‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 690 sur 873 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

Ces rapprochements produisent à coup sur un elFet saisi.-smt. Le résultat est le même, si nous comparons entre elles les pensées dominantes et caractéristiques de l'épître et de l'évangile. « C'est le même monde d'idées que nous rencontrons dans les deux écrits : » Dieu envoie son Fils dans le monde pour sauver le monde et lui procurer la vraie vie; c'est parce qu'il aime les hommes qu'il envoie ainsi son Fils unique ; la charité fraternelle est la marque distinctive des disciples de Jésus- Christ; le monde est rempli de haine contre les chrétiens, etc. De part et d'autre, nous trouvons aussi à chaque instant les antithèses de la vie et de la mort, de la lumière et des ténèbres, de Dieu et du démon, de l'amour et de la haine, de la vérité et du mensonge, etc.

Même observation à faire au point de vue du style. Le vocabulaire de l'épître est en grande partie celui de l'évangile. Parmi les expressions favorites de saint Jean, mentionnons les mots « vérité, véritable, lumière, ténèbres, témoigner, témoignage, contempler, le monde, vaincre, demeurer ». Nous les rencontrons souvent dans 1 Joan. Il en est de même des formules « l'Esprit de vérité, le Fils unique de Dieu, la vie éternelle, connaître le vrai Dieu, être de la vérité, être de Dieu, être né de Dieu, faire la vérité, faire le péché, avoir le péché, demeurer dans l'amour, une joie pleine, » etc. Des deux parts aussi, on remarque, au lieu des périodes si chères aux Grecs, des phrases assez courtes, simplement juxtaposées, ou rattachées les unes aux autres par la conjonction « et ». L'absence des particules n'étonne pas moins le lecteur ^. Pour développer sa pensée,

^ « Pour exposer les rapports intimes de ressemblance qui existent entre I Joan. et le quatrième évangile , on pourrait presque placer, à côté de chacune des propositions de l'épître, deux ou trois propositions parallèles, extraites

de l'évangile. » Th. Zahn, Einleiiung in d.s N. T., 1899, t. II, p. 575.

^ C'est entre les deux textes grecs qu'il c (i préférable d'établir la comparaison,

^ Elles sont encore plus rares dans l'épître:

PREMIERE EPITRE DE S. JEAN

l'auteur de l'épître, comme celui de l'évangile, insiste volontiers sur une expression, qu'il répète et explique sous divers aspects ' ; il aime le parallélisme des membres ^, la formule elliptique clâV 'tva, etc. ^ Mais, en réalité, il n'y a rien de surprenant dans ces divers phénomènes, puisque les deux petits livres ont été l'un et l'autre composés par l'apôtre saint Jean ^.

2o L'intégrité. — Cette question ne concerne que le célèbre « Gomma Joanneum », c'est-à-dire, le passage relatif aux trois témoins célestes, v, 7-8. On lit dans la Vulgate ; « Quoniam très sunt qui testimonium dant in cselo: Pater, Verhum et Spi^ntus sanctus ; et hi très unum sunt. Et très sunt qui testimonium dant in terra: Spiritus, et aqua, et sanguis ; et hi très unum sunt^. » Mais les mots que nous avons cités en lettres italiques manquent: 1» dans tous les manuscrits grecs connus de nos jours, onciaux ou cursifs, sauf dans quatre cursifs, qui sont de date récente^; 2o dans tous les épistolaires et tous les lectionnaires grecs; 3» dans toutes les anciennes versions, excepté la Vulgate"^; 4« en de nombreux manuscrits latins ^ ; 5o dans les écrits de tous les Pères et écrivains grecs antérieurs au xii® siècle, de tous les anciens écrivains syriens et arméniens, et en outre de tous les anciens représentants de l'Eglise orientale ; 6» de même dans les écrits de nombreux Pères latins, tels que Lucifer de Cagliari, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Léon, saint Grégoire le Grand, le vénérable Bède^, etc. Et remarquons à propos de ce silence, soit en Orient, soit en Occident, qu'il est d'autant plus remarquable, que le passage rais en discussion pouvait fournir un argument d'une force extraordinaire dans

oviv n'y apparaît pas une seule fois d'après le texte le mieux garanti ; yàp ne s'y lit que trois fois ; Se, neuf fois.

* "Voyez I, l"* et 2» : « De verbo vitse, et vita..., et annuntiamus... vitam... » ; i, 3 : « Ut et vos socieratem..., et societas. .. »; i, 7 : « Si autera in lucc..., sicut et ipse... in luce... », etc.

2 Cf. II, 12-14, 17; III, 22, 23; iv, 6, 16; v, 4, 9, etc.

3 Voyez, sur les particularités du style de saint Jean, notre grand commentaire du quatrième évangile, Paris, 1887, p. liv-lvi.

* De nombreux interprètes ou critiques, appartenant aux écoles les plus opposées, sont d'accord pour admettre l'identité d'auteur pour ces deux écrits, en s'appuj^ant uniquement sur cette preuve interne.

^ On lit dans le texte grec dit « receptus », ou communément reçu : "^ oxi TpeTç stalv [xaptupoOvTec [èv tôj OTjpavw, 6 Ttaxrip, ô Xoyoç, xa'i xb aytov TivsOfxa, xal outot oî rpet; ev elai. ® v.a.\ xpeiç eîaiv oî (xapxupoOvxeç sv XY) yr\\, xb TiveO^xa, xa\ xb uôwp, xal xb al[xa, y.a\ ô\ xpeiç etç xb ev eî(Ttv. Nous avons mis entre crochets le passage discuté.

^ Du xv« ou du xvi« siècle. Le manuscrit qui porte le n^ 83 est du xi« siècle, 11 est vrai ; mais les mots qui forment l'objet du litige ne aont écrits qu'en marge, et l'écriture révèle le xvi« ou le XVII» siècle. C'est seulement eu 1514, dans l'édition de Complute, qu'ils furent imprimés •pour la première fols. Erasme leur donna droit de cité dans sa troisième édition du Nouveau Testament, en 1522; Robert E^itienne et Théodore de Bèze Aient de môme. Ils sont demeurés Jusqu'à notre époque dans les différentes édi-

tions du Nouveau Testament grec , et dans toutes les traductions en langues étrangères.

' Les manuscrits de la Peschita ne contiennent point les mots en question. Si on les lit dans quelques éditions imprimées, c'est parce qu'ils ont été traduits et ajoutés d'après la Vulgate. La traduction de Philoxène ne les a pas non plus. Aucun manuscrit des versions copte et éthiopienne ne les possède, ni aucun des manuscrits arméniens antérieurs au xii» siècle. Ils n'ont été introduits dans la version tlave qu'en 1063.

^ On en compte plus de cinquante qui demeurent ainsi muets, et plusieurs d'entre eux, comme le Cod. Fuldensis et le Cod. Amiaiinus , ont une importance spéciale à cause de leur antiquité (vi" siècle). Dans un certain nombre de manuscrits latins qui le contiennent, notre passage apparaît avec des transpositions et des variantes considérables , qui montrent qu'on hét'itait à son sujet. Ce n'est qu'à partir du xii« siècle qu'on le trouve dans la plupart des codices latins. Et, fait important, un Prologue aux sept épîtres catholiques, faussement attribué à saint Jérôme, mais remontant au moins au vie siècle, pui- qu'il est reproduit dans lé Cod. Fuldevsis, constate que les mots incriminés manquaient en général dans les manuscrits latins de l'époque, car il accuse amèrement les traducteurs d'avoir supprimé, au grand détriment de la foi catholique, un texte si favorable au dogme de la Trinité. Voyez la Patrol. lat. de Migne, t. xxix, col. 828-831.

^ Ce eaint docteur, il ne faut pas l'oublier, a commenté notre épître mot par mot.

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la lutte contre les Ariens. Comment se fait-il qu'on ne l'ait point allégué? ïi semblerait jjourtant que saint Gy|)rien le cite dans son traité de Ecci. unit., VI, où nous lisons: « Dicit Dominus (cf. Joan, x, 30): Ego et Pater unum samus; et iterum de Pâtre, et Filio, et S[)iritu sancto scriptum est (cf. I Joan. V, 7-8): Et très unum sunt. » Mais un écrivain du vie siècle, Facundus d'IIerniiane {Pro defens. trium cap., i, 3), qui connaissait ces paroles de saint Cyprien, les regarde comme une application allégorique que le savant évêque avait faite de l'Esprit, de l'eau et du sang à la sainte Trinité, application qu'on rencontre également dans les écrits de saint Augustin ^ Le témoignage de ces deux illustres docteurs d'Afri(iue est donc douteux en ce qui concerne l'authenticité du (( Gomma Joanneum ». 11 en est de même de quelques allusions assez vagues de Tertullien ^. Du moins, la partie contestée de notre texte fut entièrement admise comme aullientiquc par plusieurs personnages importants de l'Église d'Afrique : en particulier, par Victor de Vite {de Persec.Vandal., m, 11), par Virgile de Thapsus {de Trinit., i)^, par l'auteur du traité pro Fide cathO" lica, attribué faussement à saint Fulgence, mais datant réellement de son époque (le milieu du vie siècle), etc. Dans les auircs parties de l'Église latine, nous avons aussi le témoignage favorable de saint Eucher (v^ siècle), de Cassiodore (vie siècle), de saint Isidore de Séville (vue siècle). Le texte fut ensuite admis généralement dans toute l'Église occidentale.

De cet aperçu historique, il résulte que les arguments extrinsèques défavorables à l'authenticité l'emportent de beaucoup sur les autres. Quant aux arguments intrinsèques, ils n'ont pas une très grande portée dans le cas présent. Quelques critiques, protestants ou rationalistes pour la plupart, prétendent à tort que les mots discutés ne sont pas conformes au style et à la doctrine de saint Jean. Toutes les expressions et toutes les idées sont au contraire vraiment celles du reste de l'épître et des autres écrits de Jean: par exemple, ij-aprupav, témoigner, Aoyoç, le Verbe divin, Ilveuaa, l'Esprit saint, etc. D'autres allèguent, à tort aussi, mais en un sens opposé (car ce sont des partisans de l'authenticité), (|ue les vers. 7 et 8 sont exigés par le contexte,- tels que la Vulgate nous les présente. Nous croyons plus exact de dire que la suppression du passage contesté ne rend pas la pensée moins claire, et qu'elle paraît même alors plus logique, plus serrée ^.

Il faut donc revenir aux [)rcuves critiques proprement dites. S'appuyant sur elles, les auteurs modernes et contemporains « se sont divisés en deux camps opposés. Les uns, frappés surtout de l'absence du vers. 7 dans les documents les plus anciens..., et aussi des variantes nombreuses qu'il présente aux premiers moments où l'on constate son existenf^e^ le tiennent pour une interpolation qui s'est glissée au ve siècle de notre ère dans la Bible latine, en Afrique ou en Espagne. Il serait une formule théologique, énonçant clairement l'unité substantielle des trois personnes divines, qui, de la marge du manuscrit, se serait introduite dans le texte et y aurait obtenu peu à [icu droit de présence.

* C. Maxim., c. 22, etc.

2 Voyez en particulier adv. Praxeam, xxv, 1.

^ Ces deux écrivains appartiennent à la seconde moitié du v« siècle. En 484, saint Eugène de Carthage réunit environ quatre cents évoques d'Afrique, et remit au roi arien Hunnéric, en leur nom commun, une profession de foi dans laquelle. notre texte est cité tel que le traduit la Vulgate, et donné comme une preuve du dog.ne de la sainte Trinité.

^ La léflexion suivante n'est pas dénuée do valeur. Au vers. 7^, nous lisons, après la mention des trois personnes divines : « Et hi très unum sunt » ; et pourtant, il ne s'agit pas de prouver que les trois témoins célestes ne sont qu'un, n'ont qu'une seule et même nature, mais qu'ils sont d'accord. Voilà pourquoi la formule « unum sunt » est imparfaite. Mieux vaudrait « ia unum sunt », comme porte le grec au vers. 8^

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Les autres, considérant surtout les témoignages des écrivains catholiques latins, concluent qu'il a toujours existé dans la version latine dont l'Eglise romaine s'est servie et que le concile de Trente a déclarée authentique, et que, par conséquent, il est original et primitif. » Mais, ajoute fort bien le docte auteur des lignes que nous venons de citer, on ne peut pas « afffrmer avec une certitude absolue que le concile de Trente, en déclarant la Vulgate authentique, ait englobé dans cette authenticité extrinsèque un verset dont il n'a pas été une seule fois question dans les décrets préliminaires, ni que les papes Sixte V et Clément VIII, en présentant à l'Église l'édition officielle de cette Vulgate latine, en aient rendu obligatoire tout le contenu, même dans les passages dogmatiques, puisqu'ils ont reconnu que cette édition n'était pas absolument parfaite. »

Sauf de très rares expressions, les exégètes protestants rejettent l'authenticité du vers. 7, et tous ceux d'entre eux qui ont publié de nos jours des éditions critiques du Nouveau Testament grec le suppriment. Parmi les catholiques contemporains, il y a une tendance à regarder ce passage comme une simple glose. Voyez, sur cette controverse, outre le Dict. de la Bible, l. o., parmi les commentateurs, A. Calmet, Cêmmentaire littéral sur tous les livres de VAntien et du Nouveau Testament: les EpUres cath. et V Apocalypse, Paris, 1765, p. XLix-LXX ; G. N. Wiseman, Two Letters on some parts of the controversy concerning I John v, 7, Rome, 1835 (on a traduit ces lettres dans les Mélanges religieux, scientifiques et littéraires du savant cardinal, Tournai, 1858, p. 223-290); A. Mayer, Commentar ûh. die Briefe des Apost. Johannes, Vienne, 1851, p. 188-198; Le Hir, Éludes bibliques, Paris, 1869, t. III, p. 1-89; R. Gornely, Introd. specialis in sing. Novi Testamenti libros, Paris, 1886, p. 668-682; J. P. Martin, Introd. à lacritiq. textuelle du Nouveau Testament, Partie pratiq., t. V (autographié), Paris, 1866 (c'est l'ouvrage le plus complet sur le point en question), et une série d'articles contradictoires de MM. J. P. Martin, Rambouillet, Maunoury et Vacant, dans la Revue des scienc. ecclés., années 1887, 1888, 1889, et dans la Controverse et le Contemporain, année 1888; parmi les théologiens 2, Franzelin, Tract, de Deo trino , 2e édit., Rome, 1874, p. 41-80; Kleutgen, de ipso Deo, Ratisbonne, 1881, p. 515 et ss. ; L. Janssens, Summa theologica, Fribourg-en-Brisgau, 1900, t, III, p. 136-166.

Concluons en disant qu'au point de vue de la critique textuelle, l'authenticité du « Comma johanneum » ne peut pas être établie ; sous le rapport dogmatique, ce passage contient une vérité très importante, qui est certaine par ailleurs.

3o Le caractère spécial de Vépître. — En vérité, c'est bien une épître que nous avons ici en face de nous, malgré l'absence d'une adresse au début, des salutations finales accoutumées, et en général de tout ce qui caractérise la composition épistolaire ^. Tel a été à bon droit le sentiment de tous les commentateurs anciens et de la plupart des contemporains, puisque l'auteur de l'écrit emploie à diverses reprises la formule « Scribo vobis ^* », et qu'il a en vue tout du long des lecteurs bien détermines ^. C'est donc à tort qu'on a regarde i)ar-

* E. Mangenot, dans le Dlct. de la Bible de M. Vigoureux, t. III, col. 1196.

2 II leur en coûte particulièrement de perdre cette «perle trinitaire »; aussi multiplient -ils les arguments pour la défendre. Mais, comme on l'a dit très justement : 1° le dogme de la Trinité ne dépend pas de ce passage , puisque tout à côté, et ailleurs encore dans l'épître (sans parler des autres textes fort clairs du Nouveau Testament), il est pulé des trois personnes divinos

(comp. les vers. § et 6; ii, 20, 22, 23 et £7; m, 23 et 24; iv, 2 et 3, 13 et 14); 2» cette preuve même demeure, à titre d'argument de tradition. Voyez Cornely, l. c, p. 668.

^ L'épître aux Hébreux ne contient pas non plus d'adresse ni de salutation Initiale; mais elle se termine comme les auti'es lettres de saint Paul.

^ Cf. I, 4; II, 1, 7, 8, 12, 13.

*» Les rposlrophcs Tîxvt'a, Tiatôt'a (Vulg. ;

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fois de nos jours cette composition comme une sorte d'homélie^ comme une allocution pleine de cœur.

Si le ton demeure général, c'est parce que saint Jean ne s'adresse point à une chrétienté particulière, mais à un groupe assez considérable d'Églises; ce fait explique d'une manière suffisante l'absence des éléments personnels et locaux qu'on trouve habituellement dans une lettre. Cet écrit est donc réellement une épitre catholique, une encyclique du disciple bien-aimé.

Gomme le quatrième évangile, il se fait admirer tout ensemble par la majesté extraordinaire des concepts et par la simplicité du langage. De plus, saint Jean y parle sans cesse avec une autorité indiscutable: seul un apôtre, et un apôtre avancé en âge, pouvait, en outre, prendre cet accent, qui est en même temps calme et noble, puissant et solennel. L'auteur n'essaie pas d'argumenter, de convaincre; il se contente d'exposer, et chacune de ses propositions paraît dire: Telle est la vérité, et celui qui vous l'annonce sait que « son témoignage est vrai ^ » .

4o L'occasion et le but'. — Saint Jean a très probablement écrit sa première lettre pour qu'elle accompagnât son évangile en guise de préface et d'introduction. Cette opinion, qui paraît avoir été déjà celle de l'auteur du Canon de Muratori^ et de Clément d'Alexandrie^, a réuni dans les temps modernes et de nos jours un très grand nombre de suffrages. L'épître même semble en attester la vérité. Au chap. ii, vers. 13 et 14, nous lisons, d'après la traduction exacte du texte grec: « Je vous écris, petits enfants, parre que vos péchés vous sont remis à cause de son nom. Je vous écris, pères, parce que vous avez connu celui qui est dès le commencement. Je vous écris, jeunes gens, parce que vous avez vaincu le malin. Je vous ai écrit ^, petits enfants, parce que vous avez connu le Père. Je vous ai écrit, pères, parce que vous avez connu celui qui est dès le commencement^. Je vous ai écrit, jeunes gens, parée que vous êtes forts, et que la parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu le malin. » La triple répétition du verbe eypa-j/a, « scripsi », venant immédiatement après la répétition semblable de Tpoccpoj, ce scribo », ne peut guère se rapporter qu'à l'évangile. L'apôtre veut dire : Petits enfants, pères, jeunes gens, je m'adresse à vous dans cette lettre, comme je l'ai fait dans mon écrit nistorique. De plus, saint Jean affirme solennellement, dès les premières lignes de l'épître, i, 1-3, qu'il veut annoncer à ses lecteurs tout ce qu'il a vu et entendu, tout ce qu'il connaît au sujet du Verbe incarné, et pourtant, à partir du vers. 5, il demeure muet sur la plupart des détails de la vie de Jésus-Christ. Dans les versets 1-3, il fait donc allusion à son évangile, qu'accompagnait la lettre, et dans lequel il s'est longuement étendu sur la biographie du Sauveur.

L'auteur indique lui-même par deux fois le but direct qu'il se proposait : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l'annonçons, afin que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous ; et votre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ; et nous vous écrivons ces choses afin que votre joie soit parfaite » (i, 3-4). « Je vous ai écrit ces choses, afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu » (v, 13).

filioli, ivfanies) et àyaTï'/^TOc icarisslmi), fréquemment répétées, en sont une preuve.

* Joan. XXI, 24.

" Dans son énumération des livres du Nouveau Testament, après avoir nommé l'évangile selon saint Jean, il mentionne Immédiatement la première lettre du môme apôtre, bien qu'il

ne donne la liste des épîtres qu'un peu plus bas. Il montre ainsi que, dans sa pensée, il y a une union étroite entre les deux écrits. ^ Voyez Eusèbe, Hist. eccL, vu, 25, * "Eypa-^/a, à l'aoriste, au Heu du tempa présent, ypàçco, qu'on lit au vers. 13. ^ La Vulgate n'a pas cette phrase.

PREMIETiE EPITRE DE S. JEAN

C'est en réalité un but identique à celui que saint Jean avait en vue en composant son évangile ^ Le disciple bien-aimé voulait révéler de plus en plus Jésus -Christ à ses lecteurs, afin de leur procurer ainsi la vraie vie, la vie éternelle.

Il avait en même temps un but secondaire, polémique, comme on le voit en plusieucs passages'^, dans lesquels il attaque les erreurs des premiers Docètes et de Cérinihe.

5° Les destinataires, le temps et le lieu de la composition. — La tradition ne nous fournit aucun renseignement certain sur ces trois points ; mais elle nous apprend que saint Jean passa les dernières années de sa vie à EphèsQ, où il composa son évangile à la demande des chrétientés d'Asie, vers la fin du premier siècle ^. D'après l'hypothèse que nous venons d'exposer en parlant de l'occasioD de i'épître, c'est à la même date, également à Ephèse et pour les chrétiens de l'Asie proconsulaire, que I'épître fut écrite. Ceux qui n'admettent pas cette hypothèse n'hésitent pas à reconnaître que tels furent vraiment les destinataires deré{)ître, le lieu et l'époque de la composition. L'auteur s'exprime à la manière d'un vieillard, avons-nous dit^; et c'est à Ephèse qu'il acheva son existence, en relations intimes avec les Eglises d'Asie.

Saint Augustin, il est vrai, a créé une difficulté spéciale au sujet des destinataires, en disant que notre épître fut composée pour les Parthes, c'est-à-dire pour les chrétiens parthes : « Epistola ad Parthos^ ». Mais ce renseignement, qu'on ne trouve nulle part ailleurs^, provient d'une erreur évidente. Le mot « Parthos » est probablement une corru[)tion du substantif grec Tiapôévouç, vierges'^. En effet, la seconde épître de saint Jean paraît avoir été regardée quelquefois dans l'antiquité comme destinée aux vierges (Tcpc-ç Trocpôsvouç). Peut-être ce titre aura -t- il passé aussi à la première épître; de là, par suite d'une abréviation, seront venus les mots Tcpoç TiapOouç, dont on aurait fait en latin « ad Parthos ^ ». Quoi qu'il en soit, il est absolument invraisemblable que saint Jean ait eu des rapports avec les Parthes.

6^^ Le sujet traité et le plan de VépUre. — Le sujet est très simple en luimême, puisque la lettre roule tout entière autour de quelques idées grandes et larges, qui peuvent se ramener à la foi au Fils de Dieu fait homme, en tant que cette foi est la source du salut, et à la nécessité de la charité fraternelle.

Relativement à l'organisme de I'épître, on a exagéré en deux sens contraires: les uns, en prétendant qu'on ne saurait trouver dans ces pages la moindre trace d'un plan réel, attendu qu'elles ne contiendraient pas autre chose qu'un certain nombre de réflexions et de conseils , juxtaposés sans aucun ordre continu ; les autres, en les regardant comme une composition très systématique, dans laquelle les pensées seraient arrangées d'après une méthode parfaite ^.

La vérité sur ce point consiste à dire qu'il règne un certain ordre dans

* Cf. Joan. XX, 31.

2 Cf. II, 18- 19, 22; iv, 3; V, 10. Voyez X. ^Vurm, die Irrlehrer im ersten Johanneshripf, Fribourg-en-Brisgau, 1903.

^ Voyez le tome VII, p. 461 et 464, et surtout notre grand commentaire du quatrième évangile, Paris, 1887, p. v-viii, x-xi, xxxix et ss.

^ Page 721.

^ Qusest. evavg., ii, 39.

•^ Sinon dans quelques écrivains anciens qui s'appuient sur saint Augustin, comme le Vén. BèJe, etc.

' Dani un sens large, pour désigner les

cil rétiens.

^ Ou Li'ouve ces indications dans quelques manuscrits très rares, comme aussi la variante « ad Sparthos », qui serait une faute de copiste pour « ad spirsos », aux chrétiens dispersés à t .avers le monde. Voyez I Petr. i , 1 , et le commentaire.

^ Les nombreuses tentatives qu'on a faites, de nos jours surtout , et particulièrement dans le monde exégétlque protestant, pour démontrer l'existence de ce plan parfait, sont demeurées sans résultat sérieux ; leur variété est prodigieuse.

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l'épître, mais que cet ordre n'est pas très rigoureux , la suite des pensées étant loin d'être toujours strictement logique; il est donc assez difiiciie de donner une analyse et d'indiquer un plan qui soient bien salisfaipants. L'autour énonce une grande pensée, qu'il se met à développer, plutôt sous la forme d'une méditation que d'une façon dialectique; mais bientôt, par des transitions souvent assez vagues pour le lecteur, il passe à une autre idée, qu'il développe delà même manière; puis il revient à sa première pensée, peur l'envisager sous un autre aspect. Tantôt il procède par aphorismes, tantôt il s'abandonne à des épanchements paternels. Du moins, l'accord s'est à peu près établi touchant les principaux groupes de pensées.

Nous pouvons adopter la division suivante, qui rendra le c )mmentaire plus facile. La lettre s'ouvre par un petit prélude, i, 1-4, et se termine par un épilogue de peu d'étendue, v, 13-21. Le corps de l'épitre, i, 5-v, 12, peut se partager en deux sections, que nous intitulerons, d'après leur idée dominante: Dieu est lumière, i, 5-ii, 29; Dieu est amour, m, 1-v, 12. Deux subdivisions dans la première section : 1» Puisque Dieu est lumière, le chrétien doit vivre lui-même en pleine lumière morale, i, 5-ii, 11 ; 2" Il faut adhérer intimement à Jésus -Christ, et se séparer de tout ce cjui peut diminuer la possession de la lumière, n, 12-29. Trois subdivisions dans la deuxième section : lo Les enfants de Dieu et leur marque distinctive, m, 1-25 ; 2« Les faux docteurs ; l'amour de Dieu et du prochain, iv, 1-21 ; 3° La foi en Jésus-Christ et ses heureux résultats^ V, 1-12».

* Pour plus de détails voyez le commentaire et notre Biblia sacra, p. 1342-1345.

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