CHAPITRE I
1. Simon Petrus, servus et apostolus Jesu Christi, iis qui cosequalem nobiscura sorti ti surit fidem in justitia Dei nostri et salvatoris Jesn Christi.
1. Simon Pierre, serviteur et apôtre de Jésus- Ciirist, à ceux qui ont reçu avec nous une foi du même prix, par la justice de notre Dieu et sauveur Jésus -Christ.
CnAP. I. — 1-2. La salutation. — Simon Petrufi. L'auteur réunit son nom juif et le nom symbolique que lui avait donné Jésus. Cf. Matth. XVI, 17 et 18 ; Joan. i, 42. Dans un certain nombre de manuscrits grecs, dont plusieurs sont très anciens, le premier de ces noms apparaît sous la forme 2u(j.£cov, qui se rapproche davantage de l'hébreu Sim'ôn. C'est probablement la leçon primitive. Stfiojv est une abréviation suivant les uns, une forme grecque suivant les autres. — Servus (SoOXoç, esclave) et apostolus... Saint Paul aussi prend parfois ces deux titres. Cf. Rom. i, 1 ; ïit. i, 1. Le premier convient à tous les chrétiens (cf. Act. n, 18; I Cor. vm, 22; Eph. vi, 6, etc.); mais , joint à celui d'apôtre , il marque une servitude d'un genre tout particulier. — lis qui... Désignation des destinataires de l'épitre. — Cosequalem... L'adjectif laôxtfJiov (pas ailleurs dans le Nouveau Testament) signifie à la lettre : d'égale valeur sous le rapport civique. La foi donne à tous les chrétiens un droit de cité égal dans le royaume de Dieu. — Le pronom noMscum ne désigne ni saint Pierre isolément, ni les fidèles d'origine juive, ni l'ensemble de l'Église par opposition aux lecteurs, mais plutôt, d'après le contexte, les apôtres de Jésus -Christ. — Le verbe sortiti sunt (obtenir par le sort; puis, obtenir sans effort
personnel) est très significatif : on ne possède pas la foi chrétienne par soi-même, par sa propre volonté; on l'obtient de la miséricorde de Dieu. — Les mots in justitia sont différemment interprétés, selon qu'on les rattache à « fidem » ou à « sortiti sunt ». Dans le premier cas, on donne h la préposition « in » la signification de « cum », et on traduit : La fol avec la justice (c.-à-d., avec la justification) que donne notre Dieu. Dans le second cas, 11 s'agit de la justice personnelle du Dieu -Sauveur, qui accorde à tous la même foi, sans acception de personnes. Nous préférons cette seconde explication. — Dei... et salvatoris... Dans le grec, il n'y a qu'un seul article, qui porte sur les deux substantifs ( tou 6eoO... xal o-ooTrjpoç...). Sous le rapport grammatical, il parait donc vraisemblable que l'auteur n'a voulu désigner qu'une seule et même personne, Notre- Seigneur Jésus -Christ, dont il afflrme qu'il est tout ensemble Dieu et Sauveur. Cette hypothèse est conflimée par des expressions analogues, employées plus bas par l'apôtre (i, 11; ii, 20; m, 2 et 18), qui toutes se rapportent uniquement à Jésus- Christ. Voyez aussi Rom. ix, 5; Hebr. :, 8 et xiii, 21. Il est vrai qu'au vers. 2 le Père et le Fils sont di^itingués l'un de l'autre; pour ce motif, d'assez nombreux commentateurs préfèrent les séparer également dans ce passage. — Gratta adimpleatur. D'après le grec, cette formule est identiquement la même qu&
II Petr. I, 2-4.
2. Que la grâce et la paix vous soient multipliées par la connaissance de Dieu et du Christ Jésus notre Seigneur.
3. Puisque sa divine puissance nous a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété, eu nous faisant connaître celui qui nous a appelés par sa propre gloire et par sa vertu,
4. et qu'il nous a donné les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants
2. Gratia vobis et pax adirapleatur in cognitione Dei, et Cluisti Jesu Domini nostri.
3. Quomodo omnia nobis divinse virtutis suae, quae ad vitam et pietatem donata simt, per cognitionem ejus qui vocavit nos propria gloria et virtute,
4. per quem maxima et pretiosa nobis promissa donavit, ut per hsec efficiaminî divinse consortes naturae, fugientes ejus,
dans la première épître, i, 1. — L'apôtre ajoute ici : in cognitione ( iiiiyvoiaei , la connaissance complète) Dei et Christi... C.-à-d., en vertu de la connaissance... Plus ou arrive à connaître Dieu et Jésus -Christ, plus on obtient la grâce et la paix. Saint Pierre, qui a dès maintenant à la pensée les hérétiques contre lesquels il reut prémunir ses lecteurs, tient à affirmer sans retard qu'on doit s'attacher fortement à la connaissance de Dieu et de Jésus - Christ. Aussi bien, si la patience était une des idées principales de la première épître, la vraie Êcience est l'ii'éj mère de celle-ci.
§ I. — Nécessité et raisons de croître dans la pratique de la vertu. I, 3-21.
Cette exhortation préliminaire n'est pas sans analogie avec le début de I Petr. i, 3-12. Elle abonde en riches et nobles pensées.
1° Les chrétiena sont tenus de progresser dans la vertu. I, 3-11.
3-7. Les dons de Dieu et ses promesses exigent cette croissance perpétuelle. — Dans les éditions ordinaires de la Vulgate, comme dans plusieurs éditions grecques, les vers 3 et 4 sont rattachés à la salutation initiale, et la phrase ne s'achève qu'avec le vers. 4. Cela va contre l'analogie de toutes les épîtres du Nouveau Testament, la salutation se terminant toujours par un souhait. Nous rattachons donc les vers. 3-4 aux vers. 5-7, qu'ils préparent et avec lesquels ils ne forment en réalité qu'une seule et même phrase : Puisque nous avons reçu de telles grâces divines, vei's. 3-4, faites de sérieux efforts pour en profiter et pour acquêt ir toutes les vertus, vers. 5-7. — Quomodo. La conjonction w; a ici le sens de « attendu, puisque ». — Omnia est accentué : rien ne nous manque en fait de grâces. Cet adjectif doit être rattaché aux mots quse... ad... — Virtntis suse. Le pronom se rapporte i Jésus -Christ, qui a été nommé à la fin du vers. 2. Étant Dieu, il possède naturelleaient une puissance divine (divinas). — Nobis : à tous les chrétiens, auxquels le Christ a donné tout ce qui est capable d'entretenir la vie et la piété, c.-à-d. la vie nouvelle, régénérée, et 868 manifestations extérieures. — Donata sunt. Dans le grec, nous lisons le participe ôeocoprj-
jJiévriÇ (à la forme moyenne), qui retombe sur le substantif Suvafxscoç, a virtutis «. Il faut donc traduire : La divine puissance nous ayant donné tout ce qui sert à la vie et à la piété. — Per cognitionem ejus qui... Le moyen dont Jésus -Christ s'est servi pour donner toutes choses aux chrétiens, c'est la connaiss.mce du vrai Dieu, c'est leur conversion. — Qui vocavit ros... Le bienfait de la vocation chrétienne est souvent approprié à Dieu le Père dans le Nouveau Testament. Cf.
I Cor. 1 , 9 ; I Petr. ii , 9, etc. — Propria gloria et... C'est par sa gloire et par sa force que Dieu nous a appelés à la foi, en ce sens que notre vocation met en relief ces deux perfections. — Per quem... (vers. 4). Cette proposii ion incidentedéveloppe ce qui vient d'être dit au vers. 3. Le texte grec présente trois variantes : Si'wv, « per quas » (« par sa gloire et sa puissance ») ; ôi'rjç, « per quam » (scil. « virtutem »); ôi'ov, « per quem » ( « Deura » ). La
première leçon est la plus accréditée. — Maxima... promissa. Des promesses grandes et précieuses par leur objet comme par leur but. Il s'agit surtout, comme il sera dit plus loin, m, 13 , des promesses de Jésus -Christ i*elatives à son retour glorieux et à la bienheureuse éternité des élus. L'apôtre ne semble pas avoir eu en vue ici les oracles messianiques de l'Ancien Testament réalisés par le Sauveur. — Ut per hœc... Fin pour laquelle Jésus -Christ nous a fait ces promesses : c'est pour nous aider à nous dégager du monde corrompu et à devenir semblables à Dieu. — Divinse consortes... Par la grâce, en effet, le chrétien participe réellement à l'être divin, d'une façon mystique et surnaturelle , de manière h devenir le fils adoptif de Dieu. L'expression est en apparence harJie,
Les clés de saint Pierre.
(D'après une miniature d'un ancien njanuscrit grec.)
II Petr. I, 5-9.
qii.e iii mimdo est, concupiscentiae corrupliouein :
5. vos autera curam omnem subinferentes, ministrate in fide vestra virtutem, in virtute autem scieiitiam,
6. in scientia autem abstinentiam, in abstinentia autem patientiam, in patientia autem pietatem ;
7. in pietate autem amorem fraternitatis, in amore autem fraternitalis caritatem.
8. Hsec enim si vobiscum adsint, et superent, non vacuos, nec sine fructu vos constituent in Domini nostri Jesu Christi cognitione ;
9. oui enim non prœsto sunt hÊec, csecus est et manu tentans, oblivionem accipiens purgationis veterum suorum delictorum.
de la nature divine, en fuyant la corruption de la concupiscence qui existe dans le monde,
5. vous aussi, vous apportez tous vos soins pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu la science,
6. à la science la tempérance, h la tempérance la patience, à la patience la piété ;
7. à la piété l'amour de vos frères, à l'amour de vos frères la charité.
8. Car si ces choses sont en vous, et qu'elles y croissent, elles ne vous laisseront ni stériles ni infructueux dans la connaissance de notre Seigneur Jésus- Christ ;
9. car celui en qui elles ne sont point est aveugle et marche à tâtons, ayant oublié la purification de ses anciens péchés.
mais d'une parfaite exactitude théologique. Cf. Joan. I, 12-13; m, 3 et ss. ; Rom. viii, 14 et ss.; II Cor. v, 17; Gai. iv, 4-7; Tit. m, 4 - 7 ; I Joan. m , 1-2 et iv, 7 , etc. — Fugientes. A l'aoriste dans le grec : ayant fui , après avoir fui. Pour pouvoir participer h la nature divine, il faut d'abord s'être purifié de toute souillure. — Qux in mundo... Le monde est, en effet, depuis le péché originel, un foyer de corruption morale. — Concupiscentise... Il faudrait, d'après le grec : « In concupiscent ia... »; la corruption qui existe dans les convoitises mauvaises. — Vos autem (vers. 5 ). D'après la meilleure leçon du grec: xal aùtb xoOro ôé, et pour cette même raison. Locution toute classique. C.-à-d. : puisque Dieu a tout fait pour vous, agissez aussi de votre côté. La Vulgate a suivi la variante xat aÙTo\ Bi. — Çuram omnem (tout le soin possible) subiti- /erentes. Le verbe Trapstaçépeiv (ici seulement) signifie à la lettre : apporter une chose à côté. Il montre que, dans l'acquisition des vertus, le chrétien doit collaborer avec la grâce de Dieu. — Ministrate. D'après le grec (i7cixopv)Y'^<y3CT£) : fournissez abondamment. Cf. I Petr. IV, 11 et les notes. — In fide... L'apôtro ouvre par la foi , ce germe céleste , une longue liste des vertus principales que le chrétien doit acquérir et pratiquer. Elles sont envisagées comme naissant l'une de l'autre, et comme complétées l'une par l'autre. — Virtutem. La vertu dans un sens restreint: la bonté morale, le contraire de la corruption. Moins bien, selon quelques auteurs : le courage viril. — Scientiam (vers. 6). Cette science consiste dans le discernement nécessaire pour bien connaître la volonté de Dieu. — Abstinentiam : précieuse qualité, par laquelle on exerce l'empire sur soi-même et sur ses passions. — Fatientiam (uTrofJLOvr,/) : la persévérance dans
le bien, malgré les difficultés. — Pielatem. La piété envers Dieu, qui produit à son tour, non pas précisément amorem fraternitatis (vers. 7), mais l'amour des frères ( (fnïadeX'^iot.^ ), l'amour des chrétiens entre eux. Voyez I Petr. i, 22 et les notes. — Caritatem : l'amour do Dieu, « la perfection de la vie spirituelle. »
8 - 9, Ceux qui possèdent ces vertus parviendront à une entière connaissance de Jésus- Christ; ceux à qui elles feront défaut éprouveront de graves inconvénients, — Eœc : les qualités énumérées dans les vers. 5-7. — Si... superent.. Le grec TtXeovdcÇstv peut être traduit par abonder ou par croître. La seconde signification est peut-être préférable ici. — Nec vacuos, nec... Dans le grec : Ni Inactifs, ni sans fruit. Litote, pour dire : La possession do ces vertus vous rendra très actifs au service de Dieu et vous fera porter beaucoup de fruits. — In... cognitione. Mieux, d'après le texte original : « in... cognitionem » , à l'accusatif du mouvement. Le progrès dans les vertus conduira à une connaissance plus parfaite de Jésus-Christ. — Cui enim... (vers. 9). Un résultat tout opposé sera produit pour les chrétiens imparfaits ; csecus et... Petite description dramatique. L'équivalent grec de manu tentans signifie littéralement : être myope; par suite, voir de près , mais non de loin ; voir les choses de la terre et moins bien celles du ciel. La traduction de la Vulgate exprime une conséquence de la cécité : l'aveugle tâtonne, pour ne pas se heurter et tomber. Le chrétien en question est comparé à un aveugle et à un myope, parce qu'il n'a plus la lumière de la connaissance du Christ, qu'il avait reçue au moment de sa régénération. Comp. le vers. 3. — Obli' vionem accipiens. A l'aoriste , dans le grec : ayant oublié; c.-à-d., parce qu'il a oublié. La chose oubliée est désignée par les mots vur-
II Tetr. I, 10-14.
10. C'est pourquoi, mes frères, appliquez-vous davantage à affermir par les bonnes œuvres votre vocation et votre élection ; car , en faisant cela, vous ne pécherez jamais,
11. et ainsi vous sera pleinement accordée l'entrée dans le roj'aume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus- Christ.
12. Voilà pourquoi j'aurai soin de vous rappeler constamment ces choses, quoique vous les connaissiez et que vous soyez affermis dans la vérité présente.
13. J'estime qu'il est juste, aussi longtemps que je suis dans cette tente, de votis tenir en éveil en vous les rappelant;