Car il convenait que celui pour
Second privilège, la royauté d'honneur sur tout le monde visible : gloria... corovasti... — Troisième privilège, la royauté de juridiction : et constituisti... — In eo enim... (vers. 8). L'écrivain sacré, argumentant sur ce beau texte, indique de quelle manière surprenante il a été réalisé. — Ce n'est pas dans l'humanité en général qu'il s'est accompli : nunc... necdum... Les faits prouvent que l'homme, comme tel, est
Un soldat romain place une couronne de fleurs
sur la tête de Jésus.
(Sarcophage du musée de Latran.)
encore dans un état d'humiliation et de dégradation. L'accomplissement a eu lieu dans la personne du Fils, de Jésus -Christ : eum autem qui... (vers. 9). — Modico... minoratus... Allu-
sion à l'abaissement volontaire du Verbe Incarné. — Jesum. La place donnée à ce nom sacré le met très en relief. — Passionem mor; tis. C.-à-d., la souffrance qui appartient à i mort, qui est nécessitée par la mort. Cette pas sion et cette mort ignominieuses furent précisément la cause de l'exaltation du Fils de l'homme. Cf. Phil. ii , 8 - 11. Glorieux paradoxe. Dans le plan divin , 'c'était par le sacrifice que le second Adam devait reconquérir la suprématie que le premier Adam avait perdue par le péché. — Vt... Heureuse conséquence de la mort du Christ. — Gratia Dei. Malgré l'ingratitude | des hommes, cette grâce tout aimable a été/ assez puissante pour réaliser les desseins primiy tifs du cœur de Dieu. — Pro omnibus. Dans le grec : « pro omni », c.-à-d. « pro quolibet ». L'emploi du singulier relève l'étendue de la bonté du Christ, qui est mort non seulement pour tous les hommes, mais pour chacun d'eux en particulier. — Gustaret mortem. Comp.l Matth. XVI, 28 et Joan. viii, 52. Cette locution! fait ressortir l'amertume que Jésus-Christ trouvai dans la mort; il eut pour ainsi dire à vkhrl une coupe très amère.
10-18. Le vrai motif de l'incarnation, dea des humiliations et des souffrances de Jésus- Christ, c'est le salut des hommes. L'auteur va faire encore un exposé théologique remarquable. Pour expliquer les derniers mots du vers. 9 , il développe successivement ces trois pensées : Il existe une union intime entre le Fils et les fils, vers. 10-13 ; cette union a été rendue plus complète par l'Incarnation, vers. 14-15; il était nécessaire que le Fils s'incarnât et devînt semblable à nous, vers. 16-18. — Decebat enim... Il convenait : ce n'était pas une nécessité relativement à Dieu, qui était tout à fait libre de nous sauver, libre aussi d'opérer notre salut de telle ou telle manière. Du moyen employé par lui, on peut dire à bon droit avec saint Augustin, de Trinit., 10 : « Non défait Deo allus modus posslbilis ; ... sed sanandae noatrae miseris» non fuit alius modus convenientior. » — Eum
Hebr. II, 1M3.
lequel et par lequel sont toutes choses, qui voulait conduire à la gloire un grand nombre de fils, élevât à la perfection par les souffrances l'auteur de leur salut.
11. Car celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous issus d'un seul. C'est pourquoi il ne rougit pas de les appeler frères, disant :
12. J'annoncerai votre nom à mes frères ; je vous louerai au milieu de l'assemblée.
13. Et encore : Je mettrai ma confiance en lui. Et encore : Me voici, moi et les enfants que Dieu m'a donnés.
omuia, et per quem omiiia, qui multos filios in gloriam adduxerat, auctorem salutis eorum per passionem consummare.
11. Qui enim sanctificat, et qui sanctificantur, ex uno omnes. Propter quam causam non confunditur fratres eos vocare, dicens :
12. Nuntiabo nomen tuum fra tribus meis; in medio ecclesiœ laudabo te.
13. Et iterum : Ego ero fidens in eum. Et iterum : Ecce ego, et pueri mei, quos dédit mihi Deus.
propter..., et per... Paraphrase très solennelle du nom divin : Dieu le Père , en tant qu'il est la cause finale et la cause efficiente de tous les êtres. A ce double titre, il savait de quelle manière il devait racheter l'humanité déchue. — Mullos filios. Au chap. i^'', Jésus -Christ a reçu le nom de Fils ; les hommes le reçoivent maintenant à leur tour, et l'apôtre en tirera un argument spécial. L'adjectif « multos » n'est pas mis en opposition avec « omnibus » du vers. 9 ; 11 a pour but de mettre en relief le nombre considérable de ceux que le Christ est venu sauver. — In gloriam adduxerat. Dans le grec nous trouvons l'aoriste, àyaydvTa, « qui adduxit », parce que l'auteur envisage le salut de l'humanité comme déjà totalement accompli de la part de Dieu. — Auctorem salutis, tov àp'/Tjybv TY)ç o-corvjpfaç. L'ancienne Itala a plus exactement ti'aduit : « dnf^pji] » ou « principem salutis ». L'xpxTlYOç était, à l'origine, celui qui marchait à la tête d'une compagnie d'hommes, et surtout de soldats, comme leur chef ; ce nom reçut ensuite la signification de modèle, puis de cause. Ici, il s'agit donc tout à la fois de celui qui nous conduit au salut et qui nous le procure. — ^er pafifsionem,. Au pluriel dans le grec : par les souffrances. « C'est sur la croix que la gloire future des fils nombreux fut conquise et consommée d'avance ». — Consummare (tsXettoaai ) : amener à la perfection de sa nature et de sa dignité. Le Christ n'atteignit donc cette perfection idéale qu'après sa mort et grâce à elle. Cf. v, 9 ; vir, 28. Paradoxe tout divin , qui va être développé dans les vers. 11-18.
— Q2iL-&uÀmm.. (vers. 11). Raison pour laquelle les chrétiens peuvent être, eux aussi, appelés fils de Dieu : comme le Christ, quoique en un autre sens, ils proviennent du Père. — Qui sanctificat : le Christ, ainsi nommé en sa qualité de pontife et de médiateur, parce qu'il consacre les hommes à Dieu et qu'il les met à part pour son service (qui savctificantiir).
— Ex uno : d'un seul et même Dieu, et non, comme le veulent quelques interprètes, d'un seul homme (Adam ou Abraham). — L'adjectif omnes place le Christ et les chrétiens dans une même catégorie , dont Dieu est l'unique auteur. — Pynptpr quam causam.
C.-à-d., parce qu'ils tirent tous leur origine d'une même source, bien que d'une manière très différente. — jVow confunditur... Il y a, en effet, de la part du Christ, une immense condescendance à donner le nom de frères à des hommes misérables, déchus de leur innocence première. — Dicen?. . . Preuve que les chrétiens sont vraiment fils de Dieu et frères du Christ. Elle consiste en trois textes de l'Ancien Testament , que l'apôtre place sur les lèvres de Jésus lui - même. — Narrabo. . . ( vers. 12 ). Première citation, empruntée au Ps. xxi, 23. Dans ce cantique, après avoir décrit prophétiquement sa passion en termes tragiques, le Christ passe tout à coup à la joie, en se voyant d'avance délivré par Dieu, ressuscité, procurant le salut du monde. Les mots^arrabp nomen... sont précisément les premiers de cette seconde partie du psaume. ^îiriidiua-est le trait principal du passage cité. — Ijtj/jsdio... : au milieu de l'assemblée du peuple de Dieu. — Eao ero... (verset 13). Ce second texte existe sous une forme à peu près identique en trois endroits de la version des Septante : II Reg. xxii , 3 ; Is. vm, 17 et XII, 2. C'est probablement à Is. viii, 17 que notre auteur l'a emprunté , puisque la citation suivante, « Ecce ego et puerl. .. », est extraite d'Isaïe, viix, 18. C'est le prophète qui parle, et il exprime sa parfaite confiance en Dieu, même parmi les jugements terribles portés par le Seigneur contre Israël coupable. Saint Paul envisage Isaïe dans ce passage comme type du Messie. Le participe fidens. porte l'idée principale : c'est seulement comme homme que le Fils pouvait dire qu'il avait confiance en Dieu ; il a donc revêtu la nature humaine, et il est ainsi devenu notre frère. — Ecce eao^.. Troisième citation (cf. Is. viii, 18»), faite très exactement d'après les LXX. Isaïe et ses deux fils, auxquels il avait donné sur l'ordre de Dieu des noms symboliques (cf. Is. vu, 3 et VIII, 4) représentaient le « reste » fidèle que Dieu s'était réservé au milieu de son peuple ingrat; en cela ils étaient la figure du Messie, comme le dit la suite du texte prophétique. Ici, le Christ appelle ses fils (dans le grec : naièia, petits-enfants) ceux qu'il nommait plus haut ses frères. — Quia ergo... (vers. 14). Prenant
Hebr. II, 14-17.
14. Quia ergo pneri communicaverunt carni et sanguini , et ipse similiter participavit eisdein , ut per mortem destrueret eum qui liabebat mortis imperium, id est diabolum ,
* 15. et liberaret eos qui timoré mortis per totam vitam obnoxii erant servituti.
16. Nusquam enim angelos apprebendit, sed semen Abrahae apprehendit.
17. Unde debuit per omnia fratribus similari , ut misericors fieret , et fidelis
14. Puis donc que les enfants ont en partage la chair et le sang, il y a également participé lui-même, afin que, par la mort, il détruisît celui qui avait l'empire de la mort, c'est-à-dire le diable ,
15. et qu'il délivrât ceux qui, par crainte de la mort, étaient toute leur vie assujettis à la servitude.
16. Car ce n'est pas aux anges qu'il vient en aide, mais il vient en aide à la race d'Abraham.
17. C'est pourquoi il a dû en toutes choses être rendu semblable à ses frères,
cette troisième citation pour point de départ, l'auteur va nukitrer conyuent il conveaaJi-qua- Je Clirist mourjLt.jiour naSs sauver, En se faisant homme , le^ Verbe divin se proposait d'atteindre un double résultat : vaincre le démoa^ terrible prince de la mort, e1 r'endre aux
imea la liberté^gHe J^^ ^rt^intifi,/!'^ti''^P"'' Ifi"^ ffVSit enleYée. — Pueri communicaverunt... Manière -de dire que les frères du Christ participaient tous à une seule et même humanité. — Carni et sanguini. D'après le grec : au sang et à la chair. D'ordinaire, dans les fréquents endroits de la Bible où cette locution est employée, la chair est mentionnée en premier lieu. Cf. Matth. XVI, 17; I Cor. xv, 60; Gai. i, 16 ; Eph. VI , 12 , etc. La chair et le sang , c'est la nature humaine envisagée comme faible et mortelle. — Et ipse (pronom très accentué)... pariieipavii... Jésus -Christ aussi a revêtu notre humanité, avec ses faiblesses et ses misères, à part le péché. — Per mortem : en subissant la mort , comme les autres hommes. Fait étonnant, comme le remarque saint Jean Chrysostome, le démon a été précisément vaincu par ce qui était ea principale force. — Destrueret (xaTapyvîaTr), une des expressions favorites de saint Paul) eum qui. . . Jésus est ainsi devenu , comme on l'a dit, la mort de la mort (comp. ce texte liturgique : « Qui mortem nostram moricndo destruxit ») ; toutefois, sous ce rapport, sa victoire ne sera complète qu'à la fin des temps. Cf. I Cor. xv, 26. — Eum qui habebat... Satan n'a jamais eu le droit de faire mourir les hommes à son gré ; mais il était l'auteur de la mort en ce sens que celle-ci provient du péché, qui a été introduit sur la terre par l'Intermédiaire du démom Cf. Gen. m, 19 ; Sap. ii, 24 ; Rom. V, 12 ; Apoc. XX , 10. — Et liberaret... (vers. 15). Autre résultat de l'Incarnation, en connexion étroite avec le précédent : par là mfime qu'il triomphait du démon, Jésus -Christ arrachait les hommes h sa tyrannie. — Timoré mortis. Depuis le péché originel, la mort, qui bii.*e si violemment notre être, est pour nous quelque chose d'affreux. « Dans cette vie, dit un écrit rabbinique, la mort ne permet jamais à l'homme d'être en paix. )> Maint passage des prophètes et dea psaumes relève son caractère terrible. ~
Obnoxii. . . servituti. Cet esclavage consistait précisément -dans la crainte de la mort, crainte écrasante pour l'esprit et pour le cœur. Môme après la rédemption, les hommes n'ont pas cessé d'être soumis à la mort ; mais Jésus - Christ a enlevé à celle-ci la plus grande partie de ses terreurs et de ses amertumes. — L'auteur va démontrer plus clairement encore la nécessité de l'Incarnation : Nusquam (où 6r] tiou, assurément pas; vers. 16)... La particule enim nous ramène à l'assertion « et ipse... participavit... » du vers. 14 : c'est pour les hommes que le Fils s'est fait chair. — Apprehendit est au présent d'après le texte grec. Le verbe evciXafjLêavetai a ici, comme en plusieurs passages des LXX , la signification de mettre la main sur, saisir, pour secourir et pour sauver. Cf. viii , 9 ; Matth. XIV, 31, etc. Le sens n'est donc pas, comme on l'a parfois affirmé : prendre la nature des anges, prendre la nature humaine. Le contexte ne justifie pas cette interprétation. L'apôtre a voulu dire : Ce n'est point parmi les anges, mais pai'mi les hommes, que Jésus a exercé son rôle de sauveur. — Sed semen... Sans article dans le grec : une race d'Abraham. Par conséquent : une race sainte et fidèle, rattachée spirituellement au grand patriarche et reproduisant ses qualités morales. Elle comprend donc aussi bien les païens que les Juifs, à condition qu'ils aient la foi en Jésus - Christ. — Unde (vers. 17) : dès là que le Fils voulait secourir l'humanité déchue. La conjonction 66ev est fréquente dans cette épitre. — Debuit. Le mot grec w:p£iXev marque une obligation qui découle d'une tâche, une fols que cette tâche a été acceptée; ÏTipeuev (« decebat », comp. le vers. 10) exprime une conformité harmonieuse avec les attributs divins. — Per omnia : dans tous les détails de la vie. Ayant pris notre nature, le Verbe en a accepté toutes les évolutions et toutes les éventualités, y compris la souffrance et la mort. « Il fut enfanté, il fut nourri, il grandit, il souffrit, finalement il mourut » (saint Jean Chrysostome). — Fratribus similari. Cf. Phil. ii, 7 : « In slmilitudmem hominum factus. » — Ut..., ut... La première de ces conjonctions correspond à t'va , qui exprime le but immédiat ; la seconde, à la
Hebr. Il, 18 — TII, 1.
afin de devenir un pontife miséricordieux et fidèle dans le service de Dieu, pour expier les péchés du peuple.
18. Car c'est par les souffrances et les tentations qu'il a lui-même subies qu'il peut secourir ceux qui sont tentés.
pontifcx ad Deum, ut repropitiaret delicta populi.
18. In eo enim in quo passus est ipse et tentatus , potens est et eis qui tentantur auxiliari.