Vos autem exhonorastis pauperem
nages en termes pittoresques, notre auteur expose d'une manière non moins dramatique la conduite des membres de l'assemblée à leur égard. — Tu sede.. On fait asseoir le riche tout près (hic), à la place d'hionneur, et sur le siège le plus confortable (beneX — C'est le contraire pour le pauvre : Tu sta... Il devra rester debout en quelque place lointaine ( illic ) ; tout au plus lui offre -t -on de s'asseoir à côté
EscaDeau. (D'après une peinture de Pompéi.")
de l'escabeau des autres, par cons^îuent à terre, à leurs pieds. — Nonne... (vers. 4). Prenant un ton justement sévère, l'apôtre condamne cette conduite antichvétienne. — Judicatis. Le verbe ôisxptOvjTe (à la forme moyenne) est diversement traduit par les commentateurs. D'à; rès les »m»s, conformément à i, 6 (voyez les notes): N'hésitez - vouj pas en vous-uiêmes? C.-à-d. : N'y a-t-il pas contradiction entre votre foi et votre conduite? Mieux, éalon d'autres : N'établissez- vous pas des différences (entre les riches ot lés pauvres), d'une manière opposée à la foi? Par conséquent : Ne vous rendez -vous pas coupables de partialit<i ? Cette seconde
interprétation est favorisée par les mots, su i* vants : et... judices... N'êtes -vous pas des juges aux pensées perverses, qui rendez vos sentences d'après des principes faux, contrairement aux lois et à la justice ?
5-7. Saint Jacques relève, en quelques mots bien sentis, le caractère odieux de la conduite décrite dans les vers. 2-4. D'abord, pour ce qui concerne les pauvres, vers. 5-6% cette conduite est en contradiction flagrante avec les desseins aimables du Seigneur envers eux. — Audite , fratres. . . Petite Introduction sympathique et appel à l'attention des lecteurs. Cf. i, 16, 19. — Nonne... elegit... ? Allusion au choix spécial que Dieu a fait des pauvres pour en faire les sujets du royaume messianique, en ce monde et dans l'autre. Cf. I Cor. i, 26 et ss. — Pauperes in hoc... D'après la meilleure leçon du grec, il faut lire : tttw^oOç to) k6(T[xco, ceux qui sont pauvres au jugement du monde (selon quelques interprètes : ceux qui sont pauvres par rapport au monde, c.-à-d., en ce qui concerne les biens du monde). — Les mots divites in Jide et les suivants marquent le but pour lequel Dieu a choisi de préférence les pauvres : il les destinait à être riches dans le domaine de la foi, et héritiers du royaume fondé par Notre- Seigneur Jésus - Christ. Ce royaume est envisagé ici dans sa consommation éternelle du ciel, comme le prouve le trait final, quod repromisit... Voyez I, 12'». — Vos autem... (vers. 6). A la conduite si bienveillante de Dieu envers les chrétiens pauvres, saint Jacques oppose brièvement celle d'un certain nombre de ses lecteurs : exhonorastis... — Nonne. . . ? L'apôtre démontre maintenant, vers. 6 -7, en ce qui concerne les riches, combien la manière d'agir qu'il a décrite et blâmée ci-dessus est coiipable. D'ordinaire , ditil, les riches ne méritent nullement la préférence qu'on leur accorde d'une façon toute partiale et très peu chrétienne. — Per potentiam opprimunt. Il n'y a qu'un seul mot dans le grec : xaTaSuvaa-T5uou(7tv (user de son autorité au détriment des autre.*). Comp. la locution analogue xaxaxupieûsiv (Matth. xx, 25 et I Petr. v, 7). Les riches abusent souvent de la
Jac. Il, 7-11.
Nonne divites per potentiam opprimunt vos, et ipsi trahunt vos ad judicia ?
7. Nonne ipsi blasphémant bonura nomen, quod invocatum est super vos?
8. Si tamen legem perficitis regalem secundum Scripturas : Diliges proximum tuum sicut teipsum, bene facitis.
9. Si autem personas accipitis, peccatum operamini, redarguti a lege quasi transgressores.
10. Quicumque autem totam legem sf rvaverit, offendat autem in uno, factus est omnium reus.
11. Qui enim dixit : Non mœehaberis, dixit et : Non occides. Quod si non mœ-
j pauvre. Ne sont- ce pas les riclies qui vous oppriment par leur puissance, et qui vous traînent devant les tribunaux?
7. Ne sont-ce pas eux qui blasphèment le beau nom qu'on prononce en vous nommant?
8. Si cependant vous accomplissez la loi royale, selon les Écritures : Tu aimeras ton prochain comme toi-même, vous faites bien.
9. Mais si vous faites acception des personnes, vous commettez un péché, et vous êtes condamnés par la loi comme des transgresseurs.
10. Car quiconque aura observé tout© la loi, mais pèche contre un seul point, est coupable de tous.
11. En effet, celui qui a dit : Tu ne commettras point d'adultère, dit aussi :
puissance que leur procure leur situation sociale, pour opprimer les classes pauvres., — Et ipsi... Autre abus, très criant aussi. Le verbe trahunt exprime la violence extérieure : Ils vous traîneot de force devant les tribunaux. "Voyez les protestations de saint Paul contre ce procédé odieux, I Cor. v, 1 et ss. — Nonne... Uosphemant...? Troisième abus, vers. 7. Le bonum nomen ne peut être que le nom sacré de Notre- Seigneur Jésus -Christ, que plusieurs chrétiens riches ne craignaient pas d'outrager. Il est toutefois difficile de prendre ici le verbe « blasphémer » dans le sens strict, car des chrétiens, même très imparfaits, en seraient venus difficilement jusque-là. Saint Jacques a donc sans doute voulu dire que ces riches, par leur conduite peu charitable envers leurs frères , déshonoraient le nom du Christ en face des païens. Comp. I Tim. v, 1 : Tit. i, 16 et ir, 5 ; II Petr. II, 2, où il est parlé de ce blasphème indirect.
— Quod invocatum. . . super. . . Hébraïsme qui signifie : (Le nom du Christ) qui vous a été donné, que vous portez.
8-13. Si c'est pour obéir au précepte de la charité qu'on témoigne de la courtoisie aux riches, rien de mieux; mais si on le fait par esprit de partialité, on transgresse la loi divine.
— Si tamen... L'apôtre fait une concession, prévenant cette objection qu'on aurait pu lui proposer en guise d'excuse : Mais ne sommes- )ious pas tenus d'aimer les riches comme nos autres frères? — Legem... regaUm. La loi qui prescrit aux chrétiens l'amour de leurs frères est aint-l nommée parce qu'elle est la loi par excellence (« ceterarum legum regina »), le précepte fondamental du christianisme, qui comprend à lui seul tous les autres. Cf. Matth. XXII, 40; Joan. xiii, 34-35; Rom. xiii, 8-10; Gai. V, 14. — Secundum Scripturas (au singulier dans le grec : salon l'Écriture). Cette formule ne dépend ni du verbe « perficitis », ni de l'épithète « i egalem » ; elle introduit sim-
plement le texte Diliges..., emprunté au Lévitique, xix, 18. — Bene facitis. Saint Jacques concède volontiers que l'on peut et que l'on doit aimer les riches dans le sens Indiqué. — Si autem... (vers. 9). Autre hypothèse, qui était malheureusement la vraie pour plusieurs. Le verbe 7rpoaa)7io).Yi(XTCT£îv (Vulg., personas accipitis) doit avoir été formé par saint Jacques lui-même, car 11 n'apparait nulle part aiUeurs dans la littérature grecque. — Peccatum operamini. La preuve qu'ils étaient alors vraiment coupables de péché est tii'ée de la loi même qu'ils alléguaient pour se défendre : redarguti... quasi... — A lege. Non point par le précepte spé ial de l'amour fraternel, mais par l'ensemble de la loi divine. — Qui autem... (vers. 10). Il faut lire d'après le grec : « qui enim... » L'auteur va démontrer sa dernière assertion, « redarguti a lege... » L'accomplissement d'une partie de la loi est rendue illusoire par la transgression d'une autre partie de cette môme loi, à cause de la solidarité qui existe entre tous les commandements divins. — Totam... serva^ t-e ni. Toute la loi, excepté un seul point, comme l'ajoute l'écrivain sacré : offendat (métaphore : se heurter contre) in uno (contre un précepte particulier). Évidemment, il s'agit d'un manquement grave. — Omnixim reus. Coupable à l'égard de tous les préceptes. Le Talmud, Schabh'dh , fol. 70, 2, exprime la même pensée : « Quod si. faciat omnia, unum vero omittat, omnium est singulorum reus. » — La raison de ce fait, étonnant en apparence, consiste en (e que tous les préceptes ont été édictés par un seul et même législateur, qui n'est autre que Jéhovah : Qxà enim dixit... (vers. 11). Quelque précepte que l'on transgresse, on pèche contre la volonté divine, envisagée dans son ensemble. — Non mœehaberis, Non occides. Saint Jacques choisit par manière d'exemple, dans le Décalogue, les deux premiers commandements relatifs aux devoirs envers le prochain. C'est vrai-
Jac. II, 12-13.
Tu ne tueras point. Si donc tu ne commets pas d'adultère, mais que tu commettes un meurtre, tu es transgresseur de la loi.
12. Parlez et agissez comme devant être jugés par la loi de la liberté.
13. Car le jugement est sans miséricorde pour celui qui n'a pas fait miséricorde ; mais la miséricorde s'élève audessus du jugement.
cliaberis, occides autem , f actus es transgresser legis.
12. Sic loquiraini, et sic facite, sicut per legem libertatis incipientes judicari.
13. Judicium enim sine misericordia illi qui non fecit misericordiam ; superexaltat autem misericordia judicium.
semblablenient d'après une ancienne tradition juive que l'apôtre cite, comme Jésus lui -môme (cf. Marc, x, 19 ;Tjuc. xviii, 20) et comme eaint Paul ( Rom. xiii, 9), le sixième précepte, « Non mœchaberia », avant le cinquième, « Non occides. » Les LXX font la même inrersion dans l'Exode, KX, 13-14. — Quod si non... Petit raii'Onnement à propos des deux textes qui viennent d'être cités. — Sic... et sic... (vers. 12). L'auteur conclut par une exhortation d'un
tiens sont tenus de veiller ainsi sur leurs paroles et sur leurs actes. C'est encore un écho évident du discours de Jésus sur la montagne. Cf. Matth. VII, 1. Pas de pitié devant le divin tiibunal pour ceux qui auront été Fans miséricorde à l'égard de leurs frères. — Superexaltat autem... C'est l'autre côté de la question : ceux qui auront été miséricordieux n'auront pas à redouter le jugement du Seigneur. La traduction de la Vulgate est un peu inexacte. Le grec