Car Dieu a réconcilié le monde
Christ, comme il vient d'être dit, ont reçu de lui une vie nouvelle, par l'intermédiaire de la foi et du baptême. Ainsi transformés, ils ne doivent plus vivre pour eux-mêmes,'»! rechercher l«^urs Intérêts propres {jam non sibi...)^ mais rappoiter toutes leurs actions à la gloire de celui auquel ils doivent toutes choses (sed ei qui...).
— Et resurrexit. Ce trait n'est pas ajouté sans raison ; car si la mort du Christ nous a rachetés et délivrés du péché, sa résurrection est le type et le modèle de notre régénération spirituf-lle.
— Itaque... Dans les vers. 16-17, l'auteur déduit une autre con.-équencc pratique de cette vie nouvelle que nous avons puisée en Jésus-Christ. Lui et ses collaborateurs ne jugent plus désormais des choses et des personnes selon la chair, mais conformément aux lumières de la foi. — Ex hoc (àno toO vOv) : à partir de maintenant; depuis qu'ils sont devenus chrétiens. — Novimus. Dans le sens de juger, apprécier. La formule seruvdum carnem se rattache évidemment à ce verbe et représente une façon de juger, d'apprécier, inspirée par des raisons purement naturelles, tels que sont les préjugés de race ou de condition, l'égoïsme, etc. C'est ainsi que Paul, avant sa conversion , s'était enorgueilli de sa naissance juive, dé sa circoncision, de son pharisaïsme (cf. XI, 18, 22; Gai. i, 14; Phil. m, 4-6). Mais, depuis qu'il avait été régénéré par Jésus-Christ, il avait renoncé à cette appréciation très fausse des hommes et des faits, et il jugeait toutes choses d'après la norme de la foi, la seule vraie, la seule complète. — et si (d'après la meilleure leçon : et xa(, « licet ») cognoinmus... A titre d'exemple, 11 cite les deux jugements qu'il avait portés tour à tour sur le Christ lui-même. Avant sa conversion , il ne l'avait connu que secundum carnem, le regardant comme un homme ordinaire, ou plutôt comme un faux Messie, comme un novateur sacrilège, dont il fallait saper l'œuvre par la base. Maintenant, uni à lui et vivant de sa vie, il l'appréciait à sa juste valeur et pavait reconnaître tous ses titres, tous ses méritos : sed n une jam non... (litote pleine d'humilité). — Si qv.a ergo... (vers. 17). Autre con-
clusion générale. La Vulgate rend imparfaitement le sens. Saint Ambroise, ad Favslin., Ep. xxxix, 4, donne une meilleure traduction du grec : « Si quis est in Christo, nova creatura est. » C.-à-d. : Si quelqu'un a été uni à Jésus- Christ par le baptême, il est devenu une créature nouvelle sous le rapport moral. Cf. Eph. ii, 10, 15; Col. III, 9-10, etc. — C'est avec l'accent du triomphe que Paul insiste sur cette pensée : Vetera transierunt, ecce... Les vieilles choses figurent le vieil homme avec ses inclinations mauvaises, transmises par Adam. Ces mots sont peut-être un écho d'Isa'ie, xlîii, 18-19. — Omnia autem... (vers. 18). C.-à-d., « omnia haec nova ». L'écrivain sacré remonte à la source suprême de ce merveilleux renouvellement : c'est Dieu lui-même qui l'a opéré par l'intermédiaire de son Christ : ex Deo, qui... — Nous pensons avec d'assez nombreux commentateurs que le pronom nos représente tous les hommes, tous ceux du moins qui auront part à la rédemption : en effet, au vers. 19, il a pour équivalent le substantif « nnmdum ». Au contraire, nobis ne se rapporte qu'aux apôtres et aux autres prédicateurs de l'évangile, ainsi qu'il résulte du texte même. — Reconciliavit sibi. Expression fort bien choisie. Par suite du péché d'Adam , nous étions tous devenus l'objet de la colère divine, et nous ne pouvions par nous-mêmes rentrer, en grâce avec le Seigneur, puisque nous étions incapables d'acquitter notre dette envers lui. Mais Dieu, dans sa bonté infinie, nous a envoyé son Fils, le Verbe incarné, qui, par ses soufifrances et par sa mort, a daigné servir à l'humanité de rançon, de propitiation , de sorte que c'est pur lui en réalité (per Christum) que notre réconciliation a été effectuée. Toutefois, comme il est nécessaire que chaque fndividu s'approprie par la foi la rédemption qui a été ainsi offerte au monde entier, il a fallu des prédicateurs pour la faire connaître. Cf. Rom. x, 17. Ce glorieux rôle avait été confié aux apôtres : dédit nobis... — Le vers. 19 ne fait que répéter ces mômes pensées, en les commentant brièvement, La locution erat... reconciUana beaucoup plus
il Cor. V, 20 - VI, 2.
avec lui dans le Christ, ne leur imputant point leurs péchés ; et il a mis en nous la parole de réconciliation.
20. Nous faisons donc les fonctions d'ambassadeurs pour le Christ, comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en conjurons au nom du Christ, réconciliez-vous avec Dieu.
21. Celui qui ne connaissait point le péché, il l'a fait péché pour nous, afin qu'en lui nous devinssions justice de Dieu.
Christo mundum reconcilîans sibi, non reputans illis delicta ipsorum; et posuit in nobis verbum reconciliationis.
20. Pro Christo ergo legatione fungigimur, tauquam Deo exhortante per nos. Obsecramus pro Christo, reconciliamini Deo.
21. Eum qui non noverat peccatura, pro nobis peccatum fecit, ut nos efficeremur justitia Dei in ipso.