‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 657 sur 873 · Ainsi donc, à vous qui croyez. Thon · texte numérisé non relu

Ainsi donc, à vous qui croyez. Thon

viva tes, h. la gloire de Dieu. Jésus- Chiist en est le fondement, les chrétiens forment le reste de la construction. — Ad quem. C.-à-d., « ad Dominum ». Dans le psaume, ce nom désigne Jéhovah; mais le Chiist ne diffère pas de lui. — Lapidem vivum. Saint Pierre emploie volontiers cette épithète. Oomp. le vers. 5 ; i, 3 et 23. C'est aussi Jésus -Christ qui est la pierre vivante dont il sera longuement question. — Ab hominibus..., a Deo... Conduite très différente des hommes et de Dieu à l'égard de cette pierre. Ceux-là l'ont rejetée, réprouvée : reprobatuw.. Expression empruntée au Ps. cxvii, 22. Comp, le vers. 7*»; Matth. xxi, 42; Act. iv, 11. Dieu, qui connaît i\ fond la valeur des choses, l'a choisie et singulièrement honorée : electum et... (voyez le vers. 6). — Et ipsi... (vers. 5\ Les lecteurs sont comparés eux-mêmes à des pierres symboliques, également vivantes (lapides vivi), qui doivent servir à la construction d'un temple magnifique, élevé à la gloire de Dieu. Saint Paul emploie une métaphore toute semblable, Eph. II, 20-22. — Super œdiflcamini. A l'impératif : Soyez bâtis sur le Christ, qui sert de fondement h l'édifice. — Domus spiritualis. Par opposition aux temples matériels, faits de main d'homme, tels que celui de Jérusalem. Cf. Marc. XIV, 58, etc. — Sacerdotium... La Vulgate n'a pas traduit la préposition e'ç, qui précède ce mot dans la plupart des manuscrits : « in sacerdotium... », pour être un sacerdoce saint. « Les images sont incohérentes », comme parfois daiiS les écrits de saint Paul ; mais elles n'en sont que plus expressives. D'après la pensée du prince des apôtres, après avoir été superposées de manière à former un temple, les pierres vivantes qui figurent les chrétiens deviennent aussi le corps sacerdotal qui doit remplir dans ce temple les fonctions dn culte ; or, 11 est essentiel que les prêtres soient saints. Évidemment, c'est une métaphore que nous avons ici. Saint Pierre ne veut pas dire que tous les fidèles soient prêtres dans le sens strict. Comp. v, 1-4, où il suppose l'existence d'un clergé distinct de la masse des croyants. Il parle donc ici du sacerdoce dans le sens large. Voyez Ex. xrx, 6 et Is. Lxi, 6, où nous lisons aussi que Dieu avait promis aux Hébreux de faire d'eux une

nation de prêtres. — Offerre... hostias. C'est là un des rôles principaux du prêtre. Cf. Hebr. v, 1 et ss. Les victimes en question sont nommées spirituelles, comme le temple même où elles sont offertes, saint Pierre voulant les distinguer des sacrifices matériels de l'Ancien Testament. Il désigne ainsi le culte en esprit et en vérité , les prières et ses manifestations diverses, le repentir des péchés, l'acceptation des souffrances, les actes de miséricorde, etc. — Acceptabiles... per Jesum... Dieu regarde d'un oeil favorable les sacrifices des chrétiens , parce qu'en réalité c'est Jésus lui-même, notre grand prêtre, qui les lui présente, en union avec son propre sacrifice idéal. Cf. Hebr. xiii, 15.

6-10. Textes de l'Ancien Testament qui démontrent que le Christ efct la pierre infiniment précieuse choisie par Dieu, et que les fidèles forment avec lui un temple symbolique, construit en l'honneur du Père. — Continet Scri' piura. La citation va en réalité jusqu'à la fin du vers. 10. Elle se compose de plusieurs textes sacrés, que l'apôtre a combinés ensemble, en y intercalant trois fols une courte explication. — Première citation, tirée d'Isaïe, xxviii, 16, d'après les LXX, mais avec des divergences assez considérables : Ecce pono... L'hébreu peut se traduire ainsi : Voici, j'établis dans Sion une pierre, une pierre éprouvée, une précieuse pierre angulaire, comme un sûr fondement; celui qui croit ne se hâtera pas. Ce dernier trait signifie : Le croyant ne prendra pas la fuite sous l'impression de la terreur; il ira tranquillement son chemin, plein de confiance en Dieu. La traduction non confundetur rend donc assez exactement la pensée. — Les mots summum angularem correspondent au grec àxpoyœvcaiov, et représentent une pierre angulaire ( reliant deux angles, deux murs), placée au sommet de l'édifice, et non point à la base, comme dit l'hé^ioa. Cette différence n'est pas essentielle. La pierre symbolise le roi Messie, dont Jéhovah se proposait de faire la base de son royaume spirituel. Saint Paul aussi, Rom. ix, 33, applique à Notre- Seigneur Jésus-Christ ce texte, que tous les Juifs regardaient alors comme messianique. — Vobia igitur... (vers. 7). Saint Pierre fait à ses lecteurs l'application de ces paroles d'isaïe, et surtout

I Petr. II, 8-9.

neur ; mais, pour les incrédules, la pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient, est devenue la tête de l'angle,

8. et une pierre d'achoppement, et une pierre de scandale pour ceux qui se heurtent contre la parole et qui ne croient pas ; ce à quoi ils ont été destinés.

9. Mais vous, vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez

non credentibus autem, lapis queni reprobaverunt aedificantes, hic factus est in caput anguli,

8. et lapis offensionis, et petra scandali, his qui offendunt verbo, Aec credunt in quo et positi sunt.

9. Vos autem genus electum, regale sacerdotium, gens sancta, populus acquisitionis, ut virtutes annuntietis ejus qui

de la proposition finale « Qui credideiit... non... ». — Credentibus, C'est par la foi qu'on est rattaché à la pierre angulaire, et qu'on mérite d'être honoré par Dieu (honor) ici-bas et dans l'autre vie. — Non credentibus. Antithèse. Saint Pierre, comme souvent les prophètes et saint Paul, sépare l'humanité en deux catégories : ceux qui croient en Jésus-Christ et ceux qui refusent de croire. — Pour décrire le châtiment de ces derniers, il fait deux nouveaux emprunts à l'Ancien Testament. L'un provient du Ps. cxvii, 22, et est cité littéralement d'après les LXX : Lapis quem..., hic... Jésus-Christ lui-même s'est appliqué ce passage (cf. Matth. xxi, 42 ; Marc, xii, 10; Luc. XX, 17), et saint Pierre en fait un usage tout semblable dans un de ses discours (Act. iv, 11). Ainsi donc, les incrédules seront couverts de confusion, parce que la pierre qu'ils auront méprisée a été singulièrement honorée de Dieu même. — Et lapis... scandali ( vers. 8 ). C'est le châtiment positif. L'image en est emprnttée ix Is. viii, 14,

Maçon au travail. ( Teinture de Pompéi.)

passage cité d'après l'hébreu. Comp. Rom. ix, 33, où l'apôtre des Gentils l'emploie dans le même sens, et l'unit, comme saint Pierre, à celui du Ps. cxvii. La pierre qui est le Christ est censée se trouver sur le chemin des incrédules ; ils se heurtent contre elle et tombent à terre. — Les mots his qui offendunt... positi sunt sont une Beconde explication Insérée par saint Pierre; ils Comment. — VIIL

ont pour but de Justifier le châtiment des incrédules. — On peut rattacher le substantif verbo soit à « offendunt », soit à nec credunt: Pour ceux qui se heurtent contre la parole en ne croyant pas ; ou bien : Pour ceux qui se heurtent en ne croyant pas à la parole. La première traduction est la meilleure. — In quo (plutôt : « in quod », e'tç 0 ). Cette proposition est indépendante dans le grec : Chose à laquelle ils sont aussi destinés (par le plan divin ). La chose en question , c'est la chute des rebelles. Ils refusent de croire, et Dieu, pour les châtier, fait qu'ils viennent précisément se heurter contre la pierre de salut, qui les brise. Les commentateurs qui prennent uniquement ici la Vulgate pour guide ont donné de ce passage une autre explication : « In quo, scil. verbo vel lapide positi sunt » ; Ils ne croient pas à la parole, ou à la pierre, sur laquelle ils ont été placés par Dieu pour être sauvés. — Vos autem... (vers. 9). L'apôtre revient aux croyants, pour leur signaler quelques-uns de leurs glorieux privilèges. Au vers. 9», il énumère quatre de leurs titres , portés autrefois par Israël, mais qui conviennent aux chrétiens plus éminemment encore. — Le premier, genus electum, est tiré d'Isaïe, XLiir, 20. En vertu de leur régénération spirituelle (cf. i, 3 et 23), les fidèles forment une race nouvelle, objet du choix éternel de Dieu. Voyez i , 1 , etc. — Regale sacerdotium , gens... Ces deux autres titres sont extraits de l'Exode, xix, 6. Dans le texte hébreu , la premier e expression apparaît sous cette forme : un royaume de prêtres, c.-à-d., dont les citoyens sont des prêtres. Comme il a été dit à propos du vers. 5, les chrétiens sont un corps sacerdotal parce qu'ils offrent à Dieu des sacrifices spirituels, et ce corps est appelé royal, parce qu'il appartient au grand et divin roi. — Gens sancta. Une nation mise à part, séparée de toutes les autres et consacrée au service de Dieu ; ce qui l'oblige à pratiquer une ém inente sainteté. — Populus acquisitionls (plutôt : a in acquisitionem »). Ce quatrième titre provient d'Isaïe, XLiii, 21, passage auquel sont empruntés aussi les trois mots suivants, m< virtutes annuntietis. Les Hébreux étaient par excellence le peuple de Jéhovah, la nation qui lui appartenait en propre (cf. Ex. xix, 5; Deut. vu, 6; xiv, 2 et xxvr, 18), et dont l'un des plus glorieux attributs était de proclamer ses louanges (« virtutes ejus », ses qualités érainentes). A plus forte raison en est -il ainsi des cln-i^tipns. Cf. Act.

I Petr. II, 10-12.

de tenebris vos vocavit in admirabile lumen suum :

10. qui aliquando non populus, nunc autem populus Dei ; qui non consecuti misericordiam , nunc autem misericordiam consecuti.

11. Carissimi, obsecro vos tanquam advenas et peregrinos abstinere vos a carnalibus desideriis, quae militant adversus aniraam ;

12. conversationem vestram inter gentes habentes bonam, ut in eo quod detrectant de vobis tanquam de malefactoribus, ex bonis operibus vos considérantes, glorificent Deum in die visitationie.

les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière :

10. vous qui autrefois n'étiez pas un peuple, mais qui maintenant êtes le peuple de Dieu ; vous qui n'aviez pas reçu miséricorde, mais qui maintenant avez reçu miséricorde.

11. Bien -aimés, je vous exhorte, comme étrangers et voyageurs, à vous abstenir des désirs charnels qui combattent contre l'âme.

12. Ayez une bonne conduite au milieu des païens, afin que, là même où ils vous calomnient comme des malfaiteurs, ils remarquent vos bonnes œuvres et glorifient Dieu au jour de sa visite.

XX, 28; Eph. i, 14. — Les mots ejus qui de... in... lumen suum sont de saint Pierre lui-même, qui les ajoute pour rappeler à ses lecteurs tout ce qu'ils devaient à Dieu, et pour les mieux exciter ainsi à proclamer sa louange. Les ténèbres, la lumière : antithèse qui marque « la vie antérieure (dans le paganisme), éclairée soudain et transformée par l'évangile ». Cf. Eph. v, 8 et ss. ; Col. 1, 12-13.-- Qui aliquando... (vers. 10). Ce texte est fourni par Osée, ii, 23-24, et cité librement. Saint Paul en fait également usage, Rom. IX, 25. Le prophète parlait des Israélites convertis et rentrés en grâce avec Dieu; saint Pierre applique ces paroles à la conversion des chrétiens.

SECONDE PARTIE

Les chrétiens au milieu du monde et leurs principaux devoirs. II, 11 -IV, 6.

§1. — Ils doivent se soumettre à toutes les institïitions sociales voulues par Dieu. II, 11 -m, 7.

Après avoir laissé son esprit prendre son essor à travers les mystères les plus relevés du salut, saint Pierre, à la manière de l'apôtre des Gentils , descend de ces régions sublimes, pour indiquer les conclusions pratiques que nous devons on tirer.

1" Introduction : il faut que les fidèles aient une conduite très sainte, capable d'édiûer les païens. II, 11-12.

11-12. Conseils d'un caractère général. — Cafissimi. Apostrophe très affectueuse, pour attirer l'attention des lecteurs sur les recommandations qui suivent. — Celle qui commence ici (obsecro vos) est exprimée tour à tour sous une forme négative, vers. 11, et sous une forme positive, vers. 12. — L'apôtre donne par avance la raison de son exhortation : tanquam (en tant que, en qualité de) advenas et peregrinos. Les chrétiens sont totalement étrangers, au monde et à ses intérêts; leur patrie n'est point ici-bas.

Voyez I, 1 et 17; Eph. ir, 19, etc. — A carnalibus desideriis. Il s'agit en général des convoitises mauvaises, qui ont leur siège et leur foyer dans la chair, c.-à-d. dans la nature corrompue de l'homme. Saint Paul emploie des expressions semblables (Gai. v, 16; Col. m, 5; Tit. II, 12, etc.). — Quse militant... Image expressive. Cf. Rom. vn, 23 et Jac. iv, 1. Les passions se mettent en guerre contre l'âme, et travaillent à l'asservir. — Conversationem... inter... (vers. 12). Saint Pierre veut que les chrétiens se fassent remarquer des païens au milieu desquels ils vivent, par une conduite exemplaire,

— In eo quod. Ces pronoms désignent la manié i e d'agir des fidèles, actuellement vilipendés par les païens (.detrectant...), mais au sujet de laquelle ceux-ci doivent un jour glorifier le Seigneur. — Malefactoribus. Le mot grec xaxo- Troiôs;, employé encore au vers. 14 et iv, 15, représente un malfaiteur en quelque sorte officiel, qui mérite comme tel d'être châtié par les magistrats. Nous savons par Tacite, Ann., xv, 44, et par Suétone, Nero, 16, que les païens donnaient en effet ce titre aux premiers chrétiens. Ils les calomniaient de différentes manières, tout spécialement comme étant rebelles à César, coiume portant le trouble dans les familles, comme excitant les autres citoyens à la révolte, etc., en attendant le moment oîi ils lancei'aient contre eux des accusations pires encore (entre autres, celles d'inceste, de cannibalisme). Voyez D. Cabrol, Dict. d'arch. chrét,., t. I, col. 265 et ss.

— Ex bonis operibus. Voilà ce que l'apôtre demande à ses lecteurs d'opposer aux injures des païens : une vie sainte, abondante en bonnes œuvres. — Glorificent Deum. La plupart des exégètes contemporains font remarquer à bon droit que tout ce passage a une grande ressemblance avec une parole de Notre- Seinneur (Matth. V, 16), que saint Pierre avait sans doute ici à la pensée. — In die vlsitationis. Locution hébraïque, qui désigne la visite de Dieu luimême, tantôt pour juger, tantôt pour récompenser les hommes, etc. Il est probable que saint Pierre a voulu parler ici de la visite suprême

I Petr. II, 13-17.

13. Soyez donc soumis à toute institution humaine, à cause de Dieu : soit au roi, comme au souverain,

14. soit aux gouverneurs, comme étant envoyés par lui pour châtier les malfaiteurs et pour approuver lès gens de bien.

15. Car c'est là la volonté de Dieu, qu'en faisant le bien vous réduisiez au silence l'ignorance des hommes insensés ;

16. comme étant libres, non pour faire do la liberté une sorte de voile dont se couvre la méchanceté, mais comme des serviteurs de Dieu.

17. Honorez tous les hommes ; aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi.

13. Subjecti igitur estote amni humanaî creaturae propter Deum : sive régi , quasi prsecellenti ;

14. sive ducibus, tanquara ab eo missis ad vindictam malef actorura , laudem vcro bonorum.

15. Quia sic est voluntas Dei, ut benefacientes obrautescere faciatis imprudentium hominura ignorantiam ;

16. quasi liberi, et non quasi velamen habentes malitise libertatem, sed sicut servi Dei.

17. Omnes honorate, fraternitatem diligite , Deum timete, regem honorificate.

du Seigneur, lors du jugement dernier. Selon d'autres, 11 faudrait entendre par cette expi'ession la conversion des païens , visite tout aimable de Dieu,

2" Obligations des chrétiens envers le pouvoir civil. 11, 13-17.

De la recommandation générale qui pré'ède, l'opôtre passe à plusieurs domaines particuliers dans lesquels les fidèles sont tenus de manifester leur perfection ; il commence par celui de l'État.

13-17. De ce passage, rapprochez Rom. xiii, 1-6 (voyez aussi I Tim. n, 1-3). « Il n'est pas nécessaire de supposer qu'il y a eu emprunt direct d'un côté ou de l'autre. Quelques expressions présentent une grande ressemblance, mais 11 y a aussi des divergences considérables. » Cette observation convient aussi à ce qui sera dit plus bas touchant les devoirs des esclaves et des époux. Tous les prédicateurs chrétiens devaient naturellement toucher à ces divers thèmes, et leurs Instructions, comme leur langage, ne pouvaient que présenter beaucoup d'analogie, une entente ayant sans doute eu lieu dès l'origine sur ces points délicats. — Suhjerti (igitur manque dans le grec) estote. Ce mot contient la note dominante de tout ce qui sera dit Jusqu'à ïii, 7. Comp. le vers. 18 et m, 1*. — Omni... creaturx. Le sens n'est pas : à tous les hommes. Le substantif XTÎatç est employé par saint Paul pour désigner soit l'acte même de créer (Rom. I, 20), foit l'ensemble des créatures (Rom. viii, 19-21), soit une créature en particulier (Rom. ▼ni, 39). Dans le grec classique, il a parfois le sens d'institution , et c'est ainsi qu'on doit l'interpréter ici : Soyez soumis à toute institution humaine ; c.-à-d., à toutes les formes de gouvernement que les hommes se seront données (royauté, oligarchie, démocratie, etc.), ce point étant indifférent en lui-même. — Propter Deum. Dans le grec : à cause du Seigneur (Jésus- Christ). C.-à-d., d'après l'explication la plus probable, parce que le Sauveur a lui-même été soumis au pouvoir civil et qu'il a prescrit de lui obéir. Cf. Matth. xxii, 22, etc. L'autorité était alors entre des mains si peu dignes, qu'il fallait la volonté du Christ « pour en faire comprendre

la valeur et pour en imposer le rc^pct. » — Reji : èi l'empereur roiuain. Les Grecs n'avaient pas de mot spécial pour exprimer ce tiire. Sur l'épithète prœcellenti (v7iep£x<i^Ti), voyez Rom. XIII, 1 et I Tim. ii, 2. — Ducibus (vers. 14). Le titre rjy£[xc6v était communément donné à cette époque aux gouverneurs des provinces. C'est parce qu'ils étaient les représentants de Cé.sar qu'on devait se soumettre à eux (tanquam ab eo...). — Ad vin îictam . . . , laudem... Deux rôles essentiels des magistrats civils. Cf. Rom. XIII, 3. — Quia sic..^ voluntas..^ (vers. 15). Motif supérieur de l'obéissance qui vient d'être recommandée aux fidèles. — L'apôtre indique ensuite l'excellent résultat qui sera produit par cette soumission : tU... obmutcscere... Le grec cpifiouv est particulièrement expressif : museler; puis, réduire au silence. — Imprwlentium... Dans le grec : des hommes insensés. 11 s'agit des païens, qui faisaient acte de folie en calomniant les chrétiens sans les connaître. — Quasi liberi (vers. 16), Très belle pensée. Les chrétiens sont libres; le sang précieux de Jésus- Christ les a rachetés de l'esclavage du démon et du péché. Toutefois, il ne faut pas que leur liberté soit comme un manteau derrière lequel se cacherait la licence (velamen... malitlse), la désobéissance aux magistrats civils. Cf. Gai. v, 13; II Petr. II, 19. — Sicut servi... « C'est le paradoxe de la vie nouvelle : libres et esclaves. » Mais être assujetti au service de Dieu est un auti-e nom de la liberté. — En quatre phrases rapides, saint Pierre résume et conclut, dans le vers. 17, ce qui regarde les devoirs des fidèles envers la société civile. Omnes honorate : tous les hommes sansexcepi ion, quoique avec des nuances diverses, selon leur situation extérieure, leur âge, etc. — Fraternitatem. L'abstrait pour le concret : l'ensemble des frères (des chrétiens). — Deum timete. « Les esclaves de Dieu (comp. le vers. 16 ) doivent craindre Dieu »; c'est dans l'ordre. Cf. i, 17. — Regem honorificale. Echo de Prov. xxiv, 21. Honorer le roi est une application particulièi'e de la règle générale ; Honorez tons les hommes.

3" Les esclaves doivent être soumis à le ma

1 Petr. II, 18-21.

18. Servi, subditi estote in omni timoré dominis, non tantum bonis et modestis, sed etiam dyscolis.

19. Hjbc est enim gratia, si propter Dei conscientiain sustinet quis tristitias, patieiis injuste.

20. Quse enim est gloria, si peccantes et colaphizati suiïertis? Sed si bonefacientes patienter sustinetis , hœc est gratia apud Deum.

21. In hoc enim vocati estis, quia et Christus passus est pro nobis, vobis re-

18. Serviteurs, soyez soumis en toute crainte à vos maîtres ; non seulement à ceux qui sont bons et humains, mais aussi à ceux qui sont difficiles.

19. Car c'est une ijrâce d'endurer des peines et de souffrir injustement, par motif de conscience envers Dieu.

20. En effet, quelle gloire y a-t-il,si battus pour avoir commis des fautes, vous le supportez? Mais si, en faisant le bien, vous souffrez avec patience, voilà ce qui est une grâce devant Dieu.

21. Car c'est à cela que vous avez été appelés , parce que le Christ aussi a souf -

maîtres, et supporter leurs souffrances à l'exemple du Christ. II , 18-25.

Comp. les passages analogues de saint Paul : Eph. VI, 5-8; Col. m, 22-25; I Tim. vr, 1-2; Tit. II, 9-10.

18-20, Le devoir des esclaves chrétiens est d'obéir. — Servi. L'auteur n'a pas employé le terme ordinaire, ôoûXoi, mais l'expression adoucie oîxlTai, l'équivalent de domestiques (ceux qui font partie de la maison). — In omni timoré : avec une crainte ( de leurs maîtres , et non pas de Dieu) qui doit accompagner tous leurs actes. Cf. Eph. vi, 5. — Non tantum... sed... Les propriétaires d'esclaves sont ainsi partagés en deux catégories. Les uns étaient bons et doux (£7ïieiy.£ïç, Vulg. modestis) ; les autres, durs et méchants (axoXio^; à la lettre, de travers; Vulg. dyscolis). Dans les deux cas la soumission était un devoir. Les esclaves convertis au christianisme, sachant qu'ils étaient devenus les égaux de leurs maîtres si ceux - ci étaient déjà chrétiens, et leurs supérieurs dans l'hypothèse contraire, pouvaient être tentés de tirer la conclusion pratique de cette situation nouvelle, et de refuser l'obéissance, surtout si les maîtres étaient méchants et égoïstes, comme il n'arrivait que trop souvent. Saint Pierre, comme saint Paul, va au-devant de ce péril, en rappelant aux esclaves que la souffrance, fût -elle imméritée , est le partage de tous les chrétiens sans exception et qu'elle leur obtient de précieux avantages : hœc ( « hoc » , d'après le grec ) est enim... (vers. 19). — Gratia, /àpiç. Avec la eigniflcation de chose agréable (à Dieu d'après le vers. 20''). Cf. Luc. vi, 32-S4; xvii, 9, etc. — Propter Dei covscientiam. G.-à-d., parce que nous avons la conscience que telle est la volonté de Dieu; ou bien, parce qu'il voit tout et qu'il récompensera les esclaves patients. — Si... sustivet quis. Tout spécialement l'esclave, d'après le contexte. — Patiens injuste. Aristote ne craignait pas de dire, Eth. Nie, v, 10, 8, que l'Injustice ne saurait exister dans le sens strict entre un homme et ses esclaves. Saint Pierre affirme à bon droit le contraire. — Quse enim... (vers. 20). Quelle gloire? quel mérite? L'apôtre développe et démontre sa précédente apsertion. — Peccantes et colaphizati : souffletés pour un manque-

ment à l'tgard de leur maître. « Les soufflets tombaient fréquemment sur le visage des esclaves ». — Si... suffertis. D'après le grec : Si

^[^[MI[^i^|^[^IM]fU

Esclave recevant ia bastunuade.

t, D'après un vase peint.)

vous le supportez avec patience (ÛTiopieveÏTe). Il n'y a aucun mérite dans le cas indiqué, puisque le châtiment était légitime. — Sed si... L'hypothèse contraire : celle d'un esclave qui fait tout son devoir et qui est châtié injustement. D'après le grec : Si , faisant le bien et souffrant (c.-à-d. étant punis; au lieu de patientes), vous supportez. — Hœc est gratia... Comme plus haut, vers. 19*.

21-25. L'exemple de Jésus-Christ, qui, quoique innocent, a souffert pour nous sans se plaindre, est un puissant encouragement à la patience. Cf. Phil. Il, 5; I Thess. i, 6; Il Thess. m, 5; Hebr. xii, 2; Jac. v, 11 ; etc. La pensée devient générale et convient à tous les fidèles; néanmoins, les esclaves demeurent à l'avant-scène de ce passage et l'auteur ne les perd pas de vue.

— In hoc enim... Le pronom est accentué et résume la seconde moitié du vers. 20. L'apôtre veut dire : Vous êtes appelés par Dieu à supporter avec patience les maux qui vous sont infligés par les hommes, même injustement. 11 est frappant de voir que Jésus-Christ et ses apôtres regardent comme une seule et même chose l'appel au christianisme et l'appel à la souffrance. Cf. Matth. X, 38; xvi, 24 ; I Thess. m, 2, etc.

— Quia et Christus.., Le petit tableau que saint

I Petr. II, 22-25.

fert pour nous, vous laissant un exemple, afin que vous suiviez ses traces :

22. lui qui n'a pas coramis de péché, et dans la Louche duquel ne s'est pas trouvée de fraude;

23. lui qui, injurié, ne rendait point d'injures, et, maltraité, ne faisait point de menaces, mais se livrait à celui qui le jugeait injustement;

24. lui qui a porté lui-même nos péchés dans son corps sur le bois, afin qu'étant morts au péché, nous vivions à la justice ; lui par les meurtrissures duquel vous avez été guéris.

25. Car vous étiez comme des brebis errantes ; mais vous êtes retournés maintenant au pasteur et au gardien de vos âmes.

linquens exemplum, ut sequamini vcstigia ejus.

22. Qui peccatum non fecit, nec inventas est dolus in orc ejus ;

23. qui cum malediceretur, non maledicebat ; cum pateretur, non comminabatnr, tradebat autem judicanti se injuste ;

24. qui peccata nostra ipse pertulit in corpore suo super lignum, ut peccatis mortui, justitiae vivamus; cujus livore sanati estis.

25. Eratis enim sicut oves errantes ; sed conversi estis nunc ad pastorem et episcopum animarum vestrarum.

Pierre trace Ici de la passion du Christ est admirable de vie et de vigueur. Au Hpu de pro nobis, 11 faut lire « pro vobis », d'après la leçon la plus autorisée du grec. — Relinquens exemp'um. Le substantif Û7ioypafji[ji6v désigne à la lettre un modèle d'écriture, qne les jeunes enlèves doivent reproduire aussi exactement que possible. — Vestigia... Tertulllen dit ici, avec son énergie accoutumée : «Vestigia ejus, sanguinis ejus signata,ideoque inventu facilia » (Scorp., 22).

— Qui peccatum... Le modèle que Jésus-Christ nous a laissé dans sa pas-ion est développé dans les vers. 22-24, en trois phrases éloquentes, qui commeocentpar le pronom relatif oçCg/zO. Dans ce passage, l'apôtre fait plusieurs emprunts au chap. LUI d'Isaïe, qui prédit les soufifrances et la mort du Messie. Il choisit de préférence les traits qui s'appliquaient le mieux aux esclaves. Au vers. 22, la citation provient d'Is. lui, 9 (les LXX ont àvofjLÎav, impiété, au lieu de à[ia.prioLV, péché). Le prophète met en relief la parfaite innocence du divin condamné. — Nec dolus... Pas la moindre parole de fraude dans sa bouche , mais uniquement des paroles de droiture. Au contraire, le mensonge était un des vices habituels des e-claves. — Qui cum malediceretur... (veï's. 23). C'est la patience du Christ qui est maintenant signalée. Of. Is. lui, 7. Cette fols, l'adaptation est faite avec beaucoup de liberté. — Cum pateretur. Ce verbe se rapporte aux souffrances corporelles, de même que « malediceretur » représente les outrages en paroles.

— Non comminabatur. Lorsqu'on souffre, surtout injustement, on est d'ordinaire porté à injurier ses bourreaux. L'histoire cite des cruclfiéi qui laissaient un libre cours à leur colère, et qui menaçaient les assistants du haut de leur croix.

— Tradebat autem...'Le pronom se est omis dans le grec après judicanti, et de plus, on y lit « juste » au lieu de ivjuste. Saint Pierre fait donc allusion à la manière dont Jésus -Christ, sur le point d'expirer, recommanda son âme à son Père, son ju>te juge, dont 11 acceptait, pleinement la volonté. La leçon de la Vuigate ne

s'appuie sur îiu'un mannscrit grec. C'est une moditicat'on du text", destinée à rehausser le mérite de la patience du Christ : l'allusion porte sur Pilate, ce juge inique auquel l'auguste victime se livra doucement. — Qui peccata... (vers. 24). Emprunt à Is. lui, 12 : « Ipse peccata multorum tulit. » — In cor pore... ha chair Innocente du Christ a eu particulièn ment à s -uffrir dans sa passion. Cf. Matth. xx, 26, où Jésus lui-même parle de son corps brisé. — Super lignum. Dan.o deux de ses discours (Act. v, 30 et X, 80) saint Pierre avait déjà donné ce nom à la croix. Comp. Act. xni, 29, où saint Paul s'en sert également. — L'équivalent grec de pertulit est àvrjveyxev, verbe habituellement ei>'ployé par les LXX avec la f'gniflcation de porter une victime sur l'autel. D'après ce beau langage de Paint Pierre, la croix est donc un autel (le Vén. Bède : « ara crucis »), et nos péchés sont placés sur elle pour être anéantis, pardonnes. La victime n'e-t autre que Jé.^us, et il est en même lemps le prêtre. — Résultat négatif et positif que le « Chrlstus patiens » se propo ait en payant ainsi notre rarçon : ut... mortui, justit.ise ... Cf. Rom. VI, 2, 11 ; Gai. ii, 19. Petite variante dans le grec : Afin qu'étant séparés des péchés... Le mot justice « résume tous les actes d'une vie selon Dieu ». — Cujus livore... Cf. Is. lui, 5. Le but du Christ a été atteint en ce qui concernait les lecteurs. Notez la forme parwdoxale de l'expression. Les meurtrissures livides n'étaient pas rares sur le corps des esclaves. — Eratis enim... (veis. 25). Preuve que la guérlson morale des chrétiens doit être vraiment attribuée à Jésus-Christ. Les premiers mots sont extraits d'Is. LUI, 6. — Sed conversi... Par ce trait, ^aint Pierre oppose au triste passé l'heureuse transformation qui a été produite grâce au Christ. — Ad pastorem... Allusion évidente à l'ailéporie du Bon Pasteur (Joan. x, 11, 14). — Et episcopum... Avec la signification de gardien, de surveillant. Ce mot exprime une des occupai ions I)nncli)ales du pasteur; il est devenu le titre ofticiol des évêques.

I Petii. m, 1-3.

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