‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 390 sur 873 · Salutate omnem sanctum in Christo Jesu · texte numérisé non relu

Salutate omnem sanctum in Christo Jesu

22. Salutant vos qui mecum sunt fratres. Salutant vos omnes sancti , maxime autem qui de Cœsaris domo sunt.

23. Gratia Domini nostri Jesu Christi cum spiritu vestro. Amen.

et d'un certain nombre de manuscrits grecs (impleat, TzlripûtaoLi), ou bien il leur promet, d'après la leçon la mieux accréditée (uXtipcoctei, « implebit »), une grande abondance des dons divins. — Deus meus. Comme plus haut, i, 9.

— Omne desiderium. . . D'après le grec : tout votre besoin. Sans restriction ; leurs besoins spirituels et temporels tout ensemble. — Secundum divitias... Mesure générale d'après laquelle Dieu récompensera les Philippiens. — In gloria. Ces mots aussi se rapportent au verbe a implebit » : Dieu pourvoira à vos besoins d'une manière qui tournera à sa gloire. D'après une autre interprétation, mais moins bien : en vous accordant la gloire éternelle. — In Christo... Le Christ est pour ainsi dire le domaine dans lequel aura lieu cet acte divin. Cf. Col, ii, 9-10. — Deo autem... (vers. 20). A la magnifique promesse qu'il vient de faire, l'apôtre associe la louange du Dieu infiniment bon et infiniment puissant qui doit la réaliser : Deo... et Patri... C.-à-d. : au Dieu qui est en même temps votre Père. Sur cette formule, voyez Gai. i, 4; I Thess. i, 3, etc.

— In ssecula sseculorum : et; Toù; alwvaç tcov acàivfov, dans les âges des âges, h tout jamais. Cf. Gai. I, 5; I Tim. i, 17; II Tim. iv, 18, etc.

21-22, Salutations finales. — Salutate... L'apôtre charge d'abord les chrétiens de Pliilippes

de se saluer mutuellement in Christo... — Omnem sanctum. Chaque membre de la communauté individuellement. Sur ce nom, voyez i, 1, etc.

— Salutant vos... (vers. 22). Paul salue ensuite ses lecteurs au nom du cercle intime des collaborateurs et des amis qui l'enfouraient (qui mecum... fratr es) , et de toute l'Église de Rome (salutant... omnes sancti). — Le trait maxime... qui de Csesaris domo... a très justement attiré l'attention des interprètes , depuis les temps les plus anciens. Il ne désigne pas les membres de la famille impériale, mais, d'après la signification ordinaire du mot « domus » en pareil cas (voyez Rom, xvi, 11 et les notes), les esclaves, les affranchis, les serviteurs, un certain nombre de fonctionnaires, dont quelques-uns pouvaient occuper des situations importantes. Le palais impérial lui- môme envahi par la foi chrétienne, c'était toute une révolution morale, prélude d'une prise de possession complète du trône trois siècles plus tard. On ne saurait dire pourquoi saint Paul insiste avec tant de force sur cette salutation spéciale (« maxime ») ; peut-être les personnes en question avaient -elles été en rapports directs avec l'Église de Philippes.

23. Souhait servant d'adieu, — Gratia... La formule est identiquement la même que dans les épîtres aux Galates, vi, 1 8, et à Philémon , 25.

— Il n'est pas sûr que VAmen soit authentique, pas plus que celui qui termine le vers. 20,

ÉPITRE

AUX COLOSSIENS

INTRODUCTION

lo La ville et la chrétienté de Colosses. — Colosses était une ville très ancienne de la province de Phrygie, dans la partie S.-O. de l'Asie - Mineure ^. Elle était bâtie sur les bords du Lycus, non loin de Laodicée et de Hiérapolis^. Hérodote la mentionnait déjà'* comme une cité importante et prospère, et Pline l'Ancien^ la compte parmi les « celeberrima oppida ». Elle souffrit beaucoup d'un tremblement de terre qui eut lieu l'an 60 de notre ère ^. Elle fut détruite par les Sarrasins durant le cours du vue et du viiie siècle ; plus tard, une forteresse appelée « Chonse »'', qui subsiste encore sous la dénomination de Ghonas, fut construite à quelque distance des ruines de l'antique cité.

A deux reprises, au commencement de son second et de son troisième voyage apostolique, saint Paul avait parcouru et évan^iélisé divers districts de la Phrygie ^. Toutefois, plusieurs passages de notre épître supposent qu'il n'était jamais allé à Colosses, et qu'il n'avait pris aucune part directe à la fondation de la communauté chrétienne qui s'y était formée^. On regarde généralement comme Tauteur principal de cette fondation Epaphras, dont il est parlé au début et à Ja fin de la lettre ^°.

Comme celle d'Éphèse, l'église de Colosses se composait en majpure partie' de convertis issus de la gentilité ^^ L'élément juif n'y était représenté que dans une petite proportion ^^.

2o L'occasion et le but de l'épUre aux Colossiens ^^ sont clairement déterminés par l'auteur lui-même. Son ami Epaphras, dont le nom vient d'être pi'onoricé,

' Pour les commentaires catholiques, voyez la p. 12. Nous ajoutons ici celui de A. Messmer, ErTdserung des Kolosserbriefes , Brixen, 1863. Voyez aussi F. A. Henle, Kolossse und der Brie/ des h. Aposteîs Paulus an die EoJosser, Munich, 1887.

^ Voyez VAtl. géogr. de la Bible, pi. xvii.

^ Comp. Col. II, 1 et iv, 12-13, où nous apprenons qu 'Epaphras exerçait le saint uiinislère dans cette triple région.

■ ■* ni-t 30. Comp. Xénophon, Anab., i, 2, C,

* Hist. nat., v, 32, 41.

^ Tacit'3, Anv., xiv, 27.

"^ Du grec yoivoLi, entonnoirs, à cnuse les ouvertures f-outerraines dans 1 squelles le Lytus se perd par instants.

8 Cf. Act. xvr, 6, et xvm, 23.

9 Voyez Col. i, 3 et ii, 1.

^^ Col. I, 7 et XV, 12-13.

^* Cf. Col. I, 21, 27; ii, 13; m, 6-7,

^2 Col. II, 11, 14, 16.

^•^ Pour l'authenticité, voyez ITntrod. gén., p. 8 et 9. Elle a été niée de nos jours par quelques rationalistes. Sur le lieu et la date de la compo- : sition , Toyez la p. 324.

396 ÉPITRE AUX COLOSSIENS

l'avait rejoint à Rome et lui avait rendu compte de Tétat de la chrétienté de Colosses. Des docteurs fallacieux s'étaient introduits parmi les fidèles, et répandaient des erreurs très dangereuses. D'une part, ils affirmaient, comme les anciens judaïsants *, la nécessité d'observer encore la loi mosaïque; de l'autre, préludant aux doctrines perverses qui, un siècle plus tard, s'étalèrent au grand jour sous le nom prétentieux de Gnose ^, ils enseignaient l'existence d'anges incréés, par l'intermédiaire desquels l'homme doit s'approcher de Dieu , plus encore que par Jésus-Christ ^. Ces hommes étaient chrétiens, et très probablement convertis du judaïsme. Il n'est pas possible, d'après les détails incomplets que nous fournit cette épître à leur sujet, de reconstituer exactement leur système *\ mais il est certain que l'on doit voir en eux les précurseurs des futurs Gnostiques^, et que leurs théories étaient empruntées en partie au judaïsme, en partie aux cultes païens de la Grèce et de l'Orient.

La nouvelle du péril qui menaçait les Colossiens excita le zèle de Paul, qui leur écrivit aussitôt cette lettre, en se proposant d'abord, d'une manière générale, de les confirmer dans la foi et dans la pratique des vertus chrétiennes, puis, d'une façon toute spéciale, de les prémunir contre les erreurs dans lesquelles on essayait de les entraîner. Dans ces conditions, on comprend que ces pages soient en partie polémiques.

La lettre fut confiée à Tychicus , qui était aussi chargé de porter celles que l'apôtre avait adressées aux Éphésiens et à Philémon ^.

30 Le sujet traité et la division. — L'idée mère de notre épître est contenue dans cette simple proposition: Le Christ est à la tête de toutes choses. Non seulement saint Paul met ici en parfaite lumière la divinité de Jésus- Christ, mais il rend pour ainsi dire sa vraie place à l'unique Rédempteur auquel les hérétiques de Colosses osaient adjoindre d'autres sauveurs et médiateurs multiples. C'est par Jésus-Christ que tout a été créé, par lui seul que les hommes sont régénérés et réconciliés avec Dieu. Son rôle est véritablement unique, et le Christ est incomparablement supérieur aux membres les plus relevés de la hiérarchie angélique. C'est lui qui uoit tjus les êtres créés, tous les esprits célestes, tous les hommes, tous les chrétiens, dans un ensemble des plus harmonieux. C'est donc à lui qu'il faut adhérer inébranlablement par Ja foi , et c'est de sa vie que Paul croyait déjà vivre. On voit, par cet aperçu sommaire, à quel point l'épître aux Colossiens est riche sous le rapport christologique.

Après la salutation accoutumée, i, 1-3^, nous avons le corps de la lettre, i, 3^- IV, 1, qui se divise en deux parties, dont la première, i, 3^ -11, 23, est à la fois doctrinale et polémique, tandis que la seconde, m, 1-iv, 1 , est morale et pratique. Vient ensuite la conclusion, iv, 2-18. La première partie comprend deux sections : l'une didactique, i, 3*^-29, où il est question de la personne et de l'œuvre du Christ; l'autre polémique, 11, 1-23, qui réfute les enseignements erronés des faux docteurs. Deux sections pareillement dans la seconde partie : 1^' Exhoriations d'un caractère général, m, 1-17; 2° Exhortations relatives à la vie de famille, m, 18-iv, 1 '.

* Col. II, 11, 16-17, 20 et ss., etc.

* rvwatç, la science par excellence. Cf. Col. 11, 8. 3 Cf. Col. II, 18.

* Ceux qui ont tenté de faire cette reconstitution b'écartent les uns des autres dans les sens les plus divers.

^ Ce qui caractérise les séducteurs contre lesquels va lutter l'apôtre caractérise également les premiers Gnostiques : spéculations théoso-

phiques, culte excessif des anges et des esprits, fausse humilité, maintien de plusieurs pratiques juives, jeûnes et autres austérités rigoureuses, etc.

6 Cf. Col. IV, 7-9; Eph. vi, 21-22.

' Pour une analyse plus détaillée , voyez le commentaire, et notre Biblia sacra, p. 1300«

ÉPITRE AUX COLOSSIENS 397

40 Rapports de Vépître aux Colossiens avec Vépître aux Ephe'siens. — La ressemblance qui existe entre ces deux écrits est très frappante. Elle se manifeste soit dans le sujet traité, soit dans l'ordonnance générale des pensées, soit dans un certain nombre de détails et même d'expressions identiques. En ce qui concerne ce dernier point, il suffira de comparer les passages suivants, pour se faire une idée de l'affinité qui existe entre ces deux lettres.

Eph.

Col

Eph

Col.

Kl, 5.

VI, 5 et ss.

III, 22 et ss.

VI, 18 et ss

IV, 2 et ss.

Que conclure de cette liste, que nous aurions pu allonger notablement? Dironsnous, avec les critiques rationalistes^, que l'une des deux épîtres est l'œuvre d'un faussaire? Assurément non. Une circonstance très simple et très naturelle explique tout. Saint Paul composa ses deux lettres à la même époque, puisqu'il les confia au même messager ^ ; de plus, les chrétientés auxquelles il les adressa étaient dans la même région et se trouvaient à peu près dans les mêmes conditions; il traita par conséquent des sujets connexes. On '•onçoit donc aisément la dépendance mutuelle des deux écrits.

Mais, d'un autre côté, malgré ces coïncidences remarquables, chacune des épîtres a son originalité particulière, dans r^^nsemble comme dans les détails. Ainsi, pour ne signaler que quelques traits, le ton ne devient jamais polémique dans la lettre destinée aux Éphésiens, tandis qu'il l'est très fortement au chapitre II de l'épître aux Colossiens. Eph. i, 3-14, l'action de grâces est géir.érale et porte sur les bienfaits apportés au monde par le christianisme; Col. i, 3-8, 3lle est particulière et roule sur les excellentes dispositions dans lesquelles se trouvaient les chrétiens de Colosses. Rien ou à peu près rien de personnel dans la lettre aux Éphésiens ^, ce qui n'est point le cas pour l'autre épître. Surtout, le sujet n'est pas le même au fond, puisque, dans l'épître aux Éphésiens, il s'agit de l'Église et de sa splendeur, tandis que l'épître aux Colojssiens parle plutôt de la personne et de l'œuvre du Christ.

* Tels d'entre eux prétendent que l'épître aux Colossiens est l'original primitif, dû à la plume de saint Paul, et que l'auteur (inconnu) de l'épître aux Éphésiens l'a simplifiée. D'autres Boutiennent au contraire que la letlre aux Éphésiens est authentique , et qu'elle a été abrégée par l'auteur de l'épître aux Colossiefls. C'est ainsi

qu'ils se contredisent habituellement; fait nécessaire, du reste, quand on ne s'appuie guère que sur des raisons subjectives , la plupart du temps arbitraires.

2 Voyez la p. 396.

^ Voyez la p. 325.

EPITRE

AUX COLOSSIENS

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