Nolite locum dare diabolo
28. Qui f urabatur, jam non furetur ; magis autem laboret, operando manibus suis quod bonum est, ut habeat unde tribuat necessitatem patienti.
s'avance de plus eu plus vers la ruine finale, et cela est conforme à sa nature, puisqu'il est constamment entraîné par les convoitises trompeuses du mal {secundum desideria erroris). Le péché est fort bien nommé une erreur, une tromperie iànûxq ), car 11 promet à l'homme le bonheur, qu'il ne lui procure pas. — Renovamini... (vers. 23). C'est le côté positif de la vie chrétienne : celle-ci nous renouvelle totalement. — Spiritu mentis... (xCo Tiveufiari toO vo6ç,..). Ces deux mots, qui ont entre eux une grande affinité, désignent ensemble la partie la plus intime de notre être supérieur, de noti'e âme. Voyez I Cor. xiv, 14 et le commentaire, pour la nuance exprimée par chacun d'eux, a Spiritu i> ne désigne certainement pas ici l'Esprit de Dieu. — Et induite... (vers. 24). Il ne suffit pas, en effet, de dépouiller le vieil homme et de se tenir ensuite comme sur un terrain neutre; cette opération spirituelle n'est complète que si l'on revêt en même temps Je nouvel homme, et si l'on quitte Adam pour adhérer au Christ. Rom. XIII, 14; Gai. m, 27. — Le nouvel homme est caractérisé par les mots qui secundum Deum creatus... Le caractère intéiieur de l'homme régénéré subit des modifications si profondes , qu'il est vraiment le résultat d'une œuvre créatrice de la part de Dieu. En outre, de même que le premier homme avait été formé à l'image du Créateur, l'homme nouveau reçoit aussi cette divine ressemblance (« secundum Deum »), que le péché d'Adam avait fait en partie disparaître. Cf. Gen. I, 27; Col. m, 10. Enfin, il est dit que cette création a lieu in justitia, et sanctitate... Cest enlever au substantif veritatis une grande partie de sa force, que de le traduire par un adjectif : dans la vraie justice et sainteté. Il est certainement opposé à « erroris » (àTïàTYjç) du vers. 22*>, et désigne la vérité par excellence, la vérité évangélique. La formule entière signifie : dans la justice et la sainteté qui sont le résultat de cette vérité. Par justice, les interprètes entendent généralement ici la perfection des rapporta avec le prochain, et, par aaiuteté, la per-
Comment, — VIII.
fection des rapports avec Dieu. Il est possible que ces deux termes concernent l'un et l'autre nos relations avec le Seigneur, et désignent d'une manière abrégée la vertu. Cf. Luc. i, 75.
2° Quelques instructions particulières sur la manière de mener une vie toute chrétienne. IV, 25 -V, 21.
Elles sont présentées, comme l'exhortation générale d'où elles découlent, sous la forme d'antithèses, qui les met davantage en relief. Elles se suivent « sans ordre systématique, selon qu'une association naturelle r'es idées ou quelque autre préoccupation les aura suggérées » à l'auteur.
25. La véracité et non le mensonge. — Propter quod : parce qu'un chrétien a été créé dans la sainteté de la vérité, comme il vient d'être dit — Déponentes reprend l'image du vers. 22». Cf. Col. m, 8, etc. — Quoniam... invicem... Paul a insisté sur cette pensée en parlant du corps mystique ('e l'Église; or, ce serait une monstruosité si les membres d'un même corps, animés d'un même esprit, essayaient de se tromper réciproquement.
26-27. La rancune et le pardon. — Les premiers mots, irascimini et nolite..., sont un emprunt fait au Ps. iv, 5, d'après la version des LXX. Ils peuvent signifier : Si vous vous fâchez, que ce soit sans aller jusqu'au péché; ou bien : Fâchez- vous de telle sorte que vous ne péchiez pas. En effet , il peut se rencontrer des occasions où une sainte colère est un devoir. — L'apôtre montre par deux recommandations spéciales comment on doit éviter le péché dans la colère, même légitime. D'abord, sol non occidat...: par conséquent, pas de rancune, mais être prompt à la réconciliation. En second lieu, nolite locum... (vers. 27) : ne pas ouvrir en quelque sorte la porte au démon par des sentiments, des paroles ou des actes de haine, qui lui permettraient de pénétrer complètement dans une âme, pour sa ruine.
28. La bienfaisance au Heu du vol. — Qui faruhatur. Le grec emploie le temps présent : Celui qui vole. La Vulgate a actoucl la pensée.
Eph. IV, 29-32.
29. Omnis sermo malus ex orc vestro non procédât ; sed si quis bonus ad redificationem tidei, ut det gratiam audientibus,
30. Et nolite contristare Spiritum sanctum Dei, in que signati estis in diem redemptionis.
31. Omnis amaritudo, et ira, et indignatio , et clamor, et blasphemia tollatur a vobis, cum omni malitia.
32. Estote autem invicem benigni, miséricordes, douantes invicem, sicut et Deus in Christo donavit vobis.
29. Qu'aucune mauvaise parole ne sorte de votre bouche ; mais , s'il y a lieu, quelque bonne parole propre à nourrir la foi, afin qu'elle fasse du bien à ceux qui l'entendent.
30. Et n'attristez pas l'Esprit -Saiut de Dieu, par lequel vous avez -été marqués d'un sceau pour le jour de la rédemption.
31. Que toute aigreur, toute colère, tout emportement, toute clameur, toute injure soient bannis de vous, ainsi que toute méchanceté.
32. Soyez bons les uns pour les autres, miséricordieux, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu aussi vous a pardonné dans le Christ.
— Magis autem... Souvent c'est la paresse qui conduit au vol ; le travail est donc dans ce cas un excellent remède. — Operando manibv^... Comme le faisait saint Paul avec tant de courage. Cf. Act. XX, 35; I Thess. ii, 9 ; II Thess. III, 8, etc. — Quod bonum est : par opposition à tout gain déshonnête. — Le trait ut habeat unde. . . allègue un motif excellent, vraiment chrétien, de travailler avec courage.
29-30. Les conversations édifiantes, au lieu des mauvais discours. — Omnis (mot accentué) sermo... L'adjectif latin malus est un peu général pour traduire le grec craupoç, qui signifie directement : pourri, corrompu. Il est donc probable que l'apôtre a surtout en vue dans cette recommanlation les paroles qui blessent la pudeur, et qui excitent au mal. — La proposition si quis bonus, ad... est elliptique : Si quelque bonne parole sort de votre bouche, qu'elle soit de nature à édifier. — Ad sedijicationem. . . Si les mauvais propos produisent la destruction morale, c'est le résultat contraire qui est opéré par les bonnes paroles : elles édifient et consolident. — Au lieu du mot fldei, la plupart des manuscrits grecs et des versions ont xriç ^pet'a;, comme lo faisait remarquer saint Jérôme. A la lettre : (pour l'édification) de la nécessité; c.-à-d,, de ceux qui en ont besoin. — Ut det gratiam... Ce sera une grâce, un bien spirituel pour les auditeurs. — Nolite contristare... (vers. 30). La connexion est celle-ci : En proférant de mauvais discours, vous contristerlez et outrageriez l'Esprit de Dieu, qui habite en vous. — Sur les mots in quo signati estis, voyez i, 13 et 14. — In diem redemptionis : pour le jour où cette rédemption sera complète, dans l'autre vie. Si l'on
attriste et si l'on éloigne l'Esprit- Saint, on perdra par là même tout droit à la rédemption finale.
31-32. Que la méchanceté fasse place à la charité. — Omnis. Cet adjectif domine toute la liste qui suit, et s'applique à chacune de ses parties : Que toute amertume, toute colère, etc. — Amaritudo et indignatio marquent des sentiments intérieurs : une amertutae secrète, qui fait que l'on se croit toujours offensé par le prochain et que l'on nourrit contre lui des dispositions haineuses; un mouvement passager de colère (ôu- \x6(,), puis celle-ci à l'état permanent (opY'/i). Clamor et blasphemia nous montrent la colère éclatant au dehors, et se manifestant soit par des cris violents (xpauYYj), soit par des paroles outrageantes ( ^Xa(T9T||jia dans le sens large; cf, I Cor. IV, 13; x, 30; Col, m, 8; Tit. m, 2). — Cum... malitia. Expression générale pour désigner la méchanceté. — Estote autem... (vers. 32). D'après le grec : Mais devenez... Contraste avec les mots tollatur a vobis du verset précédent,
— Benigni, miséricordes. Ces deux r.djectifs résument tous les devoirs de la charité chrétienne. — Douantes invicein. Dans le grec : vous pardonnant mutuellement. Jésus -Christ a signalé plusieurs fois cette stricte obligation. Cf. Matth. VI, 12; xviiT, 21; Luc. xr, 4, etc. — Sicut et Deus... Le pardon qui nous a été si généreusement accordé par Dieu est cité « comme un suprême exemple et comme un motif sacré ».
— In Christo. Comp. II Cor. v, 19 : Dieu réconciliait dans le Christ le monde avec lui-même.
— Au lieu du pronom vobis, on lit « nobis i» dans un assez grand nombre de témoins grfûs.
Eph. V, 1-3.