‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 668 sur 873 · Salutate invicem in osculo sancto · texte numérisé non relu

Salutate invicem in osculo sancto

Gratia vobis omnibus qui estis in Christo Jesu. Amen.

dictée. — FideJem fratrem. Avec l'article dans le grec : le frère digne de confiance que vous connaissez bien. — Ut arbitror. Cette expression ne retombe pas sur les mots qui précèdent, mais sur ceux qui suivent : brerUer (St'oXt'ywv, en peu de mots) scripsi. Saint Pierre avait tant de choses à dire à ses lecteurs, qu'il ne pouvait b'em[)êcher de trouver sa lettre très courte. Cf. Hebr. xiir, 22. — Obsecrans et contestans: exhortant et attestant. Nous avons dit dans i'Introd., p. 662, G», que ces deux participes résument tout le contenu de l'éj^ître, dans laquelle l'exhortation alterne avec l'enseignement proprement dit. — Hanc esse veram... L'adjectif est accentué : Cette grâce de Dieu à laquelle vous êtes attachés est la vraie. En d'autres lermes : Votre religion est la seule véritable. — In qua statis. La Vulgate a lu avec de nombreux manuscrits : èorrixaTS. La meilleure leçon est dXYjte, à l'impératif : Demeurez fermes dans celte grâce.

13-14. Salutations finales. — Le substantif ecclesia, qu'on lit aussi dane le syriaque, l'arn:énien, etc., est omis par presque tous les manuscrits grecs. C'est une glose qui donne bien le sens. En effet, on ne saurait admettre, avec un certain nombre d'auteurs protestants, que par les mots quœ est... coelecta (rj... (TUvexXexTY^), saint Pierre ait voulu désigner sa femme. Si son intention avait été de parler d'elle, 11 n'y a pas de raison pour qu'il ne l'ait pas nommée simplement et clairement. Le participe « coelecta » représente donc une Église « choisie avec », c-à-d., choisie par Dieu comme les autres

Églises. Telle est à bon droit l'interprétation de la majorité des commentateurs depuis les temps les plus reculés (Paplas, Clément d'Alex., saint Jérôme, etc.). Voyez la Revue des quest. hist., janv. 1873, p. 98 et ss. — Mais faut-ii entendre les mots in Babylone à la lettre ou au figuré? Nous avons vu dans l'Introd., p. 662 , que le second sentiment est seul acceptable. Rien n'indique que saint Pierre soit jamais allé à Babylone, tandis qu'il est certain qu'il est allé plusieurs fols à Rome, qu'il y a séjourné quelque temps et qu'il y a subi le martyre. Les Juifs aussi, de même que saint Jean dans l'Apocalypse (xiv, 8, 16, 19; XVII, 5 et ss.; xviii, 2, 10) donnaient à Roma le nom de Babylone. Voyez Otho, Lexic. rabbin., p. 602. — Marcus ne diffère pas de l'évangéliste de ce nom. Sa mention corrobore l'opinion que nous venons d'adopter au sujet de Babylone, car la tradition est unanime à affirmer que saint Marc accompagna saint Pierre à Rome, et qu'il y composa son évangile sous la direction de ce maître vénéré. — Fiiius meus. Au figuré; saint Pierre l'avait engendré à la grâce. — Salutate... in osculo..: (vers. 14). Voyez Rom. xvi, 16 et le commentaire; I Cor. XVI, 20, ets Au lieu de sancto, lisez d'après le grec : ( dans un baiser ) de charité. — Gratia vobis... Bénédiction finale. Il y a une autre petite variante dans le grec : Paix à vous tous. — La locution qui estis in Christo... est synonuue de chrétiens : Vous qui ne formez en Jésus -Christ qu'une seule et même société. Cf. Rom. XVI, 7; I Cor. i, 13, etc. — Amen n'a probablement pas fait partie du texte primitif.

DEUXIÈME EPITRE

DE SAINT PIERRE

INTRODUCTION

1« Les destinataires. — L'épître est adressée « à ceux qui ont eu part à une foi semblable » à celle des apôtres, c'est-à-dire à leurs coreligionnaires, aux chrétiens. De ces expressions, qui ont en apparence un caractère général, on a parfois conclu que la lettre a été composée pour toute la chrétienté. Mais le pas* sage III, i, dans lequel l'auteur, Simon Pierre, dit à ses lecteurs que cette épître est la deuxième qu'il leur envoie, suffit pour renverser ce sentiment \ il démontre, en efTet, de la façon la plus claire, que les destinataires ne diffèrent pas de ceux de la première épître. Il s'agit donc des chrétiens qui vivaient dans les cinq provinces d'Asie Mineure énumérées I Petr. r, 1. Rien, dans le corps de la lettre, ne montre que les destinataires ne sont pas les mêmes que ceux de la « prima Pétri ».

2« L'authenticité et la canonicité^. — L'épître se donne dès le début comme l'œuvre de « Simon Pierre, serviteur et apôtre de Jésus-Christ » (i, 4), et plusieurs passages confirment cette assertion de la manière la plus satisfaisante. L'auteur raconte, i, 14, que Jésus-Christ lui avait prédit sa mort prochaine, c& qui coïnciile très probablement avec Joan. xxi, 18-19; i, 16 et ss., il se rangé parmi les témoins oculaires de la transfiguration, et le récit vivant qu'il ftiit de ce prodige garantit par lui-même la vérité de son assertion; m, 15, il nomme saint Paul son « frère bien-aimé », c'est-à-dire son collègue dans l'apostolat^. Cette lettre contient des pensées identiques à celles de la première, de sorte que l'on peut parler à bon droit de « l'harmonie du sujet » : notez en particulier l'importance attachée à l'avènement de Jésus-Christ '^, et la façon dont la religion chrétienne est présentée comme la réalisation des anciennes prophéties^. Elle suppose -lussi une connaissance parfaite de l'Ancien Teslament, qui y est fréquemment

* Pour les commentaires catholiques, voyez les pages 630 et 663.

2 Voyez Hundhausen, Der zweite Pontifihal- <ichreiben des Apoatelfuistes Petrus , 1878, D, 19-100.

^ Comparez aussi ii, 20 et Matlli. xi[,45j

II, 14 et Matth. v, 27, etc.

^ Cf. I Petr. 1,7, 13, etc. et II Petr. i, 16;

III, 10 et ss.

^ Comp.IPetr.i, 10-12 et II Petr. i, 19 20; m, 2»

DEUXIÈME EPiTRE DE S. PIERRE

citô '. Elle rappelle partout le caractère ardent, l'autorité et le zèle apostoliqiae, la vigueur et l'originalité du prince des apôtres, de sorte qu'elle respire constamment, elle aussi, « l'esprit de saint Pierre ».

Si nous interrog-cons la tradition, nous n'aurons pas à signaler la même unanimité de témoignages que pour l'épître précédente, et cependant nous trouvons des preuves p'einement satisfaisantes. Notre lettre a été connue de U'ès bonne heure dans l'Église comme une composition canonique. Saint Clément pape y fait des allusions assez fréquentes-. Le Pasteur d'IIermas^, la Didaché'*, saint Théophile d'Antioche^ et saint Justin^ en ont des réminiscences évidentes. Au iii*^ siècle, Firmilien de Gésarée '^ parle d'avertissements donnés par saint Pierre et saint Paul aux fidèles contre les docteurs hérétiques ; or, cette réflexion ne peut pas s'appliquer à la a I» Pétri », où il n'est pas question de faux docteurs. Saint Irénée cite également plusieurs passages de notre épitre, et, au dire d'Eusèbe ^, Clément d'Alexandrie l'avait expliquée tout entière. Origène la cile à plusieurs repiises '' comme l'œuvre de saint Pierre; néanmoins, il mentionne des doutes qui existaient çà et là au sujet de son authenticité •'^. De son côté, le savant Eusèbe, tout en disant que les sept épîlres catholiques forment un tout, très distinct des écrits apocryphes ^*, range la « 11^ Pétri » parmi les àvri- >V£Yd[jt,£va, c'est-à-dire parmi les livres qui n'étaient pas universellement admis comme canoniques ^'^ Saint Jérôme fait une observation semblable ^^ ; mais il se donne personnellement comme un partisan très décidé de l'authenticité ^^. Les doutes en question sont sans doute la cause du silence gardé, relativement à cette épitre, par le Canon de Muratori, par saint Cypricn et par Tertullien. Ils apparaissent également dans l'omission de la a II^ Pétri » par la version syriaque primitive. Alais peu à peu ils disparurent, comme pour les autres parties deutérocanoniques du Nouveau Testament; aussi les conciles de Rome (en 374), d'IIippone (393) et de Carthage (397) comptent -ils officiellement cet écrit parmi les livres inspirés.

3° L'occasion de l'épître et son but. — Dans l'intervalle qui s'était écoulé depuis l'envoi de la première épître, un fait très grave s'était produit dans les chrétientés d'Asie Mineure: des hérétiques, dont la conduite n'était pas moins perverse que la doctrine, y avaient pénétré et menaçaient de les corrompre entièrement. Ces hommes, païens d'origine et convertis à la religion du Christ, avaient repris les mœurs du paganisme, se livrant sans pudeur aux vices les plus honteux. Ils s'efforçaient de séduire leurs frères chrétiens, au moyen de discours flatteurs, dans lesquels ils vantaient la liberté apportée par Jésus-Christ, comme si elle eût autorisé toute sorte d'excès ^^. Ils avaient cessé de croire que le monde fût dirigé par une intelligence supérieure, et qu'il dût y avoir un second avènement du Christ^^\ suivi du châtiment éternel des impies''. Peut-être allaient-ils même jusqu'à nier la divinité de Notre-Seigneur '^.

' Comp. I, 19 et ss. ; li, 5-7, 8, 15-lG, 22; m, 5-6, 8, 13.

^ Comp. surtout I Cor. ix, 4 et xi, 1 avec II Petr. II , 5 et ss.

' Sim. 6 ; cf. II Potr. ii, 1 et ss.

* III, 6-8 et IV, 1; comp. II Petr. ii, 10. s Ad Autol., 9; cf. II Petr. i, 2.

* Dial., 81 et 82; cf. II Petr. i, 21 et m, 8. ' Ep. ad Cypr., 6.

* Hisi. eccl , vi, 14.

•* Voyez surtout Hom. iv m Lev. et Comm, in epist. ad Rom., i, 8.

*o Ap. Euseb., l. c, vi,

^' Hist. eccl., II , 23.

'^ JUd., III, 25 et VI, 25.

^^ De Vir. ill., 1 ; Epist. 120 ad Hedib.

^■^ « Scripsit (Petrus) duas epistolas, quae catholicfe nomiaantur » ( Catalog. Scriptor. ecclesiast.).

^s Cf. I, 18 et 19.

^^ Voyez III, 4.

^^ Cf. III, 9.

^^ Voyez n, 1 et Judae, 4,

DEUXIEME EPITRE DE S. PIERRE

Le îJ'j*. que se proposait saint Pierre en écrivant cette seconde lettre est tout indiqué par là même'. Le prince des apôtres voulait prémunir ses lecteurs contre ce nouveau péril qui les menaçait, péril de beaucoup plus grand que celui qui avait occasionné la première épîlre ^.

4o Le sujet traité et la division. — Dans les circonstances qui viennent d'être marquées, il fallait rappeler aux chrétiens d'Asie la nécessité de mener une vie très sainte, puis les mettre en garde directement contrôles séductions auxquelles ils pouvaient être en butte de la part des faux docteurs. C'est ce que fait précisément l'auteur de l'épître.

Après une salutation très brève (i, 1-2), il exhorte ses lecteurs à croître sans cesse dans les vertus chrotiennes : les bienfaits et les promesses de Dieu les y obligent (i, 3-11). Il se sent personnellement pressé de leur adresser cette recommandation, car il sait que sa fin approche (i, 12-15). Il leur suggère, comme motif de devenir des saints , la certitude de la doctrine qui leur a été prêchée, et il démontre tour à tour cette certitude par l'enseignement des apôtres et par celui des anciens prophètes (r, 16-21). Il donne ensuite une description vivante, réaliste et détaillée de la conduite infâme des docteurs hérétiques (il, 1-22). Enfin, il réfute sur plusieurs points les erreurs de ces hommes criminels (m, 1-10), et conclut en disant qu'un chrétien doit se tenir toujours préparé au jugement divin, qui éclatera à l'improviste (m, 11-18).

De là trois parties : lo Nécessité et raisons de croîtra dans la pratique de la vertu, I, 1-21; 2» Description des mœurs et des r.iaximes des hérétiques, II, 1-22; 3o Réalité du second avènement de Jésus-Christ et quelques détails relatifs à la fin du monde, m, 1-18.

5o Le style de l'épître. — Saint Jérôme écrivait^ • u Duae epistolse quae fcruntur Pétri stylo inter se et caractère discrepant stnicturaque verborum. » Et il expliquait cette différence en ajoutant: « Ex quo intelligimus, pro diversitate rerum, diversis eum usum interpretibus ». Le fait signalé en premier lieu par l'illustre docteur est notablement exagéré ; aussi CJément d'Alexandrie, Origène et Eusèbe ne font -ils aucune observation dans ce même sens.

Pour ce qui est du vocabulaire, on compte dans celte seconde épîlre cinquantequatre expressions qui n'apparaissent pas ailleurs dans le Nouveau Testament. En comparant entre eux les deux écrits, on voit que le premier contient environ trois cent soixante mots qui ne sont pas employés dans le second ; d'un autre côté, celui-ci en a environ deux cent trente que le premier n'a pas utilisés. Néanmoins, les deux lettres manifestent des ressemblances réelles sous le rapport des expressions, et l'on a composé des listes assez longues de mots caractéristiques qu'elles emploient de concert''. On ne peut donc tirer du style aucune conclusion sérieuse sous le rapport de l'authenticité ^.

Dans la seconde lettre, le langage du premier chapitre est généralement clair et facile ; il est parfois obscur et embarrassé dans les d^ux autres.

6o L'époque et le lieu de la composition. — Aucun de ces deux points n'est indiqué directement dans l'épître; mais on peut les déduire de la remarque faite par l'auteur, i, 14, au sujet de la révélation qu'il avait reçue de Jésus-Christ relativement à sa fin prochaine. Saint Pierre sent que sa mort est imminente ; or, comme il est démontré de la manière la plus sûre (ju'il fut martyrisé

* Il est énoncé tout au long dans les dernières lignes de l'épître, m, 17 et 18, en termes soit négatifs, soit positifs.

* Voyez la page 662.

"^ Çp. cxx ad Hedib., c. 11.

* Do part et d'autre les noms abstraits sont mis parfois au pluriel ; ce qui est une particularité asi-ez remarquable,

^ Des différences analogues existent aussi entre les différentes lettres de saint Paul.

DEUXIÈME LPIir.E DE S. l'IERRE 697

è Rome en 07, nous pouvons conclure qu'il a écrit cette lettre dans la capitale de Tempire, durant la [)remière partie de l'année 07, ou à la fin de 06 '

7« La seconde épUre de saint Pierre dans ses relations avec celle de saint Jiide. — Il est certain qu'il existe une affinité extraordinaire entre ces deux écrit-^ apostoliques : nos exégètes catholiques modernes et contemporains n'hésitent pas ci le reconnaître^. Les ressemblances sont, il est vrai, rares et presque insignifiantes en ce qui concerne le premier chapitre de la 11^ Pétri ^ • mais elles deviennent considérables au scl jnd chapitre et dans les trois premiers versets du troisième.

Voici la liste des principales:

II Petr. II, 1-3 Juda3, 4.

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