Et (ut ita dictum sit) per Abraham
attire d'abord rapidement l'attention sur la grandeur extraordinaire de Melchisédech. Cette grandeur ressort d'un fait déjà cité plus haut, vers. 2'», et sur lequel l'auteur ne tardera pas à argumenter en détail (cf. vers. 5-6») : cui et décimas... Il ne s'agit pas d'une dîme quelconque, mais de prascipuis, de la meilleure partie du butin, et celui qui la paya ne fut autre que le grand patriarche Abraham. Tous les mots sont accentués dans cette phrase : surtout le titre d'honneur ô •7raTpiâp;(Ylç , patriarcha. — Et quidem... (vers. 5-6»), Infériorité manifeste des prêtres lévitiques par rapport à Melchisédech, démontrée par cette dîme que lui offrit Abraham. — De filiis Levi sacerdotium... En effet , c'est exclusivement parmi les descendants de Lévi que le Seigneur choisissait ses prêtres sous l'ancienne alliance. Cf. Ex, xxviii, 1 et ss. ; Num. m, 10; Deut. XXI, 5 et xxxr, 9, etc. — Mandatum habent... : en verlu d'un ordre de Dieu lui-même. Cf. Num. Yviij, 21 et ss. ; Deut. xiv, 22-29. D'après cette institution divme, tout Israël payait la dîme aux lévites, et ceux-ci la payaient »'jx prêtres , de sorte que ces derniers recevaient en réalité la dîme de la dîme. — Secundum legem. L'apôtre insiste sur ce point : c'est d'après une loi formelle que tout Israël devait payer la dîme à ses prêtres, tandis qu'Abraham l'offrit spontanément h Melchisédech. — A fratribus... Autre circonstance extraordinaire, sur laquelle appuie l'écrivain sacré : les prêtres juifs recevaient la dîme de leurs propres concitoyens, issus comme eux du patriarche Abraham. La locution exierunt de lumbis... est un hébr*jame ; cf. Gen. xxxv, 11 ; II Par. vi, 9, etc. — Cvjus autem. . . (vers. 6). Contraste. Le pronom eis ee rapporte aux prêtres lévitiques. Quoique le roi de Salera n'appartînt nullement à cette fatuille, il reçut la dîme d'Abraham luimême. — Et hic quidem. . . Seconde marque d'inféri )rité du sacerdoce mosaïque par rapport à celui de Melchisédech (vers. 6^-7) : le « prêtre du Dieu très haut » bénit Abraham , alors que
Comment. — VIII.
celui-ci semblait placé au-dessus de toute bénédiction humaine, puisqu'il avait déjà reçu de Dieu la grande promesse qui faisait de lui le père de la nation théocratique et l'ancêtre du Messie (cf. Gen. xii, 2 et ss. ; xiii, 14 et ss.). — Le principe Sine ulla autem... (vers. 7) met davantage encore en relief la prééminence de Melchisédech dans la circonstance indiquée. — Et hic... quidem... (vers. 8). L'auteur revient à l'argument tiré du payement de la dîme (Cf. vers. 4-6a), pour prouver que Melchisédech n'est pas seulement supérieur à Abraham, père de la race lévitique, mais qu'il l'emporte directement sur les prêtres juifs. — Hic (d>ôe, ici) : dans le S3^stème de la religion mosaïque, qui était plus rapproché de Vé\ oque où vivait l'auteur. — Ibi (èxei, là) : dans le cas spécial de Melchisédech. — Morientes homines. Ce trait porte l'idée principale. Sous l'ancienne alliance, ceux qui jouissaient du privilège de la dîme étaient des hommes fragiles et mortels, qu'on voyait disparaître tour à tour. Au contraire, de Melchisédech il est attesté (contestatur est pris au sens passif) qu'il demeure à jamais vivant (quia vivit). Ce fait a déjà été mentionné au vers. S^»: la Bible signale l'existence du roi de Salem, qu'elle nous montre dans la plénitude de la vie ; mais elle ne parle point de sa mort. — Autre aspect de la question : Per Abraham, et... (vers. 9). Abraham n'était pas prêtre; bien plus, le sacerdoce lévitique ne fut institué qu'assez longtemps après lui. Mais cela n'enlève rien à la force du raisonnement, puisque le père des croyants, lorsqu'il paya la dîme à Melchisédech, renfermait pour ainsi dire en lui-même tous les germes des futures institutions théocratlques, et par conséquent, ceux du sacerdoce ; d'où il suit que les prêtres , ses descendants à venir, payèrent en lui et avec lui la dîme. — Ut ita dictum... A la lettre dans le grec : Comme pour dire une parole. Ce qui signifie : Si l'on peut parler ainsi. Formule destinée à introduire une assertion un peu
Hebr. vit, 10-14.
et Levi,qui décimas accepit, decimatus est :
10. adhuc enim in lumbis patris erat quando obviavit ei Melchisedech.
11. Si ergo consummatio per sacerdotium leviticum erat (populus enim sub ipso legem accepit), quid adhuc necessarium fuit secundum ordinem Melchisedech alium surgere sacerdotem, et non secundum ordinem Aaron dici ?
12. Translate enim sacerdotio, necesse est ut et legis translatio fiât.
13. lu quo enim hsec dicuntur, de alia tribu est, de qua nullus altari prsesto fuit.
14. Manif estum est enim quod ex Juda ortus sit Dorainus noster; in qua tribu
qui a perçu la dîme, l'a payée par Abraham ;
10. car il était encore dans les reins de son père, lorsque Melchisedech vint au-devant de lui.
11. Si donc la perfection avait pu être réalisée par le sacerdoce lévitique (car c'est sous lui que le peuple reçut la loi), qu'était-il encore besoin qu'il se levât un autre prêtre selon l'ordre de Melchisedech, et non selon l'ordre d' Aaron?
12. Car le sacerdoce étant changé, il est nécessaire qu'il y ait aussi un changement de loi.
13. En effet, celui dont ces choses sont dites est une autre tribu, de laquelle nul n'a servi à l'autel ;
14. car il est manifeste que Notre- Seigneur est sorti de Juda, tribu dont
étonnante. — Levi : l'ancêtre proprement dit des prêtres juifs. — Qui... accepit , decimatus... Lévi reçut la dîme dans la personne de ses enfants ; il la paya dans celle d'Abraham , son aïeul. — Adhuc enim... (vers. 10). Preuve de cette seconde assertion.
11-25. Le sacerdoce lévitique et le sacerdoce du Christ. L'auteur les met maintenant en parallèle d'une manière directe. II démontre que le premier était essentiellement temporaire et transitoire, vers. 11-19, tandis que celui du Christ est éternel et parfait, vers. 20-25. — Si ergo... Les vers. 11 et 12 exposent la signification du changement opéré naguère dans les institutions sacerdotales d'Israël. Elles étalent imparfaites, et pour ce motif elles avalent pris fin; elles tombant, tout le système mosaïque, dont elles formaient une partie essentielle, était tombé avec elles. — Consummatio, xeXstwcrii;. C.-à-d., le pouvoir de conduire les hommes à la perfection sous le rapport moral et religieux; eh d'autres termes, l'action d'établir une union parfaite entre Dieu et l'humanité, Boit ici-bas, soit dans l'autre vie. Noble but, tout à fait honorable pour les prêtres. — La parenthèse populvs... accepit relève l'Importance capitale du sacerdoce dans la théocratie juive. Sous ce sacerdoce isub ipso), envisagé comme étant placé au sommet de l'alliance du Sinaï , le peuple hébreu (o '^i^cn.'ic, la nation par excellence) avait reçu la loi. Manière de dire que les institutions sacerdotales dominaient tout le reste dans la législation mosaïque. — Quid adhuc...? Question pleine de vie, qui suppose une réponse négative. Dieu ne fait rien sans raison; s'il lui a plu d'établir un nouveau sacerdoce, non pas secundum ordinem Aaron, mais « à la manière de Melchisedech », ainsi qu'il l'avait fait annoncer d'avance (cf. v, 6 ), c'est que le premier n'était pas capable de réaliser tout ce que contient l'idée de prêtrise, de prêtre. — Alium, stepov :
non pas seulement autre , mais d'une autre espèce. — Translata enim... ( vers. 12 ). L'auteur fait un pas de plus dans son raisonnement. Le changement des institutions sacerdotales implique celui du système religieux dont elles faisaient partie. Les expressions transi ato et translatio sont des euphémismes, qni signifient en réalité : abi'ogé, abi'ogation. En fait , comme il sera dit dans un instant, le sacerdoce a simplement été transféré d'une tribu Israélite à une autre tribu , mais avec des modifications capitales. — In quo... (vers. 13). Plutôt : « in quem >>, ou « de quo » ; celui auquel s'applique l'oracle du Ps. cix. On va prouver, vers. 13-19, que le nouveau i^acerdoce n'e.-t point selon l'ordre d' Aaron , et que, par suite, l'ancien sacerdoce et la loi mosaïque ont été abrogés. Un premier argument, vers. 13-14, sera tiré de l'origine de Jésus-Christ; un second, vers. 15-17, du témoignage de la sainte Écriture; l'auteur dira ensuite nettement, vers. 18-19, que la loi du Sinaï a disparu en même temps que le sacerdoce lévitique, parce qu'ils étaient l'un et l'autre imparfaits. — Hsec : à savoir, qu'il surgirait un nouveau prêtre, selon l'ordre de Melchisedech. — De alia tiibu: d'une tribu différente de celle de Lévi. — De qua nullus... Les privilèges sacerdotaux étaient réservés d'une manière exclusive à la famille d' Aaron, laquelle appartenait à la tribu de Lévi. Cf. Num. m, 5-8; Deut. x, 8, etc. — Altari prxsto fait. Expression solennelle, qui résume les fonctions des prêtres. — Manifestum... enim... (vers. 14). Les faits attestaient avec une évidence incontestable que Jésus- Christ, le pontife de la nouvelle alliance, descendait, non de la tribu de Lévi, mais de celle de Juda. Cf. Matth. i, 1 et fs. ; Luc. iv. 33- Apoc. v, 5, etc. — Le titre Dominas nosiev (o 7,upioç rjfj.div), sans le nom de Jcsue . 3s;. très rare dans le Nouveau Testament. Cf. I Tim. I, 14; II Tim. i, 8; II Petr. wx, 15. —
Hebr. VII, 15-19.
Moïse n'a rien dit en ce qui concerne les prêtres.
16. Et cela est encore plus manifeste, s'il se lève un autre prêtre à la ressemblance de Melcliisédech ,
16. établi non pas d'après la loi d'une ordonnance charnelle, mais selon la puissance d'une vie indissoluble.
17. Car l'Écriture rend ce témoignage : Tu es prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédech.
18. Il y a ainsi abolition de la première ordonnance, à cause de son impuissance et de son inutilité.