PREMIÈRE PARTIE
La splendeur incomparable de l'Egiise . du Christ. I, 3 -III, 21.
L'apôtre va développer cette pensée magni flque : l'Église de Jésus- Christ est une créa' ion divine, décidée de toute éternité, destinée à durer pendant l'éternité; création de Dieu le Père, opérée par l'intermédiaire du Fils, dans l'Esprit- Saint, pour le salut de tous les hommes, qu'elle groupe dans r unité 1» ^lus parfaite.
§ I. — Action dt grâces et prière pour l'Église d' Éphèse. I, 3-23.
1» L'action de grâces. 1 , 3-14.
D'ordinaire, dans les épîtres de saint Paul, cette sainte effusion se rattache plutôt au prologue qu'au corps même de la lettre; c'est le contraire qui a lieu ici et dans l'épître aux Colossiens, l'auteur se jetant immédiatement au cœur de son sujet. Il prend pour thème de son action de grâces la divine institution de l'Église, en vue de la rédemption du genre humain. Cet acte de reconnaissance est plus long, plus ardent, plus solennel que de coutume. Il est aussi plus obscur et plus difficile. Les ver?. 3-14 ne forment qu'une seule phrase, composée de nombreuses propositions incidentes, qui sont reliées les unes aux autres par des pronoms relatifs et qui expriment des idées subsidiaires. Plus que partout ailleurs, l'apôtre se laisse entraîner par son saint enthousiasme, et oublie la syntaxe, pour ne s'occuper que des pensées. Toutefois, il a répété par trois fois, comme un refrain, une expression qui peut servir de jalon pour grouper les différentes idées : c'est la formule « in laudem glorise... », que nous lisons aux vers, 6, 12 et 14. En les traitant comme ure sorte de finale, nous obtenons pour ainsi dire' trois strophes, dont chacune présente sous un aspect distinct la louange adressée à Dieu par saint Paul. 1» Premier motif de louange : la prédestination éternelle , vers. 4-6; 2° Second motif : la mise à exécution de ce décret divlUf
Eph. I, 3-5.
3. Benedictus Deus et Pater Doraini nostri Jesu Cliristi , qui benedixit nos in omni benedictione spirituali in ceelestibus, in Cliristo ;
4. sicut elegit nos in ipso ante mundi consiitutionem, ut essemus sa^ncd et immaculati in conspectu ejus, in cantate ;
5. qui praedestinavit nos in adoptionem filiorum per Jesum Cliristum in Ipsum, secundum propositum voluutatis suse.
3. Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus -Christ, qui nous a bénis dans le Christ de toute sorte de bénédictions spirituelles, dans les cieux!
4. Il nous a élus en lui avant la création du monde, par amour, pour que nous fussions saints et irréprochables devant lui ;
5. nous ayant prédestinés à être ses fils adoptifs, par Jésus -Christ, pour luimême, selon le bon plaisir de sa volonté.
vers. 7-12; 3° Troisième motif: l'appropriation individuelle du salut, vers. 13 --14. Le regard de l'écrivain sacré est ainsi dirigé tour à tour sur le Père , le Fil3 et le Saint-Esprit. Le vers. 3 sert de thème à tout ce passage.
3. Comment les chrétiens ont été bénis par Dieu en Jésus-Christ, de toute éternité. — Benedictus (eùXoyTQTÔ;)... C/iristi. Début identiquement le même que II Cor. i, 3 (voyez les notes). Comp. I Petr. i, 3. Peut-être était-ce une formule liturgique. — Qui benedixit ( ô eùXoyi^o-aç )— Le pronom nos désigne tous les chrétiens ; spécialement, dans le cas actuel, l'auteur ec les destinataires de l'épître. Comme le fait remarquer Théodoret, c'est d'une manière bien différente que nous bénissons Dieu et que noxu sommes bénis de lui : ses bénédictions consistent en actes, en grâces ; les nôtres ne peuvent être que des souhaits et des paroles. — Ses bienfaits sont sans limites, sans nombre : in omni (mot accentué)... L'adjectif spirituali (Trve'j[jLaTtx^) détermine le caractère des faveurs divines auxquelles pensait surtout l'apôtre : elles appartiennent au domaine du 7Tvsu(xa, c.-à-d., de la partie supérieure de l'être humain; par conséquent, h la sphère surnaturelle. Nous en aurons bientôt quelques exemples : la filiation divine, la rédemption, la rémission des péchés, l'espérance du ciel, etc. — Les mots in C(Slefstibus (èv toÎç èTTOupavîoiç) reviendront quatre fois encore dans cette épître (corap. le vers. 20; ii, 6; m, 10 et VI, 12), habituellement avec le sens local. Le ciel est la région d'où nous sommes bénis par Dieu, et où cette bénédiction nous fera entrer à jamais un jour. Cf. Hebr. xi, 16. Il est peu probable que cette locution représente la nature toute céleste et spirituelle des biens promis aux chrétiens, par opposition aux biens terrestres et matériels promis aux Juifs. — In Christo : par son aimable et généreuse intervention, et en vertu de l'union du chrétien avec lui. Jésus-Christ est comme le point central de la contemplation de l'apôtre; il y revient à tout instant dans cette page admirable (voyez les vers. 4,6, 7, 10, 11, 12, 13, 15, 17, etc.).
4-6. La source pz-emière de ces bénédictions, c'est le choix éternel que Dieu a fait des chrétiens pour les justifier, les adopter et les sauver. '— La proposition sicut (xaôujç, en tant que, eelon que) rattache cet acte particulier du Seigneur à l'acte général mentionné au vers. 3. Sa
bénédiction était conforme au plan qu'il avait formé touchant notre salut. — Elegit ( è^sXé- ^aro ) : parmi tous les autres membres du genre humain. De là le nom d'élus (exXexToO, si souvent employé dans le Nouveau Testament. Cf. Matth. XXII, 14 et xxiv, 22; Luc. xviii, 7; Rom. VIII, 33; Col. m, 12; II Tim. ii, 10; I Petr. i, 2; Apoc. XVII, 14, etc. — In ipso correspond à « in Christo » du verset précédent. C'est on vue de notre union avec Jésus, le chef de l'humanité régénérée, que nous avons été choisis. — Cette sélection divine a été faite ante mundi constitutionem (même locution dans Joan. xvii, 24; l Petr. I, 20, etc.); elle date donc de l'éternité. — Elle avait pour but ut essemus... Les adjectifs sancti et immaculati exposent le côté po&itif (ayioi, mis à part) et le côté négatif (à[X(*)[xot , ?tms tache) de la sainteté chrétienne. Celle-ci doit être parfaite. — In conspectu ejus : en pi-ésence de Dieu, et non du Christ. — In caritate (scil., « elegit nos »). C'est l'amour de Dieu pour nous qui a été le mobile de son choix éternel. Cf. n, 4-7; Joan. m, 16, etc. On rattache parfois à tort ce trait à « sancti et immaculati », comme s'il était question de l'amour des chrétiens pour Dieu. — Qui prcedestinavit... (vers. 5). Au participe dans le grec : Nous ayant prédestinés (upoopto-aç...). Sur cette expression, voyez Rom. VIII, 30 et le commentaire. Cet acte est logiquement antérieur au choix divin : nous ne sommes élus que parce que nous avons été prédestinés. — In adoptionem filiorum (zU uioôe- «Ti^av : expression propre à saint Paul ; cf. Rom. VIII, 15, 23 et IX, 4; Gai. iv, 5). Tel est le but sublime de notre prédestination, qui est opérée per Jesum..., parce qu'il en est la cause méritoire. Elle crée entre Dieu et nous des relations Intimes, faisant de lui notre vrai terme (in Ipsum). Cf. Gai. m, 16; Hebr. ii, 10-11, etc. — Secundum propositum... Dans le grec : selon le bon plaisir (eùooxlav) de sa volonté. C'est là r« ultima ratio » de notre élection, sa vraie raison d'être. L'apôtre insistera dans ce passage sur la liberté absolue de Dieu en ce qui concerne notre salut. Comp. les vers. 6, 7, 8, 9, 11. L'homme n'a aucune part à sa propre prédestination, qui est entièrement gratuite du côté du Seigneur, et qui n'est le résultat d'aucun mérite personnel du côté des élus. De là l'effusion de reconnaissance de saint Paul. — In laudem gloriœ . . (vers. 6). Si notre sanctification et notre salut
Epii. I, 6-10.
6. à la louange et à la gloire de sa grâce, par laquelle il nous a rendus agréables à ses yeux en son Fils bienaimé.
7. C'est en lui que nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés, selon les richesses de sa grâce ,