas, le corps des élus est simplement psychique; il sera pneumatique après la résurrection. Son état futur différera donc autant de son état actuel que la <\'^yr\ diffère du TcveOfxa. Comme le dit saint Thomas d'Aquin, Summa theol., SuppL, q. 84, a. 1, « in statu resurrectionis cessabunt operationes animales a corpore, ... et corpus absque uUo impediraento et fatigatione incessanler serviet animae ad spirituales ejus operationes. » Loin donc de gêner l'âme, comme il ne le. fait que trop souvent dans la vie présente, le corps l'aidera merveilleusement, au contraire, et lui obéira en tous points. — C'est en s'appuyant sur ce passage célèbre (vers. 42-44"), que les théologiens, à la suite des Pères, ont déduit les quatre qualités des corps glorieux , nommées par eux l'impassibilité , la clarté , l'agilité et la subtilité.
44i>-50. Le premier et le second Adam. — Si est... animale... De l'existence actuelle du corps psychique , saint Paul conclut à celle d'un corps pneumatique pour l'époque glorieuse qu'il décrit. De même, en effet, que la ^uy/iq a son organe extérieur, le corps avec ses mille imperfections, de même en sera- 1- 11 un jour du 7iveO[J.a, avec cette différence que le corps qui dépendra de lui sera désormais tout parfait, dépouillé de ses misères et de ses chaînes matérielles. Maintenant, un corps adapté à la vie terrestre de l'homme ; plus tard , un corps adapté à sa vie céleste et supérieure. — L'apôtre prouve par
un texte de l'Écriture la vérité de son assertion relative à l'existence d'un corps psychique et d'un corps pneumatique : Sicut scriptum... Cf. Gen. II, 7, où, après avoir dit que Dieu forma le premier homme du limon de la terre et souffla dans ses narines un souffle de vie , l'historien sacré ajoute : « Et Adam fut fait âme vivante (Etç 4'^X'n'^ ZuxJdv) ». Saint Paul insère l'épithète primus , afin de préparer l'opposition qu'il voulait établir entre le premier Adam et le second. Adam était donc, en vertu même de son origine, un homme psychique ; il avait par conséquent un corps psychique, dans le sens indiqué plus haut. Sans doute il avait été doué en même temps du nvEUfiia ; mais comme le texte cité ne mentionne pas ce fait, et que d'ailleurs le premier homme, après sa chute si prompte, vit diminuer notablement l'hégémonie de cette partie supérieure de son être, l'apôtre passe également ce point sous silence. — Par les mots novissimus Adam in,.., Paul oppose très fortement Notre -Seigneur Jésus -Christ, le fondateur de l'humanité régénérée, à notre premier père. Cf. Rom, v, 14. A l'heure de sa résurrection, le Christ a été transformé in spiritum viviftcantem (elç -rcveOixa t^tooirocoOv ). Non seulement son humanité a été alors transfigurée, ne dépendant plus que du 7tve0(ia et soustraite aux faiblesses de la 4'^X'*! i '^^^s il est devenu capable de fournir aux corps de tous les justes le principe d'une vie nouvelle et parfaite. Cf. Col. m, 21. Les rabbins appelaient aussi le Messie 'Adam hâ'aharon, le dernier Adam. — Sed non prius... (vers. 46). Pourquoi l'état spirituel, étant le plus parfait, n'a -t- il existé qu'après l'état simplement psychique ? L'apôtre se borne à indiquer ce mode de succession sous la forme d'un axiome, sans indiquer le motif qui l'a occasionné. D'ailleurs, c'est une loi assez générale, dans la sphère de la nature, que l'imparfait précède le parfait, et Dieu règle souvent sa conduite d'après cette loi. — Qtiod spiritale,... animale. La Vulgate a très bien traduit, car les adjectifs Tzvev\iaxixôv et ^-O'/^ixàv sont pris substantivement en cet endroit. C'est à tort que quelques auteurs sous -entendent le mot au)\).y. : d'abord le corps spirituel, puis le corps psychique. Cet axiome est développé et appliqué successivement, d'abord aux deux pères de l'humanité, vers. 47, puis à leurs descendants, vers. 48, — De terra.
I Cor. XV, 47-51.
47. Le premier homme, formé de la terre, est terrestre; le second homme, venu du ciel, est céleste.
48. Tel qu'est le terrestre, tels sont les terrestres ; et tel qu'est le céleste , tels sont les célestes.
49. Comme donc nous avons porté l'image du terrestre, portons aussi l'image du céleste.
f)0. Ce que je dis, frères, c'est que la chair et le sang ne peuvent posséder le ro3''aume de Dieu, et la corruption ne possédera pas non plus l'incorruptibilité.