Et nos cognovimus, et credidimus
accentués dans la première moitié du verset. — Et nos... aUeruti'um... Au lieu de dire, comme on s'y attend d'abord : Nous aussi, nous devons aimer Dieu , l'apôtre signale cette autre conséquence, afin de faire avancer la pensée. Comme enfants de Dieu, noua avons l'obligation de l'imiter le plus que nous pouvons. Il est juste, nous devons être justes (cf. n,29). Il est saint, nous devons être saints (m, 3). Il a aimé les chrétiens jusqu'à sacrifier pour eux son Fils; nous devons les aimer aussi. D'ailleurs, en les aimant, nous l'aimons lui-même, comme le dit le vei'set suivant.
12-18. Les fruits et la raison de l'amour. Les vers. 12 et 13 expriment cette première pensée : Dieu habite en celui qui aime et II lui donne son Esprit. — Deum nemo... Nous trouvons dans le quatrième évangile, i, 18, une proposition presque identique. Le verbe n'est cependant pas le même; ici, TeÔéarac, qui exprime une contemplation attentive (voyez i, 1 et les notes); là, £(jî)pax£v , qui se dit de la simple vision. A première vue, cette petite phrase semble détarhée du contexte ; mais les mots qui suivent indiquent fort bien la transition : Je vous exhorte à pratiquer la charité mutuelle, car, grâce à elle, vous pourrez jusqu'à un certain point jouir, sinon de la vue de Dieu, du moins de sa possession anticipée. Assurément jamais personne, icibas, malgré ses contemplations prolongées, n'est parvenu à se rendre Dieu présent et visible ; et pourtant l'amour fraternel opère ce prodige, puisque, si dUigamus .., Deus in nobis... Sur cette demeure de Dieu en nous, voyez les vers. 13, 15, 16; II, 23, 24, etc. — Et caritas ^us... Non pas l'amour de Dieu pour nous, qui ne saurait être perfectionné, mais notre amour pour lui, qui est développé, complété par notre dévouement à l'égard de nos frères. — Perfecia est. Voyez II , 5 et le commentaire. Dans l'hypothèse indiquée, « t-i diligamus... », non seulement l'amour de Dieu est en nous, mais il y est sous Ba forme la plus parfaite. — In hoc cognoscimus... (vers. 13). Formule fréquente dans cet écrit. Voyez le vers. 2; m, 16, 19, etc. — Quoniam... manemus..., quoniam de.,. Pensée toute
semblable à celle de itr, 24^ (voyez les notes). Des deux côtés, nous apprenons que Dieu nous donne son Esprit pour nous fournir la preuve qu'il demeure lui-même habituellement en nous. La différence consiste en ce que, plus haut, le don de l'Esprit- Saint est rattaché à l'observation fidèle des commandements divins, tandis qu'il est associé ici à la pratique de l'amour fraternel. — In eu manemus, et ipse.. il y a réciprocité parfaite. Cf. m, 24. — De Spiritu (èx ToO irveûfiaxo;). Jésus -Christ seul a reçu le Saint-Esprit dans toute sa plénitude. Cf. Joan. III, 34. — Et nos... Seconde pensée, vers. 14-16 : Notre raison d'aimer, c'est la foi en Jésus - Christ , que Dieu nous a donné par amour. Le ton rappelle celui du prologue, i, 1 - 4. L'auteur parle de nouveau avec l'accent de l'autorité, du triomphe. Il reprend aussi la première personne 1u pluriel, parce qu'il ne pense pas seulement à son expérience privée, mais aussi à celle de ses collègues dans l'apos tolat et des autres témoins immédiats de ,Jét>us.
— Et nos... On dirait (^u'i) veut compléter encore d'une autre manière sa parole du vers. 12» : « Deum nemo vidit unquam ». Il y a eu, dit-il, une manifestation historique de la divinité, telle que l'ont indiquée rapidement les vers. 9 et 10 ; elle a eu des témoins dignes de foi. — Vidimus: teOsâfj.eôa, nous avons contemplé. Voyez i, 1 et le commentaire. — Et testificamur. Cf. i, 2. Après avoir vu de leurs yeux le Verbe incarné , les apôtres et les premiers disciples avaient le droit d'attester la réalité de la mission qu'il avait reçue du Père. — Salvatorem mtmâi. Ce même titre est également employé dans l'évangile selon saint Jean, iv, 42. Jésus porte aussi le nom do Sauveur dans les écrits de saint Pierre (II Petr, i, 12; ii, 20; m, 18) et do saint Paul (II Tim. i, 10; Tit. i, 4; ii, 13, etc.).
— Quisquis... (vers. 15). Le vers. 14 a pour but d'introduire celui-ci, qui affirme avec énergie que la foi en Jésus -Christ est la condition nécessaire de notre union avec Dieu. Cf. ii , 23. — Deus in eo... et ipse... Comme au vers. 12. L'intimité est complète des deux parts. — Et nos.., (vers. 16). Maintenant il s'agit de tous les chré-
caritati quara habct Deiis in nobis.
Deus caritas est, et qui manet in cantate, in Deo manet, et Deus in eo.
17. In hoc perfecta est carilas Dei nobiscum, ut fiduciam habearaus in die judicii ; quia sicutille est, et nos sumus in hoc mundo.
18. Timor non est in caritate ; sed perfecta caritas foras mittit timorem, quoniam timor pœnam habet ; qui autem timet, non est perfectus in caritate.
que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour, et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu en lui.
17. La perfection de l'amour de Dieu en nous, c'est que nous ayons de l'assurance au jour du jugement, parce que tel il est, lui, tels aussi nous sommes en ce monde.
18. La crainte n'est point dansl'amour; mais l'amour parfait bannit la crainte; car la crainte suppose une peine, et celui qui craint n'est point parfait dans l'amour.
tiens, et pas seulement des apôtrts. Do l'envoi du Fils par le Père, Jean conclut à l'amoui' immense de Dieu pour nous, et il nous ramène à la pensée développée dans les ver.<, 9 et ss. — Cognommus, et credidimus. La même expression se retrouve Joan. vi , 69 ; mais l'ordre des deux verbes y est renversé. D'après l'apôtre, tantôt la foi suppose la connaissance, tantôt elle la précède. « La foi solide est intelligente ; la science sérieuse est croyante. » Cf. I Petr. ni, 15. — Caritati quam... Le mystère de l'In- &arnationest la preuve par excellence de l'amour de Dieu pour le genre humain. — In nobis. Comme au vers. 9» (voyez les notes). — Deus caritas..., et gm... Cette phrase est une combinaison des vers. 8*" et 15*'. Si Dieu est l'amour substantiel, demeurer dans l'amour, c'est évidemment demeurer en Dieu. — In hoc... Les vers. 17-18 exposent un fruit très précieux de l'amour chrétien: celui qui aime attend avec conflance le Jour du jugement. Voyez m, 19 et 20, où nous avons trouvé une pensée analogue. — Perfecti est... Pour la tr.-isième fois. Comp. le vers. 12" et ii, 5. — Carilas Dd. Le grec dit i-implement: y] àyaTtri, l'amour. II s'agit donc de l'amour chrétien en général. Voyez m, 16» et le commentaire. — Le pronom riobiscum doit être rattaché au verbe « perfecta est » : l'amour est devenu parfait en nous, chez nous.
— Ut... Le grec n'a pas la conjoQCtlon oTt , mais tva, qui exprime un but proprement dit: afin que. L'amour parvenu à sa perfection tend à mettre en nous uae ferme et joyeuse assurance (fiduciam, 7rappY)aiav; voyez ii, 28 et m, 21), qui nous permet d'attendre sans crainte le jour du jugement. Comp. Joaa. m , 18 et v, 24, où ce même résultat est attribué à la foi.
— In die judicii (tyjç xpîcewç, le jugement par excellence, le jugement dernier). Cf. Matth. x, 15; XI, 22, 24; II Petr. ii, 9; in, 7, etc. Ailleurs, on trouve les expressions analogues: le dernier jour (Joan. vi, 39, 40, etc.), le grand jour (Apoc. VI, 17), le jour du Seigneur, le jour du Christ, ou simplement le jour, etc. — Quia... L'apôtre indique le motif de cette sainte assurance. Par cela môme que nous ressemblons à •Tésus-Christ isicut ille... et nos...; voyez ii, 6 et les notes), nous pouvons nous trantiulilleer
loîsque nous pensons au Jugement dernier. Le contexte montre que, dans l'esprit de l'apôtre, cette ressemblance porte sur un point spécial, la pratique de la charité. Les mots in hoc mundo ne se rapportent qu'à « et nos sumus », et point à « ille est » : sur cette terre, durant notre existence actuelle. — Timor non... (vers. 18). Preuve que l'amour parfait donne une entière confiance devant Dieu : l'amour et la crainte sont Incompatibles et s'excluent mutuellement. Par crainte, saint Jean n'entend pas ici la révérence filiale, qui peut et doit coexister avec l'amour (cf. Hebr. v, 7 et ss.), mais le sentiment d'effroi que le criminel ressent en face de son juge, ou l'esclave devant son maître (cf. Rom, viii, 15). — Scd perfecta...: rj TsXet'a àydcTîT], l'amour qui a atteint son développement complet. Voyez 11,5 et le commentaire. — La locution foras mittit est très expressive. A la lettre: Jette dehors. La crainte existe donc tout d'abord dans le chrétien ; mais l'amour parvenu à sa maturité la rejette bien loin. — Au lieu de pœnam habet, mieux vaudrait « tormentum habet » (saint Aug.). C.-à-d. : (La crainte) implique un châtiment (x6Xa<7tv). Qui dit crainte, dit châtiment et souffrance, car c'est ji:stement la perspective du châtiment qui excite la crainte. — Qui... timet... C'est la répétition, sons une forme concrète et personnelle, de la pensée abstraite « Timor non est... ». — Non... perfectus in... La présence de la crainte prouve que « l'amour, ce caractère du vrai croyant sûr de son salut, n'est point encore réalisé ». Comme l'a dit un ancien auteur à propos de ce passage, a varius (est) hominum status : sine timoré et amore ; cum timoré , sine amore ; cum timoré et amore; sine timoré, cum amore. » Le quatrième état est celui que recommande saint Jean.
3o Exhortation à l'amour soit de Dieu, soit du prochain. IV, 19-21.
Après avoir si bien décrit la nécessité et les fruits de l'amour, l'écrivain sacré presse ses lecteurs de s'y livrer pleinement.
19. Aimons Dieu qui nous a tant aimés. — Nos ergo... Cette déduction découle d'elle-même de ce qui précède. La particule ouv, donc, manque dans quelques manuscrits anciens ; mais sa présence paraît suffisamment Justifiée par
19. Nous donc, aimons Dieu, puisque Dieu nous a aimés le premier.
20. Si quelqu'un dit : J'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur. Car comment celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas?
21. Et c'est là le commandement que nous tenons de Dieu : Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère.