Qui autem scrutatur corda, scit
comme lui sur ce point, puisqu'elle suppose qu'il existe entre la nature et l'homme une cohésion étroite. La nature, nous l'avons dit plus haut, a été entraînée dans la chute de l'homme et punie de son péché. Lui cessant d'être « integer », elle a cessé elle aussi d'être une a res intégra ». Mais, pour le même motif, quand l'homme sera régénéré et transfiguré à tout jamais, la nature partagera également son heureux sort. Comp. Is. lxv, 17-25 et lxvi, 22; Aot. III, 19, 21; II Petr. lu, 13, etc. Voyez aussi saint Irénée, adv. Hser., v, 33, 3. C'était pareillement la croyance des rabbins : « Quoique les choses aient été créées parfaites, elles ont été cependant corrompues lorsque le premier homme a péché, et elles ne reviendront pas à leur état primitif, si ce n'est à l'arrivée du Messie. » — Non solum autem... C.-à-d. : Il n'y a pas que la nature qui souffre et qui se plaigne. L'auteur passe par cette transition au second gérai-sement, vers. 23-25, poussé par l'homme lui - même : Sed et nos ipsi... — Primitias Spiritus (xYjv aTrapxV tou TcveûfJLaxoç) habentes. Allusion aux dons de divers genre que l'Esprit- Saint répandait sur les premiers chrétiens. Cf. Act. II, 4; vni, 17; x, 44; I Cor. xii, 1 et ss.; Gai. V, 22-23; Hebr. ii, 4 et vi, 4, etc. Ici-bas, nous ne jouissons de lui que partiellement ; mais sa présence en nous, quoique imparfaite, est un gage de la pleine possession que nous aurons de lui dans l'état de gloire. Cette sorte d' « acompte provisoire » est appelée par saint Paul prémices de l'Esprit- Saint. Cf. II Cor. i, 22. — Gtm,imus. Les mots intra nos (l\ ÉauToîç, en nous-mêmes) expriment le caractère intime de ce gémissement, dont l'objet est ensuite indiqué : adoptionem... expectantes. Comme il a été dit cl- dessus, vers. 15, nous avons déjà reçu TEsprit d'adoption , qui fait de nous des fils de Dieu ; mais cette filiation ne sera complète que lorsque notre corps à son tour aura été délivré de la corruption, comme l'a été notre esprit par l'union établie entre Jésus-Christ et nous. C'est
là ce qui est marqué par l'apposition redemptionem corporis... La mort et les autres misères qui affligent notre corps disparaîtront un jour. — Le verbe expectantes exprime, comme au vers. 12, une attente très pénible. — Spe enim,... (vers. 24). L'apôtre insiste sur ce caractère imparfait de notre délivrance : notre salut n'existe qu'en espérance ; il ne deviendra que plus tard une réalité complète. Le mot « spe » est placé en avant de la phrase d'une manière emphatique. — Spes... qux videtur. C.-à-d., qui est réalisée , dont on a l'objet sous les yeux , entre les mains. — Non est spes. En effet, ces deux concepts, la possessioi et l'espérance, s'excluent mutuellement : nam quod videt... Ainsi donc , affirmer qu'on espère, c'est dire qu'on ne possède pas l'objet souhaité. — Si autem... (vers. 25). Grande consolation pour le chrétien , au milieu de ses saints désirs non encore assouvis : grâce à l'espérance, il peut attendre patiemment les biens que Dieu lui a promis, et en particulier la jouissance intégrale de ses droits de fils adoptif. ~ Le troisième gémissement, vers. 26-27, est le plus intime et le plus puissant de tous, car il est poussé en nous par l'Esprit-Saint luimême : Similiter... Spiritus. — Infirmitatem nostram. De nombreux manuscrits grecs ont à tort le pluriel ; la Vulgate suit la leçon des meilleurs témoins. -—iVam... L'apôtre va indiquer ce qu'il entend par notre faiblesse : quid oremus... nescimus. Nous ignorons souvent ce 'qui nous est le plus utile; par conséquent, ce que nous devons demander à Dieu avant tout le reste. — Sed... Spiritus postulat... Dans notre embarras, il daigne se faire, lui qui connaît tous nos besoins, notre interprète éloquent; il donne une forme à nos aspirations les plus secrètes et à nos prières inarticulées. — G-emitibvs (car lui aussi , il gémit ) inenarrabilibus : des gémissements dont personne ne peut exprimer le sens par des paroles humaines. — Dieu, du moins, les comprend et les exauce : qui autem... (vers. 27). Sa science infinie est désignée par les
Rom. VIII, 28-30.
quid desideret Spiritus, quia secundum Deum postulat pro sarictis.
28. Scimus autem quoniam diligentibus Deum omnia cooperantur in bonum, iis qui secundum propositum A'ocati sunt sancti.
29. Nam quos prsescivit, et prsedestinavit conformes fieri imaginis Filii sui , ut sit ipse primogenitus in multis fratribus.
30. Quos autem prsedestinavit , hos et vocavit ; et quos vocavit, hos et justifi-
naît les désirs de l'Esprit, parce que c'est selon Dieu qu'il intercède pour les saints.
28. Or nous savons que toutes choses coopèrent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui -sont appelés saints selon son décret.
29. Car ceux qu'il a connus par sa prescience, il les a aussi prédestinés à devenir conformes à l'image de son Fils, afin qu'il fût lui-même le premierné entre des frères nombreux.
30. Et ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés ; et ceux qu'il a appelés,
mots scrutatur corda. Cf. I Reg. xvi, 7 ; III Reg. vm, 39; Ps. VII, 10; Prov. xv, 11, etc. — Quid dtsideret... Dans le grec : tb çpdvyifxa toO TCVsûfxaToç, ce sur quoi est dirigée la pensée de l'Esprit - Saint. Voyez les notes du vers. 5. — Quia. La conjonction oxt peut se traduire de deux manières : parce que ; ou simplement : que. Dans le premier cas, Dieu exauce parce que l'Esprit -Saint demande...; dans le second, Dieu sait que... La seconde interprétation est probablement la meilleure. — Secundum Deum :
couformément à la volonté de Dieu. Cette formule équivaut à « sicut oportet i> du vers. 26. — Pro sanctis : pour les chrétiens. Voyez i, 7» et le commentaire.
28-39. La certitude de notre glorification future nous est aussi garancie par le témoignage de Dieu lui - même. Cette certitude apparaît d'abord dans le décret éternel que Dieu a porté en faveur de notre salut, vers. 28-30. — Scimus... Saint Paul signale au vers. 28 un fait bien capable de nous encourager : tout contribue au bien de ceux qui aiment le Seigneur. — Diligentibus Deum. « Qualité morale à laquelle est rattaché le privilège indiqué ici. » Ces mots contiennent une autre désignation très belle des chrétiens. — Omnia cooperantur... L'adjectif est fortement accentué : tout, même les souffrances. La carrière du chrétien ne peut manquer d'avoir une excellente issue, car « à chaque pas il trouve qu'il est dans les mains de Dieu et qu'il exécute les desseins du Seigneur » sur lui. Après le verbe (yuvspyst, quelques manuscrits importants ajoutent : ô 0s6;, « Deus». Le sens serait alors, comme traduit saint Augustin, qui suit cette leçon : « Deus diligentibus eum omnia cooperatur In bonum. » Mais elle est regardée comme apocryphe par la plupart des critiques. — Qui secundum propositum... Le substantif grec 7rpd6£<Jtç marque un dessein arrêté d avance; ici, le décret éternel par lequel Dieu a résolu de sauver les hommes. — Qui... vocati...: ceux que la grâce de Dieu a appelés à croire en Jésus-Christ et qui ont répondu au divin appei. L'adjectif sancti, ajouté ici par la Vulgate, manque partout ailleurs et n'est certainement pas authentique. — Nam quos...
(vers. 29). Pour mieux démontrer que, pour ceux qui aiment Dieu, toutes choses se transforment
en bien, l'apôtre analyse le décret éternel qu'il vient de mentionner, et il en signale, dans une énumération très éloquente, les phases successives, qui ont toutes pour but la gloire sans fia des élus de Dieu. — Prsescivit. C'est le premier degré, Vact'i primordial : Dieu a connu de toute éternité ceux qui répondront à son appel et qui seront sauvés. C'est à ce mot, comme l'on sait, que les Thomistes et les MoUnlstes ont rattaché leur célèbre controverse : Dieu a-t-il prédestiné les hommes « post » ou « ante praevisa mérita », c.-à-d., en tenant ou en ne tenant pas compte de leurs mérites individuels? Mais le verbe « prœscivit » laisse la question entièrement ouverte ; ce qu'il nous apprend , c'est que Dieu a connu éternellement ses élus par sa science infinie, et que son choix a été fait avec une liberté absolue. — Et prsedestinavit. Second degré, ou second acte du décret divin. C'est un acte de volonté, de même que le premier était un acte d'intelligence. Cette prescience supposée, Dieu a prédestiné, c.-à-d., destiné d'avance. — Covformes fleri... Les chrétiens ne sont pas seulement prédestinés à échapper à la damnation, mais à réaliser en eux-mêmes l'image glorieuse de Jésus - Christ. « De même que le Fils est l'image du Père (cf. II Cor. iv, 4; Col. I, 15), de même le chrétien doit refléter l'image de son Sauveur, » s'as&imilant peu à peu son esprit et son caractère, jusqu'à ce qu'il arrive à s'assimiler sa gloire. — Ut sit ipse... But final de notre prédestination : dans le ciel, tous les chrétiens ne formeront qu'une seule et même famille, et le Christ sera comme le premier des fils. — Primogenitus (irptoxoToxo; ) in... « Unigenitus » en tant que Fils de Dieu, Jésus -Christ est « primogenitus » en tant que Fils de l'homme ; le premier-né sous le rapport de la dignité, des privilèges. — Quos autem... (vers. 30). Les deux actes du décret divin qu'a mentionnés levers. 29 ont eu lieu de toute éternité. L'apôtre en signale maintenant trois autres, qui se passent dans le temps. Les deux actes éternels se font sans aucune coopération de notre part et consistent dans la grâce prévenante du Seigneur; les autres exigent notre concours personnel. — Hos et vocavit. L'appel retentit donc aux oreilles de tous ceux qui ont été prédestinés. Remarquez l'emploi du prétérit,
KOM. Vlll, 31-33.
il les a aussi justifiés ; et ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés.