Itaque, fratres mei, et vos m.ortifi
objet de honte : in quibus... erubescitis. — Finis illorum mors...: la mort éternelle, la damnation sans fin, d'après le vers. 22*>. — Nunc vero... (vers. 22). Contraste avec le vers. 21. Devenus les heureux esclaves du Seigneur, les chrétiens de Rome étaient libres de ne recueillir, durant cette vie , que des fruits de sainteté, et, dans l'autre vie, le bonheur éternel. — Stipendia... (vers. 23). Autre expression empruntée au service militaire. Le péché est compai'é à un général cruel qui, lorsqu'il s'agit de payer les soldats qui sont à son service, leur donne la mort pour toute solde. Comp. v, 12 et es., où nous avons vu que la mort est le salaire, le cliâtiment du péché. — Gratia autem,.., vita... C.-à-d. : La vie éternelle est le don gratuit (ydtpi<7[xa), la récompense aimable que Dieu daigne accorder aux chrétiens. — In Christo... Encore la cause méritoire de ce don généreux. Comp. le vers. 11, etc.
3" Ceux qui ont été justifiés sont libres par rapport à la loi mosaïque. VII, 1-6.
Cette proposition, simplement énoncée plus haut, est maintenant expliquée et commentée. De nouveau, le langage de l'apôtre est rendu plus saisissant au moyen d'une métaphore, empruntée cette fois aux lois du mariage. C'est encore un argument complet, un syllogisme, que nous avons Ici. La majeure est au vers. 1 ,
la mineure au vers. 4, la conclusion au vers. 6. Chap. VII. — 1-6. La liberté des chrétiens relativement à la loi. — La formule an ignoratis revient à dire : Vous savez certainement. — Scientibus enim... Petite parenthèse pleine de délicatesse courtoise, à la manière de saint Paul. D'après quelques interprètes, le mot legem désignerait la loi romaine; mais cette opinion est peu probable. Il est mieux de dire qu'il s'agit de la loi mosaïque, ou de la loi en général, dont l'apôtre cite immédiatement un principe tout évident, à savoir, que la mort brise les lions les plus étroits et met fin à toutes les obligations humaines : lex... dominatur qwmto... Les rabbins aimaient aussi à répéter que « l'homme, lorsqu'il est mort, est délivré des préceptes ». Les vers. 2 et 3 font, l'application de ce principe à un cas spécial, à la loi matrimoniale. — Quse sub viro. Le mot grec {jTiavôpoç était classique pour désigner une femme mariée. — Alligata... legi. Nuance dans le texte original : (La femme...) est liée par la loi à (son) mari vivant. — Le mari mort, soluta est a lege ; elle recouvre donc sa liberté. — Igitur... (vers. 3) Conclusions pratiques du double fait énoncé au vers. 2. — Itaque,.., et vos... (vers. 4). Vous aussi, comme la femme en question, vous êtes morts ( mortificati) à la loi. Manière de dire : La loi est morte, a cessé d'exister pour vous; elle ne vous oblige
Rom. VII, 6-7.
cati estis legi per corpus Chrîsti, ut sitis alterius qui ex inortuis resurrexit, ut fructificemus Deo.
6, Cura enira essemus in carne, passiones peccatorum, quse per legem erant, operabantur in membris nostris , ut f ructificarent morti.
6. Nunc autem soluti sumus a lege mortis, in qua detinebamur ; ita ut serviamus in novitate spiritus, et non in vetustate litterse,
7. Quid ergo dicemus ? Lex peccatum est? Absit. Sed peccatum non cognovi, nisi per legem ; nam concupiscentiam
aussi vous êtes morts à la loi par le corps du Christ, afin d'appartenir à un autre qui est ressuscité des morts, afin que nous produisions des fruits pour Dieu.
5. Car lorsque nous étions dans la chair, les passions coupables, excitées par la loi , agissaient dans nos membres, et leur faisaient produire des fruits pour la mort.
6. Mais maintenant nous avons été dégagés de la loi de mort dans laquelle nous étions retenus ; de sorte que nous servons dans la nouveauté de l'esprit, et non dans la vétusté de la lettre.
7. Que dirons -nous donc? La loi estelle péché? Loin de là! Mais je n'ai connu le péclié que par la loi ; car je
plus. — Per cm'pus Christi.G.-h-û..,pa,r son corps crucifié , mis à mort. L'expression signifie donc : par la mort du Christ. Jésus- Christ est notre chef; lui mourant, nous sommes tous morts avec lui, en vertu de l'union étroite qui existe entre lui et nous. Cf. vi, 6. — Ut sitis alterius... Notre mariage mystique ayant été dissous par cette mort, nous en avons contracté un autre avec Notre- Seigneur, glorieusement ressuscité (qui ex mortuis. . .). — Le traie ut fructificemus continue l'image. Les enfants sont le fruit du mariage; les fruits de l'union du chrétien avec le Christ consistent dans une vie sainte, digne de Dieu. — Cum enim... (vers. 5). Contraste : avant sa conversion au christianisme, lorsqu'il était encore in carne, esclave de ses sens (cf. viii, 6-7, etc.), le Juif ou le païen portait des fruits de mort, conséquence de ses passions mauvaises (passiones peccatorum, des passions qui conduisent au péché ). Il faut que, devenu membre du Christ, il porte des fruits de vie. — Qu3p, per legem... Ainsi qu'il a été insinué précédemment et qu'il sera bientôt démontré, la loi produit et multii)lie les péchés. — Ut... morti : au lieu de fructifier pour Dieu (cf. vers. 4^). — N^lnc autem... (vers. 6). Les relations du chrétien avec la loi mosaiVjue, qui produisait indirectement la mort ( a lege mortis), ont entièrement cessé. D'après une autre leçon du grec : Mais maintenant, nous avons été délivrés de la loi, étant morts à ce par quoi nous étions retenus (captifs). — Ita ut... Heureux résultat de cette libération : c'est encore la servitude, mais une servitude qui est la vraie liberté. — In novitate,. ., non in vetustate... Belle antithèse. Les mots spiritus et litterœ sont au génitif de l'apposition et marquent ce en quoi consistent l'état nouveau et l'état ancien. La lettre, c'est la loi écrite, la loi mosaïque; l'esprit ne diffère pas de l'Esprit-Saint. L'état ancien, c'est le judaïsme, dirigé par le code des prescriptions mosaïques ; l'état nouveau , c'est le christianisme, qui est régi directement par l'Esprit de Dieu.
§ II. — Ce qu'est la loi pour l'homme -déchu, VII, 7-25
« Passage incomparable, par sa finesse psychologique et par son mouvement dramatique. »
1*' A l'occasion de la loi , le péché a été excité et s'est multiplié. VII, 7-13.
7-12. Rôle de la loi mosaïque relativement au péché : elle l'éveille et le développe dans l'homme. — Quid ergo...? Cf. ni, 5; iv, 1; V7, 1, 15. Nous avons vu avec quel soin saint Paul, à mesure qu'il avance dans son argumentation, se préoccupe de dégager les voies, prévenant les fausses interprétations, éliminant les objections dès leur naissance; c'est ce qu'il fait encore en cet endroit. Les chrétiens d'origine juive, qui faisaient partie de l'Église de Rome, auraient pu se scandaliser de l'assertion du vers. 5, qui semblait supposer que la loi du Sinaï était mauvaise en elle-même ( lex peccatum...), puisqu'elle est, a-t-il été dit, l'occasion du péché. Après avoir écarté d'un mot (Absit) cette fausse conclusion, l'apôtre établit le véritable état des choses : Sed peccatum... — Non cognovi. Il est à noter que dans la plus grande partie de ce paragraphe l'apôtre emploie la première personne du singulier. Cette sorte d'appi'opriatiort communique beaucoup de vie et d'intérêt au tableau tracé par lui. Tous les hommes se ressemblent sous le rapport qu'il envisage ici, et il n'en est aucun qui n'ait ressenti les luttes intimes qu'il décrit avec tant de force et de vérité. « Ego », c'est donc directement saint Paul. C'est aussi, avec lui, non pas l'homme régénéré par le baptême et délivré de l'esclavage de la loi, comme l'ont pensé plusieurs Pères latins et les théologiens du moyen âge, mais plutôt, comme l'admettent aujourd'hui presque tous les interprètes catholiques, à la suite des Pères grecs et de quelques anciens auteurs latins, l'homme déchu, avant le bienfait de la régénération. Ce sentiment cadre seul avec le contexte et avec le but de l'épître. — Nisi per legem. Rien de plus vrai : « la loi produit te
Rom. VII, 8-13.
n'aurais pas connu la concupiscence, si la loi n'eût dit : ïii ne convoiteras pas.
8. Mais le ])éclié, ayant saisi l'occasion, a produit en moi par le commandement toutes sortes de convoitises ; car, sans la loi, le péché était mort.
9. Et moi, je vivais autrefois sans loi; mais quand le commandement est venu, le péclié a repris la vie,
10. et moi, je suis mort; et il s'est trouvé que le commandement, qui devait me donner la vie , m'a donné la mort.
11. Car le péché, aj^aut pris occasion du commandement, m'a séduit, et par lui m'a fait mourir.
12. Ainsi la loi est sainte, et le commandement est saint, juste et bon.
13. Ce qui est bon est-il donc devenu pour moi la mort? Loin de là! Mais le péché, pour se manifester comme péché.
nesciebam, nisi lex diceret : Non concu^ pisces.
8. Occasione autem accepta, peccatum per mandatum operatum est in me omnem concupiscentiam ; sine lege enim peccatum mortuum erat.
9. Ego autem vivebam sine lege aliquando ; sed cum venisset mandatum , peccatum revixit,
10. ego autem mortuus sum ; et inventum est mihi mandatum, quod erat ad vitam, hoc esse ad moxtem.
11. Nam peccatum, occasione accepta per mandatum, seduxit me, et per illud occidit.
12. Itaque lex quidem sancta, et mandatum sanctum, et justum, et bonum.
13. Quod ergo bonum est, mihi factura est mors ? Absit. Sed peccatum , ut appareat peccatum, per bonum operatum est
réflexion à propos de l'objet défendu, la curiosité, le doute, la défiance, l'imagination, le désir, la susceptibilité pour recevoir la semence de la tentation et de la séduction, finalement la rébellion, la transgression. » Cf. Gen. m, 6. La loi provoque ainsi la désobéissance et crée la conscience du péché. Sans elle, celui-ci existe assurément, mais il est mort (cf. vers. S'') ; en d'autres termes, il est latent, on ne le reconnaît pas comme tel. — Goncupiscentia^n. Ce mot implique toutes sortes de désirs mauvais.
— Nesciebam, nisi lex... Les païens eux-mêmes admettaient ce fait, et plusieurs textes célèbres de leurs auteurs classiques sont dans toutes les mémoires : « Nitimur in vetitura semper cupimusque negata » (Ovide); « Quod licet ingratum est, quod non licet acrius urit )j (le même, Amor., II, 19, 3); «Gens humana ruit per vetitum nefas » (Horace, Od., m, 25). — Diceret : 2fon... La loi est personnifiée, et censée donner elle-même ses ordres. — Occasione... accepta ( vers. 8 ). A la lettre dans le grec : Ayant pris un point de départ, un point d'appui. Le péché existe dans l'homme dès la naissance de celui-ci ; mais, sans la loi, il n'a pour ainsi dire pas de base d'opérations. La loi lui fournit l'opportunité dont il a besoin pour déploj'er son activité : per mandatwn... Le « Veto » perpétuel du précepte produit le « Niti in vetitum » mentionné plus haut. — Sine lege enim... Pensée déjà répétée plusieurs fois. Cf. iv, 15; v, 13, etc. — Aliquando (vers. 9). C.-à-d. , dans l'état qui procède la connaissance de la loi positive , avant l'âge de raison. Alors l'homme naturel vit dans toute sa liberté , suivant ses attraits au jour le jour. — Sed cum venisset...: avec l'âge de raison.
— Rev.ixit. Le péché , qui dormait comme le feu 80U8 la cendre, s'est tout à coup réveillé et manifesté de la façon la plus active. Il est aisé de vérifier dans les enfants tout ce que dit ici saint Paul. Souvent, on plutôt habituellement; ils ne pensent pas d'eux-mêmes au mal ; qu'on
leur interdise de le faire, et ils le commettent en pleine connaissance de cause : l'interdiction éveille la concupiscence endormie. — Mortuus sum (vers. 10) : au moral, par l'influence malsaine du péché. — Et inventum est... Triste découverte. La formule est toute générale, comme le remarquait déjà saint Jean Chrysostome. L'apôtre ne dit pas : La loi est devenue pour moi la mort; ou : La loi m'a donné la mort. Il n'attribue pas ce résultat funeste à la lui, mais à ceux qui l'avalent reçue. En la pratiquant, ils seraient parvenus à la vraie vie; c'est pour ne l'avoir pas observé ) qu'ils ont péri. — Quod... ad vitam. En effet, à plusieurs reprises il est affirmé dans l'Ancien Testament (cf. Lev. xviii, 5 , etc.) que la loi avait été donnée aux Hébreux pour que son observance fidèle leur procurât la vie. — Nam peccatum... (vers. 11). Répétition emphatique de la pensée. Le trait seduxit me fait allusion à ce qui s'était passé lors du premier ptché qui fut commis sur la terre : Eve avait été séduite par le serpent tentateur. Cf. Gen. m, 13; II Cor. xi, 3; I Tlm. ii, 14. — Itaque lex... (vers. 12). Saint Paul insiste sur ce fait : la loi est excellente en elle - môme , puisqu'elle provient de Dieu et qu'elle a été donnée aux hommes pour leur bien. Hemarquez l'accumulation des épithètes synonymes : sanctum, et justum... Le [xev (« quidem ») du grec montre que l'apôtre avait dans son esprit un 8é (« autem ») corrélatif; par exemple : Mais le péché a opéré en moi la mort. La pensée n'a pas été achevée.
13. Comment 11 peut se faire que la loi , bonne en elle-même, donne la mort à l'homme. — Quod ergo... C'est ime objection, comme au vers. 7». — Sed peccatum... Réponse directe à la difficulté. Notez la répétition quadruple du mot « peccatum » dans cette sombre description. — Ut appareat...: pour se manifester ouvertement comme péché. — Per bonum. Avec l'article dans le grec : par la chose bonne ; c.-à-d., par la loi.
Rom. YII, 14-18.
milii mortem, ut fiât supra modum peccans peccatum per mandatum.
14. Scimus enim quia lex spiritualis est; ego autem carnalis sum, venundatus sub peccato.