CHAPITRE î
1. Paul us, apostolus Jesu Christi per voluntatem Dei, et Timotheus f rater, ecclesiae Dei quae est Corinthi, cum omnibus sanctis qui sunt in uni versa Achaia.
2. Gratia vobis et pax a Deo Pâtre nostro, et Domino Jesu Christo.
3. Benedictus Deus et Pater Domini nostri Jesu Christi, Pater misericordiarum, et Deus totius consolationis,
1. Paul, apôtre de Jésus -Christ pra* la volonté^ de Dieu, et Timothée son frère, à l'Église de Dieu qui est à Corinthe, et à tous les saints qui sont dans toute l'Achaïe.
2. Que la grâce et la paix vous soient données par Dieu notre Père, et par le Seigneur Jésus- Christ.
3. Béni soit Dieu, qui est aussi le Père de notre Seigneur Jésus- Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation.
Il se compose de la salutation et de l'action de grâces accoutumées.
l» La salutation. I, 1-2.
Chap. I. — 1-2. Elle ne diffère pas beaucoup de celle qu'on lit en tôto de la première épître aux Corinthiens, i, 1-3 (voyez les notes); elle est seulement un peu plus concise. — Et Timotheus. I Cor. I, 1*», c'est le nom de Sosthènes qui était cité après celui de l'apôtre. Timothée, le disciple privilégié de saint Paul , reçoit cet honneur dans cinq autres épîtres (Phil., Col., I et II Thess., Philem.). Sa mention en cet endroit prouve qu'après être allé à Corinthe (cf. I Cor. IV, 16; xvi, 10-11) il avait rejoint son maître en Macédoine. Il était d'ailleurs très connu des Corinthiens, ayant collaboré à la fondation de leur Église (cf. i, 19 ; Act. xvin, 5). — Par les mots cuin omvibus sanctis Paul dédie sa lettre non seulement à la chrétienté de Corinthe, mais 'aussi à celles qui ^'étaient formées dans la région. — In Achaia. Cette province romaine, dont Corinthe était la capitale, se composait de l'Hellade et du Péloponnèse. ~ Gratia vobis... (vers. 2). Formule identique à celle de Rom. i, 8,
2° L'action de grâces à Dieu. I, 3-11.
Le plus souvent, dans les écrits pauliniens, cette partie de l'épître concerne surtout les bienfaits spéciaux que l(?s destinataires avaient reçus de Dieu. Cf. P>5m, i, 6 et ss. ; I Cor. i, 4 et ss.; Phil. i, 3 et ss., etc. Ici, elle se rapporte directement à l'apôtre et à uhc consolation qui lui avait été envoyée du ciel au milieu de ses tristesses. Néanmoins, elle a trait aussi aux Corinthiens de la façon la plus délicate, car saint Paul y exprime une double certitude : d'abord celle d'être rendu plus capable, par ses tribulations mêmes, de bien remplir son ministère à leur égard, puis celle de posséder leurs sympathies dans ses périls et le secours de leurs prières.
3 -7. Que Dieu soit béni pour les consolations qu'il a ménagées à l'apôtre des Gentils parmi des peines très grandes ! — Benedictus... Comp. Eph. I, 3, où on trouve la même formule. Voyez aussi Rom. i, 25, etc. D'ordinaire, Paul emploie en cet endroit l'expression synonyme : Je rends grâces à Dieu. Cf. Rom. i, 8; I Cor. i, 4; Phil. I, 3, etc. — Deus et Pater... Ces deux noms dépendent d'un seul et même article dans le grec (ô 0£oç xal TcaTyîp); d'où il suit qu'il est mieux de rattacher les mots Domini nostri. . .
II Cor. I, 4-8.
4. qui nous console dans toutes nos tribulations, afin que nous puissions, nous aussi, par l'encouragement que nous recevons nous-mêmes de Dieu, consoler ceux qui sont pressés par toutes sortes de maux ;
5. car, de même que les souffrances du Christ abondent en nous , notre consolation abonde aussi par le Christ.
6. Or, soit que nous soyons affligés, c'est pour votre encouragement et votre salut ; soit que nous soyons consolés , c'est pour votre consolation ; soit que nous soyons encouragés , c'est pour votre encouragement et votre salut, qui s'accomplit par le support des mêmes souffrances que nous souffrons aussi :
7. ce qui nous donne une ferme espérance pour vous, sachant que si vous avez part aux souffrances, vous aurez part aussi à la consolation.
8. Car nous ne voulons pas que vous ignoriez , mes frères , l'affliction qui nous
4. qui consolatur nos in omni tribulatione nostra, ut possimus et ipsi consolari eos qui in omni pressura sunt, per exhortationem qua exhortamur et ipsi a Deo;
5. quoniam sicut abundant passiones Christi in nobis, ita et per Christum abundat consolatio nostra.
6. Sive autem tribulamur pro vestra exhortatione et sainte; sive consolamur pro vestra consolatione ; sive exhortamur pro vestra exhoitatione et sainte, quae operatur tolerantiam earumdem passionum quas et nos patimur :
7. ut spes nostra firma sit pro vobîs, scientes quod sicut socii passionum estis, sic eritis et consolationis.
8. Non enim volumus ignorare vos, fratres, de tribulatione nostra quœ facta
aussi bien au premier qu'au second. Comme l'af Arment saint Jean Chrysostome, saint Jérôme, etc., il n'y a pas le moindre Inconvénient à dire que Dieu est le Dieu de Jésus - Christ , puisque le Sauveur lui-même s'est servi de cette locution. Cf. Joan. XX, 17. Voyez aussi Eph. i, 17. — Le beau titre FaUr niisericordiarum va servir de transition à l'apôtre. Il équivaut à « Père très miséricordieux », Père dont la miséricorde est pour ainsi dire l'essence propre. — C'est précisément à cause de cette infinie bonté que le Seigneur est aussi nommé Deus totius consolationis : un Dieu qui sait préparer toutes sortes de consolations k ceux qui souffrent. — Qui consolatur... (vers. 4). Paul s'applique à luimême, tout en pensant aussi à Timothée et aux autres ouvriers évangéliques (nos), ce qu'il vient de dire de la bonté divine en termes généraux.
— In omni tribulatione... Nulle part autant que dans cette lettre il ne signale les tribulations de son apostolat. Voyez surtout xi, 23 et ss.
— Ut possimus... Dieu répand sur ses missionnaires des consolations spéciales lorsqu'ils sont dans la peine, pour les rendre capables de consoler à leur tour les fidèles atteints par l'épreuve.
— Per exhortationem... D'après le grec : Par les consolations dont nous sommes nous-mêmes consolés par Dieu. De même au vers. 6. — Quoniam sicut... (vers. 5). Preuve que Paul et ses auxiliaires sont à même de jouer le rôle de consolateurs :si leurs afflictions sont nombreuses, leurs joies ne le sont pas moins. — Passiones Christi. Non pas les souffrances endurées par le Christ, mais celles que tout chrétien doit supporter à la suite et à l'exemple de son Maitre. Cf. Gai. VI, 17; PMI. m, 10, etc. — Ita et per Christum... Déjà le psalmiste pouvait dire,
Ps. xciii, 19 : Quand les pensées amères se multiplient au dedans de moi , vos consolations (ô mon Dieu) réjouissent mon âme. A plus forte raison un apôtre du Christ. — Sive autem... ( vers. 6 ). c( Les différents membres de phrase qui composent ce verset sont en désoidre dans les manuscrits. On les trouve arrangés de trois ou quatre manières distinctes. » La leçon primitive est peut-être, d'après les manuscrits grecs les plus anciens : Soit que nous soyons affligés, (c'est) pour votre consolation et votre salut ; soit que nous soyons consolés, (c'est) pour votre consolation, qui opère la patiente soumission aux mêmes souffrances que nous endurons aussi. La Vulgate a une proposition de trop, la troisième, qui est une répétition inutile de la première. Ce passage reproduit sous une autre forme la pensée du vers. 5 : qu'il souffre ou qu'il soit consolé, l'apôtre n'ignore pas qu'en fin de compte tout ce qu'il éprouve a pour but la sanctification des fidèles. — Ut spes nostra. . . (vers. 7). L'objet de cette espérance inébranlable, c'est que les Corinthiens supporteront courageusement leurs épreuves providentielles et qu'ils arriveront ainsi au salut : scientes. . . (ce participe se rapporte à Paul et à ses collaborateurs).
8-11. Un exemple particulier des peines et des consolations de l'apôtre des Gentils. — Non... volumus ignorare... Formule solennelle, assez fréquente dans les écrits de saint Paul. Cf. Rom. I, 13; XI, 25; I Cor. x, 1 ; xii, 1, etc. — De tribulatione... quœ... On ne saurait déterminer avec certitude l'événement spécial sur lequel porte l'allusion. L'opinion d'après laquelle il s'agirait de l'émeute d'Éphèse ( Act. xix , 23 et ss.) n'est pas sans vraisemblance. On a pensé
'îp- tïw*iyu^-;
II Cor. I, 9-12.
est survenue en Asie, dont nous avons été accablés excessivement et au -dessus de nos forces, à tel point que nous étions même las de vivre.
9. Mais nous avons entendu en nousmêmes l'arrêt de notre mort, afin que nous ne mettions point notre confiance en nous, mais en Dieu, qui ressuscite les morts ;
10. qui nous a délivrés de si grands périls, qui nous en délivre, et qui, comme nous l'espérons de lui, nous en délivrera encore ;
11. vous-mêmes aussi nous assistant par vos prières pour nous, afin que, de nombreuses personnes nous ayant obtenu ce bienfait, un grand nombre aussi en rende grâces pour nous.
12. Car ce qui fait notre gloire, c'est le témoignage de notre, conscience, que
est in Asia, quoniam supra modum grava ti su mus supra virtutem, ita ut tœderet nos etiam vivere.
9. Sed ipsi in nobismetipsis responsum mortis habuimus, ut non simus fidentes in nobis, sed in Deo, qui suscitât mortuos;
10. qui de tantis periculis nos eripuit, et eruit ; in quem speramus quoniam et adhuc eripiet ;
11. adjuvantibus et vobis in oratione pro nobis, ut ex multorum personis, ejus quse in nobis est donationis, per multos gratise agantur pro nobis.
12. Nam gloria nostra hsec est, testimonium conscientiae nostrse, quod in
aussi aux « adversarii mulli » mentionnés I Cor. XVI, 9, et à une gnive maladie qui aurait mis la vie de l'apôtre en péril. — In Asia. Dans la province de l'Asie proconsulaire. Voyez I Cor. xvi, 19, etc. — Supra modum... L'épreuve en question fut extrêmement rude, ainsi qu'il ressort de cette petite description très énergique. — Ita ut tsederet... Dans le grec : Au point que Je désespérais de vivre. ~ L'expression respovsum mortis habuimus fait image. L'apôtre se demandait alors : Pourrai - je survivre? Et tout lui répondait, au dedans de lui : Non, tu mourras certainement. — Ut von simus... Sa foi vive lui révélait l'intention que Dieu se proposait en le mettant ainsi à l'épreuve; il fallait qu'il apprît de la sorte à connaître sa propre faiblesse et à mettre toute sa confiance dans le Seigneur. Le trait qui su.'icitat. . . est destiné à bien mettre en relief l'étendue de la puissance divine. — De fait, c'est grâce à Dieu que Paul avait échappé à ce terrible danger : qui de taniis... (vers. 10). On lit dans le grec : Il m'a arraché à une telle mort (ou an pluriel, d'après une variante : à de telles morts). — In quem speramus. . . Le passé était pour l'apôtre une garant ie en vue de l'avenir ; surtout, ajoute-t-il avec sa courtoisie ordinaire, si ses chers Corinthiens imploraient pour lui le secours de Dieu : adjuvantibus... (vers. 11). — La proposition qui suit, ut ex multorum..., est un peu obscure au premier abord, à cause des inversions multiples qu'on y rencontre. En voici, croyons - nous , la meilleure traduction : Afin que la faveur (donationis, '/^y.piG\i.oi.) qui nous sera accordée en coui^ldération de beaucoup de personnes (ex multorum...; mieux : « ex muliis personis ») soit l'objet de l'action de grâces d'un grand nombre pour nous. Paul veut dire : Si vous priez pour moi, comme je l'espère, de même qu'il y aura beaucoup de chrétiens qui contribueront h m'obtenir la grâce de Dieu, de même il y en aura
beaucoup aussi qui remercieront le Seigneur des bienfaits que j'aurai ainsi obtenus.