‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 312 sur 873 · Mais, lorsque fut venue la plénitude · texte numérisé non relu

Mais, lorsque fut venue la plénitude

§ III. — On est esclave sous la loi, on devient libre grâce à la foi. IV, 1-31.

Saint Paul envisage sous un autre aspect les relations du judaïsme et du christianisme. Les Juifs, placés sous le joug très rude de la loi et poussés par la crainte, se tenaient devant Dieu comme des esclaves en face de leur maître ; au contraire, les chrétiens, délivrés de la loi par Jésus- Christ et unis à Dieu par l'amour que l'Esprit- Saint excite dans leurs cœurs, sont en présence di la divinité comme des fils devant un père, et ils jouissent d'une douce liberté.

1" Le Christ nous a délivrés de l'esclavage de la loi. IV, 1-7.

Ce passage se rattache d'une manière étroite aux lignes précédentes, dont il développe la pensée principale (comp. m, 25).

Chap. IV. — 1-2. Une comparaison. — Dico autem. Petite formule d'introduction. Cf. v, 16, etc. — Quanto tem) ore hères... La comparaison est facile à saisii*. Il s'agit d'un enfant encore en bas âge (v^ttioç, parvulus), dont le père est mort ( telle est l'hypothèse la plus probable ) en lui laissant tous ses biens. Pendant toute la durée de sa minorité, quoiqu'il soit le vrai propriétaire de l'héritage, il est de fait sur la même ligne qu'un esclave {nihil differt...), comme lô: démontre le vers. 2 : sed sub tutoribus et... Le substantif ejriTpd-KOUc désigne en efEet les tuteurs proprement dits, tandis que olxov6[ji,ou; iactorihus) représente les administrateurs du patrimoine. — TJsque ad prcefinitum... Selon quelques interprètes, saint Paul ferait ici allusion à une coutume spéciale des Galates, qui conférait au père le droit de fixer l'âge auquel son fils entrerait en jouissance de l'héritage qu'il lui léguait (voyez César, de Bello GalL, vi, 19) ; mais l'existence d'une telle coutume est insuffisamment démontrée. Il est plus probable que l'expression doit être prise dans un sens très général : J'asqu'à l'époque déterminée communément pour la majorité de l'héritier. L'apôtre « ne songe ici qu'à l'application qu'il va faire de sa comparaison: savoir, que Dieu, auteur de la loi mosaïque, en avait marqué d'avance la diuée. »

3 - 7. Interpi'étation de l'allégorie. — Ita et nos. Ce pronom désigne directement et spécialement les Juifs convertis au christianisme. Comp. III, 23-25. — Cum... parvuli (vT^moi). Cette proposition correspond à « quanto tempore.i. parvulus... » du vers. 1. L'ancienne al- Uance, par rapport à la nouvelle, était donc un Temps d'enfance et de minorité. Les Juifs avaient en perspective un riche patrimoine, mais ils n'en Jouissaient pas encore. — Sub elementis... servientes. De même que l'enfant proposé comme exemple était « sub tutoribus... ». L'expression « les éléments du monde » (xà aTOi)(£Ïa toi; xdcTfxou ) représente ici, comme dans l'épître aux Colossiens, ii, 8 et 20, le judaïsme avec ses institutions et ses rites, qu'elle caractérise « comme quelque chose d'imparfait, de préalable, de rudiraentaire , quelque chose qui n'était calculé que pour ce monde -ci et ses besoins provisoires et passagers, » comme l'A B C religieux par lequel l'humanité devait être préparée à la science évangélique. — At ubi venit... (vers. 4). Jésus nous a, délivrés de l'état de servitude décrit plus haut. — Plenitudo t^,mporis (tb Ti\-fipbi[j.ix ToO /povdu) est une de ces étonnantes locutions qui abondent dans les écrits de saint Paul. Cf. I Cor, x, 11; Eph. i, 10, etc. Dieu avait fixé, dans ses conseils éternels, le temps où la religion juive prendrait fin et ferait place au christianisme. L'apôtre se figure ce temps comme une mesure que les années devaient remplir, en s'écoulant une à une ; quand l'heure voulue du Seigneur fut arrivée, ce fut la plénitude des temps, l'équivalent du « tempus praefinitum...)) (cf. vers. 2). C'est donc avec le Christ qu'a commencé l'ère véritable, à laquelle on ramène à bon droit tout ce qui s'est passé soit auparavant, soit depuis, dans l'histoire du genre humain. — Misit Deus... D'après toute la foxxe du grec : Dieu envoya d'auprès de lui (è^anéaxsiXev, verbe doublement composé).

Cette mission du Fila dans le temps suppose donc qu'il partageait de toute éternité la vi« et l'essence de son Père. Cf. Joan. i , 1 et ss. ; m, 16; viii, 42; X, 34, etc. — Factum ex muliere. Telle est la meilleure leçon : yevdfxevov èx yuvaixdç. La variante yevvtoixevov, né

Gal. IV, 5-8.

des temps, Dieu a envoyé son Fils, formé d'une femme, assujetti à la loi,

5. pour qu'il rachetât ceux qui étaient sous la loi, pour que nous reçussions l'adoption des fils.

6. Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans vos coeurs l'Esprit de son Fils, qui crie : Abba, Père!

7. Ainsi, nul n'est plus esclave, mais fils. S'il est fils, il est aussi héritier par la grâce de Dieu.

8. Mais alors, ne connaissant pas Dieu, vous serviez des êtres qui ne sont point dieux par leur nature.

misit Deus Filium suum, factum ex muliere, factum sub lege,

5. ut eos qui sub lege erant rediraeret, ut adoptionem filiorum reciperemus.

6. Quoniara autem estis fîlii, misit Deus Spiritum Filii sui in corda vestra, clamantem . Abba, Pater!

7. Itaque jam non est servus, sed filius. Quod si filius, et hères per Deum.

8. Sed tune quidem ignorantes Deum, iis qui natura non sunt dii serviebatis.

(d'une ft lime), est exacte quant au sens, mais sans valei.r sérieuse sous le rapport de la critique, car on ne la trouve que dans un tout petit nombre de manuscrits. « Fait de la femme », expression d'humilité, qui rappelle le « Verbum caro factum e^^t » de saint Jean : le Fils de Dieu a daigné naître d'une femme pour nous sauver. Expression, ajouterons - nous à la suite de plusieurs commentateurs anciens et modernes, qui suppose la naissance vii'ginale du Messie , puisque

Marie et l'Enfant Jésus, (Fresque du cimetière de Sainte- Domitille.)

sa mère seule est nommée, et qu'il est présenté comme le Fils de Dieu. — Factum sub lege. Autre humiliation très profonde. Par son origine juive, Jésus était sous la dépendance de la loi mosaïque, et il lui obéit fidèlement toute sa vie. — Ut eos qui..., ut... (vers. 5). Le double but de la « mis>ion » du Fila de Dieu est fort bien indiqué dans ces deux propositions parallèles. En se soumettant à la loi, il en a pris sur lui les malédictions, et il en a brisé le joug pour les Juifs (eos qui sub lege... redimeret ; èÇayooâî^siv, délivrer moyennant rançon). En naissant d'une femme, il est devenu membre de la race humaine, notre frère à tous, et 11 nous a élevés nous-mêmes à la dignité sublime de fils de Dieu (ut a(^0)'tionpm fi.Horum...), fin suprême de l'Incarnation. Assurément nous ne pouvions

être que des fils ad op tifs ; mais notre filiation divine n'en est pas moins très réelle, puisqu'elle nous donne droit à tous les privilèges attachés^ au titre de flls. Comp. le vers. 7^. — Quoniam... estis... (vers. 6). Autre preuve concluante de notre élévation à la dignité d'enfants. — Misit Deus. Comme au vers. 4. Cette fois, c'est l'Esprit-Saint qui est envoyé par Dieu le Père, également pour notre plus grand bien. — In corda vestra : au plus intime de l'être humain. Plus haut déjà, m, 1 et ss., l'apôtre a fait appel à l'expérience personnelle des Galates et au sentiment très vif qu'ils avaient de posséder l'Esprit de Dieu. — Clamantem (xpaÇ&v, expression énergique) : Abba... Voyez Fom. viii, 14-17, passage qui est le meilleur commentaire de celui ■ ci. Une voix int'h-ieure nous dit que Dieu est notre père : nous avons conscience d'être vraiment ses enfants. — Itaque jam non.., (vers. 7). Conclusion des vers. 4-6. D'après la meilleure leçon du grec, il faut lire el, tu es, au lieu de la troisième personne, est. Selon sa coutume assez fréquente, Paul s'adresse tout à coup en particulier à l'un de ses lecteurs, qui représente tous les autres. — Si filius, et hères... Cette conséquence résulte de la précédente, puisque tout flls est héritier. L'héritage du chrétien, c'est la participation au salut messianique promis à Abraham. Cf. iir, 29. — Per Deum. Non par la loi, mais par la miséricorde de celui qui a daigné faire de nous ses enfants.

. 2° Un grave reproche et une tendre effusion de cœur. IV, 8 - 20.

Comme en d'autres endroits de ses expositions dogmatiques, saint Paul s'interr(»mpt un instant pour exhorter ses lecteurs, en s'adressant plus directement à leur âme.

8-11. Folie que commettaient les Galates en se soumettant aux pratiques judaïques. — Ij'apôtre commence par établir un contraste frappant entre leur vie païenne d'autrefois et leur vie chrétienne d'aujourd'hui : Sed tune quidem..., nunc autem... Les adverbes <(. alors » et « maintenant » sont fortement accentués. — Ignorantes Deum... C'est le caractère négatif des païens : ils ne connaissent pas Dieu. Cf. Rom. i, 28; I Thess. IV, 5. — Leur caractère p'>sitif en découla: iis qui . . . non ... Cf. I Cor. x , 20. Natura : en réa-

Gal. IV, 9-12.

9. Nunc autem ciim cognoveritis Deum, immo cogniti sitis a Deo, quomodo convertimini iterumad infirma et egena elementa, quibus denuo servire vultis?

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