ÉPITRE A PHILÉMON
sentiments, les expressions elles-mêmes, c'est-à-dire, tout ce qui fait reconnaître un auteur, parlent en faveur de l'apôtre.
3» Le fond même de la lettre nous en fait connaître clairement l'occasion et l'objet. Onésime, esclave d'un chrétien nommé Philémon, qui était domicilié à Colosses, ayant offensé un jour gravement son maître, prit la fuite pour échapper au châtiment qu'il avait mérité. & Afin de se dérober aux poursuites, le fugitif ne crut pouvoir mieux faire que d'aller se perdre à Rome , dans le vaste réceptacle de toutes les infamies du monde et de toutes ses misères. La Providence voulut qu'il y rencontrât, on ne sait comment, saint Paul, L'apôtre ouvrit ses bras avec un miséricordieux empressement au malheureux que sa condition et sa faute rejetaient hors de la société. Il l'instruisit, le baptisa, et lui reconnaissant des qualités qui le rendaient propre au service de l'Église, résolut de se l'attacher. Il ne voulut toutefois le faire qu'avec le consentement de Philémon, et c'est pour l'obtenir qu'il lui écrivit. » Tychicus allait précisément partir pour Colosses^; Paul lui adjoignit Onésime, pour qu'ils fissent ensemble ce long voyage.
Trois parties : lo l'introduction accoutumée, vers. 1-7, qui se compose d'une salutation (vers. 1-3) et d'une action de grâces à Dieu (vers. 4-7); '> le corps de la lettre, vers. 8-21, où l'apôtre intercède en faveur d'Onésime (vers. 8-16, l'exposé des faits; vers, 17-21, la demande proprement dite); 3^ la conclusion, vers. 22-25, qui consiste en salutations diverses et en une bénédiction apostolique.
4o Ce petit écrit a son importance spéciale, et il est remarquable aussi par son caractère esthétique. — « On peut désigner à bon droit l'épître à Philémon comme le premier manifeste qui ait paru en faveur de l'abolition de l'esclavage, comme un prélude de ce système plein de sagesse par- lequel l'Église chrétienne a opéré et opère encore aujourd'hui, sans révolution, une immense transformation dans le monde ^. » En vérité, elle jette une vive lumière sur cette question si agitée ^; elle est donc sous ce rapport « un des plus précieux monuments que nous ait légués l'antiquité chrétienne ».
D'autre part, elle est au-dessus de tout éloge au point de vue de la beauté littéraire, de la délicatesse, de l'habileté, de l'urbanité attique. De l'aveu unanime, Paul s'est acquitté de sa tâche avec une finesse et un tact qu'on ne saurait surpasser ^.
^ Cf. Eph. VI, 21-22 ; Col. iv, 7-9.
2 J. Belser, Einleitung in dus N. T., Fribourg-en-Brisgau, 1901, p. 545.
^ Voyez H. Wallon , Histoire de l'esclavage dans l'antiquité, 2^ édit. , Paris, 1879; Paul Allard, les Esclaves chrétiens, Paris, 1876.
^ Comparez, parmi les lettres de Pline le Jeune (Ep. ix, 21), celle dans laquelle l'illustre écrivain implore la clémence d'un ami pour un affranchi rebelle ; elle est fort belle aussi, mais certainement inférieure à celle de saint Paul.
EPITRE