perfidem enim ambulamus, et non per speciem
8. audemus autem, et bonam voluntatem habemus magis peregrinari a corpore, et prsesentes esse ad Dominum.
n )U3 gémissons comme l'on fait lorsqu'on est chargé d'un pesant fardeau (gravati). Ce poids n'est autre que l'horreur naturelle que la mort nous inspire. Nous voudrions ne point passer par cette « mort amère », ne pas être dépouillés de notre corps actuel , comme dit l'apôtre , revenant à l'image du vêtement , mais supervestiri, revêtir notre corps glorieux, immortel, pardessus ce vêtement mortel transformé. — La nature de cette transformation nécessaire est précisée par les mots vt absorbeatur..., qui rappellent I Cor. XV, 54. — Quod mortale...: le corps actuel. A vita : la vie ressuscitée, qui, dans l'hypothèse, ferait disparaître immédiatement du corps humain, sans la mort et la dis^olution qui la suit, tout ce qu'il renferme d'éléments corruptibles. Voyez Ttrtullien, c. Marcion., v, 12. — Qui autem... (vei's. 5), Pour donner plus de force à son argumentation, Paul ajoute que le désir Intime sur lequel il l'a appuyée n'est pas une chose puiement subjective, sans objet réel, mais un fait dont Dieu lui-même est l'auteur, de sorte que c'est là une garantie indéniable de notre résurrection future. — Efficit. n faut lire , d'après le grec, « effecit » au temps parfait (mieux encore : « disposuit, praeparavit ») : celui qui nous a formés pour cela même (in hoc ipsum): c.-à-d., comme il résulte du vers. 4*», « in hoc ut nolimus expoliari sed supervestiri ». Ce refus énergique de notre nature ne vient pas de nous, mais du Créateur. — Le mot Deus est très accentué : C'est Dieu qui... — Qui dédit nobi'^... Dans le sens de « quippe qui dederit... » : attendu qu'il nous a donné... Ce trait motive l'assertion précédente. — Pignus Spiritus: l'Esprit -Saint en guise d'arrhes. Voyez i, 22 et le commentaire. Dès là qu'il daigne nous donner son Et^prit au baptême, pour nous régénérer, Dieu nous promet davantage encore pour l'autre vie, notamment la gloire de l'éternité bienheureuse. Cf. Rom, VIII, 17.
6-10. Consolants effets que produit pour les ministres du Christ l'assurance de la résurrection.
— C'est d'abord un saint courage (audentes, Oappouvxe;), malgré leurs tribulations Incessantes. Cf. IV, 7 et as. — En outre , ils aspirent constamment à la vraie patrie, vers. 6*»-8 : scientes quonia,m... — Dum sumus in... Plus clairement dans le grec : Tandis que nous habitons (IvSYjîxouvTeç) dans le corps. Cf. vers. 1 et ss. — Peregrinamur. Le verbe £x5ri(xoOfi.ev, qui fait un jeu de mots avec èvÔYifJLcîivTei;, signifie proprement : Nous sommes en exil (a Domino, loin du Seigneur Jésus). C'est une ti-oisième métaphore qui est Introduite ici : notre corps mortel, nommé plus haut la tente, puis le vêtement de l'âme, est maintenant appelé une patrie ; patrie seulement temporaire et d'ordre inférieur, qui n'est en réalité qu'une terre d'exil, si on la compare au ciel, la patrie par excellence et définitive du chrétien. Cf. Phil. m, 20 ; Hebr. xi, 13 et ss., etc. — Per fidem enim... ( vers. 7 ), Ces mots, qui forment une parenthèse, servent à expliquer la formule « peregrinamur a Domino ». Quelques lecteurs auraient pu objecter : Mais ne vivons -nous point dès icibas auprès du Christ? Sans doute, répond l'apôtre; néanmoins, durant la vie présente, notre union à Jésus -Christ est « circonscrite dans la sphère de la fol » ; elle est donc Imparfaite, simplement médiate. Viendra un jour où nous contemplerons le Sauveur directement, face à face, à travers une forme visible (per speciem, 5ià e'tôouç), et alors nous le connaîtrons parfaitement. Cf. I Cor. xiii, 12. — Ambulamus. La fol et la vision sont assimilées à deux régions que nous avons à traverser l'une après l'autre. — Audemus... (vers. 8). Saint Paul reprend la j^hrase commencée au vers. 6, et que la parenthèse du vers. 7 l'avait empêché de terminer. — Bonam voluntatem habemus. Dans le grec : eOôoxoOfjLev , nous désirons. — Magis peregrinari (è%ty][iYiaai). Comme au vers. 6. C. à-d. : Nous voudrions plutôt mourir... Et pourtant l'apôtre ne cachait pas, dans les vers. 2-4, combien la mort lui paraissait .dure en elle - même ; mais il oublie en ce moment
Il Cor. V, 9-11.
9. Et ideo contendimus, sive absentes , sive présentes , placere illi.
10. Omnes enim nos raanifestari oportet ante tribunal Christi, ut référât unusquisque propria corporis, prout gessit, sive bonum, sive malum.
11. Scientes ergo timorem Domini, hominibus suademus; Deo autem manifesti sumus : spero autem et in conscientiis vestris manifestos nos esse.
9. C'est pourquoi nous nous efforçons, soit que nous soyons sortis du corps^ soit que nous y habitions, de lui être agréables.
10. Car il faut que nous comparaissions tous devant le tribunal du Christ, afin que chacun reçoive ce qui est dû à son corps, selon le bien ou le mal qu'il aura fait.
11. Sachant donc combien le Seigneur est redoutable, nous tâchons de persuader les hommes ; mais nous sommes connus de Dieu, et j'espère que nous sommes aussi connus dans vos consciences.
ses terreurs, à cause de l'iminense bienfait qu'elles doivent lui procurer : prassentes esse ( évôr^fxrjaai, habiter) ad Dominum. — Et ideo... ( vere. 9 ). Troisième résultat : le désir et l'espoir de jouir de Notre -Seigneur Jésus -Christ pendant toute l'éternité excite puissamment ses ministres à agir dès ici -bas de manière à lui plaire. — Sive absentes, sive... Le grec renverse l'ordre des deux hypothèes : eïxe èvô/)ijLoCivTe; , et'Te è)tô-/][JLoOvT£; ; soit que nous habitions ( dans le corps ) , soit que nous soyons exilés (du corps); c.-à d., soit que nous vivions, soit que nous soyons déjà morts. Les commentateurs se demandent avec quelque hésitation si ces participes dépendent de contendimus ou de placere. Les morts étant incapables de faire des efforts pour plaire à Dieu, ceux qui adoptent la première construction sont obligés de modifier un peu le sens de £xôr|{jLoOvT£ç, qu'ils traduisent par : ( Soit que ) nous mourions. C.-à-d. : Nous nous efforçons de bien mourir pour le Christ. Mieux vaut adopter le second sentiment, non toutefois de manière à traduire : Nous faisons des efforts pour lui plaire, soit en cette vie, soit dans l'autre; mais, d'après le contexte : Nous mettons notre zèle à lui plaire, quoi qu'il en soit de l'état où nous nous trouverons lors de son second avènement, puisque nous pouvons alors être ou encore vivants, ou déjà morts. Voyez les vers. 2 , 3 et 10. — Motif de ces généreux efforts : Omnes ewim... (vers. 10). Tous , sans exception , il nous faudra comparaître au tribunal du Christ, que Dieu a établi juge du monde entier. Cf. Act. x, 40; Rom. xiv, 10 et ss. ; Apoc. x, 42, etc. Le verbe Tnani/estari dit beaucoup , car il suppose qu'aucun détail de notre conduite n'échappera aux regards de celui qui sicrute tous les secrets des cœurs. — Ut re/erat... C.-à-d., afin que chacun reçoive ce qu'il a mérité par ses œuvres. — Pvopria corporis. La Vulgate et la plupart des Pères latins ont lu : Ta l'Sta toO crwfxaToç. Les manuscrits grecs ont tous : 8tà toO (7W|xaT0ç, les (choses faites) par le corps, c.-à-d., la conduite que fions aurons tenue durant notre existence corporelle, selon l'excellente explication de saint Augustin, En effet, il serait Inexact de rappor-
ter toutes nos actions à notre corps. — Bonum., malum... D'après les uns : le bien et le mal moral. Selon d'autres : la récompense ou le châtiment. La ponctuation du texte grec favorise davantage cette seconde Interprétation.
§ IV. — La vie d'un apôtre. V, 11-VII, 1.
« Après avoir esquissé les deux tableaux du ministère apostolique, celui de sa dignité et de sa gloire (ii, 14-iv, 6) et celui de ses peines et de ses espérances (iv, 7-v, 10), Paul..., est aaené à établir les vrais rapports d'un ministre du Christ avec la communauté des croyants. »
1° Les ministres du Sauveur ne travaillent que par amour pour lui et pour réconcilier les hommes avec Dieu. V, 11-21.
11-13. But que se propose saint Paul en faisant son apologie. — L'expression timorem Domini peut recevoir deux sens, entre lesquels les interprètes se partagent. Le plus souvent, les écrivains sacrés nomment crainte de Dieu le sentiment qui porte l'homme à éviter le mal et à faire le bien en vue du jugement du Seigneur (cf. VII, 1; Eccli. I, 16; Rom, m, 18, etc.). D'autres fois (par ex., Gen. xxxi, 42 ; Ps, XXX, 12; Rom. xiii, 3, etc.), cette locution désigne ce terrible jugement lui-même. Les deux significations conviennent à notre passage ; mais nous préférons la seconde, à la suite de saint Jean Chrysostome, d'EstIus, etc. Dans le premier cas, il semble que l'apôtre n'aurait pas dit : Connaissant la crainte.., ; mais : Ayant la crainte de Dieu, — Même hésitation à propos des mots hominibus suademus, qui peuvent signifier : Nous persuadons aux hommes <le redouter les jugements divins (ou dç^ recevoir^ lévangile); ou bien : Je m'efforce de convaincre/ mes ennemis de ma parfaite sincérité, de la droiture de mes intentions, afin de n'être pour personne une cause de scandale. Le contexte cadre mieux avec cette dernière opinion (saint Jean Chrysostome, Estius, etc.), — Deo autem... ' Très forte antithèse : Quant à Dieu, il est inutile de chercher à le persuader dans un sens ou dans l'autre, puisqu'il connaît à fond toutes choses (manifesti...) — Spero autem... Opposant tacitement et délicatement la grande ma6se
II Cor. V, 12-15.
12. Nous ne nous recommandons pas ce nouveau nous -mômes auprès de vous, niais nous vous donnons l'occasion de vuis glorifier à notre sujet, afin que vous puissiez répondre à ceux qui se glorifient de ce qui paraît, et non de ce qui est dans le cœur.
13. En effet, si nous sommes emportés comme hors de nous-mêmes, c'est pour Dieu ; si nous sommes pleins de boi sens, c'est pour vous.
14. Car l'amour du Christ nous presse, étant d'avis que si un seul est mort pour tous, tous sont morts par là- même ;