CHAPITRE m
1. Hujus rei gratia, ego Paulus, vinctus Christi Jesu, pro vobis gentibus,
2. si tamen audistis dispensationem gratise Dei, quse data est mihi in vobis ;
1. A cause de cela, moi Paul, prisonnier du Christ Jésus pour vous, les Gentils... ;
2. si toutefois vous avez appris quelle est la dispensation de la grâce de Dieu qui m'a été donnée pour vous.
sa place à son heure. — Constructa. Le grec auvapfJLoXoyoufxévr) est très expressif. Nous le retrouverons plus bas, iv, 16. Il signifie : bien adaptée ensemble, de manière à former quelque chose de compact et de solide. — In templum sanctum,. Plutôt : en un sanctuaire saint ; car le grec a vad; et non lepdv. — In Domino. C.-k-d. en Jésus - Christ , le lien par lequel tous les matériaux du temple sont unis et comme soudés entre eux. — In quo (vers. 22). Comme au verset 21. La pensée, qui était générale dans ce verset , devient très particulière ici : et vos coeedificamini... Les Éphésiens à leur tour sont insérés comme matériaux dans l'édifice sacré. Honneur immense , dès là qu'il doit servir d'habitation permanente à Dieu lui-même (in habitaculum...; le mot grec xaTotxYix-iqpiov n'apparaît qu'ici et Apoc. xviii, 2, dans le Nouveau Testament). — In Spiritu : par l'action immédiate de l'EaprJt- Saint. En effet, c'est lui qui sanctifie chacune des pierres du temple vivant et qui les rend dignes d'en faire partie.
§ III. — Rôle personnel de saint Paul par rapport à l'Église du Christ. III, 1-21.
Ce qu'il vient de dire du salut offert si généreusement par Dieu à tous les hommes, no pouvait manquer de lui rappeler la grande part qu'il avait prise à la prédication de l'évangile, et il expose cette part avec un saint mélange de fierté et d'humilité.
l» Paul a une autorité spéciale pour parler de la manière merveilleuse dont l'Église a été fondée. III, 1-13.
Chap. III. — 1-7. Comment Dieu a daigné lui révéler le mystère de la portion qu'il réservait aux païens dans la dispensation de ses grâces. — Hujus rei gratia. La phrase qui commence ici demeure suspendue. A la description grandiose qu'il vient de tracer, l'apôtre voulait joindre une prière pour qu'elle trouvât une parfaite réalisation chez les chrétiens d'Éphèse; mais, à peine a-t-il pris dans ce premier verset la posture d'un suppliant, qu'il se laisse entraîner par
d'autres idées. Il ne reprendra qu'au vers. 14 la pensée qu'il se proposait d'exprimer ici - même. Toutefois, cette sorte de digression ne nous écarte pas en réalité du thème de l'auteur, car les pensées qu'elle renferme sont du même ordre que celles qui nous ont été présentées depuis le début de l'épître. — Ego Paulus. Le pronom est très accentué. Cf. II Cor. x, 1; Cal. v, 2; Col. i, 23; Philem. 19. — Vinctus Christi. . . Ailleurs aussi l'apôtre prend ce beau titre, qui fait allusion, d'un côté, à son emprisonnement, et, de l'autre, au fait que, dans quelque situation qu'il se trouvât, il était la propriété du Christ. Cf. Philem. 1 et 9 ; II Tim. i, 8. — Pro vobis... C'est pour avoir hautement affirmé les droits spirituels des païens que Paul avait été, quatre ans plus tôt, arrêté à Jérusalem. Cf. Act. xxi, 28; xxii, 22. — Si tamen audistis... (vers. 2). C'est ici que s'ouvre la digression. Les premiers mots paraissent « décisifs » aux commentateurs qui croient que cette épître n'a pas été composée directement pour les Éphésiens (Introd., p. 324, 3°). Cette assertion nous semble fort exagérée. En effet, ce que l'on connaissait à Éphèse au sujet de saint Paul pouvait difficilement être ignoré dans les autres chrétientés de la province d'Asie. Cf. Act, xix, 10, 26, La difficulté demeurerait donc la même dans l'hypothèse d'une lettre encyclique destinée à ces Églises, La mission spéciale de Paul à l'égard des Gentils était une chose connue de tous, lorsqu'il écrivait ce verset. C'est donc par une simple figure de rhétorique qu'il mentionne, sous une forme hypothétique, un fait au sujet duquel il ne pouvait pas exister le moindre doute. La particule Êiye, « supposé que », est employée dans cette même épître, iv, 21, pour marquer une chose entièrement certaine. — Dispensationem : ■uYiv o'txovofxfav, l'office d'intendant. Métaphore par laquelle les ministres de Dieu sont comparés à des économes, à des dispensateurs de ses mystères et de ses grâces. Cf. I Cor, iv, 1-2 ; ix, 17 ; Col. I, 25. — Gratise est au génitif de l'objet : l'administration qui concerne la grâce de Dieu. — L'incidente qux data est... se rapporte plutôt
Eph. III, 3-6.
3. C'est par révélation que ce mystère m'a été manifesté, comme je l'ai écrit ci -dessus en peu de mots.
4. Par où vous pouvez, en les lisant, comprendre quelle est l'intelligence que j'ai du mystère du Christ ;
5. mystère qui, dans les autres générations, n'a pas été connu des enfants des hommes, comme il a été révélé maintenant par l'Esprit à ses saints ajtôtres et prophètes :
6. à savoir, que les Gentils sont cohériiiers, et membres du même corps, et qu'ils participent à la même promesse de Dieu en Jésus -Christ par l'évangile,
3. quoniam secundum revelationem notum mihi factum est sacramentum, sicut supra scripsi in brevi ;
4. prout potestis legentes intelligere prudentiam meam in mysterio Christi,
5. quod aliis generationibus non est agnitum tiliis hominum, sicuti nunc revelatum est sanctis apostolis ejus et prophetis in Spiritu :
6. gentes esse coheredes, et concorporales, et comparticipes promissionis ejus in Cliristo Jesu per evangelium,
à cette grâce même qu'au rôle de dispensateur. — In vobis. D'après le grec : >( in vos », pour vous.
— Quoniam secundum... (vers. 3). Preuve que Paul a reçu de Dieu une grâce particulière en faveur des Gentils. Sur la révélation à laquelle il fait allusion, voyez Act. xxvi, 17-18; Gai. i, II.
— Sacramentum. Le mystère, dit le grec (xb (jLU(7Tr| p 10 v). Voyez i, 9 et les notes. Le vers. 6 en explique la nature spéciale. — Supra scripsi. L'allusion porte sur les versets 1 1 et 8s, du chap. ii. — Prout potestis... (vers. 4). Le grec signifie : D'après quoi (c.-à-d., d'après lesquels passages antérieurs de ma lettre) vous pouvez comprendre ... — Prudentiam meam. Plutôt : mon intelligence. Le mystère du Christ, c'est encore, d'après le contexte et d'après Col. iv, 3, le fait de l'appel des païens à la fol et au salut. Paul, en vertu même des rév^élations exceptionnelles qu'il avait reçues sur ce point, en avait une Intelligence tout à fait claire. — La formule aliis generationibus ( vers. 5 ) revient à celle-ci :
en d'autres âges. C.-à-d., durant les siècles antérieurs à l'évangile. — Filiis hominum esst une expression fréquente dans l'Ancien Testament, pour désigner simplement les hommes en général. Avant la venue duChrist, son « mystère » était entièrement inconnu des païens ; les Juifs, qui auraient pu le comprendre en partie d'après les prophètes (cf. Act. xui, 47; Rom. xv, 8-12), en rejetaient jusqu'à la notion même. D'ailleurs, en ajoutant sicuti nvnc..., l'apôtre suggère qu'un certain genre de révélation avait eu lieu sur ce point. — Sanctis apostolis... et... L'épithète retombe sur les deux substantifs simultanément. Elle relève l'autorité du double témoignnge. Sur les prophètes, voyez ii, 20 et le commentaire. —
In Spiritu. Dans l'Esprit - Saint , par l'Esprit- Saint. Ces mots doivent être rattachés au verbe revelatum est. — Gentes esse... ( vers. 6 ). Voici enfin le contenu du mystère. Il est énoncé en termes très solennels. — Coheredes, concorporaies, comparticipes. Ces épithètes accumulées, dans la composition desquelles entre la préposition « cum » (<yôv), appuient avec insistance sur les droits, égaux à ceux des^ï^.uifs, que les
L'Église issue du judaïsme et rÉglise issue du paganisme reprèseutées symboliquement. (Mosaïque de Sainte - Sabine.)
Gentils possédaient par rapport à la rédemption messianique : les païens étaient les cohéritiers d'Israël en ce qui concerne le ciel , ils ne formaient avec eux qu'un seul corps mj'Stique (cf. ir , 15-16), et comme eux ils participaient désormais à la promesse du salut (cf. ii, 12). Le pronom ejus manque dans le grec. — In Christo Jesu. Ces mots et les suivants, per evangelium, se rapportent aux trois adjectifs. Ce n'est qu'en adhérant étroitement au Christ et en croyant à l'évangile, que les païens peuvent jouir de leurs nobles droits. Comp. I Cor. iv, 16, etc. — Cujus... mini'
Eph. m, 7-10.
7. cujus factus sum minister, secundum donum gratiœ Dei, quae data est raihi secundum operationem virtutis ejus.
8. Mihi omnium sanctorum minimo data est gratia hœc, in gentibus evangelizare investigabiles divitias Christi,
9. et illuminare omnes, quse sit dispensatio sacramenti absconditi a saeculis in Deo , qui omnia creavit ,