Ergo cujus vult miseretur, et quera vult indurat
19. Dicis itaque mihi : Quid adhuc queritur? voluntati enim ejus quis resistit?
20. 0 homo, tu quis es, qui respondeas Deo? Numquid dicit figmentum ei qui se finxit : Quid me fecisti sic ?
21. An non habet potestatem figulus luti ex eadem massa facere aliud quidem vas in honorem, aliud vero in contumeliam ?
s'était proposé en préservant le pharaon des premières plaies d'Egypte : il voulait lui manifester son pouvoir. — Un second but était la glorification du nom divin : et ut aiinuntietur... Il fut réalisé par les merveilles de puissance opérées en Egypte. Cf. Ex. xv, 14-15; Jos. ii, 9-10, etc. — Ergo... (vers. 18). Conclusion de la petite argumentation qui commence au vers. 15. — Les mots cujus vult et quem vult résument l'iiiée principale, qu'ils soulignent fortement. — Le verbe miseretur résume les vers. 15 et 16; iiidarat résume le vers. 17. Saint Paul réunit ainsi « les deux aspects sous lesquels il a l'intention de nous présenter la liberté divine ». Il est presque inutile d'ajouter que l'endurcissement du pharaon ne doit pas être regardé comme un acte positif de Dieu, mais seulement comme un acte négatif. Le Seigneur donne à tous les hommes la grâce suffisante ; mais tous ne la mettent pas à profit, et ainsi il arrive que, par leur faute, beaucoup ne reçoivent pas la grâce efficace , sans laquelle personne ne peut arriver au salut. De tout le récit de l'Exode contenu dans les chap. iv-xiv, il résulte de la façon la plus manifeste que le pharaon fut seul responsable de son endurcissement. Voyez surtout Ex. VII, 13-14, 22; viii, 15, 32, etc., où l'écrivain sacré le dit formellement.
19-29. Autre démonstration des droits souverains de Dieu à l'égard des hommes. — Dicis... Comme au vers. 14, saint Paul signale une nouvelle objection contre sa thèse ; mais, cette fois, il se suppose en face d'un adversaire individuel et concret, quelque Juif demeuré incrédule à Jésus -Christ. — Quid adhuc...? Si Dieu endurcit qui il lui plaît, peut -il en toute justice se plaindre des péchés des hommes? En effet, voluntati... ejus quis...? L'homme est irresponsable en pareil cas. — 0 homo... (vers. 20). Apostrophe pleine de gravité, auquel l'apôtre joint un reproche justement sévère : Tu quis es...? Le mot àv6pa)7:e, oc homo », contient à lui seul une réfutation, car il rappelle au faiseur d'objections que la vraie situation de l'homme à l'égard de Dieu est celle d'une créature envers son Créateur, et que celui-ci a le droit de traiter
comme il l'entend ceux auxquels il a donné l'être suivant ses sages desseins. Pensée qui va recevoir un beau développement. — Numquid dicit...? Comparaison très frappante, pour faire ressortir la folie qu'il y aurait, de notre part, à demander compte à Dieu de sa conduite envers nous. Elle est très fréquemment employée dans l'Ancien Testament; ce qui ajoutait h sa force dans le cas actuel, puisque saint Paul s'adresse directement aux Juifs, qui reconnaissaient l'inspiration divine de ce livre sacré tout entier. Cf. Is. xxix, 16; xlv, 8-10; Jer. xviii, 3 et ss.; Eccli. xxxni, 13-14, etc. — Figmentum. Plutôt « fictile », d'après le grec, le vase d'argile. — L'adverbe sic est très accentué : de telle manière plutôt que de folle autre. — An non..
Potier romain. ( D'après un vase peint.)
(vers. 21). Il y a « aut non... » dans le grec. C.-à-d. : Si l'on affirme que l'argile a le droit de se plaindre, on sera contraint d'admettre que le potier n'a pas de contrôle sur elle; ce qui serait une absurdité. — Le trait ex eadem massa n'est pas sans importance dans le raisonnement de l'apôtre. — Jn honorem, in contumeliam.
Rom. IX, 22-25.
22. Quod si Deus volens ostendere iram, et notam facere potentiam suara, sustinuit in multa patieritia vasa irse, apta in interitum ,
23. ut ostenderet divitias glorise siiîb in va?a misericordiœ , quse piaeparavit in gloriam.
24. Quos et vocavit nos non solum ex Judaiis, sed etiam ex gentibus,
25. sicut in Osée dicit : Vocabo non plebera meam , plebem meam ; et non dilectam, dilectam ; et non misericor-
22. Que dire, si Dieu, voulant montrer sa colère, et faire connaître sa puissance, a supporté avec une grande patience les vases de colère prêts pour la perdition,
23. afin de manifester les richesses de sa gloire sur les vases de miséricorde, qu'il a préparés pour sa gloire ?
24. Ainsi nous a-t-il appelés non seulement d'entre les Juifs., mais aussi d'entre les païens,
25. comme il dit dans Osée : J'appellerai mon peuple celui qui n'était pas mon peuple; et bien -aimée celle qui
C.-à-d,, destiné à un usage honorable ou à un usage vil. Cf. II Tim. ii, 20-21, L3 potier a certainement le pouvoir en question, et personne n'a le droit de discuter sa conduite. Ainsi en est -il de Dieu relativement à l'homme. Saint Paul ne met nullement en doute l'existence do notre libre arbitre ; ce qu'il veut avant tout marquer par cette comparaison, c'est que nous devons obéir humblement et silencieusement k Dieu, sans exiger avec orgueil qu'il nous rende des comptes, nous fiant à sa sagesse et à sa bonté, — Quod si... (vers. 22). Dans les versets 19-21, Paul n'a pas répondu directement à son adversaire supposé, dont il s'est contenté de blâmer l'impudence. Il le réfute maintenant, vers, 22-29, en démontrant que Dieu, lorsqu'il a réprouvé les Juifs incrédules et a offert le salut aux païens, n'a usé de son droit souverain qu'avec une miséricorde infinie. La phrase qui commence avec le vers. 22 n'est pas achevée. Elle se continue jusqu'à la fin du vers. 23, , et alors l'apôtre se laisse entraîner par une autre pensée. Il est aisé de la compléter : Si Dieu... a supporté avec patience..., que diras -tu? oseras-tu encore prétendre que Dieu est injuste? — Voltnn ostendere iram. Ces mots contiennent une première réponse à la difficulté proposée : en répudiant les Juifs, le Seigneur a agi en toute justice, puisqu'ils étaient coupables et qu'il avait le droit de les châtier. — Et notam facere... Echo du langage employé plus haut, au sujet du pharaon. Comparez le vers. 17. — SusLi7iuU in multa... Autre réponse à l'objection. Alors qu'il avait le droit de les punir immédiatement. Dieu a fait preuve, à l'égard des Juifs, d'une longanimité étonnante, pour leur donner le t^mps d^se convertir. — Vasa irse: des vases qui méritent la colère du divin potier. — Apta in... D'après le grec : prêts pour la destruction. Ce trait annonce la proximité du châtiment. — Ut o-ttnderet... (vers. 23). Troisième réponse directe à l'objection. Non seulement les Juifs étaient conpables, et non seulement Dieu avait fait preuve à leur égard d'une longue patience, mais il avait appelé au salut un grand nombre BOit d'entre eux , soit des païens. — Divitias glorise... Cf. Eph. i, 18 et m, 16; Col. i, 27. Ici, la gloire immense que procure à Dieu l'exercice âe sa mlaéricorde. Voyez u, 4. — Vasa miseri-
cordiœ. Par opposition aux vases de colère; par conséquent, des vases dignes de la bonté du Seigneur, emblèmes de tous ceux qui, Juifs ou païens, avaient adopté la foi chrétienne, — Q,>ise prœparavit. Au vers. 22'', en parlant des vases de colère , l'apôtre disait d'une manière générale qu'ils étaient préparés pour la ruine, mais sans attribuer à Dieu cette préparation. Maintenant qu'il s'agit de gloire, de récompense, il met ouvertement en relief l'œuvre miséricordieuse du Seigneur, Cf, Matth. xxv, 34, où nous trouvons une pensée analogue. — In gloriam : la gloire éternelle du ciel. — Quos et vocavit (vers. 24), C'est à cause du pronom vos, en vertu de l'attraction, que l'apôtre dit « quos » au masculin (ouç), et non pas « quse » au neutre (scll. « vasa »), comme on s'y attendrait, — Non solum ex... Des Juifs nombreux avaient reçu et entendu le divin appel ; la constitution même de l'Église de Home le démontrait. Voyez l'Introd., p. 14. — Sed etiam... Les païens sont introduits ici, parce que leur vocation était en partie la conséquence de la réprobation des Juifs, ainsi qu'il sera dit au chap. xi. — Sicut... Saint Paul va prouver, vers. 25-29, par plusieurs textes de l'Ancien Testament, selon sa coutume en pareil cas, la légitimité de la conduite de Dieu par rapport aux Juifs et aux Gentils. — D'abord, la vocation des païens est rattachée à deux passages de la prophétie d'Osée, qui sont cités sous une seule et même formule : Sicut in Osée dicit (scil. a Deus »). — Vocabo... consecutam. Premier passage, cité assez librement d'après les LXX. Cf. Os. ii, 23-24. D'après le sens littéral, il s'applique directement au royaume schismatique des dix tribus, tombé dans l'idolâtrie, et auquel Dieu promet le retour de ses faveurs dès qu'il se sera converti. Mais les Israélites du Nord sont envisagés ici comme le type des païens, à l'égard desquels le Seigneur devait agir d'une manière identique. L'apôtre voit donc à bon droit dans cette parole de Jéhovah une règle et un principe de son gouvernement moral. — Non plehem..., non dilectam..., non misericordiam... Dans l'oracle d'Osée, I, 6, 9 (voyez le commentaire), c'étaient là trois noms symboliques, donnés aux trois enfanta d'Oaée, en tant qu'ils représentaient le royaume Israélite du Nord , abandonné de Dieu , à cause