I, 12-VII
Après cette entrée en matière, dans laquelle il n'a pas moins manifesté sa foi et sa piété envers Dieu que son affection pour les fidèles de Corinthe, Paul aborde immédiatement le thème de sa justification personnelle, rendue nécessaire par les accusations de tout genre que ses adversaires avaient lancées contre lui.
§ I. — Personne à Corinthe n'était eu droit de l'accuser de manquer de sincérité. I, 12-
Paul entre ici dans quelques détails minutieux ; mais il fallait bien qu'il suivît l'attaque là où elle s'était portée.
10 Loyauté parfaite de ses relations avec les Corinthiens. I, 12-14.
12. Sa conduite en général a été irréprochable. — Nam gloria... « Ces paroles se lient intimement à celles qui précèdent. Paul venait de demander aux Corinthiens leurs prières en sa faveur... ; il ajoute qu'il croit les avoir méritées. » — Glofia nostra. Le grec (xaûxT^otç •rifj.cov) serait mieux traduit par « gloriatio nostra ». Cette glorification de l'apôtre consistait Chœc est) dans le témoignage très net que sa conscience lui rendait de la droiture perpétuelle de. sa conduite. — In simplicitate. Le mot cordis manque dans le texte grec et dans la plupart des manuscrits latins. Au lieu de èv àitXé- T-/)Ti, en simplicité, leçon garantie par la plupart des témoins, quelques critiques contemporains préfèrent la variante âv àyiôrqxi, en sainteté, favorisée par quelques manutcrits très
II Cor. I, 13-15.
simplicitate cordis et sinceritate Dei, et non in sapieiitia carnali, sed in gratia Dei, conversati sumus in hoc mundo, abundantius autem ad vos.
13. Non enim alla scribimus vobis quam quae legistis, et cognovistis ; spero autem quod usque in finem cognoscetis ,
14. sicut et cognovistis nos ex parte, quod gluria vestra sumus, sicut et vos nostra, in die Domini nostri Jesu Christi.
15. Et hac confidentia volui prius vemire ad vos, ut secundam gratiam haberetis ,
nous nous sommes conduits dans ce monde, et surtout à votre égard, dans la simplicité du cœur et la sincérité de Dieu, nullement avec la sagesse de la chair, mais dans la grâce de Dieu.
13. Car nous ne vous écrivons pas autre chose que ce que vous avez lu et reconnu ; et j'espère que vous reconnaîtrez jusqu'à la fin,
14. comme vous l'avez reconnu en partie, que nous sommes votre gloire, de même que vous serez la nôtre au jour de notre Seigneur Jésus -Christ.
15. C'est dans cette confiance que je voulais aller d'abord chez vous, afin que vous eussiez une seconde grâce ,
anciens, mais qui donne un sens moins satisfaisant. La simplicité est opposée ici à la duplicité.
— Et sinceritate. Le génitif Dei n'est pas , comme le pensent quelques commentateurs, un superlatif à la façon hébraïque (cf. Ps, lxvii, IG : les montagnes de Dieu ), pour désigner une sainteté très grande, idéale. Il n'équivaut pas non plus à « erga Deum »; mais il marque l'origine de la qualité en question : une sincérité venant de Dieu, octroyée par lui. — loi sapientia carnali. Paul nomme ainsi des considérations humaines, suggérées par la chair et l'intérêt propre. Il n'avait aucune arrière -pensée de ce genre, — Sed in gratia... C'est l'opposé de la sagesse charnelle, car la grâce divine n'excite que des sentiments nobles , généreux , et donne la mort à l'égoïsme, à l'astuce. — Le trait délicat abundantius... ad vos ne signifie pas que la conduite de l'apôtre avait été moins sincère ailleurs qu'à Corinthe, mais seulement que les Corinthiens, chez lesquels il avait résidé plus longtemps, avaient eu plus de preuves de sa simplicité et de sa loyauté.
13-14. Ses lettres ont toujours été empreintes de sincérité. — Nun enim alia... Elles avaient été l'expression vraie de sa pensée. — Qiise legistis, et... Au temps présent dans le grec, et avec un jeu de mots intraduisible : a àvaytvojcrxcTc Y) xal eTiiyiv(j!}<yv.zxz. Ce qu'on lisait, c'était le sens naturel des mots ; ce que l'on connaissait, c'était Paul, tel que sa manière d'agir et sa prédication l'avaient révélé. Il ne fallait pas chercher autre chose dans sa correspondance, qui ne cachait et ne colorait rien.
— Spero awiem... L'apôtre exprime la confiance qu'à l'avenir les Corinthiens feront une expérience de plus en plus complète de sa sincérité, de sorte qu'au jour du jugement général, ils poorront se glorifier de l'avoir eu pour maître, tandis qu'il se glorifiera lui-même de les avoir eus ix)ur disciples. — La proposition sicut et cognovistis... (vers. 14) forme une petite parenthèse. — Ex parte. D'après les uns : d'une manière imparfaite, par contraste avec la connaissance parfaite que les Corinthiens auront de Paul dans l'autre vie. D'après les autres, cette
restriction porterait plutôt sur le nombre que sur le mode : Beaucoup d'entre vous me connaissent actuellement, mais non pas tous. La première interpi'étation cadre mieux avec le contexte. — Gloria (xaûx^if-a) vestra : un sujet de gloire pour vous. — In die Domini.,. : au jour solennel où Jésus -Christ viendra juger les vivants et les morts. Alors tout sera mis en pleine lumière.
2" Son changement d'itinéraire ne doit pas être attribué à la légèreté. I, 15-11, 17.
Avant d'écrire sa première épître aux Corinthiens, saint Paul avait conçu et leur avait communiqué un plan de voyage qui était tout au rebours de celui dont il avait commencé l'exécution lorsqu'il écrivait la lettre actuelle. Son premier dessein consistait à aller directement d'Éphèse à Corinthe par mer, à visiter ensuite les Églises de Macédoine, et à revenir ensuite à Corinthe, d'où il irait à Jérusalem. Mais voici qu'au contraire il s'était dirigé tout d'abord d'Éphèse vers la Macédoine, où il se trouvait depuis quelque temps. Cf. il, 12-13; I Cor. xvi, 5 et ss. Ses adversaires n'avaient pas manqué d'exploiter ce fait contre lui , l'accusant d'instabilité, de mobilité de caractère. Il se disculpe également sur ce point.
15-16. Le premier itinéraire de l'apôtre. — Les mots Et hac confidentia servent de transition. C.-à-d. : dans la confiance que vous ne douteriez pas de ma loyauté à votre égard. — Volui. Les lignes suivnntes prouvent que saint Paul avait fait connaître son intention aux Corinthiens, soit par un messager, soit dans sa lettre malheureusement perdue (voyez I Cor. V, 9 et le commentaire). — Ut... gratiam... C'est sa visite à Corinthe que l'apôtre appelle une grâce pour les fidèles de cette ville, et à bon droit, car il savait que la présence d'un envoyé du Christ est accompagnée de nombreuses bénédictions. Cf. Rom. I, 11; xv, 29, etc. Quant à l'épithète secundam, elle a été diversement interprétée. Suivant Estius et d'autres , la première grâce consistait dans le premier voy^age de Paul à Corinthe et dans la fondation de la chi-étienté qui y florissait; la seconde grâce serait
II Cor. I, 16-20.
16. et passer par chez vous en allant en Macédoine, revenir ensuite de Macédoine chez vous, et me faire conduire par vous en Judée.
17. Ayant donc voulu cela, est-ce que j'ai usé de légèreté ? ou bien , ce que je projette, le projetterais- je selon la chair, de sorte qu'il y ait en moi le Oui et le Non ?
18. Mais Dieu, qui est fidèle, m'est témoin que, dans la parole que je vous ai annoncée, il n'y a pas eu de Oui et de Non.
19. Car le Fils de Dieu, Jésus -Christ, qui vous a été prêché par nous, c'est-àdire par moi, par Silvain et par Timothée, n'a pas été Oui et Non ; mais c'est Oui qui a été en lui.