‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 646 sur 873 · Et oratio fidei salvabit infirmum · texte numérisé non relu

Et oratio fidei salvabit infirmum

cette interprétation a été justement abandonnée, comme a'écartant trop du contexte. — Quoniam misericors... Raison générale pour laquelle le Seigneur mit fin aux épreuves de Job et l'en récompensa.

3" Contre le serment prêté à la légère. V, 12.

12. Ne jurez pas ! — Ante omnia. Par cette formule d'introduction, l'apôtre accentue d'avance cette nouvelle recommandation, qui a une ressemblance ^fès grande avec le passage du discours sur la moncagne où Jé^us - Christ traite du même sujet. Cf. Matth. y, 34-37 (voyez les notes). — Nolite jurare. Saint Jacques n'a pas plus que son Maître l'intention de proscrire le serment d'une manière absolue ; il interdit seulement d'y avoir recours sans de graves raisons. — Neque per..., neque... Deux genres de serments usités alois chez les Juifs. — Neque aliud... Formule générale, dont on trouvera le développement dans saint Matth., l. c. — Est..., Non... Avec une nuance dans le grec : Que votre Oui toit oui, et le Non, non. C'est ce qu'on lit dans les meilleurs manuscrits de la Vulgate : « Sit autem vestrum Est, est; Non, non. » C.-à-d., n'ajoutez aucun serment à votre affirmation ou à votre négation. — Ut non suh... En jurant à la légère, on s'exposerait aux châtiments divins.

40 Ce que doivent faire les chrétiens dans la souffrance et en particulier dans la maladie. V, 13-15.

13. Sanctifier sa vie par la prière. Les deux questions posées coup sur coup, et suivies d'une brève réponse, communiquent beaucoup de vigueur à ce passage. — Tristatur... Le grec xaxoTiaOcî ne désigne pas seulement la tristesse, mais la souffrance en général (voyez les notes du vers. 10). — Oret. Lorsqu'on souffre, on trouve un soulagement; immédiat dans la prière. — ui^^rw animo.. .Plutôt: Quelqu'un est-il dans la joie (cùÔ'jfXïî)? — Psallat. Qu'il chante des psaumes, des cantiques. Sur cette pieuse coutume des premiers fidèles, voyez Eph. v, 19 et les notes. Ainsi donc, dans quelque situation ou disposition d'âme que se trouve un chrétien digne de

ce nom, il doit te tenir uni à Dieu par la prière.

14-15. L'onction des malades. C'est en vue de ce détail que l'écrivain sacré a mentionné les deux précédents, par mode d'introduction — Infirmatur (àaÔevEî, « aegrotat ») quis...î- De la souffrance en général (comp. le vers. 13») saint Jacques passe à la maladie, et, d'après le contexte, à un cas de maladie grave. — Inducat (dans le grec : qu'il appelle) presbyteros... Par TzpeaQvzàpoMC, l'apôtre désigne, conformément h l'usage constant du Nouveau Testament, les prêtres proprement dits, et non pas seulement les membres les plus âgés de la communauté. Voyez Act. XI, 30 et le commentaire; XIV, 22; XXI, 18; I Tim. m, 1 et ss.; Tit. i, v; I Petr. V, 1 et ss., etc. D'ailleurs, il est question d'un acte liturgique, d'une fonction sacrée, que les simples fidèles n'avaient pas le droit d'accomplir. L'emploi du pluriel, « les prêtres )\ ne prouve pas que l'apôtre ait voulu qu'on appelât, comme le prétendent quelques protestants, tout le collège sacerdotal de la localité. C'est co que l'on nomme le pluriel de catégorie, pour signifier : quelqu'un des prêtres. L'onction n'était pas l'affaire de plusieurs, mais d'un seul. — Et orent super... Avec la signification de « pro eo ». La locution super eum dramatise la situation : le malade est couché et le prêtre s'incline sur lui pour prier. — Ungentes... oleo. L'addition des mots in nomine Domini (c.-à-d., en Invoquant avec foi le nom de Jésus -Christ) démontre que saint Jacques prescrit ici un rite religieux, et non pas un remède naturel, lequel, il faut l'avouer, serait assez étrange, puisqu'il conviendrait à toutes les maladies graves. — Le vers. 15 énumère les effets et, par là même, le but de ce rite : et oratio... La prière de la fol est celle dU' prêtre ( cf. vers. 14") ; elle reçoit ce nom parce qu'elle a la foi pour base et pour compagne. — Trois effets sont signalés. Premier effet : salva- Ut... Il est d'ordre physique , ainsi qu'il ressort du complément infirmum (tov >cà[;,vovTa,

Jac. V, 16-18.

et alleviabit eum Dominus ; et si in peccatis sit, remittentur ei.

16. Confitemini ergo alterulrum peccata vestra, et orate pro invicem ut salvemini ; multum enim valet deprecatio justi assidua.

17. Elias bomo erat similis nobis passibilis ; et oratione oravit ut non plueret super terram , et non pluit annos très et menses sex.

18. Et rursum oravit, et eœlum dédit pluviara, et terra dédit fructum suum.

malade , et le Seigneur ïe soulagera ; et s'il a commis des péchés, ils lui seront remis.

16. Confessez -vous donc réciproquement vos péchés, et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris; car la prière fervente du jutte a beaucoup de puissance.

17. Élic était un homme sujet aux mêmes faiblesses que nous ; et il pria avec instance pour qu'il ne plût pas sur la terre, et il ne plut pas durant trois ans et demi.

18. Puis il pria de nouveau, et le ciel donna de la pluie, et la terre donna son fruit.

celui qui se fatigue; les Grecs appelaient souvent les mourants des xàixvovTtiç ). Comparez Mattb. IX, 21 et Marc, v, 23, où le verbe « salvare » a pareillement la signiflcation de guérir. — Second effet : alleviabit exim... Littéralement, dans le grec : le Seigneur le réveillera (« allevabit f> dans les manuscrits de la Vulgate). Ce qui signifie, d'après l'interprétation la plus probable : soulager moralement, consoler, fortifier. — Troisième effet : Et i'i in peccatis... (dans le texte original : Et s'il a commis des péchés ) , remittentur... Ce dernier résultat est évidemment le plus Important de tons. — Comme on le sait, ce passage a une valeur particulière sous le rapport dogmatique, puisqu'il prouve l'existence du sacrement de l'extrême -onction. Voyez les théologiens, et surtout les Actes du concile de Trente, Se^s. xiv, de Sacram. extr. unct., où il est magistralement commenté. Dans l'évangile selon saint Marc, VI, 13, il est aussi parlé d'une onction d'huile que les apôtres, d'après l'ordre de leur Maître, faisaient sur les malades pour les guérir. Mais là ce n'est pas encore le saci-ement' qui est en cause d'une manière directe , puisque les Douze n'avalent pas reçu alors le pouvoir sacerdotal ; il s'agit du don miraculeux d'opérer des guérisons. Cf. Marc, xvi, 18; I Cor. xii, 9, etc.

5° Avantages de la prière réciproque d(s chrétiens. V, 16-20.

16-18. De la confession des péchés et de la prière les uns pour les autres. Saint Jacques ne fait que toucher au premier de ces sujets ; il s'arrête pins longuement sur le second, — Confitemini ergo... Après avoir parlé delà rémission des péchés opérée par l'onction des malades, l'auteur s'adresse à tous les fidèles, et il leur indique deux autres moyens d'obtenir le pardon de leurs fautes. L'un de ces moyens est de se confesser mutuellement leurs péchés, sainte pi-atique qui excite à la contrition et ne peut manquer de toucher le cœur de Dieu. L'insertion du pronom alterutrum (à).X-/]Xouç) montre qu'il n'est pas question en cet endroit de la confession sacramentelle, du moins d'une

manière directe, puisque celle-ci doit être faite aux prêtres. — Orate pio... C'est l'autre moyen : la prière les uns pour les autres, — Les mots ut ialvemini retombent tout à la fois sur « confitemini... » et sur « oi*ate... ». Ici le grec n'a pas le verbe <y(jùl^ei\, comme au vers. 15», mais ta6^T£ : (afin que) vous soyez guéris. Puisque l'auteur a cessé de parler des malades, cette expression doit être prise dans un sens métaphorique : afin que vous soyez guéris de vos maux spirituels. Cf. Hebr. xii, 13; 1 Petr. Il, 21. — MuUam... valet... Motif pour lequel il est bon de prier ainsi les uns pour les auti es : la pi'ière du Juste possède une grande efficacité, et tout chrétien est censé mériter le nom de Juste. — Assidua. L'épithète èvepyoufj-cv/i peut recevoir ce sens ; on peut aussi la traduiie par fervente. — Elias... (vers. 17). Nouvel exemple emprunté à l'histoire de l'Ancien Testament (comp. les vers. 10 et 11); cette fois, pour mettre en relief la puissance de la prière des Justes. — Similis... passibilis. Simplement dans le grec : 6(ji,oioKa8Yiç vjp.tvj de n.ême nature, de même condition que nous. Cf. A et. xiv, 15. Saint Jacques insiste sur ce trait, pour prévenir une objection : Elle était un grand prophète, aurait -on pu lui dire, et notre prière ne saurait être comparée à li sienne. L'apôtre répond : Elle était un mortel comme nous. — Oratione oravit. Hébraïsrae : il pria avec Instance. Cf. Luc. xxiî, 15; Act. iv, 17, etc. — Ut non plueret... Voyez III Reg. xvii, 1 et ss.; Eccli. XLViii, 1 et ss. — Annos... et menses... Comme dans saint Luc, iv, 25 (voyez le commentaire). — Et rursum... (vers. 18). Cf. III Reg. xviii, 1 et ss. — Oravit. La prière es^t clairement marquée au passage III Eeg. xviii, 42. Dans le cas précédent, l'historier. sacré ne la mentionne pas en termes directs ; mais saint Jacques pouvait savoir qu'elle avait eu lieu, soit par la tradition, soit par une conjfcture basée sur III Reg. xvn, 1 (« le Dieu... en présence duquel je me tiens »).

19-20. De la conversion des pé -heurs. C'est la dernière exhortation de l'apôtre ; pour exciter davantage ses lecteurs à prier les uns pour

Jac. V, 19-20.

19. ]\Ies frères, si quelqu'un d'entre vous s'égare loin de la vérité, et qu'un autre l'y ramène,

20. qu'il sache que celui qui ramène un pécheur de la voie où il s'égare, sauvera son âme de la mort, et couvrira une multitude de péchés.

19. Fratres mei, si quis ex vobis erraverit a veritate, et converterit quis eum,

20. scire débet quoniam qui converti fecerit peccatorem ab errore vire sure, salvabit animam ejus a morte, et operiet multitudinem peccatorura.

les auti^cs, il leur rappelle combien il est avantageux lie procurer la conversion des pécheurs. — Erraverit a veritate : en s'écartant de la parole évangéllque, par laquelle la vraie vie est communiquée aux chrétiens. Cf. i, 18. — Et converterit quis... Hypothèse plus consolante : le pauvre égaré a été ramené dans la bonne voie par l'un de ses frères. — Scire débet. Dans le grec : Qu'il sache; à savoir, celui qui a opéré la conversion, car c'est de lui qu'il a été parlé en dernier lieu. — Salvabit animam... Rt''sultat des plus heureux : sauver, racheter l'âme d'un pécheur. Il est possible que la leçon primitive du grec soit : ccoasi <]^uxv^v, il sauvera une âme. Cependant le pronom aùroO, ejus, parait être suffisamment accrédité. — A morte :

de la mort spirituelle produite par le péché, et aussi de la mort éternelle. — Et operirt... On dirait un écho de Prov. x, 12. Cf. I Petr. IV, 8. Couvrir a ici le sens d'effacer, car devant Dieu les péchés ne sont vraiment couverts que lorsqu'ils ont disparu tout h fait, grâ e à un pardon complet. Cf. Ps. xxxi, 1; lxxxiv, S, etc. — Peccatorum. Selon la meilleure interprétation, il s'agit des péchés de celui qui a été ramené au repentir, car l'autre est supposé vivre dans un état de sainteté. — Saint Jacques s'arrête brusquement sur cette belle et encourageante pensée. L'absence de toute salutation finale et de toute formule de conclusion est remarquable, unique même dans la littérature épistolaire du Nouveau Testament.

PREMIÈRE EPITRE

DE SAINT PIERRE

INTRODUCTION

1» L'apôtre saint Pierre. — Les évangiles nous fournissent des renseignements assez nombreux sur sa vie jusqu'à l'ascension du Sauveur. Nommé Simon lorsqu'il fut circoncis^, il reçut de Jésus le surnom de Géphas, qui signifie: pierre, rocher^. Il était originaire de Bethsaïda, sur les bords du lac de Génézareth ^. Nous connaissons son père, qui s'appelait Jonas d'après saint Matthieu'*, Joanès d'après le grec du quatrième évangile^: peut-être était-ce un double nom, Jonas -Jean; ou bien, Jonas est une contraction de Joanès. Nous connaissons son frère , André ^. Nous savons qu'il était marié : les synoptiques racontent la guérison de sa belle-mère par le Sauveur ^ Il était pêcheur de son métier, comme André, comme Jacques et Jean ^. Son éducation avait été très modeste; aussi les membres du sanhédrin juif le traitèrent-ils dédaigneusement comme un illettré ^.

Sa première rencontre avec Jésus et son appel préliminaire sont admirablement racontés par saint Jean *°. Mais sa vocation définitive comme disciple du Christ n'eut lieu qu'un peu plus tard, dans les circonstances indiquées par les trois premiers évangiles ^^ Enfin ii fut choisi, le premier de tous *^, pour faire partie du collège apostolique. Il demeura donc pendant près de trois ans auprès de Notre- Seigneur Jésus -Christ, recevant ses divines leçons, jouissant do faveurs exceptionnelles ^^, jouant un rôle prédominant parmi les Douze, confessant avec foi le caractère messianique et la divinité de son Maître^', nommé

* En l'honneur de l'un des douze patriarches issus fîe Jacob.

* Voyez Maith. xvi , 18 et les notes ; Jean, i, 33. 3 Joan. I, 41.

* Matth. XVI, 17.

^ 'Ia)âvr|Ç. Cf. Joan. i, 42; xxi, 15-17.

6 Cf. Matth. IV, 18; Joan. i, 40-41, etc.

' Cf. Matth. VIII, 14-15; Marc, i, 29-31, etc. D'après une tradition que citent Clément d'Alexandrie, Strom., vu, 11, et Eusèbe, Hist. eccl., lu, 30, sa femme aurait subi le martyre.

et il l'aurait encouragée tandis qu'où la conduisait au supplice.

® Cf. Matth. IV, 18; Luc. v, 3, etc.

^ Act. IV, 13.

'0 Joan. I, 35-42.

^1 Cf. Ma! th. IV, 14-22; Marc, i, 16-17; Luc. V, 1-11.

12 « Primus Petrus », Matth. xi, 1. Cf. Marc. II, 13 et S8. ; Luc. vi, 12 et ss.

^^ Cf. Marc, v, 37; ix, 1 et es.; xiii, 3, etc.

** Cf. Joan. VI, 68 et ss. ; Matth. xvi, 13-16.

PREMIÈRE ÉPITRE DE S. PIERRE

en récompense vicaire du Christ ^ Durant la passion de Jésus, il fut tour à tour vaillant et faible^. Après la résurrection il fut favorisé, parmi les premiers, de l'apparition du Sauveur-^; puis, sur les rives du lac de Tibériade, témoin de son appel, il reçut la confirmation solennelle de son titre de prince des apôtres ^,

La première partie du livre des Actes expose en détail les faits principaux de l'histoire de saint Pierre durant les premières années qui suivirent l'ascension. A Jérusalem, il parle et agit vraiment comme chef de l'Église, et personne ne lui conteste ce rôle •''. Lorsque le christianisme, sortant des murs de la capitale juive qui avait été son premier berceau, fit des conquêtes d'abord en Samarie, puis parmi les païens, Pierre joua encore un rôle caractéristique et prépondérant ^. Emprisonné pai' Hérode Agrippa 1««* et sur le point d'être décapité, il fut délivré miraculeusement'^. C'est alors sans doute, comme nous l'avons dit en expliquant Act. xn, 17^, qu'il se rendit à Rome pour la première fois, après avoir passé par Antioche de Syrie. Plus tard, le concile de Jérusalem fut célébré sous sa présidence ^.

Une tradition très affirmative nous apprend qu'il passa à Rome les dernières années de sa vie, et qu'il y subit le martyre avec saint Paul, l'an 67^.

2o La question d'authenticité est aisée à traiter, car les témoignages des écrivains ecclésiastiques abondent depuis les temps les plus reculés. Si l'on se place au ivc siècle et que l'on remonte en arrière, on est tout d'abord frappé de ce fait que, dans toutes les listes qui énumèrent les livres canoniques du Nouveau Testament *^, notre épître est citée et attribuée à saint Pierre. Eusèbe *' la mentionne expressément parmi les livres admis d'une manière incontestable, et il affirme '"^ que « les anciens prêtres l'ont citée dans leurs écrits comme étant très certainement authentique ».

Au commencement du iii*^ siècle et à la fin du if, nous pouvons constater cet état de choses : nous avons, pour l'Église d'Alexandrie, le témoignage de l'illustre et docte Clément '^; pour les Églises d'Afrique, celui deTertullien ^^*; pour les Églises de Syrie, celui de la Peschita ; pour les Églises des Gaules, celui de saint Irénée^^; pour l'Église de Rome, ceux de l'Pala, de saint Hippolyte *®, etc. La première épître de saint Pierre est aussi très fréquemment citée durant le cours du iF siècle et à l'époque des Pères apostoliques; qu'il suffise de renvoyer brièvement le lecteur aux Actes des martyrs *'', aux grands apolo-

^ Matth. XVI, 17-19,

2 Joan. xviii, 10, 15 et ss.

^ Luc. XXIV, 34.

^ Joan. XXI, 15 et ss.

^ Act. I, 1-viii, 1.

^ Act. VIII, 14 et ss.; ix, 32 et ss. ; x, 1-xi, 18.

' Act. xii, 1 et ss.

® Act. XV, 1 et 88.

^ La réalité du séjour de saint Pierre à Rome, très contestée autrefois par les protestants, a été démontrée par des arguments si solides, que d'assez nombreux rationalistes s'associent aujourd'hui aux historiens catholiques pour en attester « le caractère indiscutable ». Voyez les manuels d'histoire, et, parmi les ouvrages spéciaux, F. Windischmann, Vindiciœ Petrinse , Ratisbonne, 1836, et J. Schmid, Petrus in Rom, Oder Nora Vindiciœ Petrinse, Lucerne, 1892. Les excellents articles de M. P. Martin dans la Revue des questions historiques,

janv. 187b, janv. 1874 et juill. 1875 sont aussi à lire.

10 Seul le canon de Muratori fait exception ; on ignore pour quel motif. Ce qu'il dit des écrits de saint Pierre est d'ailleurs très obscur.

11 Hist. ecd., m, 25, 2.

12 Ibid., m, 3,1.

13 Strom., m, 18; Pxdag., i, 1. Comp. I Petr. i, 6-9; II, 2-3. Les Hypotyposeis contenaient de courtes explications de cette lettre, aussi bien que des autres épîtres catholiques.

^^ Comp. de Orat., 20 et I Petr. m, 3 ; Scorpiorh., 14 et I Petr. ii, 17, etc. Voyez Rœnsch, das N. T. Tertullian's, p. 656-563.

1^ Comp. adv. User., ly, 9, 2, et I Petr. i, 8, etc.

1^ In Dan. iv, 59.

1'^ Voyez la lettre des églises de Lyon et de Vienne, dans Eusèbe, Eist. eccî., v, 1, et comp. I Petr. V, 6 et 8.

PREMIÈRE ÉPITRE DE S, PIERRE

gistes*, aux docteurs hérétiques eux-mêmes^, à Hermas ^, à Papias^, au pape saint Clément^, etc. Tout cela est si frappant, qu'un critique protestant écrivait naguère : « La première épître de saint Pierre est peut-être, de tous les écrits du Nouveau Testament, celui qui réunit les témoignages les meilleurs et les plus précis. »

Les arguments intrinsèques confirment encore la preuve fournie par la tradition. La lettre se donne elle-même, i, i, comme étant l'œuvre du prince des apôtres; or, de nombreux détails qu'elle contient s'accordent fort bien avec cette donnée : notamment, la mention de Silvain (v, IS), personnage important qui avait eu des relations très intimes avec l'Église de Jérusalem^, et celle de saint Marc (v, 13), dont saint Pierre connaissait depuis longtemps la mère ' et qu'il avait alors à Rome auprès de lui ^; d'assez fréquentes allusions aux paroles de Jésus-Christ ^ et à divers événements de sa vie *^, ainsi qu'aux relations personnelles que l'auteur avait eues avec lui ^*; enfin la ressemblance très réelle qui existe , soit pour le fond , soit pour la forme , entre cet écrit et les discours de saint Pierre qui nous ont été conservés dans le livre des Actes *^.

3«» Le sujet et le plan. — Aucune pensée dogmatique ou polémique ne domine la lettre et ne lui donne une forme spéciale, comme cela a lieu pour la plupart des épîtres de saint Paul. Le ton est presque toujours celui de l'exhortation paternelle; aussi l'enseignement doctrinal direct est-il relativement peu considérable^^, et cela se conçoit, puisqu'il n'entrait pas dans le cadre de l'auteur.

« 11 n'y a pas de plan précis, tant la pensée est spontanée et pour ainsi dire sans préméditation. » Néanmoins, on est à peu près généralement d'accord pour adopter la division suivante. Entre un court préambule, i, 1-2, et une conclusion très brève aussi, v, 12-14, on trouve trois séries d'exhortations, qui forment autant de sections distinctes. La première, i, 3-ii, 10, peut s'intituler : Privilèges qui appartiennent à la famille rachetée par Jésus -Christ, c'est-à-dire aux chrétiens, et sainteté qu'ils exigent. Elle s'ouvre par une action de grâces à Dieu pour ses bienfaits multiples, qui se résument dans le salut opéré par le Christ (I, 3-12;, puis elle indique aux lecteurs ce à quoi ils sont obligés en tant qu'élus de Dieu, et ce qu'ils ont droit d'attendre eux-mêmes de cette élection (i, 13-11, 10). La seconde^ n, 11-iv, 6, développe cette idée : les chrétiens au milieu du monde, et leurs obligations soit particulières, soit générales. C'est un petit traité de morale pratique, dont les points principaux sont les suivants : devoirs du citoyen, de l'esclave des époux, des chrétiens en face les uns des autres et par rapport nu monde, l'exemple du Sauveur et la fuite du péché. La

* Entre autres Théophile, ad Autolyc, ii, 34 (cf. I Petr. I, 18; ii, II ; iv, 3) et saint Justin, Dial., 103 (cf. I Petr. v, 8).

^ Notre épître était très connue des gnosîiques d'alors, en particulier des Valentiniens et de Basilides.

3 Vis., IV, 3, 4; comp. I Petr. i, 7, etc.

^ Voyez Eusèbe, Hist. eccl., m, 39.

^ 1 Cor. XXXVI, 2; cf. I Petr. ii, 9, etc.

® Cf. XV, 22 st sg.

' Act. XII, 12 et ss.

® Eusèbe, Hist. eccl., m, 39, 14.

^ Comp. III, 14 et IV, 14 avec Matlh. v, 11-12; II, 12 avec Matth. v, 16; ii, 6-8 avec Matth. XXI, 42 (cf. Act. IV, 11), etc.

*0 Cf. 1,19-20; II, 21-25; m, 18-19, iv, 1, etc.

*' Voyez surtout v, 1 : « Testis Christi pas-

sionum. J>

*2 De part et d'autre, peu de pensées abstraites et spéculatives, mais les faits de la vie du Sauveur, surtout ceux de sa passion, de sa résurrection et de son ascension, présentés d'une manière concrète comme la base de notre salut. Dcj part et d'autre aussi, l'auteur aime à rattacher sa doctrine aux prophéties de l'Ancien Testament. Pour ce qui est du style proprement dit, les discours et l'épître contiennent un nombre relativement considérable d'expressions identiques.

^*' Il est loin cependant défaire défaut complètement. Le lecteur trouvera dans l'épître de beaux passages sur la sainte Trinité, sur chacune des personnes divines, sur le mystère de la rédemption, sur l'Église, etc.

PREMIÈRE ÉPITRE DE S. PIERRE

troisième, iv, 7-v, il, renferme des exhortations qui concernent la vie parfaite des communautés chrétiennes envisagées en elles-mêmes. Elle entre dans d'assez nombreux détails pratiques, que l'on peut grouper sous ces divers chefs : être fidèles dans l'usage des dons spirituels, iv, 7-11; être fidèles dans les épreuves et avoir confiance en Dieu, iv, 12- 19; obligations mutuelles des pasteurs et de leurs ouailles, v, 1-5»; quelques recommandations finales, v, 5M1 '.

4° La langue et le style. — L'épître a été composée en grec; il n'y a pas le moindre doute à ce sujet. Saint Jérôme a été seul à supposer que l'idiome primitif était l'araméen^. Saint Pierre, originaire des bords du lac de Tibériade, avait appris de bonne heure à parler le grec, qui était d'un usage fréquent dans ces parages, et il se développa dans la connaissance de cette langue durant ses courses apostoliques ^, à travers des contrées habitées par des races helléniques. Ses hébraïsmes ne sont ni fréquents, ni choquants. Les principaux sont : fils d'obéissance, i, 14; l'acception des personnes, i, 17; la parole du Seigneur, I, 25; un peuple d'acquisition, ii, 9; le mot « vase » pour désigner le corps humain, m, 7, etc. Le vocabulaire de l'épître renferme un nombre assez considérable de mots qui ne sont employés dans aucun autre livre du Nouveau Testament; on en a compté jusqu'à soixante -deux, dont la plupart se rencontrent dans la traduction des Septante.

bo Les destinataires de l'épître sont désignés de la façon la plus nette dès le premier verset : « Electis advenis dispersionis Ponti , Galatiie, Gappadocise, Asiae et Bithyniae. » Les cinq provinces mentionnées faisaient partie de l'Asie Mineure, dont elles occupaient le nord (le Pont et la Bithynie), l'ouest (l'Asie, c'est-à-dire l'Asie dite proconsulaire), la partie centrale et occidentale (la Galatie et la Cappadoce) ^.

L'évangile avait été prêché dans ces différentes régions par saint Paul et par ses disciples, soit directement, comme en Galatie^ et en Asie "^, soit indirectement'. Mais il est fort possible que saint Pierre lui-même ait exercé son ministère apostolique dans l'une ou l'autre de ces provinces, entre les années 51 et 54. C'était l'opinion d'Origène ^, de saint Épiphane ^, d'Eusèbe *^, de saint Jérôme^', etc. L'apôtre n'y fait aucune allusion dans cet écrit, non plus que dans sa seconde lettre, et l'hypothèse n'est pas regardée comme certaine ^^.

Les membres des chrétientés ainsi fondées avaient appartenu en grande majorité au paganisme ^^. Néanmoins, on voit par le livre des Actes qu'il y avait des éléments juifs considérables dans plusieurs églises des contrées qui ont été énumérées ci- dessus '^ : il est donc vraisemblable qu'un certain nombre

^ Pour une analyse plus complète, voyez le commen'aire, et cotre Biblia sacra, p. 1335-1338.

2 Ep. ad EeJib.

3 Saint Jacques et saint Jude étalent, comme lui, Juifs d'origine, et pourtant il est hors de conteste qu'ils ont écrit en grec.

^ Voyez l'Atl. géogr., pi. xvii.

^ Voyez Act. xvi , 6 ; Gai. iv, 13 et ss., etc.

^ Cf. Act. XIX, 1 et ss.

' Des chrétiens de la province d'Asie avaient pu porter la bonne nouvelle en Bithynie et en Cappadoce, comme cela avait eu lieu pour la l>hrygie (cf. Col. ii, 1).

^ Dans Eusèbe, Hist. eccl,, m, 12.

* Haer., xxvn, 2.

** De vir. ill., 1.

^2 Origène et Eusèbe appuient précisément leur opinion sur le passage I Petr. i, 1, ce qui diminue la valeur de leur témoignage.

'3 Voyez saint Jérôme, adv. Jovin., i, 39, et saint Augustin , c. Faust., xxix, 89, etc. Ce s'intiment est admis aujourd'hui d'une manière presque unanime. Il est tout à fait certain, d'après i, 14; ii, 9-10; iv, 2-4. Origène (ap. Euseb., Hist. eccl., m, 1), Didyme (tUd., m, 4, 2) et d'autres anciens auteurs grecs croyaient au contraire que l'épître avait éré surtout composée pour des chrétiens d'origine juive. Leur raison principale consistait dans une interprétation inexacte du mot StacTTropa; (« dispersionis »), qu'on lit à la première ligne.

^^ Cf. Act. xviir, 24 et ss.; xix, 8-10, etc.

PREMIÈRE ÉPITRE DE S. PIERRE

des destinataires de cette épître étaient Israélites par leur origine. Dans leur ensemble, les lecteurs avaient été convertis depuis assez longtemps, puisqu'ils avaient leurs prêtres et leur organisation ecclésiastique régulière K Ds formaient un corps parfaitement constitué parmi leurs voisins demeurés païens.

6» L'occasion et le but ressortent assez bien du fond même de la lettre. Les chrétiens d'Asie Mineure, sans être sous le coup d'une persécution violente et pour ainsi dire officielle ^, avaient alors beaucoup à souffrir. Les païens et les Juifs parmi lesquels ils vivaient leur infligeaient toutes sortes de vexations pénibles. Le fait n'a rien d'étonnant, quand on se place dans la situation des chrétientés d'alors : les nouveaux convertis abandonnaient non seulement leur religion antérieure, mais en grande partie aussi leur genre de vie, et leurs anciens coreligionnaires ne leur pardonnaient pas ce qu'ils regardaient comme une apostasie. On leur reprochait même leur vie sainte. D'après iv, 12, un mouvement particulier de haine et d'hostilité venait d'éclater contre les Églises d'Asie. Les fidèles n'y étaient pas encore habitués; de là, pour eux, le trouble et le danger de découragement. Le prince des apôtres leur écrivit donc afin de les consoler et de les affermir au milieu de leurs épreuves. Pour cela, il leur montre que la souffrance est la vocation du chrétien , et qu'elle leur procurera plus tard une grande gloire, de même qu'elle est dès ici-bas une grande grâce. Il les engage en même temps à bien remplir malgré tout leurs devoirs envers la société et envers eux-mêmes.

Gomme on le voit, le but est tout pratique, tout moral. L'auteur l'expose luimême à la fin de l'épître, v, 12'^, par les mots obsecrans et contestans (plus exactement d'après le grec ; exhortant et rendant témoignage). 11 exhorte ses lecteurs, en pensant à la situation douloureuse où ils se trouvaient, et il atteste, il témoigne qu'en dépit des adversités qu'il occasionne , le christianisme est la grâce des grâces, et la religion véritable ^.

7o Le lieu et Vépoque de la composition. — L'auteur dit lui-même, v, 13, qu'il écrivit cette lettre à Babylone, et un certain nombre d'auteurs protestants affectent de prendre ce trait à la lettre. Mais on ne sait absolument rien d'un séjour de saint Pierre dans l'antique capitale de la Ghaldée. Le nom de Babylone est donc symbolique en cet endroit pour désigner Rome, qui avait succédé à la cité chaldéenne comme métropole du monde païen. Longtemps avant cette époque, les Juifs l'employaient de la même manière dans leur littérature apocalyptique ^. Personne n'a douté de cette signification métaphorique durant les seize premiers siècles; déjà nous la trouvons dans les écrits de Papias et de Clément d'Alexandrie^. En outre, la tradition d'après laquelle saint Pierre acheva sa vie à Rome est tellement forte, qu'un assez grand nombre de critiques hétérodoxes ou même rationalistes l'admettent comme nous^.

Suivant l'opinion la plus vraisemblable , cette épitre fut composée vers l'an 63 ou 64 de notre ère. Saint Paul venait d'être délivré de sa prison, et était parti pour l'Espagne ou pour l'Orient '^. La persécution de Néron n'avait pas encore

* Voyez V, 1-5.

2 Aucun des passages de l'épître où les épreuves des lecteurs sont mentionnées (i, 6-7; II, 12 et 88.; III, 9, 13-14, 17, 19; iv, 12 et ss.) n'indique une persécution de ce genre, accompagnée du martyre, de la confiscation des biens , etc.

3 Comme exemples de ces «■ attestations » qui donnent plus de poids à l'exhortation , voyez

Z-]2, 18-21, 23, 25; II, 3-10, 19 et ss.; m, 14

et ss.; IV, 12-14; v, 7, 10, 12.

^ Voyez aussi Apec, xiv, 8 et xviii, 2, 10.

^ Ap. Euseb., Hist. eccL, ii, 15. Comp. saint Jérôme, de Vir. ilL, 8, etc.

^ Voyez la page 659; Act. xii, 17 et le commentaire; Joh. Schmid, Petrus in Rom, Lucerne, 1879, etc.

' De là probablement le silence de la lettre à son sujet.

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éclaté*, quoiqu'on en vît déjà les signes précurseurs. Saint Marc, mentionné à la fin de l'épître (v, 13'^), était toujours à Rome, où l'apôtre des Gentils l'avait appelé naguère ^.

8" Commentaires catholiques. — Outre ceux qui ont été indiqués à la page G30, nous n'avons à signaler que le suivant, qui est d'ailleurs excellent : L. T. Hundhausen, Die beiden Pontifikalbriefe des Apostels Petrus, Mayence, 1873 et 1888.

* Elle ne comiiieuça que vers la fin de 64. i ^ cf. Col. iv, lOo

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