Une bonne nouvelle
— Multa habui... A l'imparfait dans le grec : J'avais beaucoup de choses à t'écrire (lorsque je commençais ma lettre).
— M calamum. Au lieu dt; papier (cf. II Joan. 12), l'apôtre nomme ici le roseau
qui servait à tracer les caractères. — Spera avtem... et... Voyez II Joan. 12*'. Ici l'auteur ajoute l'adverbe protinus : sa visite sera prochaine.
14". Salutation finale. — Il y a d'abord un pieux souhait de Jean : Pax tibi. Cf. Gai. vi, 16 ; Eph. VI, 23; I Petr. v, 14, etc. — Ensuite une salutation de l'auteur pour ceux de ses pi-opres amis qui étalent auprès de Gai us ? saluta... nominatim (c.-à-d., un à un, individuellement).
EPITRE
DE SAINT JUDE'
INTRODUCTION
io La personne de Vauteur. — L'épître se donne, dès la première ligne (i, 1), comme l'œuvre de « Jude ^, serviteur de Jésus-Christ, frère de Jacques ». Nous justifierons plus loin cette assertion ; ici, elle nous suffit pour identifier ce personnage à l'apôtre saint Jude. En effet, ce Jacques dont l'auteur de la lettre se dit le frère (non sans une certaine emphase, comme on le voit par l'insertion de la particule Ss, « autem »), devait être très connu dans la primitive Église, puisqu'il est simplement désigné par son nom. Il n'est autre en réalité, comme l'affirment Origène^, Tertullien '^, saint Épiphane ^, saint Jérôme^, etc., que l'apôtre saint Jacques le Mineur, cousin de Notre -Seigneur Jésus-Christ ^ Or, parmi les membres du collège apostolique, nous trouvons un » Judas », frère de Jacques (le Mineur^), qui ne diffère pas de celui-ci, quoi qu'aient dit en sens contraire quelques critiques contemporains^. Il était également connu sous le surnom de Thaddée ^^. Il avait, lui aussi, le grand honneur de compter parmi les « frères », c'est-à-dire les proches du Sauveur *•.
Une parole de lui est citée dans le quatrième évangile '^, à l'occasion de la der-
* Pour les commentateurs catholiques, voyez la page 630. Nous signalerons en outre l'excellent ouvrage de F. Rampf, der Brie/ Judae, des Apostels und Bruders des fi^errw, Soulzbach, 1854,
2 *loû6a; en grec, « Judas » en latin. C'est le même nom que celui du célèbre patriarche, fils de Jacob. Mais c'est aussi le nom du traître Judas, et on a voulu sans doute, dans notre langue, distinguer saint Jude du traître, en modifiant légèrement la terminaison de son nom.
^ In Ep. ad Rom., v, 1 ; de Princ, m, 2, 1.
* De cultu fem., i, 4.
^ Hœr., XXV, 11.
^ la Matth. xii, 47, etc.
' Voyez l'Introd. à son épître, p. 626.
* Cf Luc. VI, 18 et Act. i, 13. Comme le disent les anciens auteurs, la locution 'lojSaç
Comment. — VHI.
^Jav.CûSov (« Judas Jacobl ») t-ignine : Judas, frère de Jacques, et non pas : fils de Jacques, ainsi qu'on l'a prétendu quelquefois de nos jours.
^ Ils assurent qu'il aurait pris ses litres d'apôtre et de frère de Jésus, s'il les avait réellement portés. Maib saint Paul non plus ne se présente pas toujours comme apôtre au début de ses épître?. Cf. Phil. i, 1 ; I et II Thess. i i, etc. Il en est de même de saint Jacques, i, i.
^^ Voyez Matth. x, 3^ et le commen'aire; Marc. III, 18*". Dans la liste des apôtres d'après saint Matth., quelques manuscrits ont Aeêêatoç, au lieu de 0aôôaïoç. Peut-être était-ce un second surnom.
** Cf. Matth. xiii, 55 et Marc, v, 3; Eusèbe, Hist. eccl., m. 18-20; xi. H, 11.
*2 Cf. Joan. XIV, 22.
EPITRE DE S. JUDE
nière cène. On ne connaît rien de bien certain sur ses travaux apostoliques. Suivant la tradition occidentale, il aurait surtout évangélisé la Perse, et c'est dans celte contrée qu'il aurait subi le martyre. Au contraire, suivant Nicéphore ^, il aurait prêché en Palestine, en Syrie et en Arabie, et serait mort tranquillement à Édesse.
2o La question de V authenticité ne présente aucune difficulté sérieuse. Notons d'abord que cette épître est très courte et qu'elle traite un sujet très spécial, puisqu'elle est surtout dirigée contre les faux docteurs ^ : on avait donc beaucoup moins l'occasion de la citer. Aussi ne trouve-t-on rien ^ qui la rappelle dans les écrits des Pères apostoliques. On sait qu'elle manquait au début dans la traduction syriaque. Tout en se déclarant lui-même partisan de l'authenticité, Eusèbe '* la range parmi les àvTtX£YÔ(/,£va, parce que quelques doutes avaient été soulevés sur ce point. Saint Jérôme, qui reconnaît aussi très franchement l'épître comme l'œuvre de saint Jude, signale également des doutes, mais dont la source était purement interne, sans qu'ils vinssent s'appuyer sur les données traditionnelles : on affirmait que la lettre cite des livres apocryphes ^, et on ne croyait pas pouvoir concilier ce fait avec la composition de l'écrit par un apôtre®. Mais le canon de Muratori la contient'; ce qui prouve qu'elle était reçue comme authentique et canonique dans l'Église romaine : circonstance très naturelle si saint Pierre a fait usage de l'épître, comme nous l'avons dit ailleurs*^. L'Itala la renfermait aussi. Nous savons encore, par le témoignage de Tertullien ■*, que les Églises d'Afrique l'attribuaient également à saint Jude. Clément d'Alexandrie *° et Origèoe '^ attestent le même fait en ce qui concerne l'Église d'Alexandrie. Ainsi donc, vers l'an 200, notre épître était admise dans la plupart des grandes Églises particulières. Tout doute disparut au iv*' siècle, et on ne cessa plus dès lors de croire à l'authenticité de la lettre, jusqu'à ce que Luther se fût mis à la nier, suivi par un certain nombre de ses adeptes ^^.
3o Les destinataires ne sont désignés dans l'épître que par la formule très générale « His qui sunt in Deo Pâtre dilectis, et Ghristo Jesu conservatis et vocatis » ^^, qui convient à tous les chrétiens. On ne saurait donc déterminer d'une manière précise et certaine en quel endroit vivaient les fidèles pour lesquels la lettre fut directement composée ^*.
Cependant, deux circonstances principales peuvent nous aider à trancher cette difficulté. La première, c'est que l'auteur, pour se faire reconnaître de ses lecteurs, se présente à eux comme le frère de l'apôtre saint Jacques le Mineur ^^. La seconde consiste dans le caractère des hérétiques contre lesquels est dirigée sa lettre. Ceux-ci ne çont nullement, comme on le prétend dans le camp rationaliste pour reculer le plus tard possible la date de l'écrit, les gnostiques du II® siècle, mais, comme dans les épîtres de saint Paul aux Philippiens ^^,
* EiHt. eccl., II , 40,
2 Voyez plus bas, au 3°.
3 Ou du moins, rien de bien certain.
^ Hist. ecch, II, 23.
^ Notamment le livre d'Hénoch et l'Assouiption de Moïse. Voyez la page 772.
® Saint Jérôme, âe Vir. ill., 4. Voyez aussi saint Augustin, de Civ. Dei, xv, 23, et les commentaires des vers. 9 et 14.
^ A la ligne 68 : « Epistola sane Jude in c.-à-d., Inter) ratholica habetur. »
« Voyez la p. 697.
* De cultu /cm., i, 4.
**^ Psedag., m, 2; Strom., m, 2. Il a même expliqué l'épître brièvement (voyez Eusèbe, Hist. eccl., VI, 14, 1), et nous possédons encore la tra duction latine de son commentaire.
^ ' De Princ, ni , 2 , 1 , etc.
'2 Ce qui n'empêche pas de nombreux auteurs protestants d'admettre aujourd'hui l'authenticité.
^3 Vers. 1.
^^ Car personne ne doute que saint Jude n'ait eu en vue un cercle très concret de chrétiens.
*^ Voyez la i âge 769.
*<î Cf. III, 1, 18 et ss.
ÉPITRE DE S. JUDE
à Timothée *, et à Tite 2, et dans la seconde épître de saint Pierre •'', les prccur-^ seurs de ces gnostiques. Parmi les commentateurs, les uns s'appuient sur le premier de ces deux faits, et ils en concluent que saint Jude a écrit pour les chrétiens de Jérusalem et de la Palestine, parmi lesquels saint Jacques jouissait d'une grande autorité^. Ils trouvent une confirmation de leur opinion dans les allusions nombreuses que l'auteur fait à l'histoire de l'Ancien Testament^. Les autres prennent au contraire le second fait pour base, et supposent que saint Jude a écrit, comme le prince des apôtres, pour les chrétientés d'Asie Mineure^. Nous préférons ce second sentiment', car rien dans l'épître ne semble indiquer que les destinataires aient été pour la plupart oiiginaires du judaïsme.
4» L'occasion et le but ressortent clairement du fond même de l'épître. Les hérétiques que saint Jude stig-matise en termes si énergiques étaient une cause de grand péril pour les fidèles ; l'auteur, en décrivant les erreurs et les mœurs de ces hommes pervers, voulait donc mettre ses lecteurs en garde contre les unes et contre les autres. C'est ce qu'il dit très nettement dans les vers. 3-4 et '20 -24.
50 Le sujet et la division. — Trois parties bien tranchées: le préambule, vers, i-4 ; le corps de l'épître, vers. 5-23 ; la conclusion, vers. 24-25. Le corps de l'épître a deux subdivisions principales : dans la première, vers. 5-16, saint Jude prédit la condamnation exemplaire des hérétiques contre lesquels il écrit, et il trace leur triste portrait; dans la seconde, vers 17-23, il exhorte les fidèles à ne pas se laisser corrompre par ces séducteurs, mais à demeurer fermes dans la foi. La conclusion consiste en une belle doxologie®.
60 Le caractère et le style de l'épître. — On connaît le jugement très exact d'Origène^: « Jude a écrit une lettre qui a peu de lignes, mais qui est remplie de choses vigoureuses. » Cette lettre a été justement comparée à l'écrit d'un prophète. Le style est serré, vif, imagé, généralement clair ^^, assez correct. Les pensées sont parfaitement enchaînées et la manière de les présenter est souvent pleine de force. Saint Jude aime parfois à les répéter sous une triple forme**. Dans son vocabulaire, comme dans celui des écrivains sacrés du Nouveau Testament, il y a un certain nombre d'exprepsions qu'il est seul à employer. On a remarqué qu'il se sert volontiers de mots sonores et poétiques.
7» La date et le lieu de la composition ne sauraient être fixés d'une manière précise, les documents certains faisant défaut. Pour la date, nous sommes guidés par le fait, signalé plus haut, de la ressemblance extraordinaire qui existe entre notre épître et la deuxième de saint Pierre. Si, comme on le reconnaît assez généralement, le prince des apôtres a connu l'écrit de saint Jude et en a fait un usage considérable en composant sa seconde épître, ledit écrit sera nécessairement antérieur à la fin de l'année 66 ou au commencement de 67 *2. En toute hypothèse, les circonstances qui occasionnèrent les deux lettres présentent
* I Tira. IV, 1 et ss. ; II Tim. m, 1 et ss. 2 I, 10 et es.
"^ n, 1 et ss.
^ Voyez la p. 627.
^ Voyez les vers. 5, 7, 11 , etc.
^ Voyez I Petr. i, 1.
^ C'est le plus communément ailmis.
^ Pour une analyse plus détaillée, voyez le commentaire.
^ De princ, in, 2, 1.
*^ Beaucoup plus clair que celui de la « II» Pétri », dans les passages que saint Pierre a empruntés à saint .Jude. Voyez la p;)ge 697.
** Voyez les vers. 2, 5-7 (les trois exemples des châtiments divins), 8, 11, 19 (dans le texte grec), 22 et 23, 25".
*2 C'est alors en effet que saint Pierre écrivit sa seconde épitre. Voyez la page 606.
ÉPITRE DE S. JUDB
tant d'analogies, qu'il ne dut pas s'écouler entre elles un long intervalle de temps. On ne peut guère remonter pour la date au delà de l'an 60, à cause du développement qu'avaient déjà pris les erreurs décrites par saint Jude. De nombreux auteurs pensent que la lettre ne fut pas publiée avant la mort de saint Jacques le Mineur, en 62. L'année 65 conviendrait fort bien comme date moyenne. Quant au lieu où l'épître fut composée, le mieux est de dire qu'on est dans l'ignorance sur ce point. On a mentionné, il est vrai, mais sans fondement sérieux, l'Egypte et la Palestine, et plus spécialement les villes d'Alexandrie et de Jérusalem.
8o L'épître de saint Jude et les livres apocryphes. — Ainsi qu'il a été dit plus haut^, dès les temps anciens, on émit l'hypothèse que la petite lettre qui porte le nom de saint Jude renferme une ou plusieurs citations extraites de livres apocryphes^; d'où l'on concluait parfois qu'elle n'était ni authentique ni canonique. Que devons-nous penser de ce problème? Les écrivains ecclésiastiques ne s'en effrayaient pas tous. TertuUien^, par exemple, en concluait que saint Jude donnait ainsi son approbation à la prophétie d'Hénoch, et saint Augustin *, que le patriarche Hénoch a écrit « nonnulla divina ».
De plus, il est certain que, dans la littérature apocryphe très abondante qui existait chez les Juifs à l'époque de la naissance de Jésus-Christ, on trouvait, à côté de légendes et de fictions nombreuses, des traditions antiques très sérieuses, semblables à celles que saint Etienne^, saint Paul à plusieurs reprises'' et saint Jacques^ ont alléguées. Rien n'empêche que saint Jude ait agi de même ; les deux faits qu'il cite dans les vers. 9 et 14 de sa lettre en valaient la peine, à cause de leur importance théologiqu^. D'habiles critiques, catholiques ou protestants, soutiennent précisément que c'est d'après ces vieilles traditions que notre auteur s'est laissé guider^. Remarquons bien que Faint Jude ne cite directement aucun livre; il signale des événements, sans dire d'où il les a tirés. Rien ne nous oblige donc de croire qu'il les a pris dans les livres apocryphes.
Mais nous pouvons aller plus loin. Quand même nous admettrions ^, avec divers interprètes contemporains, ce que plusieurs Pères semblent avoir admis les premiers, à savoir, que saint Jude cite réellement l'Assomption de Moïse et le livre d'Hénoch, quelle conséquence en résulterait-il? Nous répondons avec saint Jérôme^" et avec le Yen. Bède ^* que, même dans ce cas, l'origine divine de l'épître ne serait pas en cause, puisque, en approuvant un passage d'un livre apocryphe, saint Jude n'aurait nullement donné son approbation au livre entier.
1 Page 770, 2°.
^ L'épisode que raconte le vers. 9 au sujet du corps de Moïse aurait pareillement été consigné, d'après Clément d'Alexandrie (Adumbr. in ep. Judse), Origène (de Princip., m, 2, 1) et Didyme {Enarrat. in ep. Judse), dans l'écrit intitulé a Assumptio » ou « Ascensio Moysis ». Les versets 14-15 seraient un emprunt fait directement au livre d'Hénoch. Quant au petit récit du vers. 6, relatif aux anges, nous avons dit, en expliquant II Petr. ii, 4, qu'il n'a pas le moindre rapport avec Gen. vi, 1; 11 n'est donc pas permis de dire qu'il est extrait, lui aussi, de livres apocryphes : il s'agit d'un fait réel, qui appartient à la révélation.
* De cultu /em., i, 3.
^ De civ. Dci, xv, 23.
^ Act. VII, 2-2, '23, 30.
6 Cf. Gai. iTi, 19; n Tim. ni, 8; Hebr. ii, 2 et XI, 24, 37. Comp. ce mot de saint Jérôme, in Eph. I, 21 : « Apostolum de traditionibus Hebrasorum ea quae sécréta sunt in médium protu lisse. »
^ Les auteurs du livre d'Hénoch et de l'Assomption de Moïse auraient puisé à la même source.
^ Ce qui n'est nullement le cas pour nous personnellement.
*o In Tit. I, 12.
*^ Dans son commentaire sur notre épîLre.
ÉPITRE DE S. JUDB
Ainsi donc, quelque opinion que l'on admette, l'autorité divine de son écrit n'est atteinte eu aucune manière ^
* L'écrit intitulé Assomption de Moïse no nous est connu quo par quelques fragments latins. Le livre d'Hénoch est souvent cité par les Pères des quatre premiers siècles. Nous ne le connaissons que depuis 1860, grâce à la découverte d'une traduction éthiopienne (voyez DlUmann, Liber Henoch sethiopice, 1851); mais on en possède aussi depuis peu d'années le texte grec, du moins, en partie considérable (A. Lods,
le Livre d'Hénoch, fragments grecs..,, traduits et annotés, Paris, 1892). On croit que c'est un agglomérat de plusieurs écrits, composés d'abord en hébreu par des auteurs juifs, et traduits ensuite en grec. Il renferme toutes sortes de prétendues révélations faiteR par des anges, touchant des secrets relatifs au monde angélique, à l'histoire de l'humanité et à celle de la nature, dans un ordre très confus.
EPITRE
DE SAINT JUDE
1. Judas, Jesu Christi servus, f rater ar.tem Jacobi, his qui sunt in Deo Pâtre dilectis, et Christo Jesu conservatis et vocatis,